‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 37 sur 194 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

PATHOCSÉNDE ET ÉTIOLOCSIE DE L'OBÉSITÉ.

Répartition du tissu adipeux à Tétat normal et dans Tobésitè. — Origine de la graisse dans l'obésité. L'ingestion de la graisse en excès. L'ingestion des aliments en excès. Le défaut d'oxydation des graisses. Rôle différent des graisses émulsionnées et des graisses dédoublées. La dyspepsie intestinale peut produire l'obésité. Influence de Tanémie, de rbyperthermie, de l'alcool sur la production de la graisse. Influence des aliments féculents sur l'accumulation de la graisse. — La diminution de la masse du sang» cause et effet de Tobéslté. — Importance des bases alcalines dans la combustion normale des graisses. Inconvénients de l'excès des acides. — Rôle du foie dans la production de l'obésité. Rôle du système nerveux.

Influence du sexe, du régime alimentaire, du genre de vie. — Causes occasionnelles. Maladies aigués. Modifications génitales. — Hérédité. Influences diathésiques. Maladies qui s'observent chez les parents des obèses. Maladies qui s'observent chez l'obèse.

J'ai étudié les conditions pathogéniques de Taccumulation de la cholestérine ; je veux rechercher aujourd'hui les causes qui amènent Taccumulation de la graisse. On peut évaluer à 2 ou 3 kilogrammes le poids du tissu adipeux qui se trouve normalement dans le corps de Thomme adulte. Il est disposé principalement sous la peau et de préférence sous les téguments de Tabdomen, à la région lombaire, aux fesses, aux mamelles ; il se rencontre aussi en notable proportion dans Tépiploon, sous le péritoine et dans le médiastin. C'est dans ces régions aussi que la graisse s'accumule dans l'obésité, et, dans cette maladie, on n'en trouve que de faibles proportions dans les parties du. tissu cellulaire sous-cutané qui n'en contiennent pas normalement, aux paupières, au fourreau, au scrotum. Elle

peut au contraire s'accumuler, dans les cas pathologiques, dans Torbite, dans les franges intra-articulaires, sous le péricarde.

Le dépôt de la graisse ne se répartit donc pas d'une façon uniforme ; elle s'accumule avec plus d'abondance dans les régions qui en contiennent le plus à Tétat normal. En tout cas, on ne fera pas rentrer dans Thistoire de Tobésité les dépôts partiels de graisse ou le développement circonscrit du tissu adipeux, et on doit en éliminer le lipome, Thypertrophie lipomateuse des muscles, les adiposes sous-cutanées paralytiques. Nous n'avons^ donc à étudier que le trouble de la nutrition d où peut résulter le développement anormal de Tensemble du tissu adipeux. Je n'.ai pas besoin d'ajouter que les dégénérescences graisseuses du foie, de^ reins, des muscles, que la transformation adipeuse de la moelle osseuse ne sauraient rentrer dans cette étude.

De même que la graisse normale a une double origine, Talimentation et la désassimilation, de même la graisse qui s'accumule en excès chez les obèses pourra être fournie par ces deui sources. Si Tusage exagéré des graisses alimentaires peut amener l'engraissement, ce serait se faire une idée bien inexacte des conditions pathogéniques de l'obésité que d'attribuer, dans cette maladie, la surcharge adipeuse à Tabus des aliments gras. L'homme sain peut user et même abuser de la graisse sans aboutir à la polysarcie ; la plupart des obèses ne consom* ment pas plus de graisse que n'en comporte le régime normal, et beaucoup deviennent obèses ou restent obèses en s'abstenant presque totalement de l'usage des graisses.

Il faut donc chercher la condition pathogénique de l'obésité dans le défaut de combustion des graisses, et, si trop de graisse alimentaire empêche l'organisme d'effectuer complètement Toxydation, trop de combustible autre que la graisse pourra économiser également des quantités normales ou minimes de matière grasse ingérée. De même aussi, en deiior9 de tout écart alimentaire, tout trouble général de la nutrition qui ralentit les oxydations pourra permettre l'accumalation soit des graisses alimentaires soit des graisses de désassimilation.

