NÉVROSES DU &ROS INTESTIN, elc
une constriction de la vessie, qui rend l’éjection de l’urine difficile et quelquefois même impossible. Ces phénomènes nerveux n’exigent aucun moyen curatif et disparaissent avec la cause qui les a fait naître. Quant à la paralysie de ces réservoirs , cette maladie est fort grave : elle dépend presque constamment d’une lésion du cerveau ou de la moelle épinière.
Puisque les névroses actives , continues , s’accompagnent d’inflammation, les moyens thérapeutiques doivent être dirigés contre la cystite , la colite primitive ou secondaire ; la névrose passive ne se dissipe qu’a l’aide d’un traitement applicable à l’irritation de l’encéphale ou de la moelle rachidienne qui l’a produite ; la cavité de l’intestin peut d’ailleurs être stimulée au moyen des purgatifs et des excitans administrés en lavemens, lorsqu’elle n’est pas enflammée ; il en est de même de la vessie : ce traitement est particulièrement indiqué , lorsque la paralysie provient de la trop forte distension de l’organe, par le séjour forcé des urines ; c’est dans cette circonstance qu’on doit employer les injections d’eaux sulfureuses, d’eaux thermales, et, en général , les excitans locaux que les auteurs ont recommandés.
DES IRRITATIONS DES ORGANES DE LA RESPIRATION ET DE LA CIRCULATION, AVEC OU SANS PHLEG- MASIE.
Néçroses du Larynx.
Le larynx est place à la partie supérieure du canal aérien; c’est dans l’intérieur de cet organe et par le jeu des petites pièces cartilagineuses dont il est composé , que se forment les diverses variétés de sons ; il reçoit des nerfs splanchniques et cérébro-rachidiens , et est susceptible des névroses active et passive.
Le spasme , la constriction du larynx , qui éteignent la voix , la rendent convulsive , et font éprouver au malade la crainte de la suffocation , dépendent de causes très-variées; d’abord l’inflammation aiguë et chronique de la muqueuse laryngée détermine chez les névropathiques ces phénomènes à un haut degré ; les affections morales produisent le même effet , et il en est de même de l’inflammation ou de l’irritation des organes gastriques et utérins. Lorsque ces diverses causes agissent sur le larynx , l’organe se contracte , se crispe douloureusement , et les parois de ce cylindre tendent à se rapprocher; la respiration devient difficile , l’air siffle sur les
25o névroses du larynx.
bords de la glotte , alors le malade parle difficilement, la voix devient convulsive, et souvent l’aphonie est complète.
L’aphonie ou l’extinction de la voix, sans inflammation ni désorganisation, est encore le résultat de l’asthénie des nerfs laryngés de la névrose passive, que détermine le plus communément une affection cérébrale très-grave ; elle peut également provenir de la paralysie idiopathique des muscles du larynx.
La névrose active indépendante de l’inflammation du larynx, étant presque constamment symptomatique , ne réclame point de traitement spécial; le spasme, l’aphonie se dissipent bientôt, lorsque les phlegmasies ou les irritations viscéraies ont été enlevées. Quant à l’asthénie nerveuse, dont la cause réside dans une lésion du cerveau, le traitement de l’affection principale est le seul qui puisse convenir ; mais lorsque la maladie est locale, et qu’il n’existe aucun symptôme d’affection encéphalique, c’est alors sur le larynx qu’il faut agir, en appliquant des vésicatoires et des moxas à la partie antérieure du coh
Mf\i /W* (VM
DES IRRITATIONS BRONCHIQUES»
De ï Asthme.
L’asthme ou la difficulté de respirer, ordinairement accompagnée de sifflement, sans fièvre, est le résultat de la constriction spasmodique des bronches et des ramuscuîes bronchiques, contriction qui peut devenir tellement forte, que la dyspnée est poussée jusqu’à la suffocation, llien ne prouve mieux l’insuffisance et le danger des cadres de nosologies, que l'histoire de cette affection. L’asthme est rangé parmi les névroses des fonctions respiratoires, et cependant, il est rare qu’il dépende d’une irritation primitive des nerfs du système pulmonaire ; il se rattache, dans la majorité des cas, à la bronchite aiguë ou chronique, aux affections du cœur, des gros vaisseaux, de la plèvre, de l’estomac, delà matrice , etc. , et , dans ces diverses circonstances , l’asthme n’est point la maladie principale , c’est un épisode, une complication, un effet secondaire.
Parmi les causes prédisposantes et occasion-
DE L’ASTHME
2lJ2
«elles de l’asthme , on range l’hérédité (i) f une mauvaise conformation de la poitrine, la Yieillesse , l’obésité , etc. ; la suppression d’un exanthème, d’une hémorragie; le séjour habituel dans des lieux où l’atmosphère est chargée de vapeurs irritantes , de matières pulvérulentes ; l’exposition à un air froid, les accès de colère, les affections morales, puis la bron-
(i) Nous avons plusieurs fois , dans le cours de cet ouvrage , employé le mot hérédité , pour désigner une des causes prédisposantes des affections dont nous nous sommes occupé , sans donner à cette dénomination le sens que les médecins fatalistes y attachent. Nous ne croyons pas qu’un enfant , né d’un père ou d’une mère phthisique , anévrismatique , goutteux , soit prédestiné à contracter la meme maladie , ou qu’il porte le germe préexistant des affections morbides auxquelles ses pareils ont succombé, La médecine physiologique voit dans l’hérédité une condition organique transmissible aux enfans , comme le sont les tempéramens , la forme du corps , les dispositions physiques et morales , condition organique qui les expose à être affectés des mêmes maladies qu’ont éprouvé leurs parens , quand d’ailleurs ils ne prennent pas le soin d’éviter les causes occasionnelles et provocatrices de ces affections.
L’hérédité est donc, suivant nous, une disposition organique , innée , qu’on peut modifier et même corriger, dans la majorité des cas, à l’aide des précautions hygiéniques sagement employées.
DU l’asthme. 253
chitc , la gastrite , rinllammation de la plèvre , du poumon, du cœur et des vaisseaux artériels et veineux.
Les accès de l’asthme convulsif surviennent ordinairement pendant la nuit ou vers le soir , plus rarement dans le jour; l’invasion a lieu subitement ; d’autres fois , elle est précédée d’une difficulté de respirer d’abord légère, comme dans le cauchemar ; le malade se réveille en sursaut; il ressent une constriction à la poitrine qui le force à se tenir sur son séant ou débout, la tête élevée, pour respirer plus librement; l’air pénetre difficilement dans l’arbre bronchique contracté , et fait entendre un sifflement très-fort pendant l’inspiration ; le malade demande de l’air, se cramponne à son lit, et fait de violens efforts pour dilater sa poitrine; tous les muscles sont en contraction , la face est pâle ou rouge, elle exprime la crainte et la douleur; la voix est entrecoupée , embarrassée ; s’il survient de la toux , elle est sèche , pénible , incom» plète ; le pouls est naturel ou vite , petit , intermittent, il y a soif; la peau est chaude comme dans un accès de fièvre ; cette angoisse dure quelquefois une demi-heure , une heure, ensuite la respiration devient moins pénible, le
254 BE ASTHME i
visage se ranime, îa toux est moins haute, moins difficile; le spasme bronchique se relâche, et l’accès se termine au moyen d’une abondante expectoration de mucosités limpides; alors le malade, accablé de fatigue , retombe sur son lit et se livre au sommeil. Tels sont les principaux traits distinctifs de l’asthme dessinés par Aretéa et les auteurs de nosologies.
La plupart des asthmatiques conservent, pendant l’intervalle des accès, une respiration courte qui les force à reprendre souvent haleine. Lorsqu’ils parlent , la respiration reste également plus ou moins sifflante , et elle prend surtout ce caractère à l’approche des accès, qui n’offrent d'ailleurs rien de régulier dans leur retour; ils se rapprochent néanmoins , sont plus intenses pendant l’hiver, et reparaissent à la moindre cause, lorsque l’affection principale a fait de tels progrès , que le malade touche au terme de son existence.
