AVANT-PROPOS
Quand M. Tabbé Piat, que j'avais eu l'honneur de compter au nombre de mes élèves, dans les conférences d'agrégation de la Sorbonne, vint me demander d'écrire un Malebranche, je commençai par décliner résolument sa proposition. Je lui fis observer que depuis dix ans tous mes travaux avaient pris une direction fort différente et que j'avais trop de motifs de ne pas vouloir mettre la main sur un tel sujet, après les deux volumes d'Ollé-Laprune.
De tous les arguments par lesquels son amitié réussit finalement à me convaincre, je retins ceux-ci : c'est qu'à la collection projetée il fallait un volume d'environ 300 pages et non pas deux de 500 chacun, que le problème n'était plus de juger dans tous leurs détails les théories et les controverses de Malebranche, mais d'exposer l'ensemble de sa doctrine et d'en faire comprendre l'unité ; qu'ayant publié, d'autre part, en 1882, une nouvelle édition et un commentaire de son Traité
l AVANT-PROPOS.
Morale, je ne pouvais me donner comme étranger ^te belle philosophie. Je cédai, et n'eus pas à m'en >entir..., tant que durèrent les lectures, les reïTches de textes, les comparaisons et les travaux ^paratoires où je n'avais qu'à me remettre moi-même 'école du grand Cartésien. Je pris le plus vif intérêt lire ou à relire (je ne sais trop] ses Éclaircissements ta Recherche de la Vérité, et plus d*un écrit ne urant pas habitaellement dans les éditions classiques
ses œuvres choisies. Là je pris vite l'habitude de
plus demander qu'à Malebranche l'explication de : théories, et je dirai même la justification aussi ge que possible de plus d'une de ses audaces. Il me init que de ce commerce, à peu près exclusif de toute tique et de toute glose étrangères, pouvait sortir un ■tain renouvellement, au moins partiel, des idées géralement répandues. Normalien, agrégé, professeur
exercice, j'avais été en contact avec des maîtres des collègues nécessairement imbus de quelques préju- \ (qui n'en a pas?) et les propageant. 11 était conlu, par exemple, que le mélange de la théologie et
la philosophie ne pouvait que nuire gravement à te dernière, et que qui voulait approfondir l'action
Dieu sur nos âmes avait vite fait de comprottre notre personnalité. Aussi voyait-on le panlisme, je ne dirai pas partout, mais assurément là
il n'était pas. Malebranche, disait-on, n'y avait