COÏNCIDENCES MORBIDES
Je ne parle pas des maladies secondaires : albuminurie, azoturie, cataracte, phthisie, dont j'aurai à vous entretenir plus tard. Ce sont donc encore les mêmes maladies qui se retrouvent dans les antécédents personnels et héréditaires des malades atteints d'obésité et de lithiase biliaire, et je puis ajouter dès aujourd'hui, des rhumatisants, des goutteux, des migraineux, des gravelleux, des asthmatiques, des eczémateux. Je fais une seule remarque ; elle a trait à la lithiase bilaire. Je viens de vous dire que cette maladie précède le diabète ou coexiste avec lui dans le dixième des cas ; mais si, au lieu de prendre les observations en bloc, on ne considère que celles qui sont relatives aux femmes diabétiques la coïncidence des deux maladies est bien autrement fréquente, car elle est de 33 0/0 : elle s'observe dans le tiers des cas. Nouvel exemple de cette singulière tendance que présente la femme à réaliser les conditions qui facilitent la précipitation de la cholestérine.
Ce n'est assurément pas une coïncidence fortuite qui ramène perpétuellement ces mêmes maladies dans les antécédents héréditaires et dans les antécédents personnels des individus atteints de lithiase biliaire, d'obésité, de diabète. Je ne crois pas qu'il y ait un fait médical mieux établi que cette parenté morbide. C'est une vérité qu'on ne saurait affirmer assez haut et que cependant beaucoup de médecins soupçonnent à peine. Les faits de ce genre fourmillent dans les observations, et le plus souvent les auteurs de ces observations n'en saisissent pas la portée. C'est une loi de pathologie générale qui permet de s'élever audessus des faits particuliers, de concevoir des groupes morbides naturels, d'édifier au-dessus des maladies, les diathèses qui engendrent ces maladies. M. Charcot a publié déjà des tableaux généalogiques qui montrent la fréquente répélition, l'alternance ou la coexistence de plusieurs de ces mêmes maladies dans une même famille; et Bazin avait déjà saisi la relation intime qui relie plusieurs d'entre elles. Ces notions ont été chères à Técole médicale française, et, si elles ont été obscurcies pendant un certain temps^ il semble qu'elles reprennent aujourd'hui une nouvelle faveur. Elles trouvent moins de crédit dans
les écoles étrangères. Les Anglais se bornent à signaler la coexistence de la goutte et du diabète, coexistence qui est peu fréquente cependant, tandis que les relations héréditaires des deux maladies sont communes. Les Allemands semblent n'avoir nul souci de ces connexions morbides. Les Allemands, auxquels la science médicale est redevable de si merveilleux travaux d'analyse, répugnent encore à cette synthèse. Griesinger cherche des antagonismes plutôt que des coïncidences et signale la rareté du rhumatisme chez les diabétiques. Senator reste muet sur. cette question. L'idée de diathèse n'existe pas en Allemagne ; il semble que la notion de maladie même tend à disparaître.