Pour établir un diagnostic certain de l’asthme, et baser un traitement rationnel , il faut nécessairement rechercher et connaître la cause directe ou indirecte qui donne lieu aux phénomènes spasmodiques des bronches. La colère, les passions en général, occasionnent quelquefois
DE L’ASTHME
des accès d’asthme chez, les personnes dont le canal aerien jouit d’une irritabilité trop considérable , sans inflammation thoracique ou gastrique. Cette seule variété de l’asthme mérite le nom de nerveuse : elle est, sans aucun doute, le produit d’une irritation morbide idiopathique des nerfs bronchiques; c’est une névrose primitive qui, en s’exaspérant ou se renouvelant sans cesse, se complique bientôt de laphlegmasie delà membrane muqueuse pulmonaire. Cette dernière affection préexiste dans la majorité des cas, et c’est alors la phlegrnasie, qui exalte la contractilité du tube et produit la constriction ; l’asthme n’est alors qu’une complication de la bronchite aiguë ou chronique. La gastrite ne se borne pas toujours à produire sympathiquement une toux sèche à secousses, elle réagit aussi sur les bronches, détermine la constriction et des accès d’autant plus violens, que la souffrance gastrique est plus intense. Les inflammations de la plèvre, des poumons, du cœur, des gros vaisseaux, et les modifications organiques qu’elles déterminent, telles que l’infiltration séreuse, les épanche me 11s dans les cavités pleurales , l’œdème l’einphyseme du poumon , le séjour forcé du sang dans l’appareil pulmonaire, enfin toutes les causes d’irritation , de compression , peuvent
DE L’ASTHME
développer la série des phénomènes nerveux qui constitue l’asthme symptomatique ou secondaire. Pour faire l’histoire complète de cette affection* il faudrait détailler toutes ces causes, décrire toutes ces maladies , ce qui ne rentre point dans le but que nous nous sommes proposé.
On a prétendu trouver la source de l’asthme dans une irritation cérébrale déterminant la convulsion des muscles inspirateurs; mais on a évidemment pris l’effet pour la cause, car si les muscles inspirateurs ne dilatent point la poitrine , c’est parce que les bronches contractées ne veulent pas se laisser distendre , et retiennent les muscles qui sont alors sous leur dépendance, sans que la volonté puisse contrebalancer l’influence nerveuse des nerfs ganglionnaires qui mettent ces muscles aux ordres du viscère. On observe le même phénomène dans les irritations gastro-intestinales , lorsque les plans musculaires qui forment les parois abdominales suivent la rétraction des intestins , se rapprochent et s’appliquent sur la colonne vertébrale.
L’asthme n’est donc, dans la pluralité des cas , qu’une complication très-grave sans doute, mais qui ne devient point cause de la mort; ce sont les progrès des inflammations gastriques
DE L’ASTHME. 257
cardiaques ou pulmonaires, qui font périr les malades. A l’ouverture des cadavres , on trouve la rougeur, l’épaississement et même l’ulcération de la membrane muqueuse pulmonaire ; les altérations organiques des viscères digestifs , l’anévrisme du cœur ou des gros vaisseaux , l’ossification, les rétrécissemens de l’aorte et des valvules , des épanchemens de liquides dans les cavités pleurales , des infiltrations séreuses, sanguines , f hépatisation , l’emphysème du poumon , en un mot, tous les désordres que l’inflammation des viscères digestifs et pectoraux ont coutume de produire.
Le traitement de l’asthme, pour être assis sur des bases physiologiques , doit être dirigé contre la phlegmasie du viscère qui a développé les phénomènes nerveux. Les anti- spasmodiques sont également utiles , pendant les accès , pour diminuer ou rompre le spasme bronchique ; mais ce sqjit des palliatifs qui n’exercent aucune action curative sur les organes malades : toutes les personnes affectées d’une inflammation pectorale ou gastrique ne deviennent point asthmatiques , quoique d’ailleurs 011 trouve à l’ouverture des cadavres les mêmes altérations organiques ; il faut donc nécessairement supposer, pour l’explication des phénomènes , une prédis-
de l’asthme.
position héréditaire ou acquise , qui consiste dans l’état névropathique du canal aérien : cette considération doit influer sur le traitement , le modifier, dans le but de remédier à l’irritabilité vicieuse et à la convulsion des bronches. Lorsque l’asthme dépend de la bronchite aiguë ou chronique , le traitement du catharre pulmonaire doit être mis en usage; il convient alors de faire appliquer des sangsues en nombre suffi* sant au-dessous des clavicules , de prescrire des boissons chaudes émollientes et les révulsifs , etc. On recommande la saignée générale et locale , pour diminuer la pléthore et la violence des accès, lorsque le cœur et les gros vaisseaux sont affectés, et ensuite la poudre de digitale , qui ralentit la circulation, en déterminant sur l’estomac une sensation particulière et désagréable. L’opération de l’empyème est également indiquée pour évacuer les liquides dont la présence comprime le parenchyme pulmonaire et irrite les divisions bronchiques. Enfin, le traitement rationnel de l’asthme doit être basé sur la connaissance de la maladie principale et sur les moyens médicaux propres à en obtenir la résolution. Si on ne peut parvenir à arrêter la maladie dans sa marche , ou si la désorgani-
sation est consommée , tout espoir de guérison
DE L?ASTHME, 259
est perdu , et le malade succombera , non pas à l’asthme , mais à l’altération organique : le médecin doit alors chercher à calmer les douleurs, en combattant l’excès de l’inflammation , et en mettant en usage une série de médicamens qui ne produisent jamais qu’un soulagement momentané : ces médicamens doivent être également employés lorsque l’habitude convulsive des bronches tend à s’établir avec répétition des phénomènes nerveux. On a vanté , pour obtenir ce résultat , la belladone , l’acide hydro-cianique , la morphine , l’éther , le camphre , la valériane unie à l’oxide de zinc, etc. , etc. Toutes ces substances agissent en stimulant ; elles rompent les mouvemens nerveux , ou révulsent l’irritation sur d’autres organes; elles sont toujours dangereuses administrées empiriquement , et on ne peut en tirer des avantages que lorsqu’on examine attentivement l’état des organes de manière à pouvoir calculer l’effet qu’elles doivent y produire.
Pendant les accès , on doit débarrasser le malade des vêtemens qui lui serrent la poitrine, l’exposer à l’air libre, pour faciliter la respiration , et , afin de diminuer la violence du spasme, on conseille de lui faire prendre quelques cuillerées d’une potion éthérée; lorsque l’asthmatique
^6o BE LA BRONCHITE CONVULSIVE.
est menacé de suffocation , qu’il est d’un tempérament sanguin et pléthorique , une légère saignée peut être utile ; elle pourrait toutefois devenir dangereuse , en déterminant un vide subit dansle cœur pendant le spasmebronchique. Alors les sangsues à l’anus sont indiquées; elles sont même préférables dans la pluralité des cas , puisqu’elles mettent le malade à l’abri de tout accident. On doit avoir recours ensuite aux bains de pieds fortement sinapisés, et même aux sinapismes appliqués sur les extrémités.
*W\/W\/WWWW%
De la Bronchite convulsive ou Coqueluche.
On a donné le nom insignifiant de coqueluche à une maladie couvulsive qui , d’après le siège qu’elle occupe, la nature de l’affection et les symptômes qu’elle développe, est désignée maintenant sous le nom de bronchite convulsive. Classée au nombre des névroses , elle en diffère essentiellement en ce que les symptômes nerveux sont le résultat de l’inflammation de la membrane muqueuse pulmonaire , avec augmentation de la sensibilité et delà contractilité du tube aérien que l’irritabilité particulière du sujet et les causes générales d’excitation provoquent , sous l’influence de la bronchite.