Ainsi tout en reconnaissant que l'abus du lard, du beurre, du lait, des huiles peut favoriser le développement de Tobésité, l'observation nous apprend que le même résultat est obtenu plus souvent par l'excès alimentaire des farineux ou des sucres; elle nous enseigne surtout que, même lorsqu'il n'est pas fait un usage exagéré des aliments soit ternaires, soit quaternaires, Tobésité survient cependant, et que c'est dans cette catégorie que rentrent peut-être le plus grand nombre des cas de polysarcie. Il est des peuples qui se nourrissent presque exclusivement de graisses, qui ne sont pas maigres assurément, mais qui ne sont pas obèses. C'est que ces peuples, comme les Lapons, comme les Esquimaux, vivent dans des régions dont la température exige des combustions actives et que, chez eux, le froid produit son effet habituel, qui est l'augmentation de la production de l'acide carbonique.

La clinique nous apprend que l'obésité se développe très souvent chez les individus qui souffrent de dyspepsie, qui n'ingèrent pas de trop fortes quantités d'aliments et qui même élaborent mal la matière qui parcourt leur tube digestif, à tel point qu'on peut la retrouver en partie, non modifiée ou non absorbée dans les déjections. Il se pourrait que chez ces individus l'action pancréatique sur les graisses ne se fit que d'une façon partielle. Il se pourrait que chez eux la graisse fût émulsionnée, mais non décomposée. Or ce qui se brûle dans l'organisme avec le plus d'activité, c'est la glycérine et les acides gras combinés aux bases alcalines. Au contraire, la graisse émulsionnée, même la graisse neutre dissoute s'oxydent avec une plus grande lenteur. Si donc, chez certains individus, c'est à Tétat de graisse neutre exclusivement que la graisse alimentaire pénètre dans la circulation, on comprendra qu'elle ait le temps de se soustraire aux combustions en s'enkystant dans les cellules du tissu adipeux. On ne saurait opposer à cette vue hypothétique l'amaigrissement souvent très considérable que provoquent les maladies organiques du pancréas, car, dans ces cas, non seulement les graisses ne sont pas décomposées, mais l'émulsion ne se produit pas, l'absorption est rendue impossible, et

la presque totalité des graisses se retrouve dans les évacuations alpines. Ce n'est d'ailleurs pas seulement le défaut d'action du pancréas qui, en permettant Témulsion, s*oppose à la décomposition des graisses et devient cause d'obésité; FÎDsuffisance de la bile alcaline, l'acidité de l'intestin peuvent produire le même résultat.

Mais, ce ne sont là que des cas particuliers d'obésité, et la maladie peut se produire tout aussi bien par un défaut d'oxydation des graisses élaborées par les éléments anatomiques. Que la graisse se forme par la désassimilation de la substance azotée, c'est un fait aujourd'hui incontestable. Si, normalement, les éléments anatomiques contiennent peu de graisse, c'est que l'oxydation détruit cette graisse peu de temps ap^è^ sa formation. Mais, si l'apport de l'oxygène vient à être entravé ou si la désassimilation augmente sans que l'oxygène soit ÎDlroduit en plus grande quantité, on devra voir et on voit en réalité l'accumulation de la graisse dans les éléments anatomiques. C'est ce qu'on voit dans l'ictère grave, dans l'empoisonnement par le phosphore, dans l'anémie pernicieuse, où le sang apporte moins d'oxygène aux tissus; c'est ce qu'on voit également dans certains cas d'hyperthermie, dans certaines pneumonies par exemple, où la désassimilation est activée par la fièvre* mais où Tabsorption de l'oxygène est rendue plus difficile par la lésion pulmonaire, en même temps que sa fixation sur les globules est amoindrie par l'excessive élévation de la température. C'est ce qui se produit encore chez les individus qui font usage continuel de doses même modérées d'alcool ; chez eux, le mélange au sang de cette substance à faible capacité calorifique et en même temps à faible pouvoir osmotique, ralentit la pénétration de la matière et par conséquent de l'oxygène dans les éléments et favorise encore l'accumulation interstitielle de la graisse. Chez ces hommes, la graisse peut être reprise par la circulation et portée aux éléments qui ont pour fonction de la garder en dépôt ; et quoique de teU malades mangent peu en général l'obésité survient. Ou bien la désassimilation continuant à s'effectuer, tandis que l'assimi-

