PROLÉGOMÈNES
Z} 6’ la Sensibilité.
La force vitale, cause première, inconnue dans son essence, crée la propriété fondamentale des tissus; la contractilité organique, distinguée en animale et en sensible , qui , suivant beaucoup de physiologistes modernes, ne doivent pas être distinguées l'une de l’autre, n’étant qu’une même modification de la matière organisée mise en rapport ou soustraite à l’influence du centre nerveux. La sensibilité locale, celle qui n’est pas transmise au moi , dont nous n’avons pas la conscience , paraît devoir être rattachée à la contractilité organique , attendu qu’elle ne peut être démontrée que par les mouvcmcns de la fibre; l’existence de cette propriété est donc une abstraction de l’esprit , une conclusion forcée ; car, dire qu’une flbre s’est contractée, c’est dire qu’elle est sensible.
2 DE L V SENSIBILITÉ
La sensibilité perçue , celle dont nous avons îa conscience , qui nous fait éprouver du plaisir ou delà douleur, est départie à tous les corps organisés et vivans ; c’est par elle que ces corps éprouvent une sensation agréable ou pénible, lorsqu’ils sont en rapport avec les a gens extérieurs quiles entourent. Répandue universellement chez tous les animaux et dans tous les points de leur surface extérieure et intérieure, la sensibilité est principalement très-développée chez Fhomine ; elle devient pour lui une source continuelle de souffrance , de douleur, de plaisir et de satisfaction , suivant la manière dont la partie sentante est affectée ; cette précieuse faculté est le produit immatériel d’un ordre particulier d’organes qui se rendent à un centre commun , ou en proviennent, pour s’épanouir ensuite dans les membranes de rapport et dans les viscères dont les fonctions entretiennent la vie. Ce sont les nerfs, cordons placés d’une part entre le cerveau, chargé de recueillir la sensation, et de l’autre, entre les membranes de rapport et les viscères qui la reçoivent et la transmettent. Au moyen de cet appareil fondamental, toutes les parties de l’organisme sont liées les unes aux autres , de manière qu’une sensation produite dans un organe , puisse , en se dirigeant vers le
DE LA SENSIBILITE
centre de perception, être réfléchie dansions les autres par sympathies éloignées ou de relation , et dune partie à une autre par sympathie proche ou organique ; ainsi donc, un ébranlement local parvenu au cerveau, devient bientôt général, puisque toujours, au moyen des cordons nerveux, le cerveau irradie l’érection vitale sur les principaux viscères, de telle sorte que l’organe qui a intérêt à la sensation provoquée , puisse à son tour réagir sur l’encéphale et lui commander les actes nécessaires à la satisfaction des besoins. Le centre de perception juge donc, non-seulement d’après la sensation elle-même, mais aussi d’après l’état des viscères consultés; telle sensation, toujours la même pour le cerveau, nécessitera de sa part des actes très-opposés , d’après l’état actuel des viscères. La sensibilité cérébrale est mise en jeu par les sens, au moyen des nerfs cérébro-rachidiens , nerfs de la vie de relation , de la vie animale ; c’est par eux , c’est par leur secours que le centre de relation acquiert la connaissance des corps extérieurs, qu’il les touche , les voit, les sent, en un mot, apprécie leurs diverses propriétés ; c’est par leur moyen que les facultés intellectuelles naissent, se développent et acquièrent ce haut degré de puissance qui rend l’homme, malgré sa faiblesse, le maître
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de l’univers. La sensibilité cérébrale est également mise en action par les viscères , au moyen de nerfs particuliers , dont l’ensemble forme le grand sympathique outrisplancnique ; ceux-ci sont du domaine de l’instinct, ils reçoivent les sti- Ululations intérieures , président à la vie organique , règlent l’action des viscères, les soustraient à l’empire de la volonté ; leur action n’est pas cependant indépendante de celle des nerfs de la vie de relation : ils se distribuent souvent dans les memes parties , empruntent leur stimulation, et déversent sur eux, toujours au moyen du cerveau, l’excès d’érection vitale que leur communiquent soit les passions, les besoins instinctifs, soit l’état pathologique des viscères où ils se distribuent. De la fusion de ces deux matières nerveuses, il doit en résulter, et il en résulte, en effet, que la volonté peut maîtriser jusqu’à un certain point les xnouvemens instinctifs, peut retarder la satisfaction des besoins, jusqu’à ce que, devenus trop impérieux, la volonté soit obligée de céder; par la meme raison, le moi ne peut rien sur Faction des organes entièrement soumis à l’empire des nerfs ganglionnaires ; le cœur est soustrait, au moyen des plexus du grand sympathique qui l’environnent, à la volonté; les passions, suivant leur nature expan-