Les symptômes de la coqueluche sont précédés de ceux du catharre pulmonaire aigu sans complication. Les malades, après s’être exposés à T air froid, humide, ou à toute autre cause d’irritation pulmonaire , éprouvent dans les bronches une sensation de chaleur, de démangeaison : cette sensation, rapportée au larynx, à la bifurcation des bronches ou derrière le sternum , excite la toux avec constriction plus ou moins forte de l’arbre bronchique et défaut de dilatation du thorax, ce qui rend la respiration peu naturelle, gênée, pénible et sifflante; le pouls reste à peu près dans son état normal , à moins toutefois que l’inflammation ne pénètre jusqu’au parenchyme pulmonaire ; on observe une disposition prononcée au frisson , une céphalalgie frontale plus ou moinà vive que la stase du sang dans la tête occasionne , la lassitude des membres , la rougeur de la langue , car il y a toujours dans le catharre pulmonaire aigu un certain degré de gastrite : tels sont les prodomes de la coqueluche , et ces symptômes appartiennent à la bronchite aiguë ; mais bientôt l’action de gaz irritans , d’un air vif et froid sur le tissu des bronches exalte la sensibilité de ce canal , et la bronchite devient convulsive, Alors le contact de l’air est irès-douîou-
reux , et la toux , toujours sèche , revient par quintes plus ou moins fortes , suivant l’intensité de l’inflammation pulmonaire et 1 irritabilité du malade.
L’invasion des quintes a pour signe précurseur un picotement assez vif éprouvé à la gorge. Le malade, averti, se place debout, se cramponne de manière a donner un point fixe d’appui aux muscles inspirateurs, pour faciliter la dilatation de la poitrine. Il fait une grande inspiration , suivie d’expirations saccadées et convulsives, de nouvelles inspirations plus pénibles, pendant lesquelles l’air fait entendre un sifflement aigu dans les bronches : il éprouve une angoisse extrême , faute d’air ; il frappe du pied , trépigne , la face se gonfle , devient rouge , vultueuse, les veines du col et de la face grossissent et se dessinent fortement sous la peau ; les yeux s’injectent , des larmes abondantes en découlent ; les glandes salivaires secrétent avec abondance, et une humeur limpide , filante , s’écoule de la bouche ; les artères de la tête battent avec violence ; le pouls est vite , fort fréquent , irrégulier ; les extrémités se refroidissent ; vers la fin de l’accès , le malade vomit avec peine des matières muqueuses et épaisses, ou les alimens contenus dans l’estomac , après quoi il est de suite
soulagé et n’éprouve plus d’autres symptômes, jusqu’à l’invasion d’une nouvelle quinte. La toux est sèche dans les premiers accès , et , dans le plus haut degré de la maladie ; elle devient ensuite plus grasse , et l’expectoration plus facile hâte la terminaison de la maladie.
Les quintes sont quelquefois tellement violentes , que les malades ne peuvent plus respirer, se renversent, éprouvent des mouvemens convulsifs, pendant lesquels ils laissent échapper les urines et les matières fécales. Les quintes , qui durent souvent quelques minutes, surviennent habituellement, le soir ou pendant la nuit : il suffit , pour les rappeler, de s’exposer à l’air froid , de respirer des gaz irritans ou des odeurs fétides , de prendre des alimens , ou de voir des personnes éprouver des quintes de toux, etc. Cette maladie persévère pendant quinze jours, un mois , rarement au-delà , lorsqu’on met en usage un traitement rationnel. Quand la coqueluche se termine d’une manière favorable, la constriction des bronches diminue , les quintes deviennent moins fortes et moins longues , l’expectoration est plus facile et plus abondante et les vomissemens sont moins pénibles ; mais si la maladie se prolonge , il survient alors soit
une pneumonie chronique , une gastrite , ou une inflammation cérébrale.
L’extrême irritabilité dont jouissent les enfans et les femmes très-nerveuses les prédispose à contracter cette maladie lorsqu’ils sont affectés de bronchite ; elle est plus rare chez les hommes, et elle se développe difficilement dans la vieillesse. Cependant il n’est pas de médecin qui ne l’ait observée chez des personnes avancées en âge, dans l’hiver de 1824, à Paris, où elle a régné épidémiquement.
Lorsque l’irritation est fixée sur un organe , les sympathies organiques et de relation se développent , et cette irritation s’élance d’un point sur un autre , ou , sans abandonner le viscère principalement affecté , elle s’étend de proche en proche sur d’autres organes qu’elle rendrait autant de foyers d’inflammation, si, dès le début, on ne combattait activement ces phlegmasies secondaires; ainsi, dans la coqueluche, l’appareil pulmonaire n’est pas seul irrité , il existe toujours un certain degré de gastrite , ce qui a fait naître la singulière idée de placer le siège de cette affection dans l’estomac. Si cet organe est irrité , c’est secondairement , sympathiquement; c’est parce que toutes les douleurs transmises au cerveau vont de suite retentir dans les viscères
et particulièrement dans le cœur et dans les organes delà digestion, L’irritation bronchique remonte quelquefois vers le larynx, surtout quand on expose le malade à Faction d’un air froid , l’inflammation se développe et la coqueluche se complique du croup. D’autres fois elle pénètre dans le parenchyme pulmonaire, le traverse, parvient à la plèvre et produit ainsi une succession de bronchite , de pneumonie ou de pleurésie. Toutes ces actions et réactions organiques et sympathiques, proches et éloignées, s’expliquent maintenant en médecine par le phénomène fondamental , l’irritation, et par les sympathies morbides qu’elle met en jeu.
Pendant les accès, le cerveau devient le siège d’une congestion très-forte qui, se renouvelant à chaque quinte, tend à déterminer une irritation idiopathique dans la pulpe cérébrale ou dans ses membranes. Une des suites les plus communes et les plus dangereuses de la coqueluche, est la pneumonie : les bronchites aiguës ou chroniques produisent très-facilement, sur les sujets disposés à l’irritation des vaisseaux blancs , l’endurcissement, Fhépatisation du parenchyme pulmonaire , le développement des tubercules et la phthisie ; ces tubercules ne préexistent pas , leur existence est due à l’extension de la phleg-
masie au poumon , et on peut les prévenir â l’aide d’on traitement anti-phlogistique et révulsif.
La coqueluche est donc une maladie essentiellement inflammatoire. Elle se développe ordinairement une seule fois, quoique beaucoup de personnes en aient été atteintes à différentes époques de leur vie. Elle règne habituellement d’une manière épidémique chez les personnes exposées aux memes influences locales, sans qu’on ait besoin de recourir, pour expliquer le développement de la maladie, à Faction de miasmes d’une nature particulière, et contagieux. Le vulgaire croit fermement àla contagion de la coqueluche , et il est étonnant, et même affligeant, que quelques hommes de l’art puissent partager une erreur aussi grossière. Si les médecins recommandent d’éloigner un enfant affecté de cette maladie de ceux qui ne le sont pas , c’est parce que, dans les saisons froides , les enfans irritables sont disposés à contracter la maladie ; sont disposés à tousser s’ils entendent les quintes de toux, s’ils voyent les mouvemens convulsifs de ceux qui les éprouvent. La précaution est donc utile et sage , et ne prouve rien en faveur de la contagion.
Le pronostic de la coqueluche doit être rare-
ment fâcheux, à moins qu’elle n’affecte des sujets dont la poitrine est mal conformée , qu’elle ne traîne en longueur, ou qu’il ne se développe consécutivement des points de phlegmasie dans les autres viscères. Ce ne sont point, en effet, les accès de la coqueluche qui donnent la mort, c’est l’engorgement et l’irritation cérébrale , c’est l’inflammation du larynx avec production de fausses membranes , c’est la gastro-entérite, d’autant plus violente qu’elle est mal traitée, c’est, enfin, la phlegmasie pulmonaire , extension morbide , la plus redoutable qui puisse survenir pendant le cours de la coqueluche. Les accès perdent souvent de leur violence et de leur intensité ; ils tendent même à se dissiper ; mais si la toux persiste , et qu’on reste inactif, simple spectateur des efforts de la nature , l’irritation envahit lentement le poumon, le carnifie, développe des tubercules, et la mort arrive lorsqu’on croit le malade en convalescence.
