‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 142 sur 194 · ARTHRITES DE L^ÉRYSIPÈLE ET DE LA DYSENTERIE · texte numérisé non relu

ARTHRITES DE L^ÉRYSIPÈLE ET DE LA DYSENTERIE

dites, ces arthrites des maladies inrectieuses. Or, la plupart des maladies qui se compliquent de pseudo-rhumatismes sont des maladies infectieuses, depuis Térysipèle jusqu'aux maladies puerpérales, en passant par la dysenterie, par les angines, y compris Tamygdalite aiguë, par la scarlatine, la variole, la blennorrhagie.

Pour rérysipèle et pour les angines, il convient de faire des réserves ou au moins des distinctions. Il y a des pseudo-érysipèles, des maladies fluxionnaires de la peau, qui sont des manifestations rhumatismales, qui peuvent être la première localisation de la fièvre rhumatique et auxquelles succèdent, par une évolution naturelle, des fluxions articulaires qui sont le rhumatisme aigu véritable, et qu'une erreur de diagnostic pourrait seule faire considérer comme le pseudo-rhumatisme d'un érysipèle. De même, il y a des angines rhumatismales qui peuvent être la première manifestation d'une attaque de rhumatisme articulaire aigu. Mais, si ces faits sont réels, il, n'est pas moins réel qu'il existe des pseudo-rhumatismes consécutifs à l'érysipèle vulgaire infectieux et à la prétendue angine simple, qui, elle aussi, est infectieuse. Ces faits sont rares, exceptionnels ; aussi beaucoup de cliniciens restent-ils dans le doute et hésitent-ils à adopter des interprétations que Tindigence du matériel d'observations ne leur permet pas de contrôler.

La même obscurité règne au sujet des relations qui existent entre la dysenterie et les arthrites qui la compliquent. La relation est indubitable; elle a été constatée depuis Sydenham jusqu'à Delioux de Savignac, par un trop grand nombre d'observateurs, pour qu'elle puisse être révoquée en doute. Et je vous renvoie, pour plus amples renseignements, à l'exposé bibliographique que Quinquaud a fait de cette question, en 187&, dans \diGazette des hôpitaux. La relation existant, on peutsedemander si la dysenterie a été la cause occasionnelle d'un rhumatisme véritable, ou si l'arthrite n'est que la détermination articulaire de l'infection dysentérique. Bien que je n'aie pas observé le pseudo-rhumatisme dysentérique, c'est cette dernière hypothèse qui me parait être vraie, et l'apparition tardive des fluxions arti-

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culaires pendant la convalescence n'est pas une objection valable à cette manière de voir. Le rhumatisme scariatineni apparaît aussi au déclin de la maladie; et Thistoire des maladies infectieuses nous montre à chaque pas cette apparition tardive de deutéropathies, qui procèdent certainement de Tinfection.

Pidoux et Graves ont chacun découvert le rhumatisme searlatineux; Murray, Chomel, Grisolle Font observé; Trousseau Ta tiré de Toubli. Trousseau le considérait comme généraleoient bénin ; mais nous savons, depuis Garrod, qu'il a quelque tendance à suppurer et qu'il peut se compliquer de péricardite purulente. Il frappe de préférence certaines articulations, telles que les poignets, qui ne sont pas le lieu d'élection du rhumatisme vrai ; il résiste au salicylate de soude. Il peut se faire que dans quelques cas, ainsi que le pense M. Charcot, la scarlatine puisse provoquer Fapparition du véritable rhumatisme ; mais, dans la plupart des cas, les arthrites qui nous occupent sont scariatineuses et non rhumatismales.