PÀTHOGÉNIE DE L'OBÉSITÉ. 113

lation est entravée, l'iadividu s'amaigrit, les muscles chargés de granulations graisseuses diminuent de volume, le marasme survient, et Ton peut voir ainsi, sous Tinfluence d'une même cause, l'obésité ou Tamaigrissement produits par une désassimilation qui s'opère sans oxygène suffisant. On comprend que, chez les obèses dont la graisse est fournie par une désassimilation exagérée de la substance azotée en présence d'une quantité d'oxygène qui n'augmente pas en proportion, les urines pourront trahir la nature du travail intime qui s'opère dans les tissus. Chez ces obèses qui ne sont pas les plus nombreux, le chiffre de l'urée dépasse la normale. Une portion de la substance protéique désassimilée peut même n'être pas transformée en urée et être éliminée par les reins à l'état de substance albuminoïde altérée, dialysable. Il n'est pas rare, en effet, de constater dans les urines des obèses azoturiques de petites quantités d'une matière qui précipite par les coagulants de l'albumine, mais qui, à l'inverse de l'albumine vraie des néphrites, ne se rétracte pas sous l'influence de la chaleur. C'est un exemple de ces albuminuries à albumine non rétractile qui sont pour moi l'indice d'un état dyscrasique et non le signe révélateur d'une néphrite. Nous venons de voir que la graisse excédante du tissu adipeux est tantôt une graisse alimentaire mal élaborée, tantôt une graisse fournie par les métamorphoses de la substance azotée. Mais ne peut-il pas y avoir d'autres origines pour cette graisse? La matière glycogène par exemple ou le sucre ne pourraient-ils pas se transformer en graisse, et, dans cette hypothèse, l'amidon ou le sucre des aliments qui deviennent matière glycogène dans l'organisme, ne pourraient-ils pas aller sous une forme nouvelle s'emmagasiner dans le tissu adipeux? L'observation journalière qui paraît, au premier abord, favorable à cette manière de voir, ne nous autorise pas à conclure. Sans doute on voit des hommes qui deviennent obèses sans faire abus de graisses ou de matières azotées et sans que la substance azotée de leur corps diminue, et on constate que ces hommes font abus des farineux : sans doute, on produit chaque jour aussi cet engraissement, chez l'oie, chez le bœuf, chez le

BOOCHARD. — Natrilion. 8

porc, en imposant à ces animaux une alimentation riche en substances féculentes. Le rapport de causalité est évident, mais rien ne démontre que dans ces cas l'amidon se soit transformé en graisse, et l'on se heurte toujours à cette objection que le sucre formé dans l'organisme aux dépens de cet amidon a consommé l'oxygène et mis les graisses à l'abri de ToxydatioD.

Ce qui prouve bien que, dans l'obésité, l'accumulation de la graisse est le résultat d'une insuffisance des oxydations, c'esl que, chez l'obèse, l'exhalation de l'acide carbonique dimioue; c'est encore, ainsi que je l'ai signalé en 1874, que la température des malades s'abaisse tout comme dans le diabète. Le matin, au réveil, le thermomètre marque dans le rectum de 36^,7 à 37^ Dans la journée et surtout après les repas, la température se relève et les oscillations diurnes sont plus accusées que dans l'état de santé.

Cette diminution des oxydations ne porte pas seulement sur la graisse-, elle est manifeste également en ce qui concerne la destruction de la matière azotée. L'urée diminue en général chez les obèses, et fréquemment l'acide urique, qui représente un moindre degré d'oxydation, se trouve en excès. L'abaissement du chiffre de l'urée atteint souvent les deux tiers, quelquefois la moitié du chiffre normal. Sur 59 cas d'obésité où j'ai fait l'analyse quantitative des urines de vingt-quatre heures, j*ai trouvé 30 fois l'urée diminuée; 15 fois la quantité de ce produit était normale; lA fois elle était excédante. L'anazoturie est donc la règle dans l'obésité, l'azoturie est l'exception; mais il faut tenir compte de cette exception dans le traitement.