Eloigner toutes les causes d’irritation pulmonaire; soustraire le malade à l’action d’un air froid et humide; le placer dans un appartement échauffé; 1 ui donner des boissons chaudes émollientes ; diminuer la nourriture , ou la retrancher totalement, suivant l’état des organes pec-
t oraux et gastriques, ce sont les premiers préceptes à mettre en pratique dans toute bronchite aiguë , et dans toute coqueluche : ensuite on conseille de faire appliquer quelques sangsues au-dessous des clavicules , pour diminuer Finil animation catharrale ; de faire maintenir sur la poitrine, pendant la nuit, des cataplasmes émolliens chauds; de donner quelques cuillerées d’une potion gommeuse, légèrement narcotique dans la nuit et la journée, et des pilules composées de deux à quatre grains d’extrait de laitue, dont Faction sédative sur le système nerveux diminue l’intensité des quintes sans produire , comme les autres substances narcotiques, de sur-excitation gastrique. C’est dans le même but qu’on a proposé la belladone , l’extrait de ciguë , médicamens qui ne jouissent, au reste, d’aucune vertu particulière, et qui n’exercent sur la maladie aucune autre action spécifique. Quand la chaleur de la peau est diminuée, que le pouls est moins fort et moins plein , on recommande les révulsifs , et de préférence la pommade du docteur Autenrieth en frictions, sur les parois thoraciques , dont plusieurs médecins ont tiré des avantages réels. Le traitement des extern sions morbides n’est pas moins essentiel que celui de la coqueluche > puisque ce sont elles qui
exposent les jours du malade. Ainsi , lorsque la gastro-entérite consécutive est menaçante , elle doit être combattue par des applications de sangsues sur l’épigastre , et par la diète. S il se développe quelques symptômes d’irritation cérébrale , du larynx , du poumon , de la plèvre , les saignées locales doivent être promptement faites sur les parties latérales ou antérieures du cou , ou sur la poitrine pour faire avorter l’inflammation. Enfin, lorsque la coqueluche traîne en longueur, et qu’elle laisse à sa suite un engorgement inflammatoire du poumon , le traitement physiologique de la pneumonie chronique doit être mis promptement en usage si on veut prévenir le développement de la phthisie pulmonaire.
Le but que doit donc se proposer le médecin dans le traitement de la coqueluche est d’apaiser l’irritation inflammatoire de la membrane muqueuse bronchique, de modérer le spasme nerveux , et de poursuivre l’inflammation dans tous les organes où elle s’est développée secondairement, a l’aide des anti phlogistiques, des révulsifs, et des narcotiques administrés dans un temps opportun, et à des doses appropriées à la force et à la susceptibilité des sujets, il y a loin de ce traitement physiologique à celui des anciens
DES ASPHYXIES
médecins. N’cst-ce pas évidemment nuire aux malades que de leur donner au début de la maladie , à l’exemple du docteur Macartan, le vin chaud et le rhum, ou des gargarismes astringens, comme, d’après le même médecin, il est d’usage deprocéder dans les Indes orientales; d’administrer le sulfure de potasse, le carbonate de soude , les vomitifs et les purgatifs pour enlever les saburres ; le lichen d islande, la rhubarbe, l’ipécacuanha, le quinquina, pour remédier à la faiblesse.
rWWV*/W\ W\
Des Asphyxies .
Le défaut d’air, l’introduction de certaines substances gazeuses dans le tissu pulmonaire , la submersion, la strangulation, interrompent la respiration et la circulation, éteignent le sentiment et le mouvement , et suspendent la vie : ces phénomènes caractérisent l’asphyxie. Classée dans les nosologies de Sauvages et de Jogel au nombre des maladies asthéniques, l’asphyxie est placée parmi les névroses de la respiration dans la nosographie philosophique. M. Broussais fait observer que les asphyxies du professeur Pinel sont effectivement des maladies nerveuses,
DES ASPHYXIES
mais qu'elles sont aussi très-fréquemment d’un caractère mixte ; que l’obstacle aux cours du sang, l’apoplexie, l’inflammation en sont dans bien des cas les causes ou les effets; qu’il faut donc les considérer sous des rapports multipliés, et que, pour cette raison, leur classement est vicieux, puis qu’il tend à les faire voir d une
manière trop exclusive.
L’asphyxie primitive est déterminée par la soustraction de i’oxigène , ou par l’introduction dans le poumon de gaz non respirai» le s ou délétères. L’absence de l’air vital , ou la présence de ces gaz, anéantissent l’irritabilité dans les organes; la débilité survient, l’état asphyxique s’établit, et la vie s’éteint. La nature déploie toujours de grands efforts pour rétablir l’équilibre, et, à moins qu’une atteinte profonde et subitement mortelle n’ait été portée sur le système sensitif, la nature réagit au moyen de l’inflammation ; cette réaction peut avoir lieu sur la peau, sur les viscères ou les appareils nerveux , d’où résultent des phlegmasies ou des névroses consécutives.
Les asphyxies sont donc primitives, avec ou sans réaction. Dans le premier cas , la nature lutte contre les causes qui tendent à éteindre l’irritabilité , et rétablit l’équilibre en déterminant
DES ASPHYXIES
des congestions et des phlcgmasies : dans le se» cond, la mort est subite. L’asphyxie secondaire ou symptomatique dépend des lésions organiques qui mettent obstacle à la respiration: c’est ainsi qu’agissent les commotions cérébrales , les irritations de l’encéphale , les obstacles au cours du sang, etc. Quoique le phénomène principal de l’asphyxie soit l’extinction de l’irritabilité, par privation d’un des stimulans qui entretient la vie, l’oxigène , elle est précédée de l’inflammation lorsqu’elle est symptomatique, et elle développe des phlegmasies lorsqu’elle est primitive.
De V Asphyxie par soustraction de l O xi gène»
Lorsque l’air ne pénètre pas dans le poumon , le sang se trouve être privé tout -à- coup, faute d’oxigénation , des qualités qui lui sont nécessaires pour l’entretien des fonctions ; il reste noir, chargé d’acide carbonique, et n’a plus cette chaleur que la combustion pulmonaire lui communique : il parvient dans cet état aux organes, les frappe de stupéfaction, anéantit l’irritabilité et la vie. Les causes de cette espèce d’asphyxie sont primitives et directes , secondaires ou indirectes ; les premières dépendent de tous les obstacles mécaniques qui empêchent
des asphyxies;
l’air de pénétrer dans le tissu pulmonaire; c’est ainsi qu’agissent la submersion , la strangulation , la compression de l’abdomen et de la poitrine , la constriction de la glotte , le gonflement des amygdales , la tuméfaction de la langue, la présence du pus, du sang dans le canal aérien , le développement d’une tumeur dans le pharynx ou l’œsophage, l’accès de flair dans les cavités pleurales, l’hydropisie de la poitrine, les plaies du diaphragme , la présence d’un corps étranger dans les bronches , etc.
La strangulation est une des causes les plus fréquentes de l’asphyxie. Elle donne la mort de plusieurs manières. D’abord , la trachée artère comprimée ne permet plus l’introduction de ; flair dans les poumons ; en même temps , la compression du cou détermine un engorgement considérable de sang dans le cerveau, de telle sorte , qu’il pourrait y avoir apoplexie et asphyxie i secondaire, si le défaut d’air ne produisait de suite l’asphyxie. Lorsque la personne suppliciée r est en même temps pendue, la mort peut dé- 9 pendre alors d’une lésion des agens de la respiration, de la luxation des vertèbres cervicales, et de la compression de la moelle allongée : l’exi tinction de la vie est alors instantanée.
(it D ans la submersion , il y a tout à la fois pri-
DES ASPHYXIES
vation d’oxigène et de calorique : l’asphyxie est alors primitive; elle dépend de la privation complète de l’air; elle survient avant que Faction du froid ait déterminé un engorgement dans le cerveau et un état d’apoplexie.
Les asphyxies secondaires dépendent de l’irritation et de l’inflammation cérébrale , des commotions du cerveau , de Faction du froid , qui refoule le sang dans les viscères et dans l’appareil encéphalique, etc. L’asphyxie des nouveaux nés est , dans la pluralité des cas, un effet symptomatique delà compression du cerveau. Lorsque le travail de l’enfantement a été difficile , que le cordon a été long-temps comprimé, alors la circulation est interrompue , le sang stagne dans Fencéphale , elle cerveau, stupéfié et comprimé, ne réagit pas sur les puissances respiratrices : la poitrine reste immobile , et l’enfant périt. D’autres fois la respiration s’établit d’une manière imparfaite ; les mucosités qui engouent la trachée artère , nuisent a l’introduction de l’air dans le poumon; le nouveau né râle, et succombe â l’asphyxie , qui est alors primitive , sans engorgement cérébral.
