‹ Malaria et moustiquesChapitre 7 sur 7 · DES · texte numérisé non relu

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oiseaux; toutefois comme l’Anopheles claviger avait été employé concurremment avec d’autres espèces, la constatation manquait de précision, et finalement les observateurs durent recourir à la méthode correcte de Manson : culture directe des parasites chez le moustique.

Le succès fut alors immédiat : les zygotes et les blastes des parasites furent trouvés, exactement comme je l'avais indiqué, dans les tissus de l’Anopheles claviger et, enfin, des personnes bien portantes furent infectées par la morsure de ces insectes. Marchant de l'avant avec une admirable rapidité, les savants italiens trouvèrent bientôt que les trois espèces d'Hæmamæbidés humains sont cultivables chez l’Anopheles claviger, et non seulement chez cet insecte, mais aussi chez certaines autres espèces italiennes d’Anopheles; ils ne parvinrent pas plus que moi à cultiver les parasites chez les Culex.

À peu près simultanément, Aoch répétait et confirmait du poids de son autorité la plupart des résultats obtenus aussi bien à l’égard des parasites de l’homme qu’à l'égard des parasites des oiseaux. En août 1899, l'expédition spéciale envoyée à Sierra- Léone par l’École de médecine tropicale de Liverpool (expédition dont je faisais partie) trouvait les parasites humains chez deux espèces d’Anopheles de cette colonie, l'Anopheles costalis (Læw), et l’'Anopheles funestus (Giles). J’ai entendu dire aussi que le même résultat avait été obtenu avec l’Anopheles dans deux autres parties du monde, de sorte qu'il semble y avoir quelque chose comme neuf espèces d'Anopheles, considérées actuellement comme propagateurs de la malaria, tandis qu'aucune des espèces de

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Culex soumises jusqu'ici aux expériences n’a donné de résultats positifs. |

Parvenu à ce point, il devient impossible de suivre en détail les recherches poursuivies dans les diverses parties du monde, au sujet de la théorie qui nous occupe. Les faits recueillis rempliraient un petit volume, etchaque mois voit paraître de nouveaux travaux à cet égard. Je me contenterai donc pour conclure, d'examiner rapidement trois points d’importance capitale.

Je voudrais d’abord essayer d'indiquer comment les récentes découvertes expliquent d'une façon complète les lois peu connues relatives à la diffusion de la malaria. Ainsi que je le rappelais en débutant, on sait depuis longtemps que la malaria règne surtout là où se trouvent des eaux stagnantes. Généralement, sinon d’une façon invariable, nous trouvons la maladie dans des régions offrant de vastes surfaces en contre-bas, où l’eau tend à s’accumuler sur une étendue considérable. C’est même ce qui avait conduit à la vieille théorie attribuant la propagation de la malaria à des miasmes, théorie d’où est né le mot « malaria ».

On pensait que le poison, cause du mal, s’élevait des surfaces marécageuses sous forme de brouillard, et infectait tous les êtres vivant dans un rayon déterminé. Il est intéressant de noter combien cette conception, à peu près instinctive, se rapprochait de la vérité. L'idée est exacte, si le fait est erroné. Ce n’est pas le parasite lui-même qui émane du sol marécageux, mais le véhicule de ce parasite.

Ce fut l’un des nombreux points mis en lumière par King, il y a dix-sept ans, dans sa théorie des

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moustiques; mais ce savant tomba dans une erreur qui aurait pu fournir un puissant argument contre son hypothèse. Il semble avoir admis que tous les moustiques émanent de marais; or la malaria existe dans le voisinage des marais, donc c’estune maladie des campagnes plutôt que des villes, et ainsi de suite. En réalité, les moustiques n’émanent pas du tout des marais, en général; ils ne proviennent même pas tous d’amas d’eau stagnante ; les espèces les plus communes, celles au moins qui habituellement harcèlent les êtres humains, émanent de mares d’eau existant dans le voisinage des maisons, et sont plus communes dans les villes que dans les campagnes, au moins dans les régions tropicales. |

