DE LA CÉPHALALGIE
qu’un simple engorgement , de l’injection , sans dérangement d’organisation. Les irritations de l’encéphale ont-elles persévéré pendant un certain temps? on trouve les divers modes d’altération et désorganisation dont le cerveau est susceptible. Toutes ces irritations, lorsqu’elles ne sont pas arrivées à la suppuration, au ramollissement, etc. , sont curables et se dissipent quelquefois à l’aide d’un traitement anti-phlogistique et révulsif. Mais si les secours de l’art ne peuvent pas arrêter les progrès de ces affections, les malades succombent et les cadavres présentent des désordres qui ne peuvent être ralliés qu’à un état inflammatoire du cerveau ; ainsi donc, l’action des causes , l’influence du traitement et les ouvertures des cadavres servent tout à la fois à prouver que l’encéphale n’est pas seulement affecté nerveusement , mais que la mort a été le résultat nécessaire d’une irritation prolongée , de l’inflammation , et de la désorganisation.
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JDe la Céphalalgie et de T Hémicranie.
Ces affections sont deux symptômes d’une irritation légère du cerveau et de ses membranes, dont les causes sont idiopathiques ou sympa-
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thiques. L’action d’une vive lumière , le bruit , les accès de colère, les travaux intellectuels prolonges, les coups, les chutes sur la tête, etc., agissent directement sur le cerveau; la gastrite, la gastro-entérite, déterminent sympathiquement dans l’encéphale des érections vitales morbides, des douleurs générales ou partielles, dont l’intensité est en rapport avec la violence de l’irritation primitive.
Les malades éprouvent un sentiment de malaise à l’épigastre , une douleur plus ou moins vive , une pesanteur plus ou moins considérable dans toute la tête ou vers les parties latérales, au front, à l’occiput, aux tempes; ils se plaignent d’élancemens douloureux derrière les orbites ou dans une partie quelconque du cerveau ; la face est en même temps rouge, injectée, couverte de sueur ; les artères temporales battent avec violence; d’autres fois, la face est pâle, les traits sont affaissés, les yeux sont mornes , entourés d’un cercle bleuâtre ; nous avons vu chez deux jeunes gens affectés d’hémicranie périodique par irritation gastrique , la pupille correspondant au côté du crâne affecté , présenter une dilatation beaucoup plus considérable que celle du côté opposé. Le pouls est ordinairement vif, petit, concentré, la peau chaude , halitueuse ; il
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y a perte d’appétit, la langue est rouge à la pointe, sale au centre, et on observe souvent au début des v o miss cm eus. Pendant le cours de ces céphalalgies, les malades sont irritables, susceptibles ; ils peuvent être frappés d’apoplexie , devenir maniaques , périr dans la langueur et le marasme , lorsque ces irritations se prolongent dans la chronicité. Ces symptômes de l’irritation du cerveau sont quelquefois périodiques; et l’hémicranie revient ordinairement par accès; il est assez commun d’observer dans le monde des personnes irritables qui sont affectées habituellement de cette irritation, qu’ils connaissent sous le nom de migraine. La moindre émotion , un excès d’alimentation , l’ingestion de liqueurs alcooliques , la provoquent et la rappellent ; elle se calme ordinairement en peu de temps, sous l’influence de la diète et du repos.