Les asphyxies primitives sont toutes mortelles lorsqu'on ne soustrait pas très-promptement les asphyxiés â Faction des causes qui empêchent
DES ASPHYXIES. 27 5
i’oxigénation du sang ; si le malade échappe l\ la mort , la réaction s’établit , et elle est d’au» tant plus forte que l’atteinte, portée sur le système nerveux , a été plus profonde. Il se développe alors des phénomènes nerveux ou des phlegmasies consécutives dans les viscères , assez intenses pour faire périr les malades. Quant aux asphyxies secondaires, elles sont le symptôme d’une violente phlegmasie , qui a troublé à un tel degré l’harmonie des fonctions, qu’elles se manifestent ordinairement pendant l’agonie.
Ce premier genre d’asphyxie est donc le produit du défaut d’oxigénation du sang ; ce fluide ayant conservé dans les poumons toutes les qualités du sang veineux , passe dans les cavités gauches du cœur, arrive au cerveau et parcourt toutes les divisions artérielles; privé d’oxigène, il a perdu ses propriétés excitantes et nutritives, et à chaque pulsation du cœur, il ‘devient plus impropre à l’entretien de la vie ; le cerveau est d’abord stupéfié, il perd la faculté de sentir et de réagir; cependant, le sang noir continue d’être lancé au moyen du cœur, dont l’irritabilité n’est pas encore éteinte ; il pénètre de nouveau tous les tissus , toutes les parties , de manière que les vaisseaux ne contiennent bientôt plus que du sang veineux ; enfin , le poumon
276 DLS ASPHYXIES.
succombe, la contractilité du cœur s’anéantit totalement , et la mort survient après le dernier battement de ce muscle par extinction totale de l’irritabilité , qui du cœur et des poumons se transmet successivement et graduellement à toutes les parties du corps.
A l’ouverture des cadavres , on trouve les cavités droites du cœur, les veines caves pulmonaires, les artères pulmonaires gorgés de sang noir : les cavités gauches contiennent également en moins grande quantité du sang de même nature; le cerveau ne présente pas de désordres remarquables , si ce n’est une injection plus foncée des vaisseaux. Lorsqu’il y a eu strangulation, les vaisseaux et les sinus sont gorgés de sang veineux ; quant à la submersion, elle n’occasionne point ordinairement l’engorgement de la substance cérébrale. Dans les différentes espèces d’asphyxies, *la peau est rouge, marbrée, d’autres fois très-pâle ; ces phénomènes dépendent de la durée , de la rapidité ou de la lenteur de l’asphyxie.
DES ASPHYXIES
De l Asphyxie par V action de gaz non- respirait le s , irrita ns ou délétères .
L’asphyxie, dans les cas les plus ordinaires, est un effet de la nature des gaz qu’on respire dans les milieux où l’on est plongé , sans qu’un empêchement mécanique s’oppose à l’introduction de l’air dans les poumons, sans qu’il y ait obftacle à l’ampliation de la poitrine. Ces gaz non-respirables présentent des différences dans leur mode d’action, qui les ont fait partager en trois classes : ce sont les gaz privés d’oxygène , les gaz irritans et les gaz délétères.
La première classe contient l azote : l’asphyxie survient alors dans les lieux où l’air n’est pas renouvelé , lorsqu’il s’y rencontre surtout des substances avides d’oxigène ; le gaz acide carbonique qui se développe dans les lieux où sont déposés des liquides en fermentation , dans les fours à chaux et dans certains endroits souterrains où il est naturellement exhalé ; la vapeur de charbon formée d’oxide de carbone et d’acide carbonique, Y hydrogène pur , et Y air que la respiration ou la combustion ont altéré, et qui ne contient plus alors que de l’azote et de l’acide carbonique. Dans ce genre d’asphyxie , la mort est
a’jS des asphyxies.
quelquefois subite ; elle est ordinairement précédée de violens maux de tête, de vertiges, de bourdonnemens , d’une difficulté considérable à respirer, de palpitations, de nausées, de vomissernens, de somnolence, d’une faiblesse extrême, de tremblemens, de défaillance et de perte de connaissance ; il y a dans ces asphyxies, débilité, diminution et abolition de l’irritabilité , couleur noire du sang. Tous ces phénomènes dépendent de la soustraction de Foxigène.
La deuxième classe comprend Y o xi gène pur , le chlore , les vapeurs des oxides et des acides minéraux, les vapeurs nitrique , hydro-chlorique , Y acide sulfureux , Y ammoniaque; ces gaz possèdent des propriétés irritantes qui agissent violemment sur les bronches, la muqueuse et le tissu pulmonaire, qu’ils enflamment et rubéfient ; les malades éprouvent de la toux , de la suffocation, des convulsions très-vives; il se fait en même temps un engorgement de sang dans les poumons, la tête et les voies gastriques ; l’irritabilité s’épuise , et le malade expire. L’ouverture des cadavres offre , indépendamment de l’engorgement sanguin, des traces de phiegmasies aiguës dans les viscères, que la réaction a déterminées, lorsque l’asphyxie n’a pas été subite.
On a placé dans la troisième série, les gaz
I>ES ASPHYXIES
acides hydro -sulfurique , le plomb formé d’un mélange de gaz hydrogène sulfuré, d’ammoniaque libre et combinée, et d’azote ; le gaz hydro gène- arsénié, Y hydro- sulfate d'ammoniaque , le gaz hydrogène carboné , le gaz acide nitreux , le deutoxide d azote : ceux-ci sont d’autant plus dangereux, que plus déliés, ils agissent à la manière des poisons irritans, septiques ou délétères; ils portent une atteinte profonde sur le système nerveux, et anéantissent la rie en peu d’instans.
Toutes les espèces d’asphyxies diffèrent les unes des autres, sous le rapport de la durée, de la marche des symptômes et des accidens consécutifs; ces différences dépendent de la nature des gaz introduits dans les poumons, et du temps plus ou moins long pendant lequel les malades ont été soumis à la privation de l’air ou à l’action de ces gaz. La mort est généralement beaucoup plus prompte, lorsque l’asphyxie dépend de l’inspiration de gaz septiques; elle peut être alors instantanée, subite, ce qui n’a point lieu quand il y a défaut d’ air, ou respiration de gaz qui ne contiennent pas d’oxigène ; ceux-ci empêchent seulement l’oxigénation du sang; ceux-là, indépendamment de l’obstacle qu’ils opposent à l’hématose, agissent comme substances vénéneuses
DES ASPHYXIES
volatiles, ils pénètrent subitement le système nerveux, au moyen de la respiration ; ils déterminent un engorgement dans les viscères et éteignent avec une extrême promptitude , toute espèce d’irritabilité ; si toutes les causes d’asphyxies agissaient avec cette violence , il serait rarement possible de pouvoir réveiller l’irritabilité et de sauver la vie aux malades; mais toutes n’ont point la même énergie, et il est possible alors , à l’aide de moyens rationnels promptement administrés , de ranimer la vie prête à s’éteindre. Dans le plus haut degré d’action, la mort est subite , sans qu’il soit possible , quelques moyens qu’on mette en usage, de rétablir la sensibilité et d’exciter une réaction favorable; mais si les causes ont agi avec moins d’intensité, et que l’asphyxié ne succombe pas de suite , la nature a le temps de réagir; le malade ressent des douleurs très-vives dans les membres, une céphalalgie insupportable , et il se développe secondairement des phlegmasies dans les organes gastriques, pectoraux et cérébraux.
Le pronostic des asphyxies doit être basé sur leur nature , sur la violence des symptômes qui les accompagnent, et sur le temps pendant lequel le malade a été soumis à la privation d’air ou a Faction d’un gaz irritant ou délétère. S il
DES ASPHYXIES
s’agit d'asphyxies par privation d’air, le cas sera d’autant plus grave, que le malade aura été plus de temps sans pouvoir respirer, car alors le sang veineux peut avoir frappé de stupeur le cerveau et le système nerveux à un tel point, qu’il soit impossible de les tirer de cet état d’engourdissement; les asphyxies que produit Faction des gaz irritans ou délétères, sont .beaucoup plus redoutables, eu égard à la rapidité avec laquelle ils éteignent la vie ; si ces gaz ont agi quelque temps sur les voies respiratoires, la mort est inévitable. Dans tous les cas possibles, le pronostic ne doit pas être rassurant sans restriction, attendu que les phlegmasies secondaires que la réaction provoque, deviennent souvent cause de mort. Quant aux asphyxies symptomatiques , elles n’offrent de danger que lorsque la maladie dont elles dépendent, est, par sa nature et son degré d’intensité , mortelle ou curable.
