CONSOMPTION DIABÉTIQUE
On m'a fait dire que celte notion de Tazoturie suffit pour expliquer le diabète gras et le diabète maigre ; de telle sorte que le diabète gras serait un diabète sans azoturie et le diabète maigre un diabète avec azoturie. Je n'ai jamais formulé cette opinion excessive. Le diabète gras peut exister, en effet, avec ou sans azoturie. En rapportant à 100 le nombre des diabétiques gras que j'ai observés, Turée était normale 28 fois ; 21 fois il y avait hypoazoturie, 51 fois il y avait azoturie. Ainsi dans la moitié des cas, chez les diabétiques obèses, Turée est normale ou inférieure à la normale ; mais, dans la moitié des cas, il y a azoturie.. C'est grâce à la polyphagie que ces derniers conservent leur embonpoint exubérant. Le diabétique gras qui n'est pas en même temps azoturique doit son embonpoint quelquefois à la polyphagie, le plus souvent à un trouble nutritif qui s'oppose à l'oxydation des graisses, et la preuve, c'est que dans bon nombre de cas, l'obésité précède le diabète.
Ce qui prouve d'autre part que Tazoturie a une influence dans la production de l'amaigrissement chez le diabétique, c'est que cet amaigrissement s'observe dans le tiers des cas (36 0/0) dans le diabète sucré avec azoturie ; tandis que dans l'ensemble, des observations de diabète, la consomption ne survient que vingt fois sur cent. Mais l'azoturie n'est pas la seule cause de consomption dans le diabète sucré ; les troubles digestifs, les maladies surajoutées jouent un rôle incontestable. Il y a lieu, du reste, de distinguer la maigreur du tissu adipeux et l'émaciation des muscles.
Pour la disparition du tissu adipeux, l'azoturie est pour ainsi dire insignifiante; tandis que la glycosurie peut avoir une influence réelle. En effet, si le sucre n'est pas fixé dans les tissus, s'il est éliminé au fur et à mesure de sa production, il peut se faire que, malgré le ralentissement général de la nutrition, l'oxygène disponible, ne trouvant plus son emploi dans la combustion du sucre ou de ses dérivés, s'attaque à la graisse en plus forte proportion. Il peut se faire aussi qu'il y ait entrave à la formation de la graisse, s'il est vrai que la graisse peut dériver du sucre. L'émaciation du tissu musculaire, au con-
214 PHOSPUATLRIB DIABÉTIQUE.
traire, résultera surtout de l'azoturie non compensée ou des troubles digestirs.
L'azoturie s'établit tantôt graduellement^ tantôt avec une sorte de soudaineté. Elle peut disparaître, puis revenir, et Ton observe alors des séries d^amaigrissement alternant avec des séries d'embonpoint renaissant.
Ces notions me paraissent avoir un intérêt dominant pour le choix du traitement et de Thygiène du diabétique. Elles doivent vous faire comprendre qu'il ne suffit pas de savoir s'il y a du sucre dans les urines et en quelles proportions, soit dans un litre, soit dans la quantité émise en vingt-quatre heures; mais qu'il est aussi important d'apprécier exactement les déperditions en urée ; et qu'un médecin ne peut ni entreprendre ni poursuivre la cure d'un diabétique, sans se renseigner fréquemment par l'analyse quantitative complète de ses urines.
Ce que vous devrez savoir surtout, c'est que TazoUirie n'appartient pas à tous les cas de diabète, ni à une forme particulière de diabète ; c'est qu'elle est une complication de la maladie toujours imminente chez tout diabétique et qu'il faut savoir soupçonner 'et reconnaître, afin de pouvoir la combattre dès qu'elle se produit.
La recherche des variations que peut subir l'élimination des matières minérales est moins importante assurément, mais ne doit pas être négligée. La proportion des sulfates urinaires peut révéler, comme vous le savez, l'azoturie, Tintensité de la destruction des matières albuminoîdes. Malheureusement leur dosage n'est pas d'une exécution facile et rapide et n'a pas encore pris rang dans les procédés d'exploration clinique.
Il n'en est pas de même des phosphates, dont les variations sont mieux connues.