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sive ou dépressive, l’élargissent, le resserrent, pressent ses contractions , mais aucun pouvoir ne peut arrêter ses mouvemens ; l’acte de la digestion, dans l’état physiologique, échappe également à la conscience: le cerveau n’en est pas averti , le grand sympathique régularise cette fonction, et tous les actes de la chimie vivante ont lieu, en produisant dans les appareils des deux vies de nombreuses sympathies dont le développement démontre évidemment 3a liaison qui existe entre les nerfs de la vie organique et ceux de la vie animale.
La sensibilité préside aux actes les plus simples comme aux plus compliqués ; car, si elle communique au cerveau la sensation, elle occasionne dans ce dernier organe la perception, et développe l’intelligence : la faculté qu’ont tous les animaux de sentir, est bornée par leur organisation cérébrale à la perception; ils ne sont pas susceptibles d’attention, de comparaison, de jugement, ni d’aucun autre travail intellectuel qui puissent maîtriser leurs penchans instinctifs ; chez l’homme , celte faculté se centralise , pour ainsi dire, dans la masse cérébrale et donne naissance à tous les phénomènes de la psycologie ; l’homme jouit donc au plus haut degré de 3a sensibilité locale et cérébrale.
Cette propriété de la matière vivante orga-
DE LA SENSIBILITÉ
nisée, ou, comme la définit M. Broussais, ce résultat de l’exercice de nos fonctions n’est pas identique- dans tous les tissus, et présente , dans l’état de santé et de maladie, des anomalies aussi inexplicables, que son mécanisme est incompréhensible. Il est des tissus qui sont sensibles à tel agent , et qui ne le sont pas à tel autre , et l’état pathologique développe souvent de la sensibilité dans des parties qui paraissaient ne pas en jouir dans l’état physiologique. Lorsque la sensibilité est mise enjeu, elle correspond toujours à une exaltation de la contractilité organique, à une exaltation vitale plus ou moins vive ; elle produit dans les parties ou siège, l’irritation, et dans les organes qui sympathisent avec elles, des changemens de couleur, de densité , etc. Le cerveau ébranlé par la douleur, devient lui-même le siège de la congestion : la contractilité et la sensibilité s’y exaltent , et cet organe irradie à son tour sur une foule de nerfs , cette exaltation dont les phénomènes sont en rapport avec la structure et l’ organisation des parties secondairement stimulées; de là: rougeur, hémorragie, névrose, convulsions, douleur à l’épigastre, vomissement, etc.; les nerfs de la vie organique sont donc aussi irrités, et les organes auxquels ils vont se rendre , démontrent leur souffrance
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par des phénomènes qui leur sont propres. Lorsque la sensibilité pathologique se développe primitivement dans les viscères , elle provoque d’autres phénomènes ; le grand sympathique n’ayant point le mode de sensibilité dont jouissent les nerfs de la vie animale, détermine des désordres sympathiques dans les différens appareils, sans faire éprouver des douleurs qu’on puisse rallier, dans la plupart des cas , à une partie plutôt qu’à une autre; les malades ressentent un malaise général qu’ils ne. peuvent définir; ils sont accablés, brisés, fatigués; ils ne rapportent leur souffrance à aucun organe ; ils se plaignent de tous, quoique cependant des érections vitales se soient d’abord développées dans un viscère, et que la sensibilité y soit augmentée ; le centre de perception est seulement modifié par l’irritation viscérale ; si elle est vive, le délire se manifeste; si elle est moins active mais continue , le malade devient hypocondriaque , peut meme devenir fou , quand l’érection vitale primitive s’exaspère.