Je vous disais tout à l'heure que l'anémie, dans ses formes graves, s'oppose à la combustion de la graisse; l'anémie a été assez souvent signalée chez les obèses. On constate en effet chez eux la faiblesse, les palpitations, Tessoufflement, quelqueroi> les bruits vasculaires, et cependant si, comme je l'ai fait à différentes reprises, on se renseigne sur la richesse du sang en globules, on reconnaît que leur nombre pour un millimètre cube n'a pas diminué et qu'ils se maintiennent même généralement audessus de 5 500000. Et pourtant le sang fait défaut chezles obèses.

PÀTHOGÉNIE DB L'OBÉSITÉ. 118

Il est une variété d'obésité qui s'observe chez les enfants, qui n*est pas rare chez les enfants israélites, qui se développe avec Tâge, qu'on ne parvient pas à guérir, mais qu'on peut réprimer par des soins hygiéniques permanents. C'est ce qu'on a très justement appelé la chlorose des géants. Chez ces individus, il y a une étroitesse congénitale de tout le système vasculaire; le cœur est petit, l'aorte petite, l'artère pulmonaire petite; les poumons sont étroits, le foie est exigu; et avec cela le corps est grand, les muscles volumineux. Ces sujets deviennent obèses dès les premières années de l'existence, et, avec les années, cette obésité devient monstrueuse. Il y a chez eux disproportion entre l'appareil qiii distribue Toxygène et les appareils qui le consomment; et quoique leur sang puisse avoir la richesse relative normale, quoique chaque millimètre cube renferme plus de 5000 000 de globules, la masse totale du sang est inférieure à ce qu'elle devrait être, et les oxydations sont entravées par une sorte d'anémie relative. Dans l'obésité vulgaire, la même anémie existe, mais elle se produit secondairement. L'exubérance du tissu adipeux qui distend la peau et les aponévroses, comprime les organes et détermine Tallaissement de ceux qui peuvent se vider de leur contenu liquide. Ainsi s'explique comment chez ces malades on peut constater les signes cliniques de l'anémie, alors que Thématimètre démontre une proportion de globules rouges plutôt augmentée. Et ce n'est pas seulement la partie aqueuse du sang qui s'élimine par les émonctoires; le sang lui-même peut être exprimé en dehors de ses vaisseaux, des mouvements fluxionnaires s'opèrent vers les surfaces où les vaisseaux ne sont pas soutenus, et des hémorrhagies peuvent se produire. Les épislaxis, les hémoptysies ne sont pas rares chez les obèses ; les hémorrhoîdes sont fréquentes. Pour que le sang opère normalement la combustion des graisses, il faut qu'il soit abondant, il faut qu'il soit riche>, mais il faut aussi qu'il ait son alcalinité normale. Si bien des individus gros mangeurs de viande deviennent obèses, si bien des obèses voient leur maladie persister malgré la diète carnée absolue, c'est parce que les aliments végétaux leur font défaut

et qu'ils se privent ainsi des bases alcalines. Je vous disais tout à rheure que la dyspepsie acide pouvait faciliter raccumulatioo de la graisse en rempécbant de subir dans Tintcstin le dédoublement qui la rend facilement oxydable; la dyspepsie acide agit encore dans le même sens par un autre procédé, en diminuaot Talcalinité du sang. D'ailleurs le vice général de la nutrition qui entrave les oxydations ne nuit pas seulement à la combustion des graisses, elle empêcbe aussi la destruction des acides organiques ; et la preuve, c'est que presque toujours, chez les obèses, vous trouverez Toxalate de chaux dans les urines, c'est que fréquemment chez eux vous constaterez cette fétidité de la peau qui résulte de Taccilmulation des acides gras volatils.

Enfin nous pourrons trouver, parmi les causes de robésilé, toutes celles qui ont pour effet de diminuer les oxydations.