La relation de l'acide phosphorique avec l'urée est moins absolue que celle de l'acide sulfurique avec l'urée; mais nous devons pour le moment nous contenter de ce que nous savons. La phosphaturie n'est pas rare dans le diabète sucré et s'y trouve fréquemment en connexion avec Tazoturie. Normale-
ORIGINE DE LA PHOSPHATURIE DIABÉTIQUE. âlK
ment, l'adulte robuste, actif et bien nourri élimine en vingt*<[uatre heures 3*%19 d'acide phosphorique évalué à Tétat anhydre. Les chiffres que vous pouvez relever dans les analyses faites dans les hôpitaux donnent des moyennes notablement inférieures ; mais elles concernent des sujets dont la santé est rarement parfaite, dont le régime alimentaire est strictement suffisant^ dont l'activité musculaire est presque nulle. Dans le diabète sucré, la proportion de l'acide phosphorique est souvent inférieure à la normale ; mais elle lui est supérieure dans le quart des cas, et j'ai pu observer à grammes, 5 grammes, 8 grammes et même 11 grammes dans les vingt-quatre heures. Dans les A/5 des cas de phosphaturie diabétique, j'ai reconnu qu'il y avait en même temps azoturie. La phosphaturie a pour origine l'exagération de la désassimilation et ne dépend qu'en partie de la quantité plus grande des aliments. Je l'ai démontré autrefois pour le diabète insipide, et j'ai pu, depuis, appUquer à la phosphaturie du diabète sucré, le même procédé de démonstration. Si, chez un diabétique phosphaturique et polyphage, on ramène brusquement la quantité des aliments à la ration habituelle, on remarque un abaissement subit du chiffre des chlorures, tandis que le chiffre de l'acide phosphorique, bien que diminué, reste notablement supérieur à la normale. Un fait intéressant dans l'histoire de la phosphaturie diabétique, c'est qu'elle peut alterner avec la glycosurie. J'ai observé en 1875 un fait de ce genre, dont la relation vous paraîtra peut-être présenter quelque intérêt. Une dame issue de parents obèses, éprouvée par de nombreuses grossesses, était arrivée à la période de la ménopause. Elle fut prise de palpitations cardiaques avec fréquence excessive du pouls, dyspnée, faiblesse générale, impotence dépendant moins peut-être de la faiblesse que de douleurs osseuses provoquées par l'application du poids du corps sur les os du membre inférieur; la pression déterminait aussi des douleurs analogues sur les côtes, sur les humérus, sur les os des avant-bras.
Ses urines examinées à cette époque montrèrent, à différentes reprises, une augmentation notable des phosphates avec absence
216 PflOSPHATURIB DIABÉTIQUE.
totale de glycose; elle abandonna, sur mon conseil, le pay» humide qu'elle habitait et passa dans une station du Midi les hivers suivants. La phosphaturie disparut, et en même temps les os reprenaient leur état normal ; mais elle était devenue diabétique. Une observation analogue a été publiée par M. J. Teissier; et Senator dit avoir observé un cas semblable. M. Teissier a cherché à interpréter le fait qui lui est personnel et suppose que pendant une certaine période de la maladie, le sucre d'un diabète latent se trànsfornie par fermentation en acide lactique, lequel peut mettre en liberté les phosphates fixés dans les tissus; puis, le diabète devenant apparent, la glycosurie emporte le sucre qui ne subit plus la fermentation lactique, et Ton voit disparaître simultanément la phosphaturie et Tostéomalacie. Son hypothèse, je me plais à le reconnaître, est à la fois ingénieuse et plausible.
Je n'ai pas la prétention de passer en revue tous les troubles de la nutrition qui peuvent s'observer chez les diabétiques, et je regrette surtout que l'indigence des faits cliniques ne me permette pas d'appliquer à la pathologie de cette maladie ce que nous savons de la diminution de l'oxygène consommé et de l'acide carbonique éliminé. Ces particularités de la physiologie pathologique du diabète sont vraisemblablement en relation avec l'abaissement thermique que l'on observe dans cette maladie; mais ce sont là des questions réservées à l'avenir et qui ne pourront être pratiquement abordées que le jour où l'outillage de l'exploration clinique se sera perfectionné sur ce point.
Au terme de cette longue étude, nous pouvons résumer de la façon suivante notre conception pathogénique du diabète. La condition préalable est un trouble nutritif d'origine nerveuse ou de toute autre origine, quelquefois acquis, le plus souvent congénital. Ce trouble consiste essentiellement en un ralentissement de la nutrition; il peut rendre plus lente ou plus incomplète la transformation intra-organique des acides, de la cholestérine, des graisses, de la matière azotée et même du sucre, et provo* quer l'obésité, la lithiase biliaire» la gravelle, et enfin, quand