La sensibilité , après avoir été mise en action pendant un certain temps, doit nécessairement éprouver du repos pour la réparation de la dépense nerveuse, autrement l’excitation continuée amènerait une sur-excitation générale, dont les
DE LA SENSIBILITE
résultats seraient promptement mortels ; il faut , pour que l’harmonie règne entre les fonctions, un état alternatif d’excitation et de relâchement, et c’est en vain qu’on voudrait résister à cette loi de la nature : après un temps plus ou moins Ion gde l’état de veille, la sensibilité et l’excitation cérébrale diminuent, les muscles respirateurs ne reçoivent plus l’innervation qui leur est nécessaire , le cerveau, le cœur, les poumons s’engorgent de sang; les sens s’engourdissent, la pensée diminue d’activité et le repos succède à la veille ; si par une cause quelconque le sommeil ne venait pas réparer les forces , la sensibilité cérébrale s’exalterait au point de donner la mort par inflammation, comme le prouve le cruel supplice de la résection des paupières ; le sommeil est donc le produit du repos complet, absolu de la vie de relation, de la diminution d’activité des fonctions intérieures , de la cessation des sympathies , de l’extinction de la sensibilité , de la diminution des phénomènes qui constituent l’état de vie, et c’est pendant ce repos que les organes fatigués puisent de nouvelles forces ; lorsque le sommeil est profond , les opérations du centre de perception cessent entièrement : on éprouve seulement le besoin de la respiration , mais beaucoup moins vivement. D’un autre côté, le défaut d’excitation
est un état pénible pour l’économie : l’ennui , par cause morale , indépendamment des congestions viscérales qu’il occasionne , fait éprouver une douleur à l’épigastre, des bâillemens fréquens et un mal-aise général ; c’est ce qui a fait dire à M. Broussais , que le défaut ou l’excès de sensibilité étaient deux états douloureux pour l’économie, qui se révoltait contre une excitation poussée trop loin , et s’irritait contre un défaut exagéré d’excitation.
Des Sympathies .
Toutes les parties du corps humain étant liées plus ou moins intimement les unes aux autres au moyen des appareils nerveux, un organe ne peut devenir le siège d’une érection vitale sans réagir à l’instant sur ceux avec lesquels il entretient des rapports sympathiques. Il y a sympathie, dit Barthez, lorsque certaine impression perçue par la cause de l’individualité vitale dans un organe, détermine cette cause à produire dans un autre une affection insolite de sensation , de mouvement , ou de quelqu’cspèce que ce soit. Une remarque essentielle à faire pour le physiologiste et le médecin , est le mode d’action d’un organe irrité sur un autre souvent
ïO DES sympathie!
fort éloigné, sans que les parties intermédiaires, auxquelles les mêmes nerfs vont se rendre, éprouvent aucune sensation , aucune commotion. A l’époque de la puberté , les organes sexuels se développent d’une manière presque subite; en même temps, la voix perd chez l’homme son timbre enfantin pour acquérir de la raucité , le larynx s’agrandit considérablement , le cou grossit , le menton de l’homme et le pubis dans* les deux sexes se couvrent de poils , etc. ; chez la femme il s’établit à cette époque un écoulement sanguin mensuel, et en même temps les seins grossissent, le tissu cellulaire acquiert du développement , arrondit les formes ; c’est aussi par sympathie qu’après le développement de la vie sexuelle , les organes génitaux des deux sexes, sont excités au coït.
