TROUBLES DE LA NUTRITION
nutritifs de matières à faible capacité calorifique, c'est-à-dire à faible pouvoir osmotique, comme Talcool, toutes ces conditions peuvent influencer la translation de pénétration, Tactiver ou la restreindre.
L'insuffisance de certaines matières alimentaires, ou le vice de proportion dans les parties constituantes normales des aliments, influencent souvent d'une façon fâcheuse les actes assimilateurs. Sans phosphate de chaux, par exemple, il n'y a pas d'organisation possible, car ce sel constitue en quelque sorte la charpente minérale de tout élément anatomiquc, et, s'il fait défaut, nulle cellule ne peut se former ni même subsister. De même, le fer est indispensable pour certains éléments anatomiques des plus importants. Il n'est pas moins nécessaire que les cellules organiques trouvent dans leurs sucs nutritifs certaines substances qui ont déjà subi l'ébauche de l'organis ation, mais qui ne sont pas encore substance vivante. Sans lécithine par exemple, vous ne ferez ni tube nerveux, ni globule sanguin, ni bien d'autres cellules dont la formation rapide est toujours préparée par l'accumulation de la lécithine. Ce corps complexe, l'organisme peut le trouver dans les aliments; mais, en général, il le fabrique pour son propre usage, à la condition toutefois qu'il trouve dans l'alimentation les éléments multiples organiques ou minéraux nécessaires à sa constitution. Certaines substances étrangères qui peuvent p énétrer avec les ingesta et qui se fixent dans les éléments anatomiques, le mercure,* le plomb, par exemple, modifient et le plus souvent ralentissent les transmutations assimilatrices. Enfin les influences nerveu^s, la chaleur, la lumière jouent un rôle considérable dans l'activité de ces métamorphoses.
Le système nerveux, la chaleur et la lumière exercent également sur les transmutations désassimilatrices une influence considérable. La qualité des aliments est également importante à ce point de vue. Si la chaux était utile à l'assimilation, les alcalis sont indispensables à certains actes de désassimilation : sans bases alcalines, les acides organiques ne peuvent pas se brûler dans l'économie; sans substances sulfurées, il ne pour-
rait pas se produire de taurine, et certains éléments de la sécrétion biliaire seraient supprimés. Il faut tenir compte aussi d'autres ingesta accidentels, toxiques ou médicamenteux; les iodures, les bromures, la quinine, le plomb, Targent, quand ils ont pénétré les éléments anatomiqires, modifient la destruction de la matière, soit en l'activant, soit en la retardant; le phosphore pervertit cette destruction et fait apparaître des produits excrémentitiels anormaux. L'accumulation même des matières de désassimilation peut compromettre les transmutations rétrogrades.
Quant à la translation d'expulsion, elle peut être influencée par tout ce qui fait varier les conditions de la diffusion, par la concentration ou la dilution des sucs ambiants et par conséquent par l'activité plus ou moins grande des sécrétions, par l'ingestion plus ou moins copieuse des boissons. Elle est soumise aux variations de la circulation veineuse ou lymphatique; elle est dominée par l'intégrité de la fonction rénale; elle dépend, comme les transmutations rétrogrades, de l'activité respiratoire et de la quantité d'oxygène qui peut être employée à la production des matériaux d'excrétion. Elle est enfin placée sous l'influence régulatrice du système nerveux.
J'ai pensé. Messieurs, qu'il était nécessaire de vous exposer ces prolégomènes et que l'examen des questions que j'ai abordées dans les deux dernières leçons était utile aussi comme guide dans la recherche que nous allons entreprendre des conditions pathogéniques de certaines maladies. J'entre maintenant de plain pied dans le domaine de la pathologie, et j'abandonne Texposé dogmatique pour m'attacher à Tétude de faits particuliers. Il y aura avantage, je crois, à animer cette élude par des exemples.