Dès que j'eus réussi à cultiver les parasites humains, je commençai à étudier les mœurs des insectes servant de véhicule à ces parasites, et je ne tardai pas à mettre en lumière cette circonstance remarquable que, aux Indes, les moustiques du genre Culex naissent généralement dans les récipients d’eau disposés autour des maisons, tandis que les Anopheles naissent dans de petites mares d'eau sur le sol. Ce point a fait l’objet de recherches spéciales de la part de la récente expédition de Sierra-Léone, et nous avons constaté que les choses se passaient làbas comme aux Indes. Tandis qu'on peut voir les larves de Culex à peu près dans chaque récipient d’eau, gourde vide ou pot à fleur, dans lequel est restée un peu d’eau de pluie, nous ne pümes trouver de larves d'Anopheles que dans un seul cas dans des récipients analogues. En revanche, on trouvait les larves d'Anopheles, dans une centaine de petites flaques d’eau réparties dans la ville de

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Freetown, et qui existent à l’état permanent, remplies de temps à autre par la pluie, sans que les grandes averses puissent les nettoyer; chose non moins significative, les larves paraïssent vivre surtout sur les herbes aquatiques vertes. Les Culex, genre inoffensif, en apparence du moins, semblent donc être le plus souvent des insectes domestiques, tandis que les Anopheles, propagateurs de la malaria émanent essentiellement d’eaux stagnantes sur le sol.

Nombre d’autres faits de l’histoire de la malaria peuvent être expliqués par la même découverte. On supposait par exemple que la malaria provient de terres fraichement retournées. Aujourd’hui nous pouvons relever de nombreux exemples dans lesquels l'exécution de talus de chemin defer ou d’autres ouvrages analogues a donné naissance à des flaques d’eau propices au développement des Anopheles; il est aisé de comprendre d’ailleurs que le bouleversement du sol puisse produire des dépressions capables de retenir un peu d’eau de pluie, et de devenir par suite un réceptacle tout indiqué pour les larves de ces insectes. De même la malaria apparaît souvent à bord du navire ayant relâché dans des ports infectés : cette apparition s'explique par la visite d’Anopheles de la côte aux navires. Bref, en retournant la question sous toutes ses faces, je dois dire que je ne connais pas un seul fait bien établi à l’égard de la malaria qui ne puisse être expliqué par la théorie des moustiques.

Ceci m'amène aux objections présentées contre cettethéorie. En présence desnombreux témoignages aujourd'hui recueillis à l'appui de la théorie, il n’est plus permis de mettre en doute les principaux

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faits ; les objections que l’on rencontre encore, dans la presse spéciale, sont généralement basées sur une ignorance complète de ces faits, et il n’est pas besoin de les discuter ici; mais il est une objection, sans cesse reproduite, malgré les réfutations réitérées des observateurs qui résident dans les endroits où règne la malaria, c’est que la malaria existe là où il n’y à pas de moustiques, et que telle ou telle personne a eu la fièvre sans avoir été jamais piquée par des moustiques. D'une façon générale, nous devons rappeler que la malaria est une maladie qui peut donner lieu à des rechutes un certain nombre d’années après la première infection; c’est celle-ci qui est due aux piqûres de moustiques et non les rechutes; il est donc possible de souffrir d’un certain nombre d'attaques de fièvre sans avoir été piqué, sauf la première fois, sans que la théorie se trouve en défaut; c'est là une circonstance qu'ignorent généralement ceux qui présentent cet argument. Au surplus, il est bien connu qu’on peut être piqué sans s’en apercevoir; certaines personnes sont singulièrement insensibles aux piqûres des insectes et beaucoup de gens n’ont qu’un pouvoir très limité d’observation.

Personnellement, je ne puis admettre l’absence de moustiques dans certaines régions tropicales, tant que la constatation n’en aura pas été faite par un observateur compétent après des recherches directes ; pour ma part je n’ai jamais été dans aucune région tropicale — et j’en ai visité un grand nombre — où il n’y eût pas de moustiques. D’un autre côté, j'ai souvent trouvé de nombreux moustiques dans des localités où on m'assurait précédemment n’en exister aucun. J'avais été informé par exemple qu’il n'y

avait pas de moustiques à Sierra-Léone. En réalité, ceux qui, en pareille matière, admettent bénévolement les constatations du public sont bien crédules.

