‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 115 sur 194 · MANIFESTATIONS PAROXYSTIQUES DE LA GOUTTE · texte numérisé non relu

MANIFESTATIONS PAROXYSTIQUES DE LA GOUTTE

Elles se développent chez des individus qui sont devenus goutteux, mais elles peuvent encore exister une fois la goutte établie ; d'autres, et c'est le plus grand nombre, sont aiguës et paroxystiques : elles apparaissent et disparaissent brusquement avec retour apparent à la pleine santé, quand la maladie épisodique semble avoir disparu. De ce genre sont la migraine, Tasthme, le vertige. Ces maladies épisodiques ne consistent pas toujours en accidents ner\ eux ; il en est de réellement inflammatoires, comme les amygdalites, qui ont déjà souvent existé dans le jeune âge et qui deviennent purulentes à l'approche de la goutte, les bronchites à évolution rapide ou lente, les coryzas à forme suraiguê ou avec tendance à la chronicité, enfin Teczéma.

A côté de ces maladies, il en est de simplement fluxionnaires, comme on les appelait autrefois, pouvant aller même jusqu'aux hémorrhagies : tels sont les hémorrhoîdes, Tépistaxis, Turticaire. Il est enlin un autre type d'affections simplement fébriles, à début soudain, avec* frisson initial, température élevée, défervescence rapide en deux ou trois jours, sans localisation phlegmasique. On les a nommées fièvre éphémère, fièvre catarrhale, fièvre herpétique, fièvre rhumatique; c'est aussi ce qu'on nomme refroidissement.

Ainsi le trouble général de la nutrition provoque des accidents aigus, de vrais accès paroxystiques, nerveux, fluxionnaires, phlegmasiques, pyrétiques. Leur apparition est brusque, leur évolution rapide. Ils marquent la fin d'un état de malaise et le retour aux conditions physiologiques. C'est à de telles maladies qu'on a donné avec raison le nom de maladies salutaires. L'accès goutteux lui-même rentre dans celte catégorie ; c'est un épisode salutaire, caractérisé par de la fièvre et de la fluxion. La fièvre détermine une combustion plus intense, et active pour un temps une nutrition jusque-là languissante, et la preuve, c'est que l'accès met un terme, non seulement à la longue série des malaises, mais encore aux autres maladies qui ont précédé l'accès : la migraine, l'asthme, le vertige. L'accès terminé, le goutteux a des mois, quelquefois une année entière de tranquillité. Enfin, et comme nouvelle preuve à Tappui de l'utilité de l'accès de goutte,

si Ton vient par un traitement intempestif à supprimer trop tôt Taccès, les autres accidents reparaissent immédiatement. Si un accès intense avorte dès son début, des accidents parfois formi* dables peuvent le remplacer ; c'est la goutte rétrocédée. C'est alors qu'on voit survenir la dysphagie, la gastrite aiguë, même phlegmoneuse, les tumultes cardiaques, Tapoplexie pulmonaire, Tapoplexie cérébrale passagère, la mort subite.

Il ne faut pas confondre ces accidents avec d'autres accidents viscéraux graves survenant cbez le goutteux malade depuis longtemps. C'est alors qu'on peut voir se développer les symptômes de l'angine de poitrine liée à l'aortite. La goutte ici n'intervient pas à titre d'élément patbogénique direct, mais comme cause éloignée, comme cause de l'aortite. De même, la gangrène sèche est due à des artérites.

L'altération graisseuse du cœur, fréquente dans la période cachectique de la goutte, peut donner lieu à l'apoplexie pulmonaire ou à des accidents d'asystolie. Si nous nous reportons aux accidents urinaires de la néphrite interstitielle, que celle-ci s'accompagne ou non de dépôts uratiques dans le tissu du rein, nous voyons les accidents produits par cette maladie présenter les mêmes caractères que ceux qui sont dus à une maladie semblable reconnaissant une tout autre cause. C'est ainsi qu'on peut observer les troubles cardiaques, respiratoires, cérébraux, viscéraux, troubles en un mot, liés à la maladie du rein et non pas à la goutte elle-même.

