INFLUENCE DU GENRE DE VIE
assez souvent; c'est que, dans ces pays, on mange beaucoup de viandes et on consomme beaucoup d'alcool; la longueur des repas y est démesurée. Mais ce n'est pas la France qui est son pays de prédilection ; c'est la Hollande, un peu rAllemagne et surtout TAngleterre. Encore diminue-t-elle dans ce dernier pays. Autrerois, les habitudes de table y étaient exagérées; ai^ourd'hui, à ce point de vue» les mœurs se sont perfectionnées.
La goutte a donc effleuré bien des contrées, elle en a été délogée par les perfectionnements de Thygiène. Elle est pourtant de tous les climats et de toutes les races ; les Européens peuvent devenir goutteux en Orient quand ils sont sou« une influence héréditaire; on sait aussi que les Orientaux, quand ils se livrent à des excès, peuvent avoir la goutte. On Ta vue chez les nègres; dans Tlnde, chez les Anglais conservant les habitudes de leur pays. Quels que soient donc le climat, la race, la région, elle peut se développer. Mais elle est d'autant plus fréquente qu'on se rapproche du nord et qu'on pénètre dans les pays bas ou humides, dans la Hollande, l'Angleterre, TAlleniagne, dans les pays enfin où nous avons vu surtout se développer le rachitisme et Tostéomalacie, l'obésité, le diabète sucré, les coliques hépatiques.
La goutte atteint plus particulièrement les citadins, moins souvent les campagnards. Elle est bien plus fréquente à Londres que dans tout le reste de l'Angleterre et surtout l'Irlande et rÉcosse. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que Londres soit la ville des goutteux, si l'on veut bien considérer que la goutte est la maladie des maîtres, des riches, des savants, des gens d'esprit, des financiers, des politiques, de ceux qui ont une existence sédentaire et plantureuse, de ceux qui ne dédaignent pas les excès de viande, les mets épicés, les vins capiteux comme le porto ou le xérès et les bières fortes comme le porter ou le stout? Les boissons fermentées engendrent en efiet la goutte. En Hollande, en Allemagne, ce sont les buveurs de bière qui sont surtout goutteux. Mais l'alcool seul ne provoque pas la goutte. En Ecosse, en Irlande, on boit bien plus d'alcool qu'à Londres, et la goutte y est moins fréquente. En France, les classes infé-
278 ÉTIOLOGIE DE LA GOITTE.
rieures boivent beaucoup d'alcool, et pourtant la goutte y est rare; elle est plus fréquente chez les riches, qui en boiTenl moins. On ne peut donc pas dire que Talcool, en tant qu'alcool soit la cause directe de la goutte. Mais il intervient à titre de cause aggravante, associé à d*autres éléments que nous ne connaissons pas et qui entrent dans la composition des vins forts et des bières.
Les excès vénériens sont encore une cause puissante de goutte. Non seulement ils Tengendrent, mais ils provoquent Taccès. Ils agissent en tant que choc nerveux. « Avec le vin (' pour père, la bonne chère pour mère et Venus pour nour- « rice, on a un enfant qui a la goutte. » On trouve ce proverbe partout où Ton rencontre la goutte.
Toutes les causes qui épuisent le système nerveux, la longue contention d'esprit, les travaux intellectuels excessifs, le h veilles, sont autant de facteurs de la goutte. Toutes ces cause? produisent la goutte, en provoquant une détérioration vitale qui aboutit aussi au diabète, à la lithiase biliaire, etc.
Nous refaisons une étiologie déjà connue, mais nous rappliquons à une nouvelle maladie. Ce sont toujours les causes du retard des mutations nutritives qui «dominent la pathogénie de la lithiase biliaire, deTobésité, du diabète, de la goutte. Quelque cause surajoutée et qui souvent nous échappe, dirige l'organisme de préférence vers Tune ou vers l'autre de ces maladies.
Le sexe exerce une influence sur la goutte. Elle atteindrait l'homme vingt-cinq fois plus souvent que la femme, d'après la statistique de Durand-Fardel. Pour moi, j'ai trouvé que, pour treize hommes goutteux, il y a une femme goutteuse.
Au contraire, dans d'autres maladies du même groupe, il y a des influences difl^érentes : ainsi la lithiase biliaire rare chez l'homme est plus fréquente chez la femme. On a dit que, si la goutte est plus fréquente] chez l'homme, c'est qu'il fait plus d'excès de tout genre que la femme ; mais combien d'horame> sont goutteux qui n'ont jamais commis d'excès! Hippocrale suppose que la menstruation, par la spoliation sanguine qu'elh^ produit périodiquement, préserve la femme de certaines ma-