Lorsque la céphalalgie et l’hémicranie sont accidentelles, le repos, la diète et le sommeil dissipent facilement ces irritations ; mais quand elles reviennent périodiquement , les palliatifs ne peuvent pas suffire pour dissiper ces affections légères, qui pourraient devenir beaucoup plus graves et meme compromettre la vie des malades. Avant d’établir un traitement rationnel, il faut d’abord connaître l’organe qui
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est le siège de l’irritaiion , afin de pouvoir agir sur l’encéphale ou sur tout autre viscère. Lorsque ces affections sont le résultat sympathique d’une irritation gastrique , la diète, les sangsues à l’épigastre , les boissons acidulées ou émollientes, les bains de pieds , sont indiqués; si la suppression des règles, d’une hémorragie habituelle , ont précédé l’apparition des symptômes morbides, le rétablissement de ces écoulemcns par les saignées et les excitans révulsifs sont les meilleurs remèdes; mais quand l’irritation est primitive dans l’encéphale et que le malade est en meme temps pléthorique , on conseille la saignée, et de plus, les applications de sangsues au col, derrière les oreilles, sur les tempes, les affusions froides sur la tête, et les bains de pieds fortement sinapisés ; on a recommandé après l’usage des anti-phlogistiques , dans le cas où ils ne produisent pas une amélioration dans les symptômes, les révulsifs, et particulièrement le vésicatoire à la nuque , derrière les oreilles , a la tempe ; on a également proposé les cautères, les moxas et les sétons contre la céphalalgie chronique, ainsi que les vomitifs et les purgatifs, lorsque les viscères digestifs sont en bon état. Mais en combattant ces légères irritations de l’encéphale à leur début, à l’aide d’un traitement
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rationnel, sans attendre qu’elles aient fait des progrès , la saignée et les sangsues suffisent pour détruire la congestion et pour rétablir l’équilibre ; si Ton persiste à ne pas reconnaître Je caractère inflammatoire de ces affections, à les considérer comme de simples névroses et à les traiter par des anti-spasmodiques, c’est-à-dire des excitans, on expose les malades aux accidens formidables qu’entraîne à sa suite l’irritation chronique du cerveau.
Des Convulsions.
Lorsque les médecins seront convenus de considérer dans les maladies l’organe souffrant, on n’admettra plus des convulsions primitives ou essentielles, et on ne s’efforcera plus à les distinguer des maladies convulsives. Gomme elles dépendent toutes des irritations organiques , elles seront disséminées autour des affections qui leur donnent naissance ; alors ce ne seront plus des maladies, mais des symptômes dont la force, l’intensité et la violence pourront faire apprécier le degré d’irritation de l’organe qui les provoque.
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Les convulsions se manifestent toutes les fois que le cerveau est irrité ou enflammé primitivement dans sa substance ou dans ses membranes; elles se développent également par sympathie, lorsqu’un point sensible de l’économie irrité, enflammé , réagit assez fortement sur l’encéphale pour l’ébranler et exciter des contractions et des relâchemans alternatifs dans les muscles, sans la participation de la volonté ; le cerveau joue donc Je principal rôle dans la production des phénomènes spasmodiques ; mais en est-il toujours la cause, et ces phénomènes ne pourraient-ils pas avoir lieu sans l’intervention de l’encéphale et de la moelle épinière, simplement par l’action des nerfs ganglionnaires et cérébro-rachidiens , et meme sans l’intervention de l’influence nerveuse? Les nerfs ganglionnaires déversent sur le cerveau l’irritation que leur communique l’érection vitale morbide des viscères: cette irritation secondaire de l’encéphale détermine des mouvemens convulsifs dans le système musculaire de relation ; mais si l’érection morbide viscérale persévère , le cerveau s’enflamme lui-même , et la violence des convulsions augmente. Dans le premier cas, elles provenaient de l’action des viscères sur l’encéphale ; dans le second, c’est le cerveau enfîam-
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me qui les développe. Nous pensons donc que les nerfs ganglionnaires ne peuvent exciter des des mouvemens spasmodiques qu’avec le concours du centre de perception: ces mouvemens tumultueux ont également lieu sans inflammation, puisque les sens internes et l’encéphale acquièrent quelquefois une irritabilité telle , que les plus légères stimulations perçues déterminent des sensations et des mouvemens extraordinaires, comme on le remarque chez les névropathiques, dont les organes ne sontpointencore enflammés. Quant à l’influence nerveuse , elle est indispensable à l’explication des phénomènes ; car, en supposant que le cerveau ne soit pour rien dans certaines convulsions très-bornées, comment pouvoir s’en faire une juste idée , si on n’admet point une modification locale de la matière nerveuse ? Quelques muscles , il est vrai , se convulsent facilement chez les personnes névro-pathiques , quoique le cerveau n’ait point été averti par la douleur et qu’il paraisse ne prendre aucune part à ce désordre partiel, mais il doit y avoir nécessairement un stimulant direct dont l’ac tion se borne dans ce cas à augmenter et déna turer la contractilité de ces muscles, et la sensibilité des nerfs qui les animent. Quoi qu’il en puisse être , il est bien reconnu maintenant que , dans l’immense
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majorité des cas , l’irritation primitive ou secondaire du cerveau et de ses membranes est la cause évidente des mouvemcns convulsifs, sans qu’on puisse prouver positivement l’intervention du centre sensitif dans quelques contractions locales qui se manifestent , quoique les parties ne soient point douloureuses et que l’encéphale n’ait reçu aucune impression.
