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LE LEUCOCYTE, SON ORIGINE, SES FONCTIONS

Le leucocyte ne paraît pas être ce que Ton en a fait jusqu'à présent, une cellule. Il n'a pas de membrane enveloppante. Tout le monde est d'accord à ce sujet.

Il est mobile et roule dans le torrent circulatoire, à rencontre des cellules normales qui sont fixes et liées entre eues, comme filles d'une cellule première : l'œuf.

On ne trouve pas dans ce leucocyte l'organisation du protoplasma en plastides, comme dans toutes les autres cellules; on n'a jamais vu de fils chromatiques dans son noyau; son protoplasma n'est qu'une albumine plus dense, semi-fluide, ce qui permet ses mouvements amiboïdes.

Comment admettre que ceux-ci sont des actes vitaux, l'effet d'un effort, lorsque nous savons qu'il ne peut y avoir entre les cellules ou les liquides de l'organisme que des échanges moléculaires, phénomènes chimiques, tandis que l'effort et le mouvement sont la résultante de l'activité cellulaire générale.

Le leucocyte aurait donc ^ lui tout seul un

pouvoir qui ne peut découler que de l'ensemble de ces réactions chimiques : ce serait un indépendant.

La variété de forme, de nombre de ce noyau, entrevu seulement après des préparations qui lui font subir de nombreuses transformations, rendent sa réalité plus que douteuse. S'il y a un noyau, corps relativement dense, comment admettre la diapédèse?

Comment ce leucocyte pourrait-il traverser les espaces intercellulaires les plus étroits ?

On voit, il est vrai, ces mouvements se produire sous le champ du microscope. Mais ne voit-on pas également des hématies se déplacer ? des granulations de toute sorte courir d'un point à un autre ? Va-t-on dire que ces corps ont aussi la propriété de se mouvoir? Non; on sait que ces déplacements sont le fait de courants qui s'établissent dans les liquides de la préparation par suite de l'évaporation qui se produit sur les rebords de cette dernière. Les leucocytes, eux aussi, sont entraînés par ces courants et, suivant qu'une partie de leur surface est plus ou moins adhérente aux lamelles de verre entre lesquelles ils se trouvent, ils

prennent telle ou telle forme. Leur noyau, qui n'est qu'une albumine plus dense, va suivre ces mouvements, mais, comme il est moins élastique, il se rompra dans les trop grands allongements : de là, son morcellement.

Pourquoi, si les mouvements amiboïdes sont un phénomène spécial aux leucocytes, les lymphocytes, ces leucocytes dont le lioyau occupe presque tout le corps, n'ontils pas les mêmes mouvements ? Ceux-ci en sont dépourvus, parce qu'ils sont composés d'une albumine uniformément dense, qu'ils sont jeunes encore et n'ont pas eu le temps de s'enrober dans le torrent circulatoire de cette couche d'albumine adulte qui va mûrir à leur contact et former ce que l'on appelle leur protoplasma.

Du reste, M. Ranvier nous apprend que lorsqu'on met de la paraffine autour des bords des préparations, les courants s'arrétant, ces mouvements amiboïdes cessent.

Persisteraient-ils encore quelque temps ou se reproduiraient-ils lorsqu'ils seront de nouveau en contact avec l'air, on ne pourrait en conclure que ce sont des actes vitaux.

Ne savons-nous pas que tous les liquides de l'organisme mûrissent et augmentent de poids moléculaire sous l'influence de la chaleur et de la pression qui tient leurs molécules jointes et neutralise leur tension de dissociation ?

Que cette pression disparaisse et ces corps vont se désagréger et se transformer en des corps nouveaux.

D'où viennent donc ces leucocytes ?

