‹ Malebranche (volume 2)Chapitre 73 sur 96 · Rech, de la Vér., 1. 1, ch. i · texte numérisé non relu

Rech, de la Vér., 1. 1, ch. i

adopté toutes les fois qu'il s'agît de donner comme une synthèse résumée de la vie de Tesprit. L'entendement pur nous unît à Dieu, et c'est par la révélation immédiate qu'il reçoit que tout commence, mais il n'est pas en nous à l'état indépendant comme il l'est dans les esprits célestes : il se sent ou se croit logé dans un corps. Il cherche donc une forme matérielle : l'imagination lui en détermine une ; la sensation achève de la lui diversifier, de la colorer, d'y intéresser enfin tout ce qu'il sent en lui de corporel. L'ordre adopté dans la suite des livres de la Recherche est sans doute l'ordre inverse, l'ordre vulgaire : les sens, l'imagination, l'esprit pur. C'est qu'il s'agît, dans l'ensemble de l'ouvrage, d'expliquer, non la genèse de la vérité, mais les causes de nos erreurs. Or il est évident que plus nous nous éloignons de la source profonde, plus les occasions d'égarement se multiplient. Pour le métaphysicien qui explique la formation de nos connaissances certaines et fondées, les sens viennent en dernière ligne ; mais pour qui nous explique les erreurs, c'est à eux qu'il faut aller d'abord comme à la cause la plus fréquente et la plus dangereuse, par conséquent la plus urgente à exposer, de nos illusions.

Il y a cependant une autre raison pour parler d'abord des sens avec quelque étendue. Leur principal rôle n'est pas, tant s'en faut, de nous aider dans notre

avec une certaine prédilection. Il est bien entendu que ce n'est pas au point de vue de la connaissance. « C'est pour la conservation de notre corps que Dieu nous a donné les sens^. » Ils « ne nous parlent juste que pour leur intérêt ». Sachons donc respecter l'œuvre de Dieu : ne la gâtons pas, ne la compromettons pas : elle nous assurera, dans les impulsions des sens, tout un ensemble de secours qui, quoique n'ayant rien de commun avec la science, ou peut-être même à cause de cela, resteront partout à l'abri des faux raisonnements et de l'erreur. C'est en vue de cette conclusion que Malebranche esquisse tout d'abord sa théorie du plaisir et de la douleur. « Nos sensations sont différentes de nos connaissances et de notre amour ; elles n'en sont pas des suites ^. » Donc très résolument il s'oppose à ce qu'on a appelé la théorie intellectualiste ; et il avait quelque mérite à la combattre, puisqu'il la rencontrait dans saint Augustin et dans Descartes 3, « Ils veulent, écrit-il, que ces sentiments ne soient que des suites de la faculté que nous avons de connaître et de vouloir, et que la douleur, par exemple, ne soit que le chagrin, l'opposition et l'éloignement qu'a la volonté pour les choses qu'elle connaît être nuisibles au corps qu'elle aime. Mais il me parait évident que c'est confondre la douleur avec la tristesse et que tant s'en faut que la douleur soit une suite de la connaissance de l'esprit et de Faction de la

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