Tr. de Mot., 2' partie, ii, i
LE HOKA.LISTE. 3i
comme simple « vicaire » de la raison, loi prîmiti et împérativc pour tous '. Quand nous lisons : on 1 doit l'obéissance en toutes choses, c< pourvu qu'il n'exi rien qu'en conséquence des droits naturels^, que 1 donne la commission qu'il a de la part de Dieu >) — phrase peut nous paraître obscure ; l'imprécision y e peut-être volontaire, comme dans la suivante : « 1 (les princes) doivent consulter les lois fondamentales i rÉtat. » Mais un Français du siècle de Louis XIV ne po vait guère aller plus loin. Il avait du moins posé d< principes dont la conscience publique devait tirer p< à peu les conséquences : il n'y a qu'une morale, et cel morale doit être constituée scientifiquement, il y a d droits naturels, et ceux qui exercent le pouvoir ont coi mission ou mandat de les faire respecter. Restait, il f vrai, le problème des garanties pratiques destinées obtenir ce respect : c'était là une question de politiq] encore plus que de morale proprement dite. Enco une fois, pour la traiter utilement, les temps n'étaie pas mûrs.
En revanche, les temps étaient encore bien favor blés à l'union féconde de la morale et de la religion , •
1. Pour ce qui précède et ce qni suit, roir le cb. ii de la 2- partie Traité de Morale.
3, Le mot est souligné dans le leile.
pris, cet amour n'est en aucune façon Toubli de nousmêmes : car c'est un amour d'union, et l'union avec le souverain bien ne peut être qu'un bien, et la possession d'un bien ne peut être qu'un plaisir : ce plaisir n'est pas seulement légitime, il est en quelque sorte nécessaire. Ainsi, malgré toute sa sévérité contre l'amourpropre, malgré son enthousiame pour la pensée pure, malgré son désintéressement touchant au mépris à l'endroit des biens extérieurs, Malebranche n'est à aucun égard stoïcien. Peut-être sent-il qu'il l'eût été comme il eût été pessimiste, si Dieu ne lui avait fait la grâce d'être chrétien; car il donne quelque part le stoïcisme comme la plus noble philosophie de l'antiquité païenne, mais il lui reproche, on le sait, deux erreurs : une erreur de fait, à savoir l'idée que nous puissions mépriser également le plaisir et la^douleur et nous considérer jamais comme affranchis de tant de liens qui nous unissent par la sensibilité à tant d'êtres; et une erreur, pour ainsi dire, de droit, à savoir que la justice puisse souffrir que nous ne soyons pas récompensés de nos efforts par le bonheur. Donc, ni à un point de vue ni un autre, nous ne pouvons ni ne devons nous désintéresser du soin de devenir heureux. C'est ce que méconnaissent également le stoïcisme et le jansénisme : ce rapprochement inévitable des deux doctrines n'était pour atténuer ni envers l'une ni envers l'autre la répulsion qu'elles inspiraient toutes deux à Malebranche.
Pour lui sans doute la vie présente est une vie de sacrifice. Si un corps nous a été ajouté sans que la chose
lioration à apporter au sort de Thomme terrestre par le bon emploi du mécanisme universel. L'étude de la physique et la connaissance des propriétés des corps a pour lui deux avantages que la morale même nous fait une loi de rechercher : elle étendra à rinfini le pouvoir de Thomme sur la nature en en mettant les forces à son service ; puis elle accroîtra le pouvoir de la médecine cpii, en modifiant les conditions physiologiques de nos passions, pourra nous rendre, dans une vie intérieure, à la fois meilleurs et plus heureux. Aussi, après avoir rappelé à la princesse Elisabeth que la joie vaut mieux que la richesse, qu'elle n'est pas seulement un fruit des autres biens, mais un moyen de les acquérir, il ne dédaigna pas du tout de lui conseiller, par exemple, les eaux de Spic comme ayant la vertu moralisante de faire évacuer la mélancolie en empêchant la rate de « s'opiler ».
Nous avons vu ce que Malebranche pensait de la médecine et des médecins : il/ les tolère, il les subit, mais il est bien éloigné d'en faire à ce point les agents du perfectionnement de notre nature. Qu'ils ne nous fassent point de mal, nous dit-il, c'est déjà beaucoup. Ne compte-t-il pas du moins que dans l'avenir, les progrès de la science étendront ce pouvoir encore si restreint? Assurément, il a dû le présumer; mais il ne parait pas s'en soucier beaucoup, car s'il ne veut pas de la tristesse, U ne tient pas davantage à l'amour du