‹ Maladies v√àn√àriennesChapitre 2 sur 8 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

IS¥PlllLITI|}tJES.

Depuis notre première publication sur les Maladies nerveu" ses syphilitiques (iS^o-Dk) (1), et surtout depuis notre récent mémoire à l'Académie de médecine de Paris, Sur la paralysie du nerf oculo-moteur externe, le nombre des faits relatifs à ces affections s'est multiplié dans la presse médicale. Ceux de M. Lutton (de Reims) et de M, Gouriet nous ont paru particulièrement remarquables à tous égards.

Mais parmi ces faits, il en est quelques-uns qu'on ne saurait attribuer à la sypbilis : les sujets de ces observations n'ont présenté, avant ou pendant le développement de la névropathie ou de la paralysie, aucun accident primitif ou chancre, m des manifestations morbides spécifiques du côté de la peau, du tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux, ou enfin du tissu osseux. On ne trouve chez ces malades que des écoulements blennorrhagiques avec ou sans bubon inguinal. Y avait-

(!) Comptes renflas de l'Académie de Belgique, 18o3; Union médicale de Paris, ISoi.

Il MALA^DIES VÉNÉRIENiNES.

il un chancre larvé dans le canal cle l'urèthi e, ou des plaques muqueuses, ou bien toute autre indication de la présence de la syphilis?

Ces détails manquent complètement dans ces dernières observations, et l'on se contente d'énoncer qu'il y a eu maladie vénérienne antérieure. D'ailleurs, en même temps que la paralysie de la sixième paire, les malades étaient frappés de la paralysie de la plupart des nerfs crâniens, et de phénomènes cérébraux évidents qui doivent militer plutôt en faveur d'une affection syniptomatique des centres nerveux qu'en laveur d'une maladie développée sous l'influence de la dia- Ihèse syphilitique. Telle est surtout l'observation publiée tout récemment par M. le docteur A. Maunier.

On ne peut donc pas admettre comme une névrose syphilitique celle qui se rencontre chez des individus qui n'offrent pour tout accident qu'un écoulement sans chancre uréthral, une blennorrhagie non virulente ou une simple chaudepisse.

Les maladies vénériennes doivent être, ici comme partout où il s'agit de la solution du problème pathogénique, toujours envisagées comme composées de deux ordres d'éléments parfaitement distincts. L'un, est caractérisé par des symptômes constamment 5m/)/e5 et limités du côté du canal del'urèthre, tels qu'écoulements purulents ou muco-purulents par le méat urinaire, avec ou sans douleur au passage de l'urine ; soit un accident local avec ou sans complications, mais qui ne présente point de retentissement général ultérieur. L'autre se caractérise par un accident qui, d'abord local (chancre), se généralise et

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infecte tôt ou tard t' organisme en entier; ou bien sans lésion spécifique locale, mais transmis par les parents aux enfants par voie d'hérédité.

On le voit, dans l'élude des accidents qui se développent à la suite des maladies vénériennes, ces deux ordres ou divisions en accidents locaux simples ou non virulents, et en accidents virulents susceptibles de retentir dans toute l'économie humaine, sont de la plus haute importance.

La syphilis a pour condition do sa production l'existence d'une cause ou principe spécifique, d'un virus unique q\ invariable dans sa nature, qui est le virus syphilitique lui-même. De sorte que d'après ce que nous avons lu et observé, on ne trouve aucune raison pour admettre la dualité de ce virus; et nous croyons, jusqu'à preuves contraires, que tous les chancres, 7nous, indurés, phagédéniques, etc., peuvent également infecter l'organisme et donner lieu à la vérole constitutionnelle. Ajoutons encore qu'un chancre mou peut très bien donner naissance à un chancre induré, et vice versâ.

Mais, dans toutes ces questions, il faut toujours tenir compte de l'idiosyncrasie, ou de l'aptitude morbifique individuelle qui joue un rôle très important au point de vue de la pathogénie, en même temps que dans la manifestation des accidents conslitutionnels de la syphilis. Ainsi, le même virus inoculé à tel individu ne donne pour résultat qu'un chancre local, tandis que chez un autre il détermine un chancre qui retentit dans tout l'organisme et l'infecte. D'ailleurs, ce que nous voyons là pour le virus chancreux ou syphihtique. se rencontre également pour les autres virus, et en particulier

pour le virus vaccio. Celoi-ci ne détermiile-t-il pas, selon la différence de l'aptitude morbide, tantôt une vaccine prophylactique ou préservatrice, tantôt une pustule locale sans retentissement sur l'économie et, par conséquent, sans effet préservatif?

