DIABÈTE NERVEUX
portance exorbilante à certains symptômes, tellement qu'on a opposé le diabète gras au diabète maigre comme deux entités morbides distinctes ; enfin on a exagéré la signification de certaines connexions morbides, distinguant le diabète arthritique du diabète commun.
Il ne nous paraît pas que la maladie diabétique doive être ainsi morcelée et qu'il convienne d'admettre ces différentes espèces. Si l'unité du diabète ne nous semble pas absolument établie, s'il est possible qu'elle se résolve plus tard en espèces multiples, les prétendues espèces que je viens de mentionner ne me paraissent pas devoir être maintenues. Ce sont des variétés ou des formes ou des phases d'une même maladie; le médecin doit les connaître; il y puisera des indications utiles, mais il n'est pas autorisé à les élever à la dignité d'entités spécifiques.
Quand on a admis un diabète nerveux, on a été dominé par le prestige des expériences des physiologistes; et il était naturel qu'on rapprochât des faits expérimentaux, ces glycosuries durables qui accompagnent certaines tumeurs du cerveau ou qui succèdent à certains traumatismes. On a invoqué aussi, pour valider ce prétendu diabète nerveux, Texislence fréquente de symptômes nerveux dans le diabète, et les relations héréditaires qui relient parfois cette maladie aux maladies nerveuses. Les symptômes nerveux du diabète sont en effet très fréquents et je puis ajouter très peu connus; mais qu'il s'agisse de vertiges, de délire, de céphalée, de paralysies, d'hémiplégies, même d'aphasie, de tels symptômes ne s'obser\'ent pas plus spécialement dans telle ou telle forme de la maladie : ils ne font pas partie d'un cortège symptomatique spécial, et, bien que leur pathogénie soit encore fort obscure, il parait vraisemblable qu'ils peuvent s'expliquer soit par des altérations humorales et par le trouble de la nutrition cérébrale qui peut en être la conséquence, soit par les altérations vasculaires capables de modifier l'irrigation des centres nerveux. Dans l'état actuel de nos connaissances, on serait tenté de les rapporter, soit à l'hyperglycémie, ou à l'anhydrémie, ou à Tacélonémie, soit à ces proliférations conjonctives des vaisseaux qui
chez les diabétiques ont été constatées dans certains viscères.
Quand j'ai parlé des relations héréditaires du diabète avec les maladies nerveuses, je faisais allusion surtout à Taliénation mentale et à Tépilepsie. Les rapports héréditaires du diabète avec Taliénation ont été en effet mis en lumière par Seogen, Zimmer, Schmidtz, Westphall. L'existence de Tépilepsie dans la famille des diabétiques a été également notée par Langiewicz, Griesinger, LockartClarcke.
Cette connexion des affections du système nerveux avec la maladie diabétique a sans doute une tout autre importance que la constatation des symptômes nerveux dans le diabète; elle prouve assurément que le système nerveux a une influence réelle sur le développement de la maladie ; mais cette influence est, sans doute, la même que celle qui prédispose à tant d'autres maladies générales, à tant de troubles permanents de la nutrition.
Le système nerveux, en effet, est le grand modérateur des actes nutritifs ; et ses désordres héréditaires ou acquis peuvent rendre la nutrition plus active ou plus lente. L'hystérie, dont on constate fréquemment Texistence chez les ascendants des diabétiques, est souvent marquée par un ralentissement excessif de la nutrition. Mais, si les métamorphoses de la matière peuvent être ralenties par un trouble nerveux, elles le sont également par une disposition constitutionnelle, congénitale ou héréditaire, ou par une diathèse acquise. Un tel vice nutritif peut être imposé par une hygiène défectueuse, par une alimentation excessive, par des influences déprimantes, par toutes ces conditions, qui engendrent le retard de la nutrition. Cette nutrition ralentie peut, dans de certaines limites, être compatible avec rintégrité de la santé; mais elle peut amener l'insuffisante élaboration de la cholestérine, de la graisse, des acides organiques, des matières azotées et engendrer ainsi la lithiase biliaire, l'obésité, Tostéomalacie et la phosphaturie, la gravelle, la goutte et le rhumatisme. Si ce retard de la nutrition vient à entraver les métamorphoses que le sucre doit subir dans l'organisme, il y aura ainsi acheminement vers le diabète et, à un certain degré, production du diabète. Si Thomme adulte ingère ou produit près