Bntret. mét,^ VUI
l'il n'y a pas en Dieu de distinction réelle, il en toutefois que nous sommes obligés de supposer ou feindre, et enfin de considérer à part nous; car bord, nous devons avoir égard aux rapports que ses atures, distinctes, séparées et limitées comme elles sont, ne peuvent pas ne pas avoir avec lui; puis, nt que ces distinctions, résultat des restrictions et limitations de l'être Soi, ne fussent produites, Dieu concevait comme possibles bors de lui. Il en conssait nécessairement une infinité, puisque c'est de sa fection infinie que devaient, par voie de communion, sortir les créatures. L'ensemble de ces relations, lées par sa sagesse étemelle, ne sont autre cbose que ■dre universel ou la Vérité qui subsiste étemellement, ce qu'elle est éternellement imie à l'Être infini, [ous autres, hommes du commun, nous ne portons notre pensée si haut : nous jugeons les choses par le port qu'elles ont avec nous. <i C'est le moyen de mer i la pointe d'une épine plus de réalité qu'à tout este de l'Univers •. » En toute vérité « on ne connaît choses que par lesrapports qu'elles ont entre elles ' » , [s ces rapports n'ont pu être établis que dans et l'Être infini dont elles dérivent, l'ordre qu'ils forment comprend deux classes de rap-
LB HËTAPHVSICIBN.
ports, les rapports de grandeur et les rapp< fection : les uns, qui font, par esemple, qi deux font quatre ou que le rayon est la mo:
mètre, existent entre des êtres de même ] autres existent estre des êtres différents, i! prennent que l'&me vaut mieux que le corp devons préférerlavie de notre ami àcellede et la vie de notre cocher à celle de notre ch semble des premiers constitue la science j dite; des seconds, qui ont une valeur non spéculative, mais impérative, relèvent la rel morale.
Tous ces rapports, Dieu les fait-il? Les crée acte de sa volonté indifférente ? On sait que des points sur lesquels Halebranche s'est le p dément séparé de Descartes. Aux yeux du d vérités dont on vient de lire les formules si si immuables et universelles, ce qui revient àdi sont nécessaires. Il a toujours été vrai, éc deux et deux font quatre, et il est impossibl denenne faux, comme il est impossible que Di un innocent et qu'il veuille, de sa volonté pren jeltir l'âme au corps. « Gela est clair, sans besoin que Dieu, comme souverain législatei bli ces vérités, ainsi que le veut M. Descari ajoute-t-il quelques pages plus bas, « poui puis concevoir de nécessité dans l'indiffère
t.B»tr.mé{.,v,\u 2.Éelatre. à la gecb., tCf£cl.
MALSIKA5CHE.
i accorder ensemble deux choses si opposées ». n peut objecter sans doute, et Malebrancbe connais-
trop bien son Descartes poor ne pas le prévoir, que ieu a été libre dans le décret par lequel il a établi les
du monde, ce décret une fois rendu, rien n'est plus itat de s'y soustraire, et que dèslors, dans le gouverleatde la nature, tout devient immuable, universel lécessaire. Hais pour l'auteur de la. Recherche de la ilé^ un tel décret « est une fiction de l'esprit, anc g^nation sans fondement n. — « Quand on pense à 3re, aux lois, aux vérités étemelles, on n'encherche it naturellement de cause, car elles n'en ont point, le voit point clairement la nécessité de ce décret, n'y pense jamais d'abord ; on aperçoit au contraire, le simple vue et avec évidence, que la nature des tbres et des idées intelligibles est immuable, nécese et indépendante. »
[dépendante? Ce mot choqua plus d'un esprit. Fénele releva et en prit argument pour reprocher au phiphe d'assujettir la volonté di\-ine à un ordre nécese et étemel. En cela cependant Malebranche tenait
position à la fois hardie et sage entre celle de ;artes et celle où allait bientôt se placer Leibniz. 3 premier de ces trois grands métaphysiciens met origine des choses une liberté si absolue et — au >urs de ce qu'il enseigne sur notre liberté à nous — idifférente, que la justification des desseins et des
telaireUt. à la Rtch., 10* Éel.
LE MÉTAPHTSICIEN. 67
voies de la providence est impossible à essayer. Aussi le second s'écriera-t-il que, si l'on prend au pied de la lettre ce faux principe que Dieu produit Tordre et la vérité par une volonté entièrement libre, « tout est renversé ; il n'y a plus de science, plus de morale, plus de preuves incontestables de la religion )>. Donc, chose étrange, mais facile à constater plus d'une fois, c'est le pur philosophe qui juge nécessaire, et peut-être aussi plus commode, d'adorer en se taisant, tandis que c'est le religieux qui voit là une sorte d'aberration de la raison et une tentation depyrrhonisme; dans celui-ci la volonté même de Dieu demande à être métaphysiquement expliquée, et elle peut l'être par des raisons que notre raison connaît; car notre intelligence est, non pas certes égale, mais semblable à l'intelligence divine, toutes les deux connaissant, consultant, aimant le même ordre, la même justice, la même vérité.
Cette Vérité, Leibniz, qui aura lu Malebranche, la tiendra, lui aussi, pour « indépendante »; mais il ira plus loin, car il mettra dans les possibles ou essences étemelles une « prétention », une tension interne à l'existence qui agira, comme du dehors, sur la volonté du créateur : il les montrera soumettant à Dieu leurs titres et leurs droits et obtenant de lui, par leur vertu intrinsèque, qu'il les appelle à la vie, comme un juge ou comme un maître qui ne fait que constater les mérites et qui, pour les consacrer, n'a en quelque sorte