Les recherches du professeur Broussais, sur le système nerveux en général , et sur le trisplancnïque en particulier, ont jeté un grand jour sur l’histoire des sympathies ; depuis les travaux de ce médecin, on sait que toutes les divisions de l’arbre nerveux ont entre elles des rapports intimes; que lorsque l’irritation est transmise au cerveau, elle parvient aux nerfs ganglionnaires, et que les stimulations de ceux-ci sont réfléchies sur les nerfs cérébro - rachidiens : le grand
sympathique couché sur la colonne vertébrale se divise en plusieurs ordres de filets, dont les uns se ramifient dans les muscles de la vie organique, et les soustraient à finfluence directe du cerveau, les autres vont se fondre dans le tissu des organes et règlent leur mouvement ; les derniers accompagnent les artères, leur fournissent une tunique , et appellent plus ou moins de sang dans leurs rameaux, suivant le besoin des viscères. M. Broussais pense que les ganglions sont les aboutissans des impressions qui parcourent les filets nerveux ; il les regarde comme points de convergence , a l’aide desquels les viscères sont associés les uns aux autres dans leur action physiologique et pathologique; cet appareil nerveux commande les contractions des muscles viscéraux, règle Faction organique intérieure sans la participation de la volonté, il établit des rapports intimes entre les viscères et le centre sensitif, au moyen des nombreuses anastomoses qui existent entre ces filets et ceux du cerveau et de la moelle épinière.
On a présenté tour-à-tour les membranes , le tissu cellulaire , le système vasculaire , comme étant les moyens de la transmission des sympathies ; mais il est bien prouvé que les cordons nerveux qui dorment la faculté de sentir, qui pé-
nèlrent tous les tissus , qui suivent les vaisseaux dans leurs divisions et subdivisions, sont les seuls agens de la sensibilité, des sensations et des mouveraens.
Les sympathies doivent être distinguées en physiologiques et en pathologiques. Pour les étudier il faut considérer , i°. le point de départ; 2°. l’organe qui sympathise ; 3°. les moyens de transport des irritations d’un organe sur un autre.
i°. Toutes les parties de l’organisme peuvent devenir, en général, le point de départ d’une sensation plus ou moins vive, en rapport avec la sensibilité normale , ou insolite de la partie ; la sensation sera d’autant plus vive, que la sensibilité sera plus exaltée, etviceversâ ; c’est principa- I e m en t d a n s T e n fan c e qu’ o n ob se r ve c e g ra n d d é v eloppementdes sympathies : l’excessive irritabilité dont on jouit à cette époque de la vie , et la mobilité extrême du système nerveux, en expliquent assez la cause. Dans la vieillesse, au contraire, les rapports sympathiques sont bien moins actifs, parce qu’on sent moins, et que la transmission, 3e déplacement de l’irritation sont moins faciles. La sensibilité s’use , s’éteint peu à peu par les seuls progrès de l’àge : c’est une des causes qui donnent, aux maladies viscérales, beaucoup plus de gravité dans un âge avancé , par le défaut de
reaction, de révulsion, défaut qui, n’existant pas dans la jeunesse , rend les pertes d’équilibre beaucoup moins dangereuses.
2°. L’organe qui sympathise , partage ordinairement l’état du point de départ; lorsque celuici est malade , il peut devenir secondairement le siège principal de la concentration morbide, et fixer spécialement l’attention du médecin. Dans les gastro-entérites aigues, développées sur des sujets sanguins nerveux, le tube intestinal est le point de départ; mais la sympathie peut devenir tellement forte sur l’encéphale , que celui-ci , quoique secondairement influencé, attire à lui toute l’irritation , de manière que l’inflammation intestinale tend à se dissiper entièrement par la concentration toujours plus forte de l’action irritative sur le cerveau. Les sympathies sont extrêmement actives dans toutes les affections aiguës, mais lorsqu’elles passent à l’état chronique ou lorsqu’elles sont chroniques au début, elles n’ont plus la même activité , et finissent même par s’éteindre totalement quand la maladie traîne en longueur; aussi les personnes qui succombent à une af fection chronique , n’éprouvent pas généralement de douleurs : elles périssent sans connaître leur véritable position; le défaut de Sympathies les soustrait à l’angoisse,
à l’horreur que la crainte d’une destruction prochaine aurait nécessairement produite.