Cherchons à analyser un fait des plus communs qu'ont observé bien souvent les confrères qui me font l'honneur de m'écouter et qui évoquera sans doute, chez plusieurs de mes auditeurs plus jeunes, des souvenirs personnels. Un jeune homme de quatorze à quinze ans, un collégien, si vous le voulez, en pleine période de croissance active, vit avec ses
camarades, soumis aux mêmes travaux, aux mêmes exercices, au même régime alimentaire, aux mêmes conditions hygiéniques, et, tandis que ses condisciples conservent une santé excellente ou passable, il dépérit, s'amaigrit, pâlit, s'affaiblit; il devient nonchalant, apathique; il n^a plus goût ni au travail, ni à la distraction; le moindre exercice Tessouffle. On s'inquiète et on le soumet à Texamen du médecin. Le médecin scrute les divers organes et déclare que l'enfant n'est pas malade, mais que sa constitution change^ mot profond, qui n'est peut-être pas toujours compris par celui qui le prononce, mais qui est la formule de l'exacte vérité. Puis il laisse une prescription ; il ordonne le fer, le quinquina et les biftecks. Le fer et le quinquina sont religieusement administrés; le supplément de viande est scrupuleusement infligé au malade, malgré ses répugnances; on n'obtient rien de bon. Mais que le médecin prenne la peine d'analyser les causes de cet état morbide, il reconnaîtra qu'une modification rapide est survenue dans tout l'organisme de l'enfant, qu'il a été soumis à une croissance rapide, sans que les modificateurs hygiéniques aient été adaptés à ses nouveaux besoins. La substance de son corps augmentait rapidement, et il n'avait pour suffire à cet accroissement que l'alimentation réglementaire strictement calculée d'après les exigences moyennes des enfants de son âge. Encore n'acceptait-il les ahments qu'avec indifférence ou même avec dégoût ; il n'ingérait pas tout ce qui lui était offert et n'élaborait pas bien tout ce qu'il ingérait. L'inappétence et les troubles digestifs étaient provoqués, ou entretenus, ou aggravés par l'inaction, par l'ennui, par la vie confinée, par l'absence de cette stimulation organique que donnent la satisfaction morale et l'exercice au grand air et en pleine liberté. Il y a donc eu, pour ces causes diverses, insuffisance de l'apport au moment même où l'organisme réclamait une plus grande quantité de matériaux pour la constitution des éléments de nouvelle formation. Cette matière, qu'ils ne puisaient pas dans les aliments, les tissus en croissance étaient obligés de la soustraire aux tissus déjà
formés; et de cette croissance, effectuée dans des conditions vicieuses, résultent des tissus nouveaux imparfaits au point de vue de leur constitution chimique, en même temps qu'une détérioration chimique des tissus anciens spoliés indûment par les organites nouveaux. Ainsi renseigné, le médecin pourra instituer une thérapeutique plus rationnelle. Il prescrira le lait , qui sera généralement pris sans répugnance, qui sera élaboré facilement, qui par la graisse et par le sucre sufBt amplement aux besoins respiratoires d*un organisme soumis pour quelque temps encore au repos physique, qui renferme la substance protéique sous une forme que les agents de la digestion rendent facilement assimilable, qui contient enfin les matières minérales dans la proportion exacte des besoins de Torganisme. Le médecin ne conseillera ni les bouillons, ni les gelées, ni les jus de viande; ces aliments ne fourniraient qu'en quantité insuffisante les hydrates de carbone nécessaires pour la génération de la force, et les substances protéiques assimilables. En fait de substances minérale$, ils apporteraient la potasse et la magnésie, que Torganisme ne. réclame pas impérieusement, et ne fourniraient que d'une façon tout à fait insuffisante la chaux, qui fait surtout défaut dans les tissus mal formés ou appauvris. Au lait il faudra ajouter, les œufs et surtout le jaune d'oeuf, où se trouve condensés à l'état de lécithine les matériaux organiques indispensables pour la constitution des cellules de nouvelle formation, et l'acide phosphorique qui se trouve dans le vitellus à l'état d'acide phospho-glycérique, c'est-à-dire sous la forme directement assimilable. Le médecin cyoutera enfin à ces éléments essentiels du régime le pain qui donnera par surcroît ce qui fait le plus défaut dans l'organisme appauvri, la chaux et les phosphates. Et, dans le même ordre d'idées, afin de pouvoir varier le régime sans modifier son caractère prédominant, il conseillera les légumineuses, les haricots, les pois, les lentilles, sans interdire d'ailleurs la viande ni les fruits, qui pourront être pris en quantité modérée, et, tout en donnant la viande, il conseillera de ne pas négliger le poisson.
