CHAPITRE IV
Entre Tidée pure et le mécanisme, objets visibles de ses prédilections, Malebranche ne devait donner aux faits proprement psychologiques qu'une place assez res^ treinte et assez mal délimitée. L'âme humaine est en union avec Dieu, elle le sait, mais elle ignore la nature exacte et le détaQ de l'action qu'^Ue reçoit de lui. Elle est en commerce et en alliance avec le corps; mais ce qu elle en sait de meilleur et de plus sûr, c'est l'idée de l'étendue intelligible qui le lui fournit. Quant au reste, ce sont ses sentiments à elle qui lui en donnent des apparences... d'autant moins solides que l'ignorance où elle est du fond de sa propre nature répand sur l'essence de ces sentiments mêmes une ombre difQcile à dissiper. Telles sont les données, peu variées, ce semble, sur lesquelles il nous faut nous résigner à le voir opérer ici.
La psychologie à la vérité confinera toujours à ces deux études qui ont absorbé la meilleure part de son attention ; et c'est surtout à ces deux lumières extérieures
mentsde nos passions, la formation de notre volonté, ce même mot revient un certain nombre de fois* Est-ce seulement pour la commodité du langage et par conformité à la manière commune de parler ? C'est peut-être aussi par une sorte de respect pour ce que loyalement il reconnaît subsister de mystérieux dans la nature de notre àme. Mais ce mystère, d'autre part, il s'efforce constamment de le diminuer. De même qu'il ne repousse pas le miracle, mais le réduit le plus qu'il peut, et qu'il accepte la croyance à Texistence réelle des corps, mais s'arrange de manière à s'en passer, ainsi il va nous dire, avec l'accent de la sincérité, que nul ne peut sonder dans notre ème une richesse de dons que l'immortalité seule nous révélera; mais ceci concédé, il en reviendra vite à ce que nous connaissons actuellement d'une façon plus sûre à ses yeux, et il essaiera d'en tirer toutes les explications auxquelles il tient.
Une faculté de l'àme — si ce n'est pas un simple mot — qu'est-ce vraiment, sinon une disposition constante, une force réelle, susceptible de conservation et d'accroissement, bref une habitude? Halebranche voit admirablement le problème, il ne l'élude pas; il ne lui donne pas une solution résolument négative, mais il se garde bien davantage d'une solution affirmative. Son embarras théorique et finalement ses préférences pratiques se font jour dans une page assez curieuse des Éclaircissements à la Recherche de la Vérité * .