Chaque organe peut donc être considéré comme agissant sur le système vivant, à l’aide des fonctions qu’il remplit et des sympathies qu’il entretient dans l’économie ; ses fonctions sontelles importantes et les exerce-t-il avec énergie ? les sympathies physiologiques deviennent trèsactives pendant l’érection vitale de l’organe, et les sympathies morbides sont souvent le résultat de l’exagération, du trop grand développement des premières; l’estomac, eu égard aux importantes fonctions qu’il remplit, est l’organe qui développe, dans l’état de santé, le plus grand nombre de sympathies ; pendant le travail de la digestion il y a excitation viscérale , le cœur bat avec force, la peau se décolore , on éprouve un sentiment de froid dans les extrémités, toutes les forces en se concentrant sur les viscères, déterminent une faiblesse générale , une disposition au sommeil; mais la digestion une fois accomplie, la scène change , alors les muscles ressentent le besoin d’agir, la peau s’échauffe, et les facultés intellectuelles recouvrent toute leur activité ; si la faim tourmente l’estomac , une autre série' de phénomènes se développe. L’épigastre devient chaud, douloureux; les mus-
clos sont languissans, la peau se refroidit; on observe de la faiblesse dans les idées, de la tristesse, du découragement, un abattement général; bientôt la stimulation de l’estomac est communiquée au cerveau par le grand sympathique , alors succèdent à la tranquillité première des scènes de fureur et de rage. L’instinct seul parie, et des hommes civilisés, instruits, se livrent à des actes de barbarie et meme de férocité qui sembleraient être le seul partage des animaux carnassiers ; les faits a l’appui de cette assertion ne manquent pas : on en trouve de nombreux exemples dans la relation du naufrage de la frégate la Méduse , et dans l’ouvrage de M. le général de Ségur , sur la campagne de 1812. Mais écoutons M. Broussais : « Si la faim n’est pas apaisée , une autre » série de phénomènes ne tardent pas à se ma- » nifester: la sensation douloureuse de l’estomac » s’accroît , et devient un stimulant très-puissant pour ces memes organes qu’elle avait jetés » dans la langueur ; la tristesse se change en co- » 1ère, et le centre cérébral, tourmenté par la » stimulation toujours croissante du grand sym- » pathique, repousse toute idée étrangère au » besoin , et réserve toutes les forces de l’éco- » nomie pour exécuter les actes nécessaires à » l’alimentation. Gomme l’action musculaire en
l6 DES SYMPATHIES.
» est le principal instrument, les muscles reçoi- » vent une abondante innervation : l’agilité , la » force se déploient au plus haut degré surtout » chez les carnassiers, qui ont souvent besoin » de beaucoup de mouvemens pour se procurer » leur nourriture ; Faction du cœur et celle du » poumon se raniment, la circulation s’accélère » pour porter son secours à l’appareil locomo- » leur, et la colère exaspérée par la douleur tou- » jours croissante de l’épigastre, sert d’aliment » continuel à cette exaltation générale ».
Les fonctions de l’estomac sont souvent troublées par des excitations vitales pathologiques développées sous l’influence des alimens trop stimulans , trop ah on dan s , ou par toute autre cause; alors des sympathies d’un autre genre, mais non moins actives, se manifestent et produisent des groupes de symptômes qui avaient trompé les observateurs sur la nature de la maladie. Ces groupes formaient des affections particulières, n’ayant aucun siège, existant par ellesmêmes , constituant des fièvres essentielles ; comme on ne s’était pas rendu un compte exact des sympathies physiologiques des viscères digestifs, on ne pouvait pas expliquer les sympathies morbides; telle était la source de l’erreur.
L’estomac enflammé ne détermine pas , chez
tous les hommes, les memes phénomènes, et cette différence tient au tempérament inné ou acquis de chaque individu. En général, pendant le cours d’une gastro-entérite aiguë , la peau est sèche et contractée ; l’ouverture des membranes muqueuses est rouge ; la langue est pointue , rouge, couverte de mucus épais; les membres sont brisés, contus; la tête est pesante et douloureuse. Si la gastro-entérite fait des progrès , la langue se sèche, se durcit et se fendille; la peau devient de plus en plus âcre et brûlante, les excrétions sont fétides, le pouls est petit, misérable , et les forces sont prostrées, etc.