Contagieux comme la morve, ce virus se trouve dans le chancre à la période de progrès, et dans quelques accidents secondaires de la syphilis. Sa reproduction exige une ulcération. Le pus qui sert de véhicule à ce virus peut être mêlé à diverses matières dont la nature varie en raison du siège du chancre. C'est ainsi qu'on le trouve dans la salive, le lait, les urines, la sueur, le sperme, etc. Toutefois, nous devons faire remarquer que ce mélange ne se fait ordinairement qu'après la sécrétion. Au surplus, le virus syphilitique ne se trouve pas intimement lié avec ces différentes substances, comme quelques auteurs l'avaient pensé ; il n'y est qu'en suspension. Mais, quels que soient sa quantité et son degré de dilution, il agit toujours de la môme manière et avec la même énergie sur les tissus.

D'après ce que nous venons de dire, on conçoit que la matière virulente est constituée par deux éléments : l'élément virulent^ Vélément pus, ou toute autre substance, qui est le véhicule. Ces éléments appliqués sur une partie non dénudée du corps, et même sur une membrane muqueuse, peuvent agir tantôt à la manière des causes simples et déterminer une inflammation non spécifique, telle qu'une méthrite ou vaginite simple, caractérisées par la phlegmasie catarrhale de Furèthre ou du vagin, ou blennorrhagie non virulente; tantôt,

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outre l'action inilanie pririutive e\ simple^ il s'oj)ère une autre action qui est V impression virulente ou spécifique.

Ces deux modes d'action delà matière virulente: impression irrilative ou physiologique, impression spécifique ou vii'ulente, nous semijîent incontestables d'après les expériences auxquelles nous nous sommes livré depuis plus de dix ans (1).

Quoi qu'il en soit, les afFections nerveuses syphilitiques ne se rencontrent jamais qu'après l'infection généiale, alors que la diathèse est établie. Car il ne suffit pas pour leur développement qu'un individu ait eu un chancre, mais il faut encore que cet ulcère soit suivi d'accidents constitutionnels d'une certaine gravité.

Ces accidents très nombreux et très variés, d'ailleurs, consistent ordinairement dans les affections du côté de la peau, telles que plaques muqueuses ou tubercules plats, roséole, érythème papuleux.

Ces syphilides sont les premières, mais non les seules à la faveur desquelles se traduit l'infection générale; les formes papuleuse , l'acné et l'ecthyma ; pustulo-crutacée , l'impétigo; tuberculeuse, tuberculo-ulcéreuseetserpigineuse comme le lupus; squameuse simple, comme le psoriasis, ou cornée; et enfin, niais cela bien plus rarement, les formes vésiculeuses comme l'eczéma, et buUeuse comme le pemphigus. Tous ces divers accidents cutanés dénoient également l'infection syphilitique ou la vérole constitutionnelle.

Du coté des mcinbraiies nuiqueuses do la 'nuuche, des amyg-

(1) Beyran. /)(' l'action du pas clntncrcux. 'ISol .

8 MALADlliS VÉNKKIENNES.

dales. du voile du palais, du pharynx, des fosses nasales et même jusque dans les voies aériennes, on trouve des ulcérations qui, d'abord superficielles, peuvent, en envahissant les tissus sous-jacents, atteindre les os et les détruire complètement.

A cette période de la maladie, l'intection est évidemment générale et la dialhèse existe. Cependant il faut arriver jusqu'à la troisième période de la syphilis pour observer des lésions du système nerveux et particulièrement des paralysies syphilitiques.

Dans cette dernière période, les phénomènes morbides que nous venons de voir ont déjà disparu avant que la maladie fasse de nouveaux progrès ; sauf le sarcocèle, qui se montre alors comme un signe d'un état transitoire entre les accidents secondaires et les accidents tertiaires de la syphilis. Enfin, ces derniers ont pour siège de prédilection le système osseux, et consistent en douleurs ostéocopes qui, d'abord vagues, se localisent par une périostite ou ostéite, et donnent lieu à la production soit des périostoses, soit des caries, des nécroses ou des exostoses.

En même temps que ce travail pathologique s'opère dans le système osseux, une autre altération morbide s'effectue dans le tissu cellulaire suus-cutané ou sous-muqueux : c'est la formation de tubercules profonds ou tumeurs gommeuses multiples qui, très douloureuses ou parfaitement indolentes, finissent par se ramollir et se transformer en de profondes ulcérations [uilfacces, jaunâtres ou grisâtres, et d'une odeur très fétide. Ces tumeurs peuvent détci'miner plusieurs altérations

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