Nous serons plus à Taise, je pense, pour interpréter le prétendu rhumatisme blennorrhagique. Quelque opinion qu'on se fasse de ce qu'a dit Baglivi sur la gonorrhée dans la goutte, Musgrave sur la goutte symptomatique, Vigarous sur la compli* cation de virus vénérien par d'autres virus, c'est à Swediaur en 1781, et à J. Hunier en 1786, qu'appartient la vraie découverte du rhumatisme blennorrhagique. Rollet en 185A, dans une étude magistrale, a cherché ce que pouvait être la nature du rhumatisme blennorrhagique. Et c'est également cette question doctrinale qui préoccupait le plus les orateurs, dans Fimportante discussion qui a eu lieu, en 1866, à la Société médicale des hôpitaux. Les uns disent : C'est le rhumatisme vrai qui a eu pour cause occasionnelle provocatrice la blennorrhagie. Les autres nient que ce soit le rhumatisme et le considèrent comme une affection blennorrhagique des articulations. D'autres nient à la fois la nature rhumatismale et la nature blennorrhagique de la maladie articulaire; ils n'y voient que le résultat d'une lésion des voies urinaires, qui, dans une hypothèse, provoquerait Tarthrite par réflexe névrotrophique, dans une autre hypothèse.

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par métastase infectieuse vulgaire, dans une dernière hypothèse enfin, par obstacle à Turination, par rétention de matières excrémentitielles, par intoxication. On doit foire au début de cette discussion une première concession. La blennorrhagie n'est pas une maladie qui occupée un tel degré Tactivité de l'organisme que cet organisme ne soit incapable de réalisa en même temps le rhumatisme articulaire aigu, quand se trouveront réunies les prédispo* sitions constitutionnelles et les causes occasionnelles. On peut donc avoir à la fois la blennorrhagie et le rhumatisme vrai. Mais cette coïncidence ne doit s'observer que dans les limites de fréquence de la morbilité habituelle du rhumatisme, c^est-à-dire une fois sur six cent quarante blennorrhagies. On observe au contraire le rhumatisme blennorrfaagique une fois sur cinquante blennorrhagies : ce qui est une fréquence treize fois plus grande. Il faut en conclure : ou bien que le rhumatisme blennorrhagique n'est pas un rhumatisme au moins douze fois sur treize, ou bien que la blennorriiagie a, comme on l'a dit^ la propriété de provoquer Técht rhumatismal aigu chez les sujets prédisposés, c'est-à-dire chez les rhumatisants; ou encore que le genre de vie ou le traitement imposé aux malades qui souffrent de la blennorrhagie sont capables de faire naître l'attaque de rhumatisme.

On peut éliminer tout d'abord cette dernière supposition.

Deux circonstances pourraieiït être seulement incriminées dans le traitement de la blennorrhagie, l'usage des bains, l'emploi des balsamiques.

Or nous savons que les balsamiques ne provoquent pas Tarthrite, et, dans les hospices consacrés au traitement des maladies vénériennes, on prescrit indifféremment les bains pour les chancres et pour la blennorrhagie ; cependant on ne voit pas le rhumatisme se développer chez les malades affectés de chancre.

La blennorrhagie n*a pas la propriété de faire apparaître le rhumatisme chez les sujets rhumatisants ; en effet, la blennorrhagie s'observe souvent chez les rhumatisants, qui, pendant quelques années de leur existence, sont un terrain éminemment favorable au développement et à la pullulation de Tagent infec-

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tieux blennorrhagique. Or il est presque inouï qu'un homme qui a déjà souffert de rhumatisme articulaire aigu en dehors de toute blennorrhagic, contracte une seconde attaque de rhumatisme à Toccasion d'une blennorrhagic.