On sait que la lymphe, ce sérum sanguin débarrassé des globules rouges, s'est appauvrie en fibrine dans le ganglion lymphatique et enrichie en globules blancs. Nous savons aussi, grâce à MM. Ranvier et Flemming, que les follicules de ce ganglion, comme son système caverneux, sont remplis de très nombreux leucocytes dont la grande majorité est composée de petits leucocytes à noyau unique et à proloplasma peu abondant, sans mouvements amiboîdes. On peut conclure de ces faits que les leucocytes naissent dans les ganglions lymphatiques dont ils sont une production. Ils sont formés par la fibrine de la lymphe ou albumine adulte qui augmente de densité au contact du sel formique

sécrété par le ganglion, origine de leur noyau. Ce sont des albuminoïdes semisolides, semi-vivants, évoluant, mûrissant, et sur le point d'être la matière avec laquelle sera créée la cellule.

En effet, toutes les fois que dans l'organisme il y a, sur un point quelconque, suractivité cellulaire par suite de l'inflammation d'un tissu, on voit les leucocytes arriver en grand nombre. Les cellules proliférant abondamment ont besoin de plus de matériaux. Les leucocytes détruits sur ces points y sont remplacés aussitôt, car, en vertu de leur élasticité, ils sont uniformément répartis dans tout l'organisme.

En pathologie, on sait que les globules blancs augmentent toujours dans les maladies aiguës, la pneumonie, par exemple, proportionnellement à la fibrine du sang.

Plus il y a de fibrine, plus il y a de leucocytes.

On objectera peut-être que dans les maladies chroniques, le cancer, par exemple, la fibrine diminue et les leucocytes augmentent. Cela tient à la dégénérescence de ce leucocyte qui n'est plus en concordance moléculaire avec la cellule; aussi n'est-il plus

apte à être utilisé par celle-ci pour sa prolifération. Produits en petit nombre, ces leucocytes n'étant pas utilisés, comme nous le verrons plus tard, s'accumulent dans le sérum. L'équilibre entre la production et la dépense est rompu.

Quelle cause a transformé la fibrine liquide, ou albumine adulte, en fibrine jeune ou leucocyte ?

La même, sans doute, qui dans le verre a fait d'un sérum liquide un caillot dense et fibrineux: l'acide formique ou une de ses condensations.

On pourra arriver à démontrer que le ganglion lymphatique sécrète un composé formique par la similitude des effets. Prenez de l'amidon cuit, mélangez une partie de cet amidon avec de l'acide formique et l'autre partie avec du suc de ganglion frais. Mettez à l'étuve à 40*», et 24 heures après l'amidon est transformé également en glucose dans les deux cas.

La glucose elle-même sera intervertie par les deux en acide lactique.

Ne voyons-nous pas aussi la lymphe des chylifères mélangée aux peptones être beau-

coup plus riche en globules blancs à sa sortie des ganglions mésentériques? Cette production de leucocytes a eu lieu au même endroit et en même temps que les peptones étaient transformées en albumines jeunes. Pour ces raisons il y a lieu de penser que le ganglion lymphatique sécrète un composé formique qui va être le centre autour duquel se condenseront les albumines adultes de la lymphe et du sang. Ce leucocyte jeune, arrivant dans le torrent circulatoire, s'enrobera des albumines adultes et de même classe qu'il va rencontrer. Il augmentera de volume jusqu'à ce que son centre, point de départ de cette semi-coagulation, ait épuisé une partie de ses effets en se combinant molécule à molécule et de proche en proche avec les nouvelles couches dont il s'entoure.

Cette fibrine leucocytaire ira en augmentant de densité de la périphérie vers le noyau, ce qui permettra au même leucocyte d'alimenter des cellules de même type mais d'âges différents et partant de densité croissante.

A ce moment le leucocyte est semi-fluide, ce qui lui permet de traverser tous les espaces intercellulaires.

La variabilité des réactions chimiques du leucocyte provient très probablement de l'âge différent de ceux qui sont observés» des réactifs employés, enfin de leur provenance.

M. Armand Gautier pense que le leucocyte puise une spécialité dans chaque ganglion.

Il paratt probable que chacun d'eux sécrète un sel formique différent, les uns produisant un formiate d'albumen contenant la molécule fer, les autres la molécule chaux, soude, potasse, etc.

C'est ainsi qu'un leucocyte sorti d'un ganglion à type chaux s'enrobera dans le torrent circulatoire des albumines adultes de même type et cela en vertu de la similitude de composition.