Chez les sujets nerveux très-irritables, cette maladie agit sympathiquement sur le cerveau ; on observe le délire gai ou furieux , des soubresauts des tendons , des mouvemens convulsifs dans l’appareil locomoteur, et toute la série des symptômes dits ataxiques ; chez d’autres , elle agit sur le poumon et détermine une petite toux sèche â secousses, qui peut devenir quelquefois tellement violente, qu’elle s’accompagne de crachement de sang.
Si les voies digestives influencent si fortement l’économie dans l’état de santé et de maladie, en revanche, les irritations extérieures réagissent à leur tour sur ces organes, les excitent et les
iS
enflamment; elles agissent également dans le même sens sur les viscères renfermés dans les trois cavités splancniques , parce que les irritations s’avancent toujours de l’extérieur à Tintérieur. L’anatomie pathologique a prouvé d’ailleurs, d’une manière évidente, cette proposition, puisque, dans la majorité des cas, le tube intestinal secondairement enflammé est devenu cause de la mort , avant que l’organe primitivement affecté ne fût entièrement désorganisé.
Nous avons dit que , pour analyser une sympathie, il fallait étudier son point de départ, l’organe qui en est le siège et ses moyens de propagations. Quels sont ces moyens? ce sont évidemment les nerfs; mais pourquoi un organe se développe-t-il en même temps que tel autre? pourquoi des parties très-éloignées les unes des autres sympathisent-elles ensemble, sans que les intermédiaires en soient averties ? nous l’ignorons entièrement ; nous savons seulement que les nerfs sont les moyens des sympathies, mais les causes premières nous échappent et nous échapperont toujours; Barthez, , Bichat et beaucoup d’autres physiologistes ont échoué dans ces recherches, tant il est difficile de soulever le voile dont la nature s’enveloppe. Assez d’hypothèses ont été imaginées pour l’explication du méca-
nisme moiéculaire des phénomènes, toutes sont tombées dans l’oubli , car l’erreur passe avec l’homme , la vérité seule lui survit ; pour pénétrer l’essence de tout phénomène , de toute action , il faudrait que nous fussions cette essence elle-même, c’est-à-dire, que nous fussions Dieu,1 « C’est se laisser abuser par un orgueil ridicule, » que de croire qu’on a sondé les profondeurs » infinies de la Divinité, quand 011 a établi des » formules vides de sens, et qui ne disent rien » à l’esprit ; mais c’est faire un noble usage des » facultés accordées à l’homme que de s’atta- » cher à bien connaître les phénomènes pro- » duits par une cause divine, et à les généraliser 3> autant que la sphère étroite de notre in telli- » gence nous permet de le faire. » ( Tiedeman .)
Des Tempéra mens .