Les convulsions, à l’exception d’un très-petit nombre de cas , sont le résultat i°. d’une irritation idiopathique ou d’une affection inflammatoire du cerveau; 2°. d’une modification vicieuse de l’irritabilité de cet organe ; 3°. de l’irritation des sens, des appareils extérieurs, ou des viscères, assez intense pour réagir sur l’encéphale. Ces distinctions sont utiles pour le traitement, puisque , dans le premier cas , les moyens thérapeutiques doivent être dirigés contre l’encéphale , et dans le second, contre les organes et les viscères souffrans. La violence des convulsions, leur intermittence , leur durée, dépendent donc essentiellement de l’état d’irritation aiguë ou chronique des organes, de leur sensibilité, et du rôle plus ou moins actif qu’ils jouent dans l’économie.
Les partisans du système de Brown rallient les convulsions à la débilité, parce qu’il est d’ob-
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servation qu’elles se manifestent ordinairement chez les personnes débiles et affaiblies ; ils croient que toute l’économie animale est plongée dans l’asthénie , dès qu’ils remarquent de la faiblesse. Cette erreur provient de ce que n’ayant point étudié les phénomènes de l’irritation morbide , ils ne peuvent pas distinguer l’asthénie générale, que la soustraction subite des excitants de la vie détermine , de l’asthénie relative , que l’irritation des viscères produit toujours dans les muscles et en général dans la vie de relation. Ces médecins,pour montrer les rapports qui existent, suivant eux , entre la débilité et les convulsions , se sont basés sur les phénomènes extraordinaires qui se manifestent lorsqu’on soustrait à l’économie, en quantité notable , des matériaux nutritifs tout élaborés , et ils se sont étayés des phénomènes de débilité et de convulsion qui accompagnent une soustraction considérable de sang. Mais ils n’ont pas vu qu’une cause débilitante , telle que la privation du sang, pouvait devenir une cause puissante d’irritation ou de névrose. Ils n’ont pas aperçu cette loi de l’économie que M. Broussais a développée , en vertu de laquelle les grands viscères empruntent constamment , pour l’entretien des fonctions et de la vie , l’action vitale et les fluides aux autres parties dont
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les fonctions sont moins importantes , aussitôt qu’ils en sont privés accidentellement. N’ayant point appliqué ces principes à l’explication des mouvemens convulsifs qui accompagnent les hémorragies traumatiques , ils n’ont vu que débilité là où l’encéphale et les viscères abdominaux et thoraciques , privés subitement des liquides dont ils ont sans cesse besoin pour le soutien de l’activité vitale , sont dans un état douloureux , réagissent sur l’économie , font un appel au sang qui parcourt les petits vaisseaux, de manière que ce liquide leur arrive, non plus avec celte régularité qu’on observe dans l’état de santé , mais avec promptitude et par saccade. Cet abord brusque et précipité augmente le trouble, l’angoisse des viscères, les irrite et donne naissance aux convulsions. Telle est cependant l’origine des spasmes, des mouvemens désordonnés dont on trouve des exemples journaliers chez les animaux qui périssent d’hémorragie. Toutes les convulsions sont donc le résultat de l’irritation, et vouloir les faire cesser au moyen des stimulans, c’est employer un traitement aussi peu rationnel que dangereux , c’est exposer les malades à la mort.