En même temps qu'il prescrit ce régime ainsi modifié et qu'il supprime un régime plus riche en apparence, le médecin conseillera le repos physique comme le repos intellectuel; il n'exigera pas le fonctionnement de cet organisme épuisé, pour lequel tout exercice deviendrait immédiatement une fatigue au lieu de provoquer une stimulation utile. Mais il conseillera le changement d'air et la vie au grand air; Tenfant sera rendu à sa famille et devra passer quelque temps à la campagne.
Sous Tinfluence d'une telle hygiène et sans la participation d'aucun médicament, l'amélioration ne tarde pas à se produire ; le coloris reparait, les forces et l'énergie renaissent, l'exercice devient possible et agréable, il produit alors ses bons effets de stimulation ; le développement qui s'était effectué en longueur commence à se faire en largeur.
Mais, si l'on suit les errements habituels, l'enfant continue à languir. On pourra par l'usage exagéré de la viande augmenter le chiffre des globules, et j'ai vu chez ces chlorotiques le chiffre des hématies atteindre 5 900 000 sans qu'il y eût pour cela la moindre amélioration de l'état général. Plus souvent, on aboutira au désordre digestif, à l'embarras gastrique, à la diarrhée. C'est alors qu'on voit communément administrer le phosphate de chaux, dont on varie l'emploi sous tant de formes pharmaceutiques; et, comme l'amélioration ne survient pas, on augmente les doses de phosphate de chaux et l'état va en s'aggravant. C'est que le phosphate de chaux ne peut s'absorber que s'il est donné en quantité minime; c*est que, dissous dans l'estomac à la faveur de l'acide chlorhydrique, il est immédiatement précipité dans l'intestin et rendu non absorbable ; c'est que la précipitation sera d'autant plus rapide que l'acidité du chyme aura été plus amoindrie par la soustraction d'une plus grande quantité d'acide chlorhydrique. Si j'accorde aux phosphates alcalins une réelle valeur, je n'ai qu'une médiocre confiance dans le phosphate de chaux, et je ne saurais assez m'élever contre l'emploi des doses exagérées de ce seU
Si, pour lutter contre Tapathie des malades^ on exige d'eux tes longues promenades, les exercices violents, la gymnastique.
Tescrime, Téquilation, la chasse, vous verrez souvent 1 enfant se dérober et profiter d'un moment où la surveillance est en défaut pour rentrer à la maison et s'étendre sur son lit. On bien, si ces prescriptions fâcheuses sont exécutées avec plus de rigidité, la faiblesse et Tessoufflement arrivent à tel point qu'il faut bien à toute force concéder le repos.
Dans ces conditions de détérioration, Tenfant devient plus vulnérable ; les moindres causes provoquent chez lui des maladies, maladies aiguës, auxquelles succèdent souvent des maladies chroniques; c'est la bronchite, prélude de la phthisie: ce sont les angines, auxquelles succèdent les engorgements ganglionnaires qui s'indurent ou qui suppurent; c'est dans ces conditions encore que les simples contusions sont suivies d'arthrites fongueuses ou île périostites suppurées.
Ainsi l'altération de la constitution ou, pour être plus précis, l'altération dans la constitution chimique des éléments anatomiques anciens et nouveaux, crée d'une part l'opportunité morbide qui amène le développement des maladies aiguës et produit, d'autre part, une tendance fâcheuse à la chronicité de ces maladies aiguës et à l'apparition de maladies secondaires.
