‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 65 sur 194 · VARIATIONS DE LA GLYCOSURIE · texte numérisé non relu

VARIATIONS DE LA GLYCOSURIE

prend aussi que la polyurie n'a pas besoin d'être excessive; et, de fait, elle est moindre dans le diabète sucré que dans le diabète insipide. Dans la moitié des cas de diabète, le si^cre des vingt-quatre heures ne dépasse pas 50 grammes, et dans ces cas, la quantité d'urine s'élève rarement au-dessus de 2 litres. Il y a relation, mais il n'y a pas proportion entre la quantité de sucre et la quantité des urines. En général, à une forte augmentation du sucre correspond une augmentation notable des urines. Le maximum du sucre éliminé a été, d'après une constatation de Dickinson, de 1500 grammes en un jour. Il est peu probable qu'on rencontre des chiffres plus élevés, car il y a une limite à l'élimination du sucre, c'est la production normale du sucre. Nous avons, vous le savez, des motifs sérieux de penser que cette production normale est de 2 kilogrammes par jour, et la vie ne peut se maintenir que si une portion notable de cette masse de sucre est utilisée par les organes. Pour qu'un diabétique éliminât plus de 1500 grammes de sucre, il faudrait qu'il pût vivre en n'utilisant que 500 grammes de sucre, ou bien il faudrait qu'il se soumit' à ud régime meurtrier et qu'il fît usage de préférence des aliments qui lui sont interdits.

Chez un même diabétique, la même quantité du sucre éliminé varie, suivant les progrès du mal, suivant la nature ou la quantité des aliments, suivant certaines influences nerveuses ou autres, capables d'accélérer ou de retarder la nutrition.

Le sucre, au début de la maladie, existe en faible proportion et d'une façon intermittente. On peut le constater en particulier dans ces cas où l'on soupçonne l'imminence du diabète, quand on surveille, par exemple, la santé d'un enfant dont plusieurs frères ou sœurs ont succombé au diabète. Ce sont des traces de sucre qui apparaissent d'abord ou des quantités minimes ; on n'en trouve pas tous les jours; on n'en trouve pas à toutes les heures de la journée. Légère et intermittente d'abord, la glycosurie devient continue et s'exagère ; mais elle reste soumise à des variations périodiques. Une marche inverse s'observe quand la maladie s'achemine vers la guérison ; la même succession se reproduit quand un diabète récidive, puis quand il

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guérit. Quand les accidents s'aggravent, on voit souvent la glycosurie diminuer; elle peut même disparaître sous Tinfluence de complications fébriles ou phlegmasiques. La quantité du sucre diminue avec la consomption avancée, non parce que le sucre est mieux utilisé par les tissus, mais parce que la détérioration de rorganisme ou parce que la fièvre s'oppose à la formation du glycogène.

Les aliments exercent Tinfluence la plus nette sur la quantité du sucre diabétique. Cette influence est manifeste surtout après ringestion des farineux et du sucre. Au bout d'une demi-heure, l'augmentation de la glycose a été constatée par Boussingault, par Kûlz, par v. Mering, et ce n'est qu'après quatre ou six heures et même plus, que la diminution de l'élimination serait sensible. C'est ce qui résulte des expériences de Bouchardat et de Traube. L'alimentation exclusive par la viande augmente également le chiffre du sucre, bien qu'à un moindre degré que les ahments directement transformables en sucre. Tous les générateurs de glycogène n'ont pas une égale action. La glycérine, dit-ouy quoiqu'elle passe pour être un générateur de glycogène, n'augmente pas le sucre ; mais quelques observations cHniques me portent à penser qu'elle n'est pas aussi indifférente. Les graisses, en tout cas, élèvent un peu le chiffre de la glycose. Or les graisses se résolvent dans l'intestin en acides gras et en glycérine, et les acides gras sont sans effet sur la production du sucre. On a dit aussi que le sucre de lait n'a qu'une faible influence; mais, sur ce point encore, je fais les réserves les plus positives. Il est des diabétiques chez lesquels le lait ne parait pas nuisible; il en est un bon nombre qui ont guéri sous l'influence du régime lacté. Je crois cependant que c'est là l'exception, et j'ai vu des diabétiques chez lesquels l'ingesUon quotidienne de 'deux litres de lait a fait reparaître une glycosurie hors de proportion avec la quantité de lactose ainsi ingérée, glycosurie qui a persisté pendant plusieurs semaines après la suppression de l'alimentation lactée. De même pour le sucre de fruit qui est plus souvent inoffensif que le sucre de lait, mais qui, chez certains diabétiques pourtant, augmente sensiblement

la glycosarie. Le sucre de canne et le sucre de raisin exercent constamment une action défavorable.