Depuis la doctrine Brown et des ontologistes, les maladies convulsives ont été classées au
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nombre des affections asthéniques , ou elles ont été considérées comme maladies nerveuses essentielles, sans qu’on ait eu égard à l’irritation ou à l’inflammation des organes qui les entretiennent ; le traitement appuyé sur ces théories mensongères ne pouvait jouir d’aucune efficacité, et la nature avait à combattre les causes du mal et l’action desmédicamens.H était toujours question de réveiller les forces, de remédier à la débilité, de soutenir les malades , et de calmer la nervosité en prodiguant les boissons et les alimens stimulans, les anti-spasmodiques, les amers, les narcotiques, en un mot, les médicamens toniques ou anti-nerveux qu‘on adressait naguères à toutes les débilités, à toutes les entités morbides dont on avait défiguré la pathologie. Cependant, des médecins , au nombre desquels Pomme occupe le premier rang , s’élevèrent avec force contre cette pratique meurtrière ; mais ils ne purent point se faire entendre, parce qu’ils ne découvrirent pas la liaison qui existe entre l’irritation et les désordres sympathiques: c’était à M. Broussais qu’était réservé la gloire toute entière de faire connaître la véritable nature de ces affections, et d’en réformer la thérapeutique. Les raisonnemens appuyés sur une saine logique, le traitement nouveau , fécond en résultats heu-
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reux , les ouvertures des cadavres , ont prouve que les symptômes morbides étaient le produit d’une irritation nerveuse , nervoso-vasculaire , inflammatoire primitive ou consécutive de l’en-" céphalc. Depuis cette époque les médecins physiologistes ont banni de leur traitement toutes ces formules de médicamens dangereux adressés à des états chimériques de l’économie, pour s’occuper de l’organe souffrant, sous l’influence duquel les convulsions se manifestent.
On ne peut établir que des principes généraux pour Je traitement des convulsions, puisqu’elles sont toujours les symptômes , soit d’une irritation de l’encéphale, soit de l’irritation de tout autre organe qui réagit sur le cerveau. Il faut donc d’abord connaître l’organe malade , avant de baser un traitement rationnel. Si l’irritation, des viscères, des organes excite l’encéphale et produit des convulsions, le traitement doit être dirigé contre la partie primitivement affectée. Dans le cas où le malade est atteint d’encéphalite aigue ou chronique, les saignées générales, locales sont les anti-spasmodiques par excellence : dans les convulsions intermittentes que détermine l’irritation chronique du cerveau, on a vanté et mis en usage les stimulans les plus violens, les poisons les plus actifs , tels que les sels de cuivre,
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d’arsenic, d’argent, le phosphore; à l’aide de pareils moyens on a occasionné d’horribles gastro-entérites, qui n’ont souvent produit d’autre effet que d’augmenter les souffrances des malades et d’avancer le terme de leur existence. Nous pensons donc, avec tous les médecins physiologistes, que ces médicamens, quelque fractionnés qu’ils puissent être , sont dangereux, et qu’on doit, dans tous les cas possibles , s’en abstenir. Lorsque les révulsifs sur le canal intestinal sont jugés nécessaires, on peut avoir recours aux substances purgatives, minérales et végétales ordinaires , pourvu qu’on en cesse l’usage lorsque les voies gastriques se fatiguent et s’irritent. On peut d’ailleurs allier au traitement de l’irritation locale , les sédatifs du système nerveux, lorsque la mobilité convulsive dégénère en une sorte d’habitude : les bains tièdes, froids, suivant 3a saison, l’exercice en plein air, la marche poussée jusqu’à une légère fatigue, les narcotiques administrés avec la réserve qu’exige l’état des viscères, sont des moyens très-secondaires , dont les effets sont à peu près nuis toutes les fois que l’irritation première et productrice des symptômes n’est pas calmée , mais qui jouissent d’une grande efficacité chez les personnes névropathiques qui ,
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par excès d’irritabilité, tombent en convulsions pour les moindres émotions de plaisir ou de peine , et pour les causes les plus légères.
