‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 9 sur 194 · ACTES ÉLÉMENTAIRES DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

ACTES ÉLÉMENTAIRES DE LA NUTRITION

vivant, n^ont pas toujours et exclusivement pour effet de réparer la substance et d'entretenir la vie de chaque élément anatomique. Il se produit aussi des transformations dans la matière circulante, et si les métamorphoses de la substance protoplasmique intéressent surtout la nutrition cellulaire, les transformations de la matière circulante créent des forces qui sont utilisées pour Faction physiologique des organes. Ce sont les mutations de fonctionnement grâce auxquelles la chaleur produite pourra, par exemple, être transformée en mouvement par les muscles; ce seront les mutations respiratoires par lesquelles la chaleur produite pourra s'accumuler dans Torganisme pour se répartir, à Taide de la circulation, suivant les besoins qui sont incessamment créés par toutes les causes de réfrigération. Si nous ajoutons aux mutations nutritives, aux mutations fonctionnelles, aux mutations respiratoires, ces autres métamorphoses que les aliments subissent dans le tube digestif et plus tard dans des appareils de perfectionnement tels que le foie ; si nous introduisons ce quatrième ordre des mutations digestives, nous aurons résumé Tensemble de toutes les métamorphoses que la matière subit dans l'organisme vivant, ce que nous avons coutume de désigner improprement par le mot de nutrition, ce que les Allemands expriment plus justement par le mot de Stoffwechsel, résumant en un seul mot ce que nous disons dans cette périphrase : les métamorphoses et les échanges de la matière.

Revenons, Messieurs, aux mutations nutritives, et cherchons à comprendre comment s'opère le quadruple travail auquel nous les avons réduites. Nous ne nous attarderons pas aux conceptions métaphysiques qui imaginaient des forces étrangères au monde inorganique et qui, par un vice de logique, imposaient l'action de ces forces à la matière minérale pour l'obliger à pénétrer dans l'intimité des corps organisés, pour l'assimiler à ces corps et la faire participer à la vie. Nous laisserons donc de côté les théories animiste et vitaliste. Mais, en dehors de ces deux systèmes, nous nous trouvons encore en présence de deux écoles. Pour les uns, le mouvement de la matière dans

rorganisme vivant est provoqué et entretenu par d'incessantes impulsions qui viennent de Textérieur; pour les autres, il est soumis à Faction de forces intérieures qui s'épuisent en produisant la métamorphose nutritive, mais qui se renouvellent incessamment. La divergence entre ces deux conceptions n'aboutit à rien moins qu'à admettre, pour les uns, la passivité; pour les autres, l'activité de l'être vivant.

La première hypothèse a été formulée de la sorte : le protoplasma ne se défend pas, il se laisse pénétrer par toutes les substances qui réalisent les conditions nécessaires pour la diffusion. Mais Sachs, en 1865, a fait voir que dans les cellules végétales la diffusion s'opère de façon différente suivant que la cellule est encore vivante ou suivant qu'elle est morte ; et cela, avant que sa constitution chimique se soit modiflée d'une façon appréciable. Gerlach, en 1858, avait démontré déjà que les éléments vivants ne se laissent pas pénétrer par les matières colorantes et que le moment où la coloration se produit indique exactement l'instant précis de leur mort. En 1868, J. Ranke a démontré que les matières inorganiques pénètrent différemment les muscles et les nerfs suivant qu*ils sont vivants ou morts. Il y a donc dans la matière vivante des forces de tension qui peuvent s'opposer à la libre exécution des lois physiques reconnues exactes pour la matière morte, et ces forces de tension peuvent déterminer des mouvements de translation ou de transmutation qui ne s'effectuent pas dans la matière morte. Ces forces de tension peuvent créer des résistances et des attractions par le fait d'un défaut d'équilibre persistant dont J. Ranke a donné un exemple, quand il a montré que dans un élément vivant il y a des différences de réaction et d'état électrique au centre et à la périphérie : le noyau de la cellule ou le cylindre-axe du tube nerveux ayant pendant la vie une réaction acide, tandis que l'enveloppe est neutre ou alcaline; le noyau ayant pendant la vie une tension électrique positive, tandis que Tenveloppe a une tension électrique négative.