Dans Texemple que je viens d'analyser, la croissance était survenue au milieu d'un état de santé satisfaisant; mais, chez les enfants et chez les adolescents, il se fait souvent des croissances rapides pendant l'état de maladie, et alors la détérioration de l'organisme est due à la fois à la croissance qui est souvent excessive, u l'inanition qui peut être absolue et très prolongée, comme cela arrive dans les fièvres typhoïdes à rechute; aux métamorphoses exagérées ou anormales enfin, qui peuvent résulter du fait de la maladie. Tandis que dans les conditions habituelles , la convalescence des maladies aiguës est souvent chez les enfants le commencement d'un état de santé meilleur que celui qui existait avant le début de la maladie, on voit chez ces enfants, qui, au cours d'une longue fièvre typhoïde, ont grandi d'un demi-millimètre ou de deux tiers de millimètre par jour, survenir des accidents qui rendent la convalescence traînante et qui s'opposent au retour de la santé. C'est
là l'origine d'un certain nombre de scrofules et de tuberculisations. Il faut que l'esprit du médecin se tienne en éveil et qu'il prévoie ces conséquences possibles de la croissance au cours des maladies aiguës de l'enfance; il faut que, s'il juge que l'abstinence absolue est préférable dans le traitement des mêmes maladies chez l'adulte, il fasse fléchir ses principes quand il s'agit de la thérapeutique des maladies infantiles. Mais nourrir pendant les maladies pyrétiques est chose délicate. Il ne peut pas être question de donner des aliments solides pendant la période de fièvre intense; il faut alors savoir choisir les boissons, afin qu'elles puissent garder un caractère alimentaire. Les infusions, la plupart des tisanes, l'eau sucrée, le miel ne sauraient suffire; on préférera les décoctions d'aliments qui peuvent céder une partie de leur substance organique et minérale. On prescrira le bouillon, la décoction d'orge, le lait coupé, le jaune d'œuf encore que l'on dédaigne trop aujourd'hui et qui pendant si longtemps sous forme de lait de poule a rendu d'éminents services dans la thérapeutique des maladies aiguës de l'enfance. On nourrira lentement et graduellement dès que l'hyperthermie cessera; on s'opposera à un exercice corporel trop hâtif. On doit prévoir qu'un accident est à craindre et que cet accident menace précisément le système osseux. On sait depuis les travaux de Ponfick et de Neumann qu'il se produit au cours de la fièvre typhoïde, même chez l'adulte, un état irritatif de la moelle des os. On sait d'autre part que, dans l'enfance ou dans l'adolescence, la croissance normale s'accompagne aussi d'un état exagéré de formation dans la moelle osseuse. On sait enfin .que chez l'enfant et chez l'adolescent, les maladies aiguës et surtout la fièvre typhoïde s'accompagnent d^une élongation considérable du squelette. Il y a donc dans la fièvre typhoïde des jeunes sujets une* double cause d'activité formative de la substance médullaire des os; aussi est-il fréquent de voir survenir chez eux, pendant la convalescence, cette ostéite de croissance, qui n'est qu'un état exagéré de phénomènes qui normalement resteraient silencieux. C'est alors que surviennent les douleurs épiphysaires accompagnées
souvent d'eDdolorissemeot dans la continuité des diaphyses, douleurs qu'exaspèrent la pression et surtout la station verticale, et qui créent un véritable état d'impotence qui peut durer pendant des semaines; douleurs dont Tintensilé est telle que, vu leur localisation prédominante, on croit souvent avoir affaire à une véritable atlaque de rhumatisme articulaire aigu. L^'er* reur est même rendue plus facile encore par un certain degré de tuméfaction au voisinage des jointures. Tous les os des membres peuvent être atteints ; les vertèbres peuvent être également douloureuses, ainsi que les os de la face et du crâne, et la céphalalgie est un des caractères habituels de cette ostéite de croissance. II peut arriver que Tinflammation médullaire dépasse les limites dans lesquelles elle se maintient habituellement et qu'aux signes que je viens d'indiquer s'ajoutent sur quelques points du corps les symptômes de l'ostéopériostite phlegmoneuse, avec toutes ses conséquences et son excessive gravité. L'attention s'est fixée depuis quelque temps sur les abcès périostiques qui surviennent au déclin de la fiè%re typhoïde. J'ai compulsé les observations publiées, et je n'ai pas été étonné de trouver qu'elles ont trait presque toutes soit à des enfants, soit à des adolescents. Je suis donc porté à penser que ces inflammations suppuratives sous-périostiques sont, sur un point limité du corps, un degré plus avancé de cette ostéite de croissance générale dont je crois avoir établi le premier les rapports avec la fièvre typhoïde.