Lorsque les organes de la digestion ne sont pas irrités après les accès de convulsion, l’usage d’alimens substantiels concourt à ranimer les forces épuisées , et à diminuer l’éréthisme nerveux. La réparation est d’autant plus urgente , qu’il y a eu perte de fluides. Les toniques sont alors indiqués , les bonsalimens, le vin léger. Quant aux médicamens dits toniques , nous ne
pensons pas qu’ils puissent convenir; ils stimulent , et ne remontent pas les forces , iis augmentent, d’ailleurs, l’irritation des voies digestives, si elle existe, et peuvent la produire lorsqu’elle n’existe pas.
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Du Tétanos.
L’irritation primitive ou consécutive de la moelle épinière , de la base du cerveau , l’irritation des extrémités sensitives , développent , dans certaines conditions, des convulsions fixes , une tension partielle ou générale des muscles, qui ont fait donner à cette affection le nom de tétanos, de Teratvw , tendre. Quoique le tétanos soit une des maladies le plus anciennement con-
i iS bu tétanos:
nues, et qu’une foule d’auteurs recommandables , au nombre desquels il faut compter Are tée , Dehaen , rTmka de Krzomlz, Fernel, Morgagni , etc. , ait tracé des histoires particulières du tétanos , ait donné des descriptions générales et des préceptes thérapeutiques, le véritable siège et la nature de cette affection étaient inconnus avant les travaux de M. Broussais et des médecins physiologistes qui se sont occupés de cette matière.
Le phénomène fondamental et distinctif du tétanos consiste dans le spasme , la convulsion fixe des muscles soumis à l’empire de la volonté ; tous les muscles ne sont pas au début dans un état convulsif, mais les progrès de la maladie peuvent amener, même en peu d heures, une rigidité complète et universelle. Les auteurs distinguent plusieurs variétés de tétanos , désignées sous différentes dénominations rela tives aux parties convulsées ; lorsque la roideür se borne aux muscles élévateurs de la mâchoire inférieure, c’est le irismus. Le renversement de la tête et du col en arrière constitue Y opisthotonos ; la courbure et la flexion du corps en avant, Yemprosihotonos ; le pleuroslhotonos dépend du renversement du tronc sur l’un des côtés. Lorsque tous les muscles du corps sont dans un état de roi-
deur et de rigidité générales, c’est le tétanos tonique, qui peut se compliquer d’ailleurs cVun des états précédons , ce qui rend encore le danger plus imminent.
Les causes générales du tétanos sont : i°. les irritations de la moelle épinière de la base du cerveau et de l’encéphale ; 2°. les irritations des organes de la digestion , oui , chez certaines personnes très-nerveuses , réagissent sympathiquement sur les appareils cérébro-rachidiens ; 3°. les irritations des extrémités sensitives que déterminent les variations brusques de la température, la piqûre des fdets nerveux, les blessures produites par des corps déchirans, contondans; la stimulation des plaies traitées par des excitans , etc. Ces diverses causes agissent rapidement sur lç rachis et l’encéphale , produisent l’inflammation de ces parties , et des convulsions secondaires ; ou bien les malades succombent à l’excès de la douleur et à l’asphyxie , avant que l’inflammation ne se soit emparée de la moelle épinière et du cerveau.
