‹ Maladies par ralentissement de la nutritionChapitre 93 sur 194 · S2 PATHOGÉNIE DE LA GRAYBLLE · texte numérisé non relu

S2 PATHOGÉNIE DE LA GRAYBLLE

(le production : ou une formation exagérée d'acide urique, ou un défaut de solubilité de cet acide. Dans les deux cas, il s'agit de cause interne; car Tacide urique ne se produit pas dans les voies urinaires, et toute altération locale des voies urinaires ayant pour effet d'amener Talcalinité des urines ou de diminuor leur acidité, rendrait plus facile la dissolution de Tacide urique.

L^acide urique existe dans presque toute la série animale. Lehmnnn avait dit qu'on ne le rencontre pas chez les herbivorcs; mais Brùcke, Meissner et Shepard l'ont trouvé dans Turino du veau; il est vrai que le veau ne peut pas être considéré comme un herbivore. En tout cas, Meissner en a trouvé beaucoup chez la chèvre et un peu chez le cheval. L'acide urique est la partie essentielle des excréments des oiseaux, des papillons, des chenilles, de quelques mollusques. Chez certains mollns(iucs, on trouve l'acide oxalique, qui peut être considéré comme un dérivé de l'acide urique. Dans l'économie humaine, on rorps existe à l'état d'urate de soude dans le sang et dans Turinc.

L'ncido urique est très peu soluble; une partie se dissout dans Ih h 15 000 parties d'eau froide et dans 18 à 1900 parties (Koau ohnudi\ La solution est facilitée par la présence des phosphates tribasiqucs qui, livrant un équivalent de base à rnoido uriqut\ donnent naissance à des urates plus solubles. La quantité d acide urique, en vingl-quatre heures, est en moyenne cher Tadulte do 0^.55. Les limites de la variation normale M>nt do 0'\ no ol do 0*',S0.

Saiktnxski a donné dos chiffres qui sont à peu près le double do oouv quo jo Nions d'indiquer. D'après J. Ranke, le rapport do l\u*ulo urinuo %^ Tunv est comme I à 15.

On *i supj>o>o quo l'aoïdo urique était fabriqué par la rate, pxU' lo> tis>us transfonnablos on golatine. |Mir le foie. L'hypo* lh^>o qui ,itlnl>uaU la formatii^n do lacido urique à la rate était lsiv,v >nr *v f;ul quo l\ioido «rîqîJO aln^nde chez les indi\idus ;UlonUv do Kmuvuuo <p1oniqiîo: mais R^rtols a trouvé que dans 1,1 *ii>wvo nto î^aus louivmu\ lo chîffn"* do Tacide urique peut no

ORIGINE DE l'acide URIQUE. 253

pas dépasser 0'%A8. Mosler, Schindeler ont fait des observations analogues. Beneke attribue Tacide urique aux globules blancs, de même qu'il fait dépendre l'urée des globules rouges. Il invoque à Tappui de cette hypothèse l'excès d'acide urique constaté dans la leucémie. Ranke, en 1858, avait déjà signalé cette augmentation. Bartels a vu la quantité d'acide urique éliminé en vingt-quatre heures atteindre &'%20 dans cette maladie; il a même constaté la gravelle.

Jacubasch et Mosler parlent seulement d'une augmentation relative. Salkowski affirme que l'augmentation est absolue, constante.

On a supposé que Tacide urique n'était qu'un produit d'oxydation de la sarcine et de la xanthine. C'est possible chimiquement; ce n'est pas démontré physiologiquement.

Strecker, Schultzea et Filehne font dériver l'acide urique du glycocoUe. Schultzen pense que l'acide urique, comme l'urée, n'est qu'un produit de substitution. Il avait nourri un chien avec de la sarcosine et n'avait plus trouvé d'urée dans ses urines; mais il avait trouvé à la place une série de corps azotés dont l'azote représentait exactement l'azote de l'urée absente ; il nourrit également des poules avec de la sarcosine et ne trouva plus d'acide urique dans les excréments, mais il trouva à la place une série de corps azotés, dont l'azote représentait la totalité de l'azote de l'acide urique absent. Il supposa que Turée, comme l'acide urique, était le résultat de la copulation de deux radicaux, et que la sarcosine pouvait se substituer à l'un de ces radicaux pour former d'autres combinaisons. S'il est admissible que l'un de ces radicaux soit le glycocoUe, on ne sait pas quel serait l'autre radical, soit pour l'urée, soit pour l'acide urique.