La prédominance d’un système organique et le développement des fonctions d’un appareil d’organes constituent des différences parmi les hommes, qui ont servi de fondement à la classification des tempéramens. Gallien , le premier, établit des différences basées sur les quatre humeurs qu’il supposait prédominer dans l’économie , le sang, la bile, la pituite et l’atrabile. Les
DES TEMPÉRA MENS
progrès de l’anatomie et de la physiologie renversèrent ces distinctions, et l’on manquait depuis long-temps d’une bonne classification des tempéramens , en harmonie avec l’état de la science, lorsque le célèbre Halle présenta, sous un jour nouveau, une méthode plus rationnelle, pour distinguer les tempéramens qui furent divisés en généraux et en partiels; il rapporta les généraux aux systèmes organiques généraux , et les partiels au développement de certains appareils, de certains organes. « Les tempéramens, » suivant ce professeur, sont des différences » entre les hommes, constantes, compatibles » avec la conservation de la vie et le maintien » de la santé, caractérisées par une diversité de » proportions entre les parties constituantes » de for ganisation assez importante pour avoir » une influence sur les forces et les facultés de » l’économie entière. »
D’après M. Broussais , les différences des tempéramens doivent se rattacher à celles des fonctions. Il distingue un tempérament gastrique caractérisé parla prédominance de l’assimilation première, et s’il y a en meme temps hypertrophie du foie, c’est le tempérament bilieux ; un tempérament sanguin par prédominance de l’hématose le plus souvent unie à l’hypertrophie du poumon,
DES TEMPÉRA MENS
du cœur et du système vasculaire ; un tempérament lymphatico -sanguin propre à Fendante ; un tempérament onœmique avec faiblesse de F assimila lion et deFhématose ; un tempérament ner« veux inné ou acquis, qui peut s’allier aux autres, principalement au bilieux, au sanguin , à l’anœmique. Le tempérament nerveux dont nous devons nous occuper, se distingue spécialement pai une disposition aux mouvemens convulsifs, avec prédominance de sensibilité ; il n’imprime pas de caractères tranchés à l’économie, et se combine le plus ordinairement avec les autres espèces de tempérament; le développement exagéré du système sensitif est inné chez les personnes très-maigres , et F organisation peut être modifiée à tel point par les irritations viscérales et l’état social , que le système nerveux acquiert, dans le cours de la vie, une sensibilité extraordinaire qu’il n’avait point reçue de la nature. Ces exaltations du système sensitif se manifestent dans les organes prédominans où des érections vitales s’établissent habituellement. Lorsque le développement de l’encéphale est considérable , l’exercice des facultés intellectuelles s’accompagne de phénomènes nerveux multipliés , et la sensibilité cérébrale est mise en jeu à l’occasion des émotions les plus
DES TEMPERA MENS
légères; à Fâge de la puberté, l’utérus peut acquérir un degré d’irritabilité extraordinaire : c’est alors sur cet organe que la nervosité est prédominante ; les parties génitales deviennent le siège de sensations vives d’où partent des irradiations sympathiques sur l’estomac, le cœur et le cerveau; si la sensibilité génitale s’exalte davantage , on voit bientôt se dessiner les phénomènes de l’hystérie et de la nymphomanie ; lorsque le cœur est volumineux, que les poumons sont comprimés, c’est de la cavité pectorale que prennent naissance les phénomènes nerveux, tels que les palpitations, la constriction intermittente du cœur, l’angine de poitrine. Ces prédominances partielles de sensibilité se rallient d’ailleurs à tous les tempéramens , à toutes les constitutions , sous l’influence des irritations physiques et morales. Les personnes douées du tempérament nerveux ont toutes les parties de ce système parfaitement développées ; les sympathies jouissent d’une activité surprenante ; les plus légères sensations leur font éprouver des émotions vives , passagères , mais qui se renouvellent sans cesse ; leur imagination active, brûlante, augmente leurs douleurs, centuple leurs plaisirs ; elles recherchent avec avidité toutes les sensations fortes, car, pour elles, vivre dans le
DES TE1YIPERAMENS.
calme et jouir paisiblement de la vie, ce ne serait pas exister. Aussi , voyons-nous , depuis Mesmer jusqu’aux magnétiseurs de nos jours, que ces messieurs se sont toujours servis de femmes pour accréditer leurs prétendus miracles, tant il est facile de frapper leur imagination , d’exciter leur sensibilité par le tableau du merveilleux , du surnaturel, et par tout ce qui émeut leurs sens et parle fortement à leur âme.
Cette aptitude extraordinaire à la sensation , au mouvement musculaire, peut être portée trèsloin, i°. par l’état social qui augmente sans cesse cet excès de sensibilité , comme on le remarque dans les villes où les travaux intellectuels , les plaisirs, les passions tendent toujours à mettre en jeu l’activité nerveuse ; 20. par les excitations prolongées dans les viscères qui tiennent la sensibilité toujours en action; ces causes, en augmentant d’une manière vicieuse la faculté de sentir, produisent souvent une modification morbide de la matière nerveuse, ce qui constitue la névropathie.