Les symptômes caractéristiques du tétanos , quelque soit la cause qui ait pu le provoquer, sont les suivans : spasmes fréquens , mouvemens convulsifs de la face ; roideur des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure ; d’abord légère , la rigidité arrive au point qu’il devient
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impossible de séparer les mâchoires Tune de l’autre ; les muscles du col contractent à leur tour cette roideur que partagent bientôt ceux du dos des membres thoraciques et pelviens ; le corps est ployé en avant , en arrière , sur les côtés, ou bien tous les muscles sont tellement roides, que le corps entier paraît être composé de parties dures et solides; le visage est pâle ou rouge ; les yeux sont fixes ou agités ; les dou-; leurs ont une telle violence $ que les malades jettent des cris aigus ; iis ne peuvent parier, ou ils font entendre des sons étouffés ; ils jouissent au reste le plus communément de toutes leurs facultés intellectuelles ; la respiration est difficile, haute , stertoreuse ; la tension du diaphragme et des muscles pectoraux comprime les poumons, gêne la respiration et trouble la circulation; le pouls est accéléré, dur, irrégulier, quelquefois convulsif; la peau est sèche , aride , brûlante ou froide ; la difficulté de respirer augmente sans cesse , et les malades périssent dans des angoisses inexprimables. Pendant le cours de cette affection , les malades n’ont aucune espèce d’évacuation alvine : cette constipation tient au spasme , à la convulsion fixe du gros intestin qui, recevant une grande quantité de nerfs cérébro-rachidiens , partage l’état mor-
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bide des muscles de la vie de relation. La marche de cette maladie n’est pas toujours aussi prompte, ni aussi intense. Ses symptômes se bornent quelquefois à un serrement des mâchoires , qui n’empêche même pas les malades de pouvoir avaler quelques liquides. Lorsque le tétanos ne se termine pas d’une manière funeste , et qu’il cède soit aux moyens thérapeutiques, soit aux efforts critiques de la nature , les muscles perdent de leur roideur , les douleurs y sont moins aigues , la respiration devient plus facile, l’agitation du pouls moins violente , la sécheresse de la peau diminue , elle se couvre quelquefois de sueur, les contractions spasmodiques se relâchent et cessent graduellement.
Cette maladie est en général fort dangereuse ; les causes qui Font développée ainsi que sa nature nerveuse ou inflammatoire , influent puissamment sur le danger qu’elle entraîne , sur sa durée et sur les phénomènes plus ou moins alarmans dont elle s’accompagne. Nous distinguons deux variétés de tétanos : la première, essentiellement nerveuse , dépend de l’irritation idiopathique des nerfs cérébro-rachidiens , qui détermine des convulsions fixes des muscles volontaires et du diaphragme , puis l’asphyxie sans inflammation de la moelle épinière et de la base
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(la- cerveau ; la seconde variété dépend de Finflammation encépliaîo-rachidienne , provoquée idiopathiquement ou sympathiquement. Ces distinctions sont d autant plus utiles à faire, qu’elles serviront de base au pronostic et au traitement de cette affection.
Le tétanos nerveux survient à la suite des blessures , des piqûres des fdets nerveux , lorsque le système sensitif est extraordinairement exalté par la chaleur. C’est surtout dans la zone torride et particulièrement entre les deux tropiques , que ce genre de tétanos est formidable. M. llicherand rapporte dans sa Nosographie , d’après üichai'd , qu’il existe à Cayenne un réglement de police qui condamne à de fortes amendes le propriétaire devant rhabitationduquel on trouve des fragmens de verre, des épines ou tout autre corps capable de déchirer les pieds nuds des passans. Le passage subit, brusque, du froid au chaud le détermine également dans les pays où la température est très-variable. 11 faut encore rapporter à ce genre de tétanos celui que Faction du froid produit chez les nouveaux nés, trismus nascentium, ainsique la rétention forcée du méconium , l’éruption difficile des dents , etc. , etc. Cette variété , la plus formidable de toutes , fait périr les malades en quelques
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heures, avant que l’inflammation ne se soit développée ; la roideur commence par les mâchoires, elle envahit successivement tous les muscles , s’empare du diaphragme , et la mort est due à l’asphyxie. Des médecins qui ont occupé les premiers rang dans la chirurgie militaire, ont vu des soldats légèrement blessés, être frappés à l’instant même d’un tétanos universel, auquel ils succombaient très-promptement. Mais lorsque le tétanos n’est pas aussi rapide dans sa marche, une congestion morbide s’établit bientôt sur le rachis, l’inflammation se développe, et tous les symptômes morbides dépendent alors d’un spinitis consécutif.
