‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 116 sur 194 · LA FIÈVRE GOUTTEUSE · texte numérisé non relu

LA FIÈVRE GOUTTEUSE

néphrite; elle disparait du cinquième au septième jour en même temps que la température s'abaisse.

La peau est sèche; cependant après le troisième jour, on constate des sueurs nocturnes, qui n'ont ni Tabondance, ni Tacidité des sueurs du rhumatisme aigu. Le pouls monte à 80 ou 100, il dépasse rarement ce chiffre, il n'est nullement en rapport avec la température. La température s'élève généralement au-dessus de 39°; elle monte souvent à &0°, parfois à &1''. La température du soir est presque toujours plus élevée d'un degré que celle du matin. La température n'est en rapport, ni avec le nombre, ni avec l'intensité des fluxions, ni avec l'acuité de la douleur. On peut voir les fluxions disparaître et la fièvre persister. Le salicylate de soude, qui calme la douleur et fait parfois disparaître les fluxions, n'a aucune action sur cette fièvre, qui cède au contraire à la quinine, laquelle n'a pas d'action sur les fluxions. Cette fièvre augmente jusqu'au cinquième jour, puis elle diminue graduellement en gardant sa marche oscillante. Très souvent, pendant la période de fièvre intense, on peut entendre, dans l'une des bases pulmonaires ou dans les deux, des râles buUaires fins à timbre de crépitants.

Cette fièvre goutteuse, dont je viens de vous donner le tableau avec quelques détails, parce que je crois qu'elle n'a jamais été bien décrite, cette fièvre joue un rôle utile : elle élimine et elle détruit l'acide urique. Elle l'élimine par les urines; elle le détruit dans le sang et dans les tissus enflammés. Les urines des premiers jours renferment, quoi qu'on en dise, une quantité exagérée d'acide urique. Le sang, qui dans les premiers jours renfermait un excès de cet acide, n'en contient plus d'une façon appréciable après l'attaque. Pendant l'accès, la sérosité d'un vésicatoire appliqué loin d'une jointure malade donne des cristaux d'acide urique; la sérosité d'un vésicatoire appliqué sur une articulation fluxionnée n'en contient pas. L'accès à ce point de vue a donc un rôle utile : par la fièvre, d'une part, par le travail phlegmasique local, d'autre part, il active la destruction de l'acide urique.

Tous les accès ne se ressemblent pas ; on peut en distinguer

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plusieurs variétés d'après les rapports de Tétat général avec Tétat local. Il y a des fluxions légères avec peu de fièvre, des fluxions fortes avec beaucoup de fièvre, des fluxions fortes avec peu de fièvre, des fluxions légères avec beaucoup de fièvre. Au déclin des accès, on peut trouver autour des jointures des collections liquides renfermant une sérosité transparente, qui peu à peu s'épaissit, devient pâteuse, renferme des aiguilles d'urate de soude, puis se dessèche en laissant à sa place une masse crayeuse. Un topbus s'est ainsi constitué. Le tophus est une lésion chronique ; mais il ne suffit pas pour caractériser la goutte chronique. Celle-ci est constituée par la permanence d'un accès ou par la succession indéfinie d'accès subintrants, accès où aucun symptôme n'est aigu, où la fièvre manque, où les fluxions articulaires sont bâtardes, où l'œdème est permanent, où la congestion sanguine fait presque défaut. Un tel travail pblegmasique n'est plus capable de détruire localement l'acide urique, qui s'accumule alors à l'état d'urate, non plus seulement dans le cartilage, mais dans la synoviale, dans les tissus fibreux, dans les gaines synoviales, dans les bourses séreuses et jusque dans l'intérieur de l'articulation. C'est l'acheminement à l'ankylose, qui se complète par la substitution du tissu fibreux au cartilage. En terminant, je dois insister sur deux points : d'abord il peut y avoir des accès de goutte dans des points éloignés des articulations. On peut avoir des fluxions goutteuses à l'oreille, dans les bourses séreuses, synoviales, tendineuses. Enfin Tinflammation articulaire goutteuse peut provoquer par action névrotrophique réflexe, des atrophies musculaires qui siègent sur le triceps pour l'arthrite du genou, sur les extenseurs pour l'arthrite du poignet. Ces atrophies, comparables au point de vue de la pathogénie à celles des arthrites traumatiques, de l'entorse, de l'hydartrose , se développent très rapidement^ mais sont infiniment moins durables que celles qui succèdent aux traumatismes articulaires. — Comme conclusion, disons que l'accès rend pour un temps au goutteux l'intégrité de sa santé, et que ce résultat est dû à l'activité inaccoutumée que Tétat fébrile imprime à des mutations nutritives habituellement ralenties.

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