Il est des diabétiques chez lesquels l'utilisation du sucre se fait d'une manière si incomplète que, si Ton supprime dans Falnnentatioii tobs les générateurs de glycogène, la glycosurie, bien qu'atténuée, n'en persiste pas moins, le sucre formé dans Torganisme aux dépens de la matière des tissus suffisant, et au delà, à la consommation des organes. On comprend que cette forme du diabète correspond à une lenteur excessive de la nutrition; ce n'est donc pas sans raison que Seegen a établi cette distinction des diabètes légers et des diabètes graves, appelant diabètes légers ceux dans lesquels la glycosurie disparaît quand on supprime les aliments sucrés et féculents, appelant diabètes graves ceux dans lesquels la glycosurie, bien qu'amoindrie, persiste lorsqu'on modifie ainsi le régime.

La quantité du sucre diabétique est également soumise aux iidlnences nerveuses. Le choc traumatique, comme le choc de froid, comme le choc moral, augmente ou ramène la glycosurie. J'ai vu un malade qui, devenu diabétique sous l'influence de lottes parlementaires violentes et obstinées, avait guéri à l'occasion d'un changement de ministère qui avait mis fin à ses préoccupations et à son excessive activité. Cet homme vint en Europe guéri; il alla faire une cure à Càrlsbad, et pendant toute la durée de son séjour dans cette ville, on ne trouva pas une seule fois du sucre dans ses urines. Le jour de son départ, il entre, pour une cause futile, dans une violente colère; il ressent immédiatement de la sécheresse de la bouche, et ses urines, examinées à l'instant même, renferment du sucre.

La ^cose n'est pas le seul sucre que peut renfenner l'urine diabétique. Je devrais dire même pour commencer que le çucre diabétique n'est pas identiquement la glycose. Ghevreul, Boussingaolt, Biot ont assurément démontré qu'il est chimiquement et optiquement semblable au sucre d'amidon ou au sucre de raisin; mais Cl. Bernard a fait voir qu'il ne se comporte pas oeinne ces derniers, en présence du réactif physiologique; injecté dans le sang, il disparaît beaucoup plus vite que la

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glycose végétale. Bence Jones avait trouvé dans le diabète insipide un sucre urinaire insipide; Thénard et Bouchardat avaient vérifié l'exactitude de cette assertion. Bouchardat a retrouvé ce même sucre dans le diabète sucré et Kûlz Ta fait apparaître expérimentalement dans Turine du lapin à la suite de rinjection intra-veineuse d'une solution de chlorure de sodium. Ce sucre réduit la liqueur de cuivre et fermente comme la glycose ; il se transforme en glycose par Tébullition en présence d'acides dilués. Reichard a trouvé de la dextrine dans des urines diabétiques. Redon y signale un sucre réducteur sans action sur la lumière polarisée ; mais il pourrait se faire qu'il y ait eu, dans ce cas, mélange de glycose et de lévulose, deux sucres qui sont également réducteurs, mais dont Tun dévie à droite et l'autre dévie à gauche le plan de polarisation. On comprend que, si ces deux sucres étaient mélangés en quantité telle que les déviations pussent se compenser, on aurait eu cette apparence d'une solution réduisant des sels de cuivre sans exercer d'action sur la lumière polarisée.

D'ailleurs, dès 1872, Gorup-Bésanez a signalé la lévulose dans des urines diabétiques; Zimmer et Gzapeck ont fait la même constatation, et dans le cas de Gzapeck, la lévulose ne pouvait pas avoir une origine alimentaire.

Un autre sucre, l'inosite, a été trouvé par Vohl, en 1858, chez un diabétique; Tinosurie alternait avec la glycosurie. Gallois a vu apparaître ce même sucre dans l'urine du lapin, à la suite de la piqûre du quatrième ventricule. Enfin Neukomm a vu la coexistence de l'inosite et de la glycose dans une urine diabétique.

Blot, et plus tard de Sinéty, ont constaté la présence du sucre danç l'urine des nourrices. Il y a même un diabète véritable qui se développe au cours de la grossesse ou de la lactation et qui peut persister, même après la cessation de ces fonctions physiologiques. J'ai dû me demander si, dans ces diabètes, on avait affaire à de la lactose et non à de la glycose, comme Hofmeister l'a constaté pour la glycosurie passagère des nourrices.

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