Le tétanos inflammatoire peut être déterminé par une irritation primitive de l’appareil cérébro-rachidien : on observe alors tous les symptômes de cette irritation , et les phénomènes tétaniques , avec ou sans délire , suivant l’extension plus ou moins grande de l’érection vitale morbide: les chagrins profonds, les affections de l’âme et toutes les causes qui agissent sur le système vasculo-nervcux , cérébral et rachidien, peuvent occasionner le développement de ces symptômes morbides.
La gastro-entéro-céphalite donne quelquefois paissance au tétanos. C’est la fièvre ataxique,
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avec symptômes tétaniques des auteurs. On l’a souvent observé pendant le cours des irritations gastro-intestinales, lorsque la base de l’encéphale est fortement stimulée ; aux soubresauts des tendons, aux mouvemens convulsifs , irréguliers, succèdent alors la rigidité et les convulsions fixes. La présence des vers dans le canal digestif a été regardée comme cause provocatrice très-puissante de cette affection. Ces a nimauxirritent d’abord les voies gastriques, puis secondairement l’encéphale, et développent les symptômes tétaniques, comme aurait pu le faire une simple gastro-entérite , que n’entretiendrait pas cette cause matérielle d’excitation. Laurent , de Strasbourg , d’après l’ouverture d’un certain nombre, de cadavres d’individus morts du tétanos , qui présentèrent des vers dans le tube digestif, en conclut que la présence de ces animaux était cause essentielle de la maladie ; mais les recherches ultérieures faites sur les cadavres, n’ont point confirmé celte opinion , et l’on pense généralement que le tétanos sympathique que produit l’irritation du canal intestinal chez les sujets excessivement irritables, ne dépend pas d’une cause exclusive , mais bien de toutes celles qui peuvent développer des érections vitales morbides dans les voies digestives.
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On a observé des attaques de tétanos irrégulières pendant les accès de fièvres intermittentes graves. La stimulation périodique que la gastro-entérite irradie sur l’appareil encéphalique, détermine ces phénomènes spasmodiques, qui disparaissent et reviennent avec les paroxismes : on a également observé des tétanos qu’on a nommé chroniques , par rapport à la durée de la maladie. Cette dénomination est impropre: la rapidité , la marche de cette affection essentiellement aiguë , peuvent être modifiées; mais il n’existe pas de chronicité dans les tétanos qui se manifestent sous l’influence du froid , d’un écart de régime, d’une affection morale chez les personnes qui en ont été déjà très-vivement affecté ; il y a seulement habitude de congestion et de stimulation de la base du cerveau et du rachis, c’est unétatintermittent, mais toujours aigu.
Le pronostic du tétanos doit varier d’après l’intensité et la violence des symptômes, et d’après les causes qui l’ont occasionné. Le tétanos tonique , qui dépend de l’irritation idiopathique des nerfs de la vie animale, est le plus redoutable , puisqu’il produit en peu d’heure le spasme du diaphragme et met un obstacle insurmontable à la respiration , lorsque cette première période du tétanos nerveux est passée, le danger
est moins imminent , et Ton peut attaquer avec plus d’avantage l’encéphalite et le spinitis consécutifs : le tétanos que l’irritation des voies gastriques a déterminé peut se dissiper quand on combat l’irritation primitive à l’aide des moyens anti-phlogistiques , ou anthelmintiques lorsqu’on soupçonne la présence des vers ; mais en général , quand l’affection tétanique est bien développée , la rigidité extrême des muscles , le rapprochement excessif des mâchoires , la sécheresse , la chaleur âcre et le défaut de chaleur de la peau , l’intermittence du pouls , les soubresauts des tendons, etc., sont du plus fâcheux augure ; la possibilité d’avaler des liquides , la souplesse et la régularité du pouls, la chaleur générale sans sécheresse , ou la moiteur de la peau, le prolongement de la maladie, doivent inspirer un espoir fondé de guérison. Il s’effectue quelquefois des déplacement d’irritation ; tels sont une diaphorèse abondante après la sécheresse de la peau, le flux des hémorroïdes, une hémorragie nasale : ces crises sont extrêmement favorables aux malades.