Laissons maintenant de côté la croissance exagérée de la seconde enfance ou de l'adolescence, et empruntons un nouvel exemple à la croissance normale de la première enfance. Dans cette période de la vie où la multiplication des cellules se fait avec une si grande rapidité, il faut que l'alimentation satisfasse largement à cette production de matière vivante. Si l'alimentation vient à être entravée ou viciée d'une façon un peu durable, on voit bien vite se produire des accidents pathologiques et des altérations constitutionnelles durables. C'est ce qui a lieu dans le sevrage prématuré et dans le sevrage trop tardif. Dans le premier cas, l'enfant, privé trop tôt de son aliment naturel, ne
trouvera pas toujours dans une nourriture artificielle tous les éléments qui lui sont indispensables, ou ne les trouvera pas dans leurs proportions nécessaires. £t si, comme il arrive le plus souvent quand Tindigence des parents impose à Tenrant un sevrage prématuré, Tenfant ne reçoit qu*une nourriture grossière que ses organes digestifs trop débiles ne peuvent pas élaborer, les maladies gastro-intestinales viendront ajouter un élément de plus à Tinanition relative. Si le sevrage est trop tardif, le lait maternel n'augmentant ni en richesse ni en quantité à mesure que les besoins de Tenfant s'accroissent, le même effet sera produit. On voit alors survenir dans les deux cas la pâleur y Famaigrissement, la flaccidité des chairs et enfin les nodosités osseuses. Je touche là un sujet délicat sur lequel des idés doctrinales nouvelles tendent à s'introduire dans la science. Je ne sais pas quel rôle appartient à la syphilis dans la production du rachitisme ; je ne sais pas si Tobservalion ultérieure établira pleinement cette opinion enseignée par M. le professeur Parrot, que le rachitisme est toujours une manifestation de la syphilis héréditaire; mais si je considère que la syphilis est extrêmement fréquente chez les citadins aisés, tandis que le rachitisme est relativement rare chez leurs enfants, et qu'il est même rare chez ceux de leurs enfants qui présentent des signes notoires de syphilis héréditaire; si je considère, d'autre part, que le rachitisme est extrêmement fréquent chez les enfants des pauvres et plus particulièrement dans certaines régions dont la population est peu maltraitée par la syphilis, je serai tenté de conclure qu'il faut au moins à la syphilis une autre condition adjuvante et que cette cause surajoutée doit être cherchée dans une alimentation vicieuse.
Le rachitisme, le morbus anglicus^ peut être défini ainsi : une anomalie de la nutrition de l'enfant qui produit un accroissèment excessif des tissus d'ossification avec une calcification insuffisante de ces tissus et qui entraine, comme conséquence, des déformations passagères ou durables de diverses parties du squelette. Le rachitisme semble avoir fait en Europe une apparition soudaine. Les premiers observateurs qui l'ont signalé
lui reconnaissent les caractères d'une maladie nouvelle. Je n'oserais pas affirmer que le rachitisme ait été inconnu chez nous avant le xvi« siècle. Il était au moins très rare dans les premiers temps de l'époque moderne, au moyen ège et dans l'antiquité. On peut en trouver l'indication dans Hippocrate, dans Gallien, dans Celse, même dans Zacutus Lusitanus qui appartient d'ailleurs aux temps modernes; mais ses caractères essentiels ne sont pas décrits par ces auteurs avec une exactitude qui défie toute contestation. S'il faut en croire Stiebel, un bas-relief antique où Ton a cru trouver la représentation d'Ésope, reproduirait très exactement les déformations rachitiques. Au xvi« siècle, on ne trouve guère qu'une observation de J. B. Théodosius, en 1554, où se trouvent notées chez un enfant de dix-sept mois les déformations caractéristiques de la colonne et des côtes, et l'impartialité m'oblige à vous faire cette remarque que la syphilis n'existait alors dans nos régions que depuis soixante ans. Cette apparition du rachitisme seulement après la syphilis et peu de temps après elle, pourrait donc être invoquée à l'appui de la thèse que défend M. Parrot. Il faut arriver au XVII" siècle pour voir se constituer l'histoire du rachitisme. La description classique de Glisson date de 1650; mais déjà divers travaux montrent que, dès les premières années du xvip siècle, le rachitisme était fréquent non seulement en Angleterre, mais encore en Suisse, en France, en Hollande et en Allemagne. Glisson, d'après le témoignage de plusieurs médecins, établit que le rachitisme aurait fait son apparition en Angleterre entre l'année 1612 et l'année 1620 et qu'il aurait débuté par les comtés de Sommerset et de Dorset.
Bien des opinions ont été émises touchant sa nature, et Portai les a résumées d'une façon un peu trop éclectique en disant que le rachitisme est un symptôme de la syphilis, du scorbut, de la scrofule et de l'arthritis. C'est Hufeland qui a surtout rattaché le rachitisme à la scrofule. C'est Boerhaave qui a plus particulièrement insisté sur son origine syphilitique. Glisson le considérait comme identique à l'osléomalacie, et cette idée, qui a été reprise en partie par Trousseau, par Lasègue, parBouchul,
ÉTIOLOGIE DU RACHITISME. 45
par Holl et par Beyiard, a été surtout combattue et je puis dire réfutée par Yirchow. Storch le premier en a fait une maladie de croissance. Si j'avais à vous faire Thistorique de cette maladie, je devrais vous signaler les recherches chimiques de Fourcroy, de Bolba, de Rees, de Schlossberger, de Marchand, de Friedleben; les travaux anatomiques de Rufz, de KôUiker, de H. Meyer, de Virchow, de Mûller; les essais expérimentaux de Chossat, de J. Guérin, de L. Tripier; mais j'ai hâte de revenir à rétiologie.