D'autres affections peuvent survenir au cours de la goutte : ce sont des accidents vraiment inflammatoires, pouvant porter sur les séreuses ; ils établissent ainsi une nouvelle analogie entre la goutte et le rhumatisme. On a signalé des péricardites sans maladie de Bright, des pleurésies apparaissant et disparaissant avec l'accès. Quant à distinguer ce qui est rhumatismal de ce qui est goutteux, c'est souvent fort difficile. Cependant vous pourrei voir quelquefois chez certains goutteux des lésions nettement rhumatismales. Vous pourrez trouver aux genoux, aux doigts de ces goutteux, des bourrelets osseux absolument différents des tophus par leur forme, leur siège, leur développement. Ce sont

des ostéophytes dont on peut sentir les bords, qu'on diagnostique parfois sur le vivant et que vérifie Tautopsie. Si vous vous rappelez ce que je vous ai dit des lésions goutteuses, vous savez qu'il y a incrustation de sels uratiques dans les gaines et les tendons, mais qu'il n'y a pas de lésions osseuses à proprement parler : plus tard, il se fait des déformations articulaires, disparition des cartilages, soudure des articulations, mais pas d'ostéophytes. Quand j'étais chef de clinique de Béhier, j'ai pu faire voir un de ces exemples où les lésions de la goutte se compliquaient de productions ostéophytiques de nature rhumatismale.

Je passe maintenant à l'étude symptomatologique de l'accès de goutte. L'accès peut survenir sans prodromes; il peut être annoncé par de l'agitation, de l'insomnie, des aigreurs, de la flatulence, de la céphalée, par quelque accident dyspnéique ou vertigineux. Un soir, le goutteux ressent un peu plus de malaise ; il a de l'inquiétude, cependant il s'endort. Dans la seconde moitié de la nuit, vers deux heures, il est réveillé par une sensation de dislocation au niveau de l'articiilation métatarso-phalangienne du gros orteil. Cette douleur s'accompagne de gonflement, de tension; elle augmente, donnant au malade une sensation de distorsion, d'écrasement, de brûlure, qui devient en quelques heures atroce. L'œdème des parties voisines se produit ; l'articulation est chaude, rouge ; le malade la tient immobile. Après quelques heures, quand le matin arrive, il y a un peu d'apaisement. La journée se passe avec des souflrances modérées; puis, entre cinq ou dix heures, la douleur reprend; elle augmente, s'accompagne d'angoisse, d'agitation, devient presque aussi intense que la première nuit pour s'atténuer au chant du coq.

A la première attaque, il n'y a souvent qu'une seule articulation intéressée : un pouce ou l'autre; dans les accès suivants, ce sont les deux articulations similaires; puis celles du tarse se prennent; la goutte remonte au cou-de-pied, au genou. Quand elle est invétérée, elle atteint les articulations du membre supérieur, voire même celles de la colonne vertébrale, bien que très rarement. La goutte monte donc des petites

articulations aux grandes, et c'est ainsi qu'après avoir alteiai les doigts, les poignets, les coudes, elle envahit les épaules et les hanches. Au bout de trois, quatre^ cinq jours, les douleurs deviennent plus tolérables ; le gonflement, la rougeur diminuent; Tœdème disparait, la peau se ride, se desquame; enfin la fluxion disparait; jamais il n'y a de suppuration. Mais une articulation ne reste pas prise pendant tout ce temps; raccès est généralement constitué par la fluxion successive de plusieurs jointures. Une fluxion peut évoluer en douze heures, mais cela ne fait pas préjuger la durée de Taccès. L'accès dure en totalité de huit à quinze jours, quelquefois plus longtemps; il y a souvent des rechutes.

Voilà à grands traits ce qui caractérise Taccès de goutte.

Je n'ai indiqué que la manifestation locale de l'accès. L'étal général mérite la même attention. C'est Tensemble de ces troubles qu'on peut appeler la fièvre goutteuse.

Souvent, la face est vultueuse pendant deux ou trois jours, les conjonctives congestionnées; puis une pâleur terreuse succède à la rougeur. Souvent aussi, la céphalée, qui avait débuté au moment de la période prémonitoire, jdure encore, mais elle ne dépasse pas les deux ou trois premiers jours; elle est généralement frontale, gravative. Le malade est irritable, agité, et, pendant la nuit, cette agitation devient presque du délire; ce n'est pas seulement l'exaspération que cause l'intensité ou h continuité de la douleur. Il y a des jours où la douleur et la fluxion disparaissent, et cependant la maladie n'est pas terminée; la fièvre et l'agitation fébrile continuent. La langue, large, saburrale, humide, se sèche parfois au centre et à la pointe; elle prend un aspect jaunâtre ou verdâtre. A ce^ symptômes fébriles se joignent la soif, le dégoût, l'anorexie, la constipation. Les urines, ardentes, modérément diminuées comme quantité, sont très rouges; elles laissent déposer des sédiments d'urates ou des sédiments d'acide urique. Dans les accès intenses, on voit souvent apparaître du deuxième èU cinquième jour une albuminurie très modérée, à albumine non rétractile, albuminurie liée à la dyscrasie fébrile et non à une

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