Ija durée ordinaire du tétanos est depuis quelques heures jusqu’à quatre ou cinq jours, pendant la durée desquels le pronostic ne doit jamais être très-rassurant , puisqu’il s’agit d’une des
maladies les plus formidables qui puissent affliger l’espèce humaine , et dont l’action sur les centres viscéraux épuise les forces nerveuses , nuit à la respiration et s’oppose plus ou moins complètement à l’hématose.
A l’ouverture des cadavres, on trouve ordinairement de l’engorgement à la base du cerveau et dans le canal rachidien , les traces d’une inflammation avec dureté de la substance médullaire de l’encéphale et de la moelle épinière , des épanchemens ; on a également trouvé des altérations dans le canal digestif.
Lorsque le tétanos provient d’une cause traumatique, le premier soin des médecins doit être de débrider les plaies et de les élargir, d'enlever les esquilles et tous les corps étrangers dont la présence blesse , irrite les blets nerveux ; la saignée générale est ensuite indiquée , ainsi que l’opium pur, la teinture de Sydenham à haute dose. Le danger est pressant, les symptômes sont dus à l’irritation nerveuse , on doit tout mettre en usage pour prévenir les spasmes des muscles pectoraux et l’asphyxie ; mais si l’inflammation est développée, il faut nécessairement faire appliquer des sangsues et des ventouses scarifiées, à la base du crâne et sur la colonne épinière, ensuite mettre en usage les narcotiques à haute
dose; lorsque les symptôme^ tétaniques sont précédés d’une irritation gastro-intestinale, l’affection primitive doit être combattue avant d’agir sur la colonne épinière , et dans les cas où les malades rendent habituellement des vers , il est évident que les préparations huileuses doivent être administrées , ainsi que les purgatifs propres à les expulser; il faudrait ensuite faire apposer des sangsues sur l’abdomen pour calmer l’irritation que les vers et les médicamens pourraient avoir fait naître dans le canal digestif on recommande le bain chaud après les saignées générales et locales ; le bain tiède , en faisant des affusions froides sur la tête; des médecins ont conseillé de faire plonger les malades, pendant quelques minutes , dans l’eau froide, de les envelopper ensuite dans des couvertures delaine, et de favoriser la révulsion à l’aide des boissons diaphoré tiques chaudes. M. Broussais pense qu’il faut débuter par les saignées générales et locales, et lorsque le malade peut supporter les excitans opiacés, il conseille l’opium à dose proportionnée à la susceptibilité du sujet ; il pense également qu’il serait avantageux de l’arroser avec de l’eau froide, de l’envelopper ensuite dans des couvertures, et d’exciter une diaphorèse , en lui donnant des boissons chaudes , de revenir ensuite
aux applications des sangsues sur les viscères irrités. Si la bouche se dessèche, il conseille d’abandonner les stimulans , et de donner une légère limonade chaude , édulcorée avec un sirop muqueux. En résumé, le traitement consiste dans la sédation directe et la révulsion. Le tétanos nerveux réclame de suite la saignée et les narcotiques; le tétanos inflammatoire , idiopathique ou sympathique, exige les anti-phlogistiques, les narcotiques , et les moyens propres à exciter le système cutané. Le médecin doit surtout chercher à produire une révulsion; la nature l’opère quelquefois , et la guérison est presque toujours subite. Un matelot , attaqué d’un tétanos traumatique , fut renfermé à fond de cale de la gabarre la Seine , commandée par M. de la Peyrouse. Il suffit de quatre heures de séjour dans ce lieu humide et chaud, dont les écoutilles avaient été fermées, pour exciter, chez cet homme , une sueur si abondante , qu’on le trouva entièrement guéri lorsqu’on descendit pour le retirer. On a proposé également l’ammoniaque administrée dans un liquide stimulant ; le carbonate de potasse , l’huile essentielle de térébenthine ; les huiles de girofle , de canelle , de muscade ; les frictions mercurielles , etc. , dans le dessein de provoquer des révulsions sur