Meissner, Ure avaient supposé aussi que l'acide urique vient du glycocoUe par voie de copulation, car l'alimentation avec l'acide benzoîque donnerait de l'acide hippurique à la place de Tacide urique. Mais, en réalité, sous l'infiuence de l'acide benzoîque ingéré, l'acide hippurique augmente, mais l'acide urique ne diminue pas sensiblement.

âB4 PATBOGËNIE DE LA GBAVBLLE.

Liebig avait supposé que Turée dérive île l'acide urique. (l'oii cette conclusion que l'acide urique serait un degré d'ami dans l'élaboration de la matière azotée, dont une partie ne serait pas oxydée au point de se transrormer en urée. On a invo- (|iii- à l'appui de celte manière de voir, celle expérience de W'ôhler et de Frericlis, qui, faisant ingérer de l'acide urique à lies chiens ou l'injectant dans leurs veines, constatent Ami l'urine l'augmentation de l'urée et l'apparition de l'acide oxalique. Mais, s'il en était ainsi, si l'acide urique n'était qu'un degré préalable de l'urée, quand l'urée diminue beaucoup, on devrait voir augmenter beaucoup l'acide urique : ce qui est rarement le cas.

Ce qui reste comme vraisemblable de toutes ces expériences cl de toutes ces hypothèses, c'est que l'acide urique est un produit de transformation médiate des substances azotées. L'acide uri(]ue doit donc dépendre de l'alimentation.

(Juel que soit le siège de sa production, quelle que soit la série dos transformations chimiques; oxydations, dédoublements. nipulations, qui lui donnent naissance, l'acide urique a pour ori- )jine la matière azotée des aliments, car l^nimal transforme la matière azotée, mais il ne la forme pas ; il la puise tout entière ilirccteinent dans le règne végétal, et s'il la prend dans le règne iuiiinal, il l'emprunte encore indirectement au règnn végétal.

L'acide urique doit donc être influencé par la nature des alinients. Bcnce Joncs y croit peu; mais Lehmann obtient chez l'homme 1",&0 d'acide urique avec le régime animal, 1 gramme seulement avec le régime -végétal. Heinrich Ranke trouve VT^^ dims le premier cas et 0'^65 dans le second. Pendant l'abslini'nce, Johannes Ranke recueille 0",'2A, tandis que le rétame ciinié lui fournit 2*',11- Meissner a fait des observations analo- ^■iicM. Donc l'acide urique, comme l'urée, augmente sous TinfliK'nce des aliments azotés.

On a étudié aussi l'influence des boissons. Chez un individu

qui ingère de 12 à 1300 grammes d'eau par jour, Genth voïl

iMciller l'acide urique de 0i%â2 à 0*',71. Si l'on porte la quan-

'4 des boissons à 3200 centimètres cubes, il ne trouve plus

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que des traces; et enfin, avec 5500 centimètres cubes d*eau ingérée, il ne trouve plus de traces d'acide urique. On ne dira pas que Tacide urique a été retenu dans le sang par ces boissons surabondantes. La matière azotée n'a plus fourni d'acide urique, parce qu'elle a été totalement transformée en urée et Ton sait par les expériences de Genth et de Mosler que les boissons abondantes augmentent le chiffre de Turée.

On devait rechercher aussi Tinnuence du travail musculaire. Cette action a été niée par Bence Jones, tandis que Hammond assure que Texercice diminue Tacide urique. Heinrich Ranke Ta vu également diminuer sous Tinfluence de Texercice modéré, tandis qu'il augmente par l'exercice forcé. C'était aussi l'opinion de presque tous les observateurs, mais cette opinion était basée sur une observation superficielle peu convaincante. Tout le monde a pu voir les sédiments uratiques, habituels chez certains individus, disparaître sous l'iniluence de l'exercice modéré en plein air. Tout le monde a pu voir apparaître les sédiments d'acide urique à la suite des marches forcées. Mais on n'est pas autorisé à en conclure que l'acide urique diminue dans un cas et augmente dans rautre,^et Ton ne doit pas oublier ce grand et judicieux précepte de Prout, qui dit qu'on ne doit pas juger de la quantité d'acide urique d'après Texîstence et même d'après Tabondance des précipités.