On a voulu faire jouer au foie un rôle dans la production de Tobésilé. Beneke pense que l'abondance trop grande de la bile peut engendrer Tobésité en rendant plus complète l'absorption des graisses. Conheim, au contraire, pense que la bile fait défaut chez les obèses. L'affirmation de Conheim me paraîtrait plus acceptable : car, ainsi que je vous le disais tout à l'heure, la bile, par son alcalinité, favorise l'action du pancréas et fait passer une plus grande quantité de graisse à l'état de glycérine et d'acides gras qui seront plus facilement brûlés. Ajoutons que la bile est un liquide d'excrétion de la graisse et qu elle élimine chaque jour A à 5 grammes de cette matière. EnGa le foie permet à la matière azotée de passer à l'état excrcmentiliel et de se soustraire aux métamorphoses qui pourraient la transformer en graisse. On peut donc comprendre à la rigueur que la torpeur de la fonction hépatique puisse être l'une des conditions pathogéniques de l'obésité. Jusqu'à ce jour, la clinique a jeté peu de lumière sur cette question qui reste encore fort obscure et à laquelle la fréquence du diabète ou de la Uthiase biliaire chez les obèses n^apporte pas grand éclaircissement.

Les troubles du système nerveux ont une action plus évidente. L'hystérie, en particulier, s'accompagne parfois d'obésité monstrueuse, et M. le professeur Tessier a appelé l'attention sur cette

singulière coïncidence de certaines affections nerveuses avec la polysnrcie. La clinique, comme Texpérimentation, enseigne que les lésions nerveuses peuvent permettre Taccumulation de la graisse dans les parties paralysées, soit qu'il s'agisse d'un trouble tropbique, soit que les muscles ne brûlent plus la graisse pour leur travail fonctionnel, soit encore que les troubles vasomoteurs dont les membres paralysés sont le siège, limitant les oxydations locales, restreignent la combustion de la graisse, et, par suite, permettent son emmagasinement. Landouzy appuie cette dernière manière d'interpréter l'adipose sous-cutatiée paralytique, sur ce fait, qu'il a pu, sur des membres atteints d amyotropbie et d'adipose, constater une diminution dans la température locale. On devait s'attendre à une relation étroite entre certaines neuropatbies et l'obésité, étant donné le rôle prédominant que joue le système nerveux dans toutes les mutations nutritives. Pour ce qui concerne l'hystérie, je puis rappeler ce que j'ai démontré et enseigné en 1873, lorsque j'avais l'honneur de suppléer, à la clinique de la Charité, M. le professeur Bouillaud : c'est que souvent l'hystérie s'accompagne d'un ralentissement étonnant de la nutrition qui peut faire tomber l'urée au-dessous de 3 grammes par jour et qui permet aux malades de vivre sans manger, ou en vomissant tous leurs aliments, et cela pendant des mois, sans que l'amaigrissement devienne notable.

Il y a une autre influence que nous retrouvons dans l'étiologie : c'est celle de la fonction génitale, aussi évidente dans le développement de Tobésité que dans le développement de la lithiase biliaire, mais peut-être moins difficile à interpréter, car nous savons que, chez la femme, pendant toute la vie génitale les oxydations sont ralenties. C'est par le même procédé sans doute que l'obésité appartient comme la lithiase biliaire à la période sénile de la vie, mais non à la période de décrépitude, où le marasme succède à l'embonpoint des premières années de la vieillesse.

Des notions pathogéniques que nous venons d'analyser, nous pouvons retenir les faits suivants : la graisse à l'état d'émulsion ne s*oxyde pas, la graisse neutre dissoute s'oxyde difficilement, les produits de dédoublement de la graisse se brûlent

facilement, la combustion ne peut s*opérer que dans un milieu alcalin. Celte combustion est entravée quand d'autres combustibles peuvent se saisir de Toxygène, quand les acides prédominent, quand interviennent toutes les causes du ralentissement de la nutrition. La graisse est fournie par les métamorphoses de la matière azotée surtout quand la désassimilation s'opère en présence d'une quantité insuffisante d'oxygène; le foie est un organe d'excrétion de la graisse. Ces notions préliminaires permettront de mieux interpréter l'étiologie et nous serviront de guide dans la thérapeutique.