Le but que les médecins se proposent dans le traitement de l’asphyxie est de rétablir la circulation , la respiration , de réveiller la sensibilité, de détruire les congestions viscérales, puis ensuite de combattre les phlegmasies secondaires. Parmi les secours à donner aux asphyxiés , il en
est de généraux, qui conviennent à tous les genres d’asphyxies : détruire l’obstacle qui empêche
DES ASPHYXIES
J’air de pénétrer dans le poumon, débarrasser les voies aériennes des matières qui les obstruent, placer les malades au grand air, enlever tous les vê terne ns dont la compression nuit à la circulation capillaire , insuffler , à l’aide d’instrumens convenables , un air pur dans les bronches , frictionner doucement la région précordiale et l’épigastre , pour réveiller la sensibilité du cœur et rétablir les mouvemens de cet organe , chatouiller la membrane pituitaire avec les barbes d’une plume , placer sous les narines des liquides volatils irritans , tels que l’ammoniaque et l’acide acétique, afin d’exciter les mouvemens du diaphragme , etc. , etc. Lorsque l’asphyxie dépend de l’action du froid , que les malades sont plongés dans la débilité, avec langueur de la circulation, on recommande de pratiquer des frictions sur la poitrine , 1 épigastre et les membres avec de l’eau froide d’abord , ensuite tiède , puis chaude. Cette gradation est nécessaire pour prévenir les effets de l’application d’une trop forte chaleur sur des parties privées de sensibilité, qui ne sont pas en état de réagir contre l’excès de calorique. Quand la circulation est ranimée , il convient alors de détruire les congestions au moyen de la saignée et des sangsues appliquées sur les viscères. Lorsque F asphyxie est
DES ASPHYXIES. 283
le résultat de la soustraction combinée de l’oxigène et du calorique , comme dans la submersion , on recommande d’insuffler de l’air trèspromptement dans les bronches, de réchauffer la peau graduellement, de la frictionner, et, quand l’asphyxie est dissipée , de pratiquer une saignée et quelquefois de provoquer une évacuation des intestins. L’asphyxie par strangulation nécessite de plus la saignée delà veine jugulaire, qui dégorge plus facilement le cerveau et rend alors la respiration moins difficile. L’insufflation ne suffit pas toujours dans les asphyxies des nouveaux nés , il faut agir contre la cause qui empêche la respiration de s’établir; si la présence des mucosités des glaires dans l’arrièrebouche et les bronches produit un défaut de respiration , l’enfant doit être placé sur le côté , les pieds un peu plus élevés que la tête, afin que sa poitrine puisse se. dégorger; les glaires doivent être retirés, s’il est possible, à l’aide du doigt ou d’un pinceau. Quand la face est rouge , vuitueuse , que le cerveau est le siège d’une congestion sanguine , on recommande de couper promptement le cordon et d’appliquer deux petites sangsues derrière les oreilles , afin d’opérer plus directement le dégorgement de l’encéphale et faciliter ainsi le jeu des poumons. Mais
DES ASPHYXIES
lorsque reniant vient au monde exsanguin , par accident survenu , soit à la mère pendant le travail de l’accouchement, soit à l’enfant, celui-ci ne respire pas , parce qu’il manque du stimulant nécessaire propre à exciter le cœur, le cerveau et le poumon ; l’omphalotomie serait alors mortelle : on conseille de plonger le placenta dans un bain chaud animé de quelques liqueurs spiritueuses, pour rétablir ainsi la circulation de l’enfant à lui-même , de soulever avec précaution le cordon ombilical dont l’union avec le diaphragme paraît si propre , suivant M. Chaussier , à exciter la contractilité de ce muscle, et à déterminer la première inspiration , et de mettre en pratique les moyens généraux stimulans.
On recommande encore , dans toute espèce d’asphyxie , d’insuffler de l’air oxigéné dans les voies aériennes, à l’aide d’un soufflet, et de comprimer ensuite les parois de la poitrine pour expulser cet air et imiter le mécanisme de la respiration , de débarrasser le malade de ses vêtemens , pour favoriser l’oxigénation à travers la peau; d’exercer des frictions sur la surface du corps, de stimuler les ouvertures des membranes muqueuses, le voile du palais, l’intérieur des narines , d’exciter l’estomac et les intestins, en y introduisant quelques liquides aromatiques
alcooliques et éthérés, de ranimer graduellement la chaleur de la peau au moyen de cendre ou de sable échauffé ; on conseille même de pratiquer l’acupuncture à la plante des pieds. Tous ces moyens sont mis en usage pour réveiller l’irritabilité et tirer le plus promptement possible les malades de l’état alarmant dans lequel ils sont plongés. Lorsque l’asphyxie est dissipée, il reste à combattre les phlegmasies consécutives que la réaction a développées.
A/V\/W)/W\iW^
Le cœur, organe central de la circulation , reçoit dans ses cavités droites le sang qui , après avoir perdu dans les organes qu’il vient de parcourir, ses qualités excitantes, vivifiantes et nutritives , revient au point d’ou il est parti pour acquérir, au moyen de la respiration et de l’hématose , de nouvelles propriétés qui le rendent propre à l’exercice des fonctions et à l’entretien de la vie ; il passe ensuite dans les cavités gauches du cœur, d’ou il est lancé de nouveau dans tous les organes. Les mouvemens nécessaires à la progression du sang sont entretenus dans le cœur par les plexus cardiaques, entrecroisemens
nerveux formés en grande partie des cordons des nerfs ganglionnaires et des filets du nerf pneumogastrique. En raison de cet appareil nerveux considérable , ce muscle jouit d’une irritabilité et d’une contractilité surprenantes; les mou veine ns auxquels il se livre sans repos consistent dans une contraction et un relâchement alterna» tifs des ventricules et des oreillettes; celles-ci agissent ensemble, et il en est de meme des ventricules, de manière cependant que la contraction des uns correspond au relâchement des autres. La succession de ces mouvemens a lieu dans l’état normal avec une régularité et une harmonie parfaites , quoique d’ailleurs les batte» mens du cœur aillent toujours en diminuant, dans un temps donné, depuis la naissance jusqu’à la mort. La contraction des cavités est le résultat du racourcissement des fibres charnues de l’organe qui, dans scs mouvemens de rétraction sur lui-même, pourrait faire refluer le sang des ventricules dans les oreillettes, et des cavités danslcsvaisseaux,sides digues placées autour des ouvertures ne résistaient au reflux et ne prévenaient ainsi le trouble qu’il porterait dans la circulation.
Le grand nombre de nerfs, les nombreux
plexus qui enveloppent le cœur, sont les pnnci-
paux mobiles de ses battemens , que favorise la colonne de sang qui sans cesse pénètre dans ses cavités, les excite et les stimule ; mais les mouvemens de ce muscle dépendent-ils du centre de perception avec lequel il communique au moyen de la huitième paire , ou sont-ils entièrement soumis à l’influence des nerfs ganglionnaires? Haller soutint que ce viscère n’était pas
sous la dépendance clu cerveau ; qu’il tenait scs
mouvcmens de lui-même : que les principes de 3a motilité existaient dans son organisation , et que le sang était son irritant naturel. Les mouvemens du cœur chez les animaux qui n’ont pas de cerveau, ceux des fœtus acéphales, les contractions auxquelles se livre l’organe lorsqu’il vient d’être arraché de la poitrine d’un animal jeune et vigoureux, lui parurent devoir servir de démonstrations et de preuves suffisantes à l’appui de son opinion ; mais on a Répondu que les animaux peu élevés dans l’échelle des êtres organisés et qui vivent sans cerveau , ont des ganglions nerveux qui en font l’office ; que l’encéphale remplaçant chez l’homme ces centres nerveux , rien ne prouvait alors que le cœur fût affranchi de la dépendance de cet organe. Quant auxfœtusacéphales,on a objecté qu’il restait une portion de cerveau propre à entretenir pendant quelque temps
la circulation ; et que si le cœur, arraché de la poitrine d'un jeune animal, palpitait encore et conservait la faculté de se contracter sous l’influence du galvanisme et de l’électricité , ce phénomène prouvait seulement l’extrême irritabilité dont est doué ce muscle , puisqu’il la conserve encore, quoique n’étant plus en communication avec les sources oii il l’a puisée. Comment d’ailleurs expliquer, dans l’hypothèse à? Haller , l’influence des facultés intellectuelles, et surtout des passions sur les baltemens plus ou moins précipités du cœur, si le cerveau rfy joue pas le principal rôle? Comment pouvoir se rendre compte du ralentissement de ses mouvemens pendant le sommeil et les attaques d’apoplexie , si le centre de perception est passif dans Faction de ce viscère?