Il est donc probable que ce rhumatisme n^est pas le rhumatisme vrai. Cette probabilité devient une certitude. En effet, rhistoire des faits particuliers montre que les arthrites blennorrbagiques ont une physionomie particulière, qu'elles sont apyrétiques en général, mono-articulaires d'ordinaire, tenaces, qu'elles ont les caractères de l'arthrite plastique, qu'elles tendent à r ulcération des cartilages et à l'ankylose fibreu.se , qu'elles ne sont nullement influencées par le salicylate de soude, que les endocardites et les péricardites, si fréquentes dans le rhumatisme vrai, sont extrêmement rares dans l'arthrite blennorrhagique, qu'au contraire une autre complication rare dans le rhumatisme vrai est ici particulièrement fréquente : je veux parler de l'iritis. On pourra objecter que, si cela est vrai pour la généralité des cas, on rencontre parfois, au cours de la blennorrhagic, des arthrites qui présentent tous les caractères locaux et généraux de l'accès rhumatismal franc, que par conséquent, si la spécialité de la cause défigure parfois la maladie, il est des cas où elle garde sa physionomie propre. Nous répondrons que de tels cas doivent en effet se rencontrer, que le rhumatisme vrai peut quelquefois exister au cours de la blennorrhagic, car la blennorrhagic n'est pas une vaccine contre le rhumatisme, et, comme je le disais tout àTheure, il peut y avoir un cas de rhumatisme vrai pour douze cas de pseudo-rhumatisme blennorrhagique.

Ajoutons à cette considération que, si les rhumatisants ne sont pas exposés à une rechute par le fait d'une blennorrhagic, ceux qui souffrent une fois d'arthrite au cours de la blennorrhagic ne voient jamais le rhumatisme se développer chez eux en dehors de la blennorrhagic; qu'au contraire chaque blennorrhagic nouvelle sera pour eux l'occasion du retour des inflammations articulaires et même de l'iritis qui a pu compliquer une fois ces arthrites.

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li me semble que tous ces arguments démontrent que les ai'thrites de la blennorrhagie ne sont pas de la nature du rhumatisme. Reste à savoir si la blennorrhagie les provoque, en tant qu'uréthrite ou en tant que maladie infectieuse. Si Turéthrite était la cause de Tinflammation articulaire, on pourrait, comme on Ta fait à tort, assimiler au pseudo-rhumatisme blennorrhagique Tarthrite du cathétérisme. Mais cette arthrite, qui est très rare, est presque toujours suppurative; elle n'est ni blennorrhagique, ni uréthrale ; elle est de la nature des infections traumatiques. On ne connaît guère le rhumatisme de Tophthalmie purulente, maladie que tant d'analogies semblent devoir identifier à la blennorrhagie. On pourrait y trouver un argument contre cette hypothèse * d'après laquelle Tarthrite blennorrhagique serait provoquée par le transport, sur la jointure, de Tagent infectieux blennorrhagique. Mais je ferai remarquer que Tàge où Tophthalmie purulente est fréquente se montre généralement peu favorable aux déterminations articulaires, et je rappellerai que, chez la femme atteinte de vaginite blennorrhagique sans uréthrite, le rhumatisme blennorrhagique est loin d'être rare. L'arthrite est donc très vraisemblablement une arthrite infectieuse blennorrhagique. L'agent infectieux de la blennorrhagie que l'on soupçonnait depuis longtemps, que Donné, puis Jousseaume ont cru avoir découvert, a été vu et très exactement décrit en 1872 par Hallier, qui Ta rencontré dans le muco-pus uréthral et dans le sang de malades atteints de rhumatisme blennorrhagique. Il a été vu également par Salisbury en 1873. Je l'ai retrouvé en 1878, et je l'ai fait voir bien des fois aux élèves. Il est constitué par des micrococcus légèrement allongés et effilés à une extrémité, ayant l'apparence d'une virgule très courte. Ils peuvent s'associer deux par deux ou former des chapelets de trois et quatre grains. Ils sont mobiles, animés de mouvements d'oscillation et de translation. On les trouve libres entre les globules purulents, mais on les voit également dans l'intérieur des leucocytes. En 1879, ils ont été vus par Neisser, qui leur a reconnu tous les caractères que je viens d'indiquer. J'ai pu, avec la collaboration de M. Gapitan,

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