On a reconnu la justesse de l'observation de Prout, mais personne n'en a tenu compte, ni Golding Bird, ni Owen Rees, ni Bence Joncs, ni Budd, ni même Prout lui-même. Seul Bartels a négligé le faux enseignement que peut donner l'existence des précipités et a rigoureusement déterminé par la balance les variations de l'acide urique dans les conditions physiologiques et dans l'état pathologique. Pour ce qui concerne l'augmentation de l'acide urique par l'exercice musculaire exagéré, il y avait un élément surajouté, dont le rôle devait être apprécié ; c'est l'action des sueurs abondantes. Or il se trouve que les sudations copieuses font apparaître les sédiments d'acide urique !^ans exercer aucune influence sur la quantité de cet acide.

D'autre part, quand la peau ne fonctionne pas, dans la saison

d^hiver où les sueurs se suppriment, chez les individus qui ne veillent pas par des soins hygiéniques convenables à entretenir Tactivité des sudations cutanées, chez les malades atteints d'ichthyose, il se forme encore des précipités d'urate ou diacide urique, et la gravelle peut même se développer. Je puis ajouter que, dans Tichtyose, on peut observer tantôt la gravelle urique, tantôt la gravelle oxalique. Si le froid augmente les précipités d'acide urique, les bains chauds, malgré la sudation, les diminuent ou les font disparaître.

Les troubles digestifs, la dyspepsie, le catarrhe chronique de Testomac, les excès de table augmentent les précipités et disposent à la gravelle.

Il en est de même des troubles respiratoires. Toute gêne de la respiration, la dyspnée cardiaque, Tasthme, Temphysème augmentent la quantité de Tacide urique et provoquent les sédiments.

La pneumonie agit dans le même sens ; mais des éléments plus complexes interviennent dans la production de ce résultat. Dans le rhumatisme articulaire aigu, contrairement à ce que Ton a cru pendant longtemps, Tacide urique est en quantité normale, sauf le cas de complications cardiaques ou pleurales, entraînant une gêne respiratoire. Dans l'intoxication par Toxyde de carbone, qui produit par excellence un obstacle à la respiration, Bartels a noté Taugmentation de Tacide urique, qui s'est élevé à 0«',90 et â 1«',40.

Les troubles de la fonction hépatique agissent de façon variable; mais, dans la cirrhose du foie, Tacide urique arrive à son maximum. On en a conclu que le foie fabrique Tacide urique; mais il y a là une sorte de sophisme, puisque dans la cirrhose Taction des cellules hépatiques se trouve limitée, amoindrie et comme annihilée par la prolifération du tissu conjonctif, qui amène la destruction graduelle de ces cellules.

Certaines perturbations nerveuses augmentent Tacide urique : telles sont la débilité congénitale ou acquise du système nerveux, la dépression morale, les formes dépressives de la folie, la fatigue corporelle, Tapplication du froid sur la surface cutanée.

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Toutes ces causes produisent les sédiments uratiques et font apparaître en même temps Toxalate de chaux dans les urines. En résumé, Tacide urique augmente par la bonne chère, par les repas trop copieux, par Tabus des aliments azotés, par la dyspepsie acide, par les boissons trop peu abondantes, et je puis ajouter paries boissons gazeuses, acides, sucrées, par le vin de Champagne et le cidre, par Texercice musculaire insuffisant ou exagéré, par l'insuffisance de l'activité cutanée, par le froid, par les obstacles apportés à la respiration, par la vie sédentaire, par le séjour habituel dans Tair confiné, par l'atonie nerveuse, par la tristesse, par Thypochondrie. Tout cela constitue une prédisposition à la gravelle. Toutes ces influences nous sont signalées par la clinique comme capables d'engendrer cette ma* ladie, toutes, y compris les perversions nerveuses héréditaires, puisque Gazalis a vu l'aliénation et la gravelle alterner dans la même famille.

Mais l'augmentation de la quantité d'acide urique n'est pas suffisante pour déterminer la gravelle ; il faut de plus que sa solubilité soit amoindrie, et nous connaissons les conditions qui diminuent cette solubilité : c'est la concentration des urines, c'est l'augmentation de leur acidité, jc'est l'excès des phosphates acides. Les deux dernières conditions sont réalisées par l'insuffisance des mutations nutritives. De même qu'elles provoquent la formation des sédiments après l'émission de Turine, de même elles peuvent produire ces sédiments dans l'intérieur des voies urinaires.

Bouchard. — Natriiion. 17

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