Mais puisque la volonté ne peut rien sur les mouvemens du cei^re de la circulation, Finfluence du cerveau sur ce muscle doit donc être essentiellement différente de celle qu’il exerce sur les organes de la vie animale : celte différence paraît tenir à la présence du grand sympathique ; M. Broussais pense que les nerfs céphaliques communiquent a la fibrine du cœur les stimulations qui la font agir; mais comme la volonté ne dirige pas ces stimulations, il établît
qu’elles sont réglées par les nerfs ganglionnaires, que ces nerfs reçoivent l’irritation de l’encéphale , qu’ils la dénaturent pour la faire servir à l’entretien des fonctions du cœur; que ces nerfs sont chargés de soutirer continuellement au cerveau, les stimulations nécessaires pour cet objet, sans attendre qu’il éprouve des exaltations d’action extraordinaires , et lors même que la volonté voudrait se refuser à leur fournir cette stimulation.
Le cœur, lié au cerveau, au moyen du nerf pneumo-gastrique , aux viscères par le grand sympathique, et placé entre les deux systèmes sanguins , artériel et veineux, est toujours influencé, lorsqu’une irritation assez intense pour réagir sympathiquement sur lui , se développe dans les organes et les viscères de la vie animale ou organique ; il se manifeste alors une série de phénomènes dont l’ensemble constitue l’état fébril. Cette influence sympathique occasionnerait facilement dans le cœur comme dans les autres organes , une phlegmasie , si , par un bénéfice de la nature, il ne résistait à toutes ces stimulations, et ne repoussait énergiquement l’inflammation. Les mouvemens de diastole et de systole s’exécutent chez l’homme en état de santé, sans qu’il en ait la conscience; mais lors-
qu’une irritation nerveuse ou inflammatoire reagit sur le cœur, qu’une irritation idiopathique de ce muscle se développe , que des passions viennent l’ébranler fortement, alors le rhythme habituel , l’harmonie parfaite des mouvemens sont troublés, et le malade indique sa souffrance en disant que, pour la première fois, il sent son cœur. Dans ces diverses circonstances , la contractilité de l’organe est augmentée : il palpite , il soulève violemment les côtes et s’arrête toutà-coup, ou bien, dans une nuance plus grave, le muscle constringé est momentanément dans un état de spasme, il précipite ensuite ses battemens, et le malade éprouve en même temps des sensations pénibles à la région précordiale , une douleur sous le sternum et dans le bras, et tombe quelquefois en syncope. Les auteurs ont érigé ces symptômes de l’irritation idiopathique ou sympathique du cœur en névroses, auxquelles ils ont donné diverses dénominations , d’après la nature des phénomènes morbides.
Des Palpitations nerveuses , de l Intermittence du Cœur et de la- Sternalgie .
Les nuances légères des irritations et les phlegm a si es des mêmes organes, ont été généralement dispersées, séparées arbitrairement et désignées
sous diverses dénominations dans îes nosologies, suivant le caprice de chaque auteur. Ce désordre a régné dans la pathologie, jusqu’à l’époque où la médecine physiologique, ne considérant pas seulement le plus haut degré d’intensité d’une phlegmasie , a étudié egalement les nuances les plus le gérés , les puis fugitives des irritations, de manière à pouvoir en faire un tout homogène intimement lie, et dont les seules différences furent basées sur le degré, l’intensité de l’affection organique. En procédant ainsi dans l’étude
des maladies du cœur, on a bientôt reconnu que les mouvemens anormaux de ce viscère , développés chez les sujets névropathiques, dé-
pendaient, lorsque d’ailleurs ils étaient continus, d’un commencement d’affection de l’organe, affection légère qui dégénérait bientôt en véritable hypertrophie et en anévrisme.
Les causes des mouvemens tumultueux de l’organe central de la circulation, de leur inter-
mittence, de la douleur qu’on y perçoit, résident dans les affections morales , dans l’état du sang trop stimulant, trop riche en matériaux réparateurs; elles dépendent d’une irritation plus ou moins éloignée qui réagit sur l’organe, l’excite et le stimule : les phénomènes morbides sont
alors passagers, intermittens et se dissipent avec
les causes qui les avaient provoquées ; mais si ces causes sont toujours en action , que le cœur soit sans cesse stimulé , il s’irrite lui-même , et les symptômes pathologiques , qui deviennent continus , dépendent alors de l’irritation idiopathique de son tissu charnu. L’étude de ces premiers signes d’une irritation symptomatique ou idiopathique du cœur, doit nécessairement jeter un grand jour sur l’étiologie des maladies de cet organe.
Nous avons dit dans les prolégomènes physiologiques, que toutes les impressions parvenues au centre de perception , allaient retentir dans les viscères, au moyen du grand nerf sympathique; cette stimulation, lorsqu’elle est trèsvive , est deversée en partie sur le cœur, non plus d’une manière uniforme , mais par secousses ; elle détermine des contractions vives, tumultueuses des fibres charnues , des palpitations plus ou moins fortes, et fait éprouver en même temps une douleur dans la région précordiale; les passions exaltées produisent toutes ces effets avec des différences qui dépendent de leur nature; les passions, fondées sur le plaisir, excitent des mouvemens tumultueux des cavités de l’organe; le sang, lancé avec force, n’éprouve aucun obstacle , aucune gêne dans sa ra-
pide progression ; îe cœur se dilate d’une manière irrégulière, mais avec facilité , et l’expansion générale favorise cette accélération du mouvement circulatoire. Dans les passions fondées sur la douleur et sans réaction, les cavités du cœur se livrent bien à des contractions désordonnées, mais les ouvertures des organes et les embouchures des vaisseaux sont constringées ; tous les viscères sont dans un état spasmodique, la peau est froide, décolorée; les muscles n’ont plus la meme énergie, et tant que l’homme est sous l’empire de la passion, cet état violent de l’économie persiste ; les pulsations du cœur sont fortes, violentes, irrégulières, et cependant, les battemens des artères ne correspondent pas à l’énergie du cœur; la colonne de sang violemment pressée éprouve un obstacle aux ouvertures, stagné dans les cavités et dans le poumon ; d’autres fois, îe cœur constringé ne se dilate plus : l’intermittence est plus ou moins longue ; la douleur est vive , et la syncope est imminente, quand le spasme persévère. Les passions déterminent donc des palpitations et des intermittences d’action du cœur; les premières, avec reaction, a moins qu’elles ne soient excessives, n’occasionnent point de constriction ni d’obstacle au cours du sang; les secondes, sans réac-
tion , produisent des palpitations , une constriction des ouvertures de l’organe, et la stagnation du sang dans les viscères. Ces symptômes ont d’autant plus d’énergie , qu’ils surviennent chez des sujets plus impressionnables : c’est ainsi que l’exercice des facultés intellectuelles, que les passions deviennent pour les viscères , en général , et pour le cœur, en particulier, des causes puissantes d’irritation et de plilegmasie; en effet, si ces agitations de l’organe central de la circulation se renouvellent sans cesse, il s’irrite , s’enflamme et devient anévrismatique.