Le rachitisme existe sur toute la surface de la terre, mais il est plus fréquent dans les pays humides et froids. Il se développe de préférence dans les demeures privées d'air et de lumière et, pour cette raison, se montre plus fréquemment dans les familles des classes pauvres, dans les villes, dans les quartiers populeux.
Il se développe pendant la période de la première dentition. Très fréquent entre six et trente mois, il va en diminuant jusqu'à l'âge de cinq ans. Il est rare à Tépoque de la puberté. OUier l'a observé chez un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans. Mûller etKlebs, reprenant la question du rachitisme fœtal, ont établi sa réalité et en font la condition première du crétinisme. Beneke, sans démonstration convaincante, admet une relation entre cette altération du système osseux et l'étroitesse des vaisseaux, la petitesse du foie et l'exiguïté des poumons. Glisson a le premier signalé Tinfluence d'une alimentation défectueuse sur ce qu'il considère comme l'ostéomalie des enfants. Le sevrage prématuré a été incriminé par J.-L. Petit; le sevrage trop tardif a été accusé par Zeviani. On a beaucoup parlé des jeunes chiens que M. J. Guérin aurait rendus rachitiques en les nourrissant avec de la viande. Mais pour ces expériences, comme pour beaucoup d'autres, les doutes ne sont pas éclaircis, parce que la démonstration anatomique n'a pas paru suffisante et parce que le gonflement osseux ou les déformations n'ont pas la même valeur que la constatation des altérations de tissu. On a cherché aussi à établir expérimentalement l'influence de toute alimentation pauvre en phosphate de chaux.
Weiske et Wildt, Papillon n^ont obtenu que des résultats négatirs; au contraire, Letellier, Bibra, Milne-Edwards fils, Friedleben, Dusard, Voit seraient parvenus à produire les déformations rachiliques. Wegner affirme avoir produit le vrai rachitisme reconnaissable à ses lésions histologiques, en supprimant la chaux de Falimentation et en faisant ingérer da phosphore. Dans le même ordre d'idées, Heitzmann, en suppriprimant la chaux alimentaire et en donnant de Tacide lactique à ses animaux, aurait produit le rachitisme chez les carnivores et Tosléomalacie chez les herbivores. Les expériences de contrôle de Heiss, celles de L. Tripier et Arloing ont donné des résultats absolument négatifs. Cependant des expériences plus récentes de M. J. Teissier tendraient à accorder une influence à ringestion de Tacide lactique.
La pathologie expérimentale, comme vous le voyez, n'a donc donné que des résultats fort obscurs, et le rachitisme parait être Tune de ces innombrables maladies de Thomme que ron ne reproduit pas artificiellement chez les animaux. Si Ton veut se faire une idée des circonstances pathogéniques qui déterminent le rachitisme, il faut donc abandonner le terrain expérionental et se reporter à Téliologie. Si Ton fait abstraction des circonstances de milieu et si Ton analyse les particularités des différentes alimentations vicieuses qui semblent être les causes réelles du rachitisme, on trouve qu'elles se résument en une insuffisance de la chaux et des phosphates alimentaires ou qu'elles ont pour conséquence prochaine ou éloignée, une mau* vaine élaboration du phosphate de chaux qui n'est plus absorbable ou qui, absorbé, ne peut plus se fixer sur les éléments anatomiques. Il semble donc que l'on saisit une des deux conditions essentielles du rachitisme, le défaut de chaux et d'acidt» phosphorique dans les tissus d'ossification; mais on ne saisit que l'un des deux termes et Ton n'explique pas l'activité formativo augmentée de la moelle.
L*uhage d'un lait trop vieux, c'est-à-dire un allaitement tpf prolongé, radjofidion prématurée ou prédominante de la viande, de» pomnieK de terre, dans l'alimentation du nouveau-