Je vous demande de me permettre de déduire uniquement des faits que j'ai personnellement observés, l'examen des circonstances qui paraissent favoriser le développement de l'obésité.

Mes observations sont au nombre de 111. Elles concernent 36 hommes et y 5 femmes, ce qui justifie déjà cette opinion généralement admise que la femme est plus particulièrement disposée à l'obésité. Elle le serait, d'après mes observations, deux fois plus que l'homme.

J'ai recherché l'influence du régime alimentaire, et j'ai voulu juger d'après les faits ce que vaut l'opinion si souvent répétée que l'obésité est engendrée par les excès de table. Or j'ai trouvé d'après l'analyse de 103 faits oùie régime habituel des malades a été noté que, sur 100 obèses, 50 avaient un régime alimentaire normal; que &0 seulement étaient gros mangeurs ou faisaient abus soit des graisses, soit plus souvent des farineux, et que chez 10 la ration quotidienne des aliments était sensiblement inférieure à la normale. C'est dire que, si les excès alimentaires doivent entrer en ligne de compte, on ne saurait pas les considérer comme la cause dominante de la maladie.

Dans 103 cas également, j'ai recherché ce qu'était le genre de vie, au point de vue du travail musculaire, et j'ai constaté que, sur 100 cas, 35 fois les malades avaient eu une vie normalement active, que 28 fois ils faisaient plus d'exercice corporel que la moyenne des hommes, que 37 fois enfin l'exercice était insuffisant en raison de Tindolence des malades ou de leurs fonctions sédentaires. Ici encore, nous reconnaissons l'importance de cet

amoindrissement de Faction musculaire et des oxydations qu^elle provoque normalement ; mais nous devons reconnaître encore que ce n'est pas la cause dominante. Ainsi cette maladie des gourmands et des paresseux ne reconnaît pour cause, ni Tabus des aliments ni le défaut d'exercice dans la moitié des cas.

La recherche des causes occasionnelles vous semblera peutêtre intéressante. Elle a été faite 65 fois dans mes observations. Dans 5 cas je n'ai pu découvrir aucune cause occasionnelle; mais 8 fois l'obésité avait succédé au passage brusque d'une vie active à une vie sédentaire. Une fois un malade avait vu Tobésité succéder à la cessation de privations. Il s'agit d'un homme qui, enfermé dans Paris pendant le siège, avait, durant cette longue période, reçu une quantité absolument insuffisante d'aliments, qui avait assez rapidement maigri dans les premiers temps et qui avait ensuite conservé une sorte d'équilibre de son poids. Ses mutations nutritives s'étaient probablement accommodées par le fait de l'babitude à l'exigufté du régime, et en effet, quand les aliments rentrèrent dans Paris, quand il put reprendre son régime normal, il vit en peu de temps survenir non pas le retour à .son état primitif, mais une véritable obésité, qu'il ne put pas réduire par une surveillance exacte de son alimentation. Dans 13 cas, c'est-à-dire 1 fois sur 5, une maladie, et presque toujours une maladie aiguë, fut l'occasion du développement de l'obésité. C'est que les maladies aiguës graves modifient d'une façon durable les habitudes de la nutrition; c'est que, après la convalescence de ces maladies, l'homme redevient rarement ce qu'il était auparavant ; la modification qu'elles apportent dans l'activité des mutations nutritives peut, dans quelques cas, conférer l'immunité pour certaines maladies; elle engendre, dans d'autres, des prédispositions morbides. Le reste des causes occasionnelles a trait à diverses circonstances de la vie génitale, et, comme elles concernent exclusivement des femmes, je crois qu'il importe de distinguer suivant le sexe les difiérentes causes occasionnelles.

Les 65 observations où les causes occasionnelles sont indiquées concernent 1& hommes et 51 femmes. Je vous présente sous forme de tableau le dépouillement de ces observations.

