DE LA DYSPEPSIE
des cas rares, et par l'effet d’une organisation particulière , des hommes qui , d’abord boulimiques, sont devenus polyphages. A l’ouverture des cadavres, on a trouve que ces hommes présentaient , sous le rapport de la structure du tube digestif, une analogie frappante avec les grands mammifères carnassiers.
La dyspepsie , de , difficile, et de Trente, digestion , est classée dans la nosographie philosophique , parmi les névroses des fonctions digestives; M. Pinel lui assigne pour cause, à l’exemple de Cullen , un état de débilité de l’estomac , des excès d’alimens, la leuchorrée, la suppression d’évacuations habituelles, les excès dans les plaisirs de l’amour, etc. , et pour symptômes , une digestion lente , souvent pénible , et quelquefois même douloureuse , qui s’accompagne alors de lésions locales et générales variées ; il conseille , pour le traitement , une distribution bien coordonnée des alimens et des boissons, un exercice convenable et l’emploi modéré des amers , des aromatiques et des ferrugineux; du reste, ce professeur ne donne point de détails sur l’état du pouls, de la langue, ni sur les sympathies morbides ; on ne connaît pas le résultat du traitement stimulant qu’il met en usage, et il ne parle pas des ouvertures des cadavres.
Si on veut étudier physiologiquement les causes qui donnent lieu à la dyspepsie , on reconnaît bientôt qu’elles sont toutes stimulantes ; que la douleur à l’épigastre , les nausées , les vomissemens, la lenteur et les difficultés de digérer, l’état de la langue, bîanche au centre, rouge sur les bords ; que la difficulté plus ou moins grande de respirer, la céphalalgie, etc. , etc. , dont cette prétendue névrose s’accompagne, sont des symptômes pathognomoniques de l’exaltation morbide de l’estomac. L’ouverture des cadavres sanctionne d’ailleurs ce diagnostic , et ne peut laisser aucun doute sur la nature inflammatoire de l’affection qui donne naissance à ce symptôme , puisqu’on trouve la membrane muqueuse de l’estomac épaissie , ramollie , ulcérée , squirreuse , ou cancéreuse. La dyspepsie n’est point une névrose, ni une faiblesse de l’estomac; c’est un des symptômes les plus constans qui accompagnent la gastrite chronique.
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De V Entérite chronique et des nuances de cette inflammation, rapportées à la classe des nécroses.
L’entérite chronique s’étend depuis le duodénum jusqu’à la fin des intestins grêles ; elle se
développe conjointement avec la gastrite, ou succède à cette dernière affection. Elle prend le nom de duodénite, lorsque l’irritation est fixée à la partie supérieure du canal intestinal , et celui d’entérite , quand elle affecte la portion d’intestin qui fait suite au duodénum.
Les causes occasionnelles qui agissent directement sur le tube digestif et donnent souvent naissance à la phlegmasie chronique intestinale, sont l’usage habituel des boissons alcooliques, des mets épicés et de tous les alimens ou médicamens stimulans, dont les gens du monde font un si grand abus. Cette maladie est la plus commune de toutes celles dont les hommes puissent être affectés , parce qu’il n’est pas de plaisir dont on abuse autant que de celui de la table ; aussi est-il de remarque que les hommes qui , par habitude, par gloutonnerie, se gorgent de mets et de liquides stimulans, poussent rarement loin leur carrière , pendant le cours de laquelle ils éprouvent de fréquentes phîegmasies aiguës, et qu’ils succombent presque tous avant l’âge à la gastro-entérite ou à la duodenite chroniques. Lorsque l’entérite est chronique, et qu’elle n’a point été précédée de l’irritation aiguë , elle se développe souvent de la manière la plus insidieuse ; elle marche avec lenteur et donne nais-
sance à un petit nombre de sympathies morbides ; les digestions sont lentes, paresseuses et s’accompagnent de la production de gaz et de rapports , de maux de tète après les repas. Si le duodénum est particulièrement affecté , le malade éprouve de la douleur dans fhypocondre droit, au-dessous des cotes asternales; et, quoiqu’il ait de l’appétit, et que les alimens déterminent une sensation de plaisir lorsqu’ils parviennent à l’estomac, ils occasionnent bientôt une pesanteur, des douleurs plus ou moins vives* lorsqu'ils passent dans le duodénum , à l’époque de la deuxième digestion; alors la figure exprime la souffrance des viscères gastriques, la langue est sale , pâteuse , légèrement rouge ; le pouls présente plus de vitesse et de dureté; quelquefois , pendant le cours de la duodénite, la jaunisse se développe , et , dans ce cas , le malade ressent ordinairement des coliques très-vives , auxquelles succède une diffusion ictérique sur la peau, ou bien Y ictère correspond seulement à la portion de la peau qui recouvre le foie et le duodénum. Dans le commencement de la maladie , les symptômes locaux et sympathiques persévèrent pendant toute la durée de la digestion ; ils s’apaisent ensuite , mais lorsque cette affection n’est pas arrêtée dans sa marche, ils