(^es différences chimiques et électriques qui s'équilibrent par

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la mort sont maintenues pendant la vie et par la vie dans un état permanent de défaut d'équilibre, c'est-à-dire dans un état permanent de tension. C'est là l'origine, dans les éléments vivants, de ces forces électro-motrices qui peuvent donner naissance à des effets d' électro-capillarité. Mais d'où viennent ces forces vives qui résident dans les éléments anatomiques et qui peuvent déterminer le mouvement de translation de la matière ou le mouvement d'association des molécules? Ces forces sont créées par des actes physiques et par des actes chimiques. Les oxydations ne sont pas seules à les engendrer. L'imbibition qui est un des actes physiques de la nutrition, peut produire de la force dans l'intérieur de l'élément anatomique, de même que, d'après Jungk, elle produit de la chaleur dans les membranes mortes ; et cette production de chaleur s'explique par la contraction^ par la diminution de volume qui accompagne toute imbibition, le volume du corps imbibé étant moindre que la somme des volumes de ce corps sec et de l'eau d'imbibition. L'évaporation qui s'opère constamment à la surface des grands organismes est également une source de forces : car si elle amène une déperdition de calorique, elle amène la concentration des sucs, elle modifie par conséquent l'activité de la diffusion, elle produit une rapidité plus grande de l'imbibition et devient ainsi indirectement une cause de calorification. Schônbein a aussi montré qu'elle engendre le développement de phénomènes électriques. La diffusion elle-même n'est pas un simple phénomène de transport mécaniqile; elle s'accompagne souvent de dédoublements chimiques et d'actes électriques et calorifiques. Il se crée donc dans toutes les particules vivantes des forces intérieures qui constituent la véritable activité des êtres vivants. Elles s'éteignent au fur et à mesure de leur production en déterminant la rénovation matérielle du corps ; mais elles se renouvellent, elles continuent et suppléent l'incitation primordiale que l'élément anatomique a reçue au moment de sa naissance.

A ces forces intérieures se joignent les forces qui viennent du dehors. Ces forces viennent en grande partie des aliments :

car les aliments représentent non seulement la matière qui permet à Torganisme de grandir ou de se réparer, mais ils soot un réservoir de force, car ils ont emmagasiné ou rendu latente cette puissance qui suscite toutes les actions organiques, la puissance de la radiation solaire. Les aliments sont du soleil emmagasiné. La chaleur ou la lumière solaire se sont fixées sur les végétaux, et celte force rendue latente dans la substance organique végétale redevient agissante quand cette substance végétale est élaborée par les animaux. Elle devient chez eux source de chaleur et de force.

On a dit avec raison que le système nerveux est pour les animaux ce que sont la chaleur et la lumière pour les végétaux. Les éléments nerveux ne sont peut-être pas, à un plus haut degré que les autres éléments, des générateurs de force, mais ils distribuent la force, et ils l'appliquent à un but déterminé. Enfin il n'est pas impossible qu'ils puisent la force à Textéricur et qu'ils l'emmagasinent; et rien ne répugne dans celle hypothèse que le système nerveux par ses extrémités périphériques puise dans la radiation solaire les éléments de force qu'il transmet ensuite aux organes suivant les besoins de la métamorphose organique.

L'organisme a donc à sa disposition, pour effectuer le mouvement et la transformation de la matière, des impulsions exlérieures qui Tinfluencent avec une fréquence et une intensité variables et des forces intérieures qui se détruisent et se reproduisent sans cesse et' qui sont soumises à une rénovation continuelle. Il n'est donc pas besoin d'invoquer la prétendue irritabilité du protoplasma, ni l'irritabilité plus étrange encore de la myéline de Yirchow, ou du protagon de Liebreich, ou de la lécithine de Diaconow. Il n'est pas besoin non plus de demander avec Beneke leur secours aux propriétés électriques de la cholestérine.

L'élément vivant reçoit au moment de sa naissance une force impulsive qui s'éteint vile, un capital natif qui s'épuise en un instant, mais qui sont remplacés et continués par des forces nouvelles qui se développent à l'intérieur sous l'influence

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de rimbibition, de l'évaporation, de la diffusion, des oxydations et des autres actes chimiques qui mettent en liberté les forces accumulées dans les aliments. L'élément vivant a de plus des forces communiquées par le système nerveux, par la cbaleur, par la lumière. Il dispose ainsi de toute la force nécessaire pour effectuer les quatre actes des mutations nutritives, et il lui reste encore de la force excédante.

Les forces intérieures varient suivant les éléments ; et, pour rorganisme total, la somme de ces forces varie suivant Tâge, suivant le sexe, suivant Tindividu. U n'y a pas pour chaque homme un équivalent fixe de forces intérieures, il y a plus ou moins de force, plus ou moins de vie. On peut faire varier la quantité de force qui résulte des mutations fonctionnelles et respiratoires, car elles sont en relation avec la quantité de la matière consommée; on a moins d'empire sur les forces produites par les mutations nutritives. L'intensité de ces dernières mutations varie suivant les individus, non pas seulement suivant leur âge, mais suivant leurs origines. La rapidité ou la lenteur des mutations nutritives, l'activité plus ou moins grande de la nutrition peuvent se transmettre héréditairement, soit d'un individu à un autre individu, soit dans un même individu, d'une cellule en prolifération aux cellules de nouvelle formation. On comprend ainsi comment, dans les familles humaines, pourront se transmettre héréditairement certaines maladies qui dérivent d'un vice constitutionnel de la nutrition; comment, chez divers individus, les produits morbides créés par un même processus pourront parcourir des destinées dissemblables, les uns poursuivant toutes les phases de leur évolution naturelle, les autres s'arrétant en chemin et s'immobilisant dans un stade intermédiaire.

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