‹ Malebranche (volume 2)Chapitre 44 sur 96 · Trois lettres àArnauld, p · texte numérisé non relu

Trois lettres àArnauld, p

moi dans la substance du Verbe au^el je suis uni, je ^soutiens que c'est la plus grande des impiétés, parce que c'est soutenir que Dieu n'est pas à lui-même sa sagesse et sa lumière ^. »

Une telle doctrine, on s'en rend aisément compte, est moins de l'idéalisme (tel qu'on l'a compris dans la majorité des écoles) qu'une sorte de réalisme d'origine, d'essence et de valeur divines, si l'on me permet ces expressions. Le problème que le sens commim réfléchi se pose n'est donc point encore résolu. Car de nouveau on se demande : dans la nature et au regard de nos sens, cette étendue, que Dieu ne voit qu'en lui, est-elle réeUe? Les corps existent-ils en dehors de ce que Dieu nous fait voir par l'action qu'il exerce directement sur nous?

Il faut bien le reconnaître, l'auteur des Entretiens métaphysiques et du Traité de la Nature et de la Grâce, |

est ici dans une situation analogue à celle où nous le verrons bientôt devant la question des miracles. Il y croit, dit-il, mais avec toutes sortes de réticences, et on peut presque dire, d'arrière-pensées. Pour la plupart des hommes, la matière et ses lois sont réalité et objet de science certaine, tandis que la métaphysique est un mystère devant lequel ils demeurent au moins perplexes. Pour le penseur qui nous occupe, c'est l'inverse qui est le vrai : l'intelligible, voilà — sans vouloir jouer 5ur les mots — ce qui est vraiment intelligible : la matière

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avec extension locale, voilà ce qui ne se démontre pas et ne peut pas se démontrer; on peut même sous-entendre : voilà ce qui ne se comprend pas*. L'existence des corps est arbitraire. S'il y en a, c'est que Dieu a « bien voulu », a toléré qu'il y en eût; et sa raison, si on peut aller en chercher et en découvrir ime, c'est qu'il a entendu nous donner dans notre corps à nous, une victime à sacrifier pour satisfaire à sa justice et mériter son pardon.

D'autre part, la révélation et les grands faits de l'histoire religieuse, tels qu'une autorité infaillible nous les donne, Flncamation, la Passion, l'Ascension, la Prédication des apôtres et son heureux succès, l'établissement de l'Église, semblent bien nous commander la croyance qu'il y a quelque chose d'interposé entre Dieu et nous. Assurément! Mais enfin Dieu n'a-t-il pu donner à toutes ces choses une réalité suffisante en en produisant en nous les images? Le fait que ces images dépendraient directement, exclusivement de la volonté di\ine et de son action, sans intermédiaire grossier, en diminuerait-il la valeur? — Il est difficile de se défendre du soupçon que telle était bien la solution à laquelle inclinait le grand « Visionnaire » comme il n'était point trop fâché qu'on l'appelât ; car la révélation une fois écartée ou l'interprétation que nous venons d'indiquer une fois passée sous silence, rien absolument, au point de vue philosophique et naturel, ne lui semble pouvoir établir l'existence des corps.

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