Dans une solution saturée de chlorure de sodium et d'alun, si vous jetez des cristaux de chlorure de sodium ils s'enroberont d'autres cristaux de la même substance, mais aucunement d'alun, et de même si vous opérez avec des cristaux d'alun.

Les albuminoïdes ont gravi un échelon de plus; partis des peptones, ils se sont condensés en mûrissant, leur poids moléculaire s'est accru; ils sont devenus semi-solides, sous

forme de globules gélaniteux ou leucocytes.

Ceux-ci, entraînés dans le torrent circulatoire, arrivent dans les espaces întercellulaires, se frottent à toutes les cellules de la route, laissant un morceau de leur manteau à celles qui correspondent à leur spécificité. Le centre du leucocyte d'où est partie la coagulation est dissous dans la lymphe, après avoir épuisé une partie de son énergie, et devient le ferment soluble intervertissant les glucoses. De là, leur remarquable activité.

M. Arthus, par des expériences très probantes, a démontré que le leucocyte a seul le pouvoir glycolitique, du moins dans le sang extravasé.

Ce pouvoir glycolitique augmente d'heure en heure dans ce sang, parce que d'heure en heure les globules blancs se désagrégeant, leur noyau se dissout dans le plasma, agit sur les glucoses qui régressent et se transforment, grâce à l'oxygène, en acide formique, d'où la production continue de fibrine.

Ce leucocyte aura donc apporté à la cellule, en même temps que les matériaux dont elle vit, le moyen d'utiliser l'énergie potentielle

des glucoses pour se reproduire; cette cellule se comportera comme un ferment figuré.

Nous verrons, à propos du traitement de la tuberculose et du cancer, comment ces leucocytes, intermédiaires entre les albumines adultes et les cellules, résorberont ces dernières lorsque, par suite de troubles momentanés de la nutrition suivis d'un retour à Tétat normal, ces cellules arriveront à avoir un poids moléculaire inférieur à celui de ces leucocytes.

Les échanges moléculaires entre cellules de néo-formation et leucocytes régénérés se feront alors en sens inverse. Le leucocyte, supérieur, chimiquement parlant, à la cellule, la désagrégera comme il le fait pour les albumines adultes dont il s'enrobe. Ainsi se fera la rétrocession des tissus de nouvelle formation.

On a vu sous le champ du microscope ces échanges se faire entre la cellule dégénérée et le leucocyte que M. Metschnikoff appelle, dans ce cas, phagocyte ; nous pouvons donc affirmer que le même mécanisme se produit dans toute l'échelle des albumines, c'est-àdire que l'albumine la plus dense augmente.

vit aux dépens de sa voisine immédiatement inférieure et de même nom, et ainsi de l'une à l'autre jusqu'aux peptones. On voit qu'il y a là une sorte de phagocytose du haut au bas de l'échelle.

Le leucocyte pourra être tantôt inférieur et tantôt supérieur à certaines cellules parce que celles-ci une fois formées restent longtemps identiques à leur type, elles ne peuvent en changer que très lentement. Le leucocyte, au contraire, très éphémère, varie rapidement, suivant toujours la marche ascendante ou descendante des albumines, celles-ci de la tension artérielle.

Aussi les cellules nées dans un moment de détresse, nourries par conséquent, à ce moment, de leucocytes dégénérés, pourront se trouver inférieures à ceux-ci lorsque les albumines reprendront rapidement le poids moléculaire normal.

Ces leucocytes chimiquement supérieurs à celles-ci, au lieu de déposer une couche de fibrine sur leur enveloppe, les désagrégeront peu à peu et en feront leur substance. Au contact du noyau, cette fibrine cellulaire inférieure va mûrir, et, après avoir reconquis

le poids moléculaire qui lui correspond en ce moment dans l'organisme, elle sera reprise par la cellule normale.

Ainsi, ce merveilleux leucocyte va être encore l'agent de la répartition uniforme des éléments. Il reprendra à droite pour déposer à gauche et vice versa; en un mot, il rétablira l'équilibre entre les tissus de l'organisme.

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