deviennent continus. L’entérite chronique développe également chezles individus dont le système sensitif est facile à exalter, une irritation dans l’encéphale, qui acquiert souvent une telle intensité , que les malades, primitivement affectés de duodénite, d’entérite chroniques, deviennent fous, sont frappés d’apoplexie, ou prennent la vie en horreur, au point qu’ils se suicident. Pendant la durée de la duodénite chronique , il se développe souvent des douleurs vives dans la région du foie : ces douleurs ont été rapportées à la présence des calculs biliaires que l’inflammation peut engendrer dans la vésicule du fiel, ou à hépatite chronique; mais le foie, étant un organe veineux, s’enflamme de lui - même très -difficilement, tandis que le duodénum , qui reçoit les canaux cholédoque et hépatique , lui communique l’inflammation , de manière que la duodénite chronique est presque constamment accompagnée d’hépatite ; ces douleurs sont maintenant reconnues dépendre de l’irritation invétérée du duodénum , sans qu’on puisse en accuser la présence des calculs biliaires, qui trèssouvent n’existent pas. La phlegmasie intestinale envahit quelquefois les parties circonvoisines , sans développer de forte réaction ; c’est ainsi qu’elle produit l’hydropisie par son extension au
péritoine : cette péritonite consécutive , qui n’est point douloureuse , se manifeste ordinairement vers la fin de la maladie.
La phlogose n’est pas toujours fixée sur le duodénum ; elle prédomine souvent dans les intestins grêles, sous forme chronique , et alors elle entraîne d’autres séries de symptômes et d’accidens. Les enfans d’un tempérament lymphatique, c’est-à-dire chez lesquels les vaisseaux blancs sont très-développés et très -irritables , sont facilement affectés d’entérite chronique , qui est alors plus ou moins aiguë , ou entièrement apyrétique. Ils éprouvent un appétit extraordinaire, la langue est rouge, pointillée de blanc; la fièvre est nulle ou légère; le ventre est chaud , balloné , et l’appétit est d’autant plus développé , qu’on administre les amers ; lorsque l’inflammation est assez vive pour exciter une réaction , on observe de plus , la chaleur de la peau , la fréquence du pouls , la soif, la rougeur delà langue, la constipation, la tuméfaction du ventre : lorsqu’on le déprime , on sent des grosseurs , des tumeurs rénittentes formées par les ganglions mésentériques et l’épiploon gonflés, durcis, épaissis. Cette variété de l’entérite chronique a reçu le nom de carreau. Malgré la quantité d’alimens que prennent les
malades, iîs dépérissent journellement; le ventre est volumineux , mais les extrémités maigrissent ; la peau est sèche et pendante ; à la constipation succède la diarrhée ; lesalimens sont rejetés, mal digérés; le chyle n’est point absorbé; alors les malades tombent facilement dans le marasme , et le dévoiement colliquatif leur enlevant le peu de forces qui leur restent, ils expirent ; ces derniers symptômes caractérisent la lienlcrie. Dans d’autres circonstances, et principalement chez les adultes , l’entérite chronique est totalement apyrétique : elle s’accompagne seulement de horborygmes, de la tuméfaction du ventre et du développement de l’hypocondrie ; on observe en même temps des douleurs plus ou moins fortes dans la région du bas ventre, des coliques, des sensations douloureuses dans les intestins , symptômes qui proviennent de l’inflammation des intestins grêles , et qui ne sont suivis d’aucune évacuation, ni de tenesme, ni de diarrhée, comme on le remarque lorsqu’il y a colite. L’entérite chronique peut passer à l’état aigu, ou bien s’étendre à toute la continuité du tube intestinal ; elle détermine quelquefois un rétrécissement à la valvule iléo-cœcale ; les malades ressentent alors des coliques très-vives, qui s’apaisent lorsque les matières ont franchi bobs-