J'arrive enfin aux mesures préventives à adopter vis-à-vis de la malaria; c’est là un sujet important que je ne puis malheureusement qu’effleurer. Deux méthodes s'offrent de suite à l'esprit pour éviter la malaria. Je n'ai pas besoin d’insister sur celle qui consiste à se garantir contre les piqûres des moustiques au moyen de moustiquaires convenables ou autrement; ce sont des mesures excellentes qui peuvent réduire dans une large mesure les chances d'infection, mais qui, malheureusement, ne peuvent jamais être employées sur une grande échelle dans la majorité des localités sujettes à la malaria. Il faut, dès lors, recourirà la destruction des espèces de moushiques qui propagent le mal. Dès 1892, je rendais compte au gouvernement des Indes qu'il était possible d’exterminer les Anopheles dans quelques localités — surtout dans les villes, cantonnements et plantations — grâce à l’habitude qu'ont ces insectes de ne déposer leurs œufs que dans certaines flaques d’eau.

Depuis, une littérature considérable a paru sur la question; l’examen de cette littérature permet d'envisager comme probable la possibilité d’exterminer les Anopheles, ou du moins d’en réduire largement le nombre dans les villes où, par suite des circonstances locales : conformation topographique, quantités de pluies, peu importantes, nappe souterraine assez éloignée de la surface du sol, etc., les flaques d’eau propices au développement des insectes sont relativement peu nombreuses.

Les méthodes qui peuvent être adoptées contre les larves sont nombreuses : nettoyage des flaques au balai, drainage des eaux stagnantes, comblement des trous, emploi de divers culicicides, tels que la paraffine et nombre d’autres substances (récemment étudiées par Celli et Casagrandi). En somme, la méthode qui paraît la plus convenable est l'emploi de quelque matière solide ou poudre économique, se dissolvant lentement, qui tue les larves d'insectes sans nuire aux animaux supérieurs et rende les petites flaques inhabitables pour les larves pendant quelques mois. Si, par exemple, un tombereau d'une matière de ce genre suffit pour exterminer les larves sur une superficie d’un kilomètre carré dans une ville sujette à la malaria, il est certain que la santé publique se trouvera grandement améliorée. M. Fielding-Ould recommande l’emploi du goudron végétal; M. Grellet signalait récemment un cas en France où toute une région avaitété débarrassée de la malaria par l’usage extensif de la chaux pour l’agriculture. La chaux de gaz et même le sel commun peuvent être employés également. Bref, bien que la question de la possibilité d'attaquer ces insectes avec succès soit encore entièrement dans la période expérimentale, on peut raisonnablement espérer que la théorie de la transmission de la malaria par les moustiques finira par être aussi utile à l’humanité qu’elle s’est montrée intéressante pour le naturaliste.

Pour conclure, je voudrais toutefois ajouter qu'il ne semble pas que ce résultat puisse être obtenu tant que, comme nation, nous n’apporterons pas . plus d'attention que nous l'avons fait jusqu'ici aux découvertes scientifiques dans le domaine de la médecine tropicale. Les découvertes ont succédé aux

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découvertes depuis 50 ans dans ce domaine, sans trouver leur répercussion adéquate dans la pratique médicale et sanitaire de nos possessions tropicales. Les travaux de Losch, Davaine, Dubini, Bilharz, Bancroft, Koch, Laveran, Manson, Carter et Giles, bien qu’intéressant la vie de milliers d'êtres humains, ont été généralement accueillis ou avec scepticisme ou avec indifférence; ils n’ont pas été suffisamment suivis dans le laboratoire et n’ont pas eu une action suffisante sur la pratique sanitaire.

Pütis. — Tÿp. Chamerot et Renouard, 19, rue des Säints-Pères, — 39558:

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