La plasticité du sang, sa richesse en fibrine et la trop grande abondance de ce fluide , concourent puissamment à l’excitation habituelle du cœur; les personnes douées d’un tempérament sanguin , qui ont beaucoup d’appétit , et chez lesquelles l’hématose est profonde , acquièrent bientôt cette surabondance d’un sang trop excitant , ce qui constitue l’état pléthorique ; alors , non-seulement les battemens du cœur sont grands, forts, impétueux, mais ils deviennent souvent tumultueux; le cœur, excité , d’une part , à la contraction par la stimulation que lui communique un fluide trop riche en matériaux réparateurs, est forcé, d’une autre part, a une action précipitée par l’abord continuel d une
DES IRRITATIONS DU COEUR. 2q5
trop grande quantité de sang qui distend outre mesure ses cavités, et stagne meme dans les vaisseaux veineux; alors, l’organe presse ses contractions, il les redouble pour se débarrasser de ce surcroît de fluide qui lui arrive sans cesse ; il palpite, et, si on ne fait rien pour dissiper un pareil état, la nutrition du cœur augmente , son énergie redouble , il s’irrite , et, indépendamment des accidens qui peuvent survenir, il s’enflamme et s’hypertrophie.
Tous les organes irrités d’une manière aiguë, réagissent sur le cœur, l’excitent, l’ébranlent, augmentent ses contractions, précipitent le mouvement circulatoire et développent la fièvre; mais ce n’est pas seulement dans l’état fébril que ce viscère est stimulé, la gastrite, la métrite chroniques , etc. , l’irritation nerveuse de ces organes, troublent les fonctions du cœur, augmentent sa contractilité et dénaturent ses mouvemens. Le développement de ces phénomènes sympathiques est principalement remarquable dans les attaques d’hystérie ; la matrice irritée réagit sur les organes digestifs, sur le cœur et sur le cerveau , alors les malades éprouvent fréquemment, pendant l’intervalle des accès, des palpitations très-fortes et une constriction momentanée du cœur ; ils se plaignent de
£>g6 DES IRRITATIONS DU COEUR.
douleurs ordinairement ressenties à la pointe de l’organe. Dans les attaques , ses mouvemens deviennent intermittens , convulsifs , et il sc contracte sur lui-même à un tel point , dans le plus haut degré de la maladie, qu’on ne le sent plus , alors l’hystérique est sans pouls , sans connaissance; pâle, décolorée, elle ne respire plus, il semble que la vie est prête à l’abandonner, ou même qu’elle est morte ; lorsque le spasme commence à se dissiper, les battemens se font sentir, mais n’ont pas encore de régularité , jusqu’à ce que l’érection vitale primitive qui entretient ces irritations sympathiques soit entièrement dissipée. A l’ouverture des cadavres des femmes hystériques , on a souvent trouvé , indépendamment des altérations de la matrice , des organes gastriques et du cerveau, le cœur hypertrophié ou anévrismatique : c’est donc encore sous l’influence de ces stimulations viscérales que Forgane central de la circulation irrité s’affecte lui-même, s’altère et devient totalement impropre à l’entretien du mouvement circulatoire.
D’après ce qui précède, toutes les causes qui modifient le système sensitif du cœur, déterminent une irritation idiopathique vasculo-ncrveuse de l’organe , lorsqu’elles persévèrent; alors les
phénomènes spasmodiques deviennent plus intenses , et les palpitations convulsives sont plus fortes et plus souvent répétées ; il en est de même de toutes les causes qui accélèrent la circulation, telles que les grands mouvemens musculaires. Les coups, les chutes sur la poitrine peuvent également développer une irritation inflammatoire, dont les premiers symptômes consistent en troubles plus ou moins marqués dans les fonctions de l’organe: ces troubles sont ou des palpitations très-fortes, ou une intermittence d’action souvent répétée, ou une angoisse pénible dans la poitrine , avec sensation de douleur sous le sternum, qui s'étend très-souvent de la poitrine au bras gauche ; ces derniers phénomènes caractérisent la sternalgie des auteurs. Ces désordres sont alors les préludes d’un commencement d’affection ; et , si tous les malades affectés d’hypertrophie, n’éprouvent point ces symptômes, ou s’ils ne s’en plaignent que lorsque la maladie a déjà fait de funestes progrès , ils le doivent à leur organisation, à leur sensibilité obtuse, difficile à émouvoir.
On a observé , il est vrai , des malades qui ont ressenti, pendant des années, des palpitations, sans que le cœur se soit altéré ; ces faits n impliquent point contradiction , ils prouvent seule-
ment avec quelle force l’organe central de la circulation résiste à l’envahissement de la phlegmasie; mais, en thèse générale , l'irritation nerveuse , idiopathique ou sympathique du cœur aboutit à l’hypertrophie et à l’anévrisme, et il se développe alors des phénomènes caractéristiques de ces affections , et dont il n’est pas de notre sujet de nous occuper. Tel est le résultat ordinaire d’une irritation nerveuse, légère et prolongée, ou d’une irritation vasculo-nerveuse du cœur, à laquelle les gens du monde commencent à faire attention, lorsque l'affection est au-dessus des ressources de l’art.
Le traitement des troubles qui surviennent dans les fonctions du cœur, doit être basé sur l’état de l’organe. Ainsi, lorsque les palpitations sont produites à la moindre émotion par une perfection exagérée du système sensitif , et que d’ailleurs on n’observe, dans les momens de calme, aucune agitation, aucune irrégularité dans le pouls, on conseille de combattre cet excès de sensibilité dont sont affectées toutes les personnes névropathiques , en prescrivant le repos, la tranquillité, le séjour prolongé à la campagne, l’exercice modéré, une nourriture légère composée de légumes, de fécules, de viandes blanches, la soustraction de tous les
stimulans , et l’usage modéré des sédatifs du système nerveux; si le malade est très-irritable, qu’il soit en meme temps anœmique, les saignées locales et générales sont contre-indiquées ; la bonne alimentation peut seule corriger la prédominance du système sensitif, et la soustraction du sang pourrait l’augmenter ; mais, quand le pouls présente en meme temps de la force et de la plénitude , une légère saignée diminue l’éréthisme du cœur et dissipe les palpitations. Si les désordres des mouvemens du cœur sont le résultat sympathique d’un état pathologique de la matrice , de l’estomac , du poumon , l’attention du médecin doit être particulièrement portée sur la lésion primitive : on conseille alors de favoriser l’écoulement des règles , d’appliquer des sangsues aux cuisses, dans l’intérieur des lèvres , à l’épigastre , sur les parois thoraciques, de donner des boissons adoucissantes, de combattre et de détruire les irritations morbides qui réagissent sur le centre circulatoire. Quant aux palpitations dues à la pléthore , les saignées générales sont les seuls moyens à mettre en usage , elles préviennent l’hypertrophie et l’apoplexie; enfin, lorsque l’irritation inflammatoire est fixée sur le cœur, soit primitivement chez les personnes qui ont naturelle-
ment cet organe volumineux et d’une activité extraordinaire , soit secondairement par l’effet des stimulations qui lui sont transmises , il se manifeste alors des symptômes nerveux et des désordres dans les fonctions circulatoires qui offrent des caractères particuliers , suivant que la lésion affecte l’extérieur ou le tissu charnu , ou bien la surface intérieure du viscère.
Quelques auteurs ont prétendu qu’on n’avait jamais tant observé d’anévrismes que pendant la révolution française: on a nié cette assertion; mais les faits existent et la raison parle en leur faveur. Pour juger avec sévérité de l’action des causes, il faut observer de grands événemens agissant sur des masses d’hommes , et puisque les passions exercent une action si puissante sur les affections morbides du cœur, à quelle époque ont- elles été plus exaltées? La force, la violence des discours, l’impulsion donnée a toute espèce d’ambition, l’exaltation des idées, le patriotisme, agitaient, ébranlaient tour-à-tour le centre de la circulation ; les passions tristes refoulaient le sang dans les viscères, constringeaient le cœur et y excitaient des palpitations très-fortes. Lorsqu’une poignée de scélérats assis sur le trône sanglant de la terreur, vouaient à la mort par des lois sanguinaires tous les citoyens paisibles, la
DES IRRITATIONS GENITALES. 3oi
crainte, la terreur, l’effroi étaient à l’ordre du jour ; on tremblait pour soi , pour les siens, pour ses amis ; est-il étonnant que pendant ces temps si féconds en crimes , le cœur, sans cesse agité , tourmenté , succombât à une phlegmasie que
l’irritation prolongée y avait déterminée ?
iwwvvwiwvwiw