CAUSES OCCASIONNELLES DE l'oBÉSITÉ DIAPRÉS L'AKALYSE DE 65 0BSEEVAT10NS

Sar 14 hommes.

Sur 51 femmes.

Pas de causes occasionnelles 4

Passage de la Vie active à la vie sédentaire 5

f Pleurésie 1

«*'*--••• ^ dSS!;::::;;:::::::::; 2

V Hémiplégie 1

Pas de causes occasionnelles 1

Passage de la vie active à la vie sédentaire 3

Dyspepsie 1

Fièvre typhoïde 3

Néphrite aigu6 1

Empoisonnement 1

Hystérie 1

Congestion du foie 1

Apparition des menstrues 3

Dysménorrhée 1

Mariage 8

l'« grossesse 17

2° grossesse 5

3* grossesse 2

4* grossesse 2

Ménopause 1

fois.

ModiGcations génitales . . 39

Vous pouvez remarquer que plus des trois quarts des femmes obèses sont devenues obèses à l'occasion de Tun des actes de la vie génitale. Chez Tbomme Tactivité génitale produit plutôt l'amaigrisseroent; la continence ou la castration engendrent au contraire Tobésité.

La cause dominante, c'est la première grossesse, et, si vous remarquez que ces 17 cas où Tobésilé a débuté immédiatement après la première grossesse, sont fournis par un ensemble de 51 femmes obèses, vous pouvez en tirer cette conclusion : c'est que, sur 3 femmes obèses, il en est une qui Test devenue à Toccasion de sa première grossesse.

L'obésité est héréditaire; c'est ce qui ressort amplement de tables dressées par Chambers et par moi et que vous trouverez dans la thèse si complète de Worthington ; d'après ma statistique, chez 46 obèses sur 100, on pourrait retrouver l'obésité chez les ascendants. Mais ce n'est pas là l'hérédité vraie, ce n'est pas la transmission d'une espèce morbide des parents conservant ses caractères spécifiques chez Tenfant ; ce n'est que la transmission d'une disposition, d'un état diathésique, d'une activité nutritive vicieuse qui, ayant engendré chez les parents l'obésité, entre

autres maladies, poun^a, ea se reproduisant chez l'enfant, Texposer à un certain nombre de maladies, au nombre desquelles se trouve l'obésité.

J'ai réuni toutes les circonstances pathologiques que j'ai pu retrouver dans les antécédents familiaux de mes malades. Cette recherche a été faite dans 9A observations. Dans 9 cas, je n'ai pas pu trouver d'influence héréditaire. Pour les 85 autres, les maladies de la famille se trouvent indiquées avec leur fréquence relative dans le tableau suivant :

MALADIES DES PARENTS DANS 94 CAS d'oBÉSITÉ

Chez 9 obèses Pas d'influence héréditaire.

» 43 » Obésité chez les parents.

» 33 » Rhumatisme »

» 28 » Goutte »

» 24 » Asthme »

» 14 » (iravelle »

» 14 » Diabète »

12 » Affection cardiaque »

» 10 » Migraine »

» 5 » Phthisie »

» 5 » Pierre vésicale »

» 4 » Lithiase biliaire >•

»> 3 » Névralgies »

» 3 » Eczéma »

» 2 » Albuminurie »

» 1 )) Dyspepsie »

M 1 » Hystérie »

» 1 M Scrofule »

Vous avez sans doute été frappés de cette fréquence, chez les ascendants des obèses, de maladies que nous avons déjà trouvées comme faisant cortège à la lithiase biliaire et que nous avons vu également fréquentes dans la famille des malades qui souf^ frent de coliques hépatiques. Ce sont évidemment des maladies de même ordre, et, si on les voit se grouper avec la même prédilection autour de la lithiase biliaire et autour de Tobésité, c'est que ces deux maladies sont, elles aussi, deux membres de la même famille morbide; c'est que la lithiase biliaire comme l'obésité, comme ces autres maladies qui s^associent à elles, soit chez le malade, soit dans sa famille, dépendent d'une cause générale commune, sont enchaînées par un même lien et dérivent d'un même vice de la nutrition qui est caractérisé par le ralen*

i22 OBÉSITÉ.

tissement des mutations nutritives, ou, si vous le voulez, par l'insuffisance des oxydations.

Je justifierai pleinement cette affirmation, et je lui donnerai une confirmation absolue, si j'analyse mes observations au point de vue des maladies qui existent chez le malade en même temps qu« Tobésité, ou qui Tont précédée, ou qui se sont produites aprà^ son développement. Cette recherche des antécédents morbides personnels a été faite pour 108 malades; elle n'a donné de résultats négatifs chez aucun. Je vous la présente encore sous forme de tableau.

TABLEAU DBS MALADIES QUI S'ASSOCIEMT A L^OBÉSITÉ D*APHt9 l'analyse DE 108 OBSERVATIONS d'oBÉSITÉ

Chez 44 obèses Migraine dans les aatècèdenU personnels.

n 42 » Rhumatisme muscalaire (lombago) »

» 33 » Rhumatisme articulaire aigu »

» 16 >» Névralgies (raciale, sciatique) »

n 16 » Diabète sucrà »

» 13 » Rhumatisme articulaire chronique »

« 13 » Dyspepsie »

M 13 » Eczéma »

n 10 » Gravelle urique »

» 7 » Lithiase biliaire »

n 4 » Affection cardiaque *

» 4 N Hémorrholdes »

n 4 » Hystérie »

» 4 Albuminurie »

» 3 N Goutte »

» 3 » Urticaire n

* 3 • Scrofule »

» 2 » Asthme »

• 2 » Bronchite chronique »

» 2 » Affections diverses de la peau »

» 7 » Hémorrbagies fluxionnaires »

Ainsi Tobèse n'hérite pas seulement de l'obésité, il reproduit» en même temps que Tobésité des ascendants, toute la série des maladies auxquelles ils ont été sujets, et ces maladies ne sont pas indifféremment toutes les maladies, mais certaines affections déterminées, peu nombreuses, qui se répètent toujours les mêmes dans presque toutes les familles d'obèses, et ce même groupe morbide que nous avons vu déjà accompagner la lithiase biliaire, nous le retrouverons encore dans les antécédents personnels et héréditaires des diabétiques, des goutteux, des

calculeux. Quand j'aurai cité Tobésité, le rhumatisme, la goutte, Tasthme, la graveile, le diabète, la migraine, les névralgies, Teczéma, la lithiase biliaire, la dyspepsie, les hémorrhoîdes, j'aurai complété, ou à peu près, rénumération de tous les membres de cette famille pathologique.

Vous trouvez dans le tableau suivant, qui résume 111 observations d'obésité, le mode d'association de ces diverses maladies chez Tobèse et dans sa famille.

Sexe.

Poids.

k. gr.

MALADIES QUI s'OBSERVENT CHEZ L'oBÈSE ET Coïncidences morbides.

Hëmorrhoîdes. Rhamalisme articulaire aigu. Rhumatisme chronique.

Rhumat. articulaire aigu. Migraine.

Migraine. Rhumatisme articulaire aigu. Rhumatisme articulaire chronique. Asthme. Eczéma.

Rhumat. articulaire aigu. Eczéma.

Migraine.

2 pneumonies. Rhumatisme articulaire aigu.

Migraine. Rhumatisme chronique.

Dyspepsie.

Gastralgie. Calculs biliaires.

Menstruation irrégulière. Migraine.

Asthme.

Hystérie.

Migraine. Rhumat. chronique. Hémorrholdes. Eczéma. Rhumatisme articulaire aigu. Coliques hépatiques.

Migraine. Névralgies. Rhumatisme articulaire aigu.

Sueurs fétides.

Rhumatisme articulaire aigu.

Rhumatisme articulaire chronique.

Rhumatisme chronique. Migraine. Albuminurie.

Rhumatisme articulaire aigu. Migraine. Rhumatisme chronique.

Rhumatisme articulaire aigu. Névralgies. Migraine.

Psoriasis guttata.

Rhumatisme chronique.

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