Tr, de Mor., V* partie, vi
vons tous la faire écouter et aimer, respecter là où nous sommes maîtres d'y réussir, c'est-à-dire dans notre famille et dans l'éducation de nos enfants. Ce n'est ni par la complaisance, ni par l'orgueil, ni par la manie de les traiter avec empire et de les outrager sans sujet, c'est par la raison qu'il faut les conduire. Il faut les accoutumer à la suivre aussi bien qu'à la consulter. Leurs actions seraient-elles, en conséquence de leur innocence naïve et de leur faiblesse, peu conformes à la raison telle qu'un honmie fait, la voit et l'applique; peu importe! « Il ne faut pas les chicaner, de peur de les rebuter, » Du moment où ils rendent quelque raison de leurs désirs, avec sincérité, on peut y condescendre pour leur mieux donner le goût et l'habitude de vouloir et de chercher la raison ^
En effet, c'est là le dernier comme le premier mot de la doctrine, ce qui nous conduit à la raison, c'est la raison elle-même, la raison qui nous a faits et qui nous a faits pour elle. C'est elle qui nous a formés dans la substance éternelle du Père ; c'est elle aussi, elle qui, incarnée et humiliée, proportionnée à nos faiblesses, est venue avec le Fils pour nous réformer. C'est elle qui se donne à nous peu à peu en proportion de nos efforts pour la recevoir et la faire régner sur tout ce qui dépend de nous, en nous et hors de nous. C'est elle enfin qui suffira dans l'éternité à nous assurer, par notre union parfaite avec elle, la plénitude de notre félicité.
1. On reconnaît ici l'homme qoi aimait s'amuser avec les enfants et qui y trouYait Tune de ses plus agréables distracUons.
Notre époque a successivement donné la vogue i < théories philosophiques qui, tout en partant de poi de vue très différents, ont paru cependant aboutir, unes et les autres, à une condamnation assez sévère la doctrine de Malebranche. Était-ce à bon droit?
On a dit d'un côté ; la métaphysique ne peut subsis qu'à la condition d'être étroitement unie à la science de la suivre docilement. C'est là le langage des posi vistes et de ceux-là surtout qui interprètent Âugn Comte dans le sens le plus terre à terre. C'était au celui de l'école qui mettait à la hase de toutes les auti spéculations la psychologie considérée comme i science, mais comme une science soumise à la sei méthode de l'observation introspective.
D'autres soutiennent que science et métaphysic doivent être séparées : ils assignent à la métaphysic le domaine de la croyance indémontrable, et ils acci tent ime psychologie constituée en science de faits ex rîmentaux mesurables. C'est là la tendance des kantis et aussi des purs idéalistes. Hais, parmi ces derniers,
lUUBIIUICBI.
HALEBS ANCHE.
Ht nomhrc se platt encore à construire une métaysiquc de fantaisie; le reste, qui se rapproche singurement des sensualïstes, se contente d'y penser en de ■tâines heures de condescendance mélancolique pour elques aspirations trop persistantes de notre race, nutile maintenant de dire que pour tous ces hommes chefs d'école ou disciples — la théologie proprement e reste un troisième domaine absolument séparé des jx autres; car, dit-on, la foi tbéologique, arec ses Çmes, est aussi étrangère à la certitude de la science iitive qu'opposée à la liberté de la foi métaphysique. )ès le premier abord, l'œuvre de Malebrauche parait •e avec ces doctrines diverses le contraste le plus dplet. Nous venons de le voir, en effet, d'un bout à ttre de cette étude : chez lui, ces trois éléments si leux dans l'histoire de l'esprit humain et dans loti ilits des systèmes — théologie, métaphysique, tnce — bien loin de se combattre, sont fortement s. Seulement c'est la métaphysique pure qui domine isemble et en règle tout le détaU. Cela suffît déjà tr faire de cette philosophie l'un de ces types histoles dont l'étude s'impose ù tous ceux ipi veulent naître exactement n les produits de l'esprit huin ».
eut-on reprocher à son auteur de ne s'êti-e pas mis ;cord avec la science, d'en avoir ignoré ou méconnu iécouvertes? Certainement non, surtout si, conmie le lent le bon sens et l'équité, on ne demande à aucun losopliL- que de marcher avec la science... de son
temps. Or, si ce que la science a évidemment démontré demem^e acquis et exige Fadhésion imiverselle, il est visible d'autre part qu'elle est sans cesse occupée à construire des hypothèses provisoires, nécessaires au groupement de ses découvertes, mais toujours destinées à disparaître plus ou moins vite, quand des faits nouveaux n'y trouvent pas la place qui leur est due. Il est tout aussi certain que lorsque les dédaigneux de la métaphysique invitent les spéculatifs à choisir pour unique abri « la philosophie des sciences » , ce qu'ils leur offrent là est tout simplement une de ces constructions d'hypothèses que le siècle présent a vues s'élever, que le siècle suivant verra démolir. Cette observation très simple en suggère une autre.
Voici deux groupes d'esprits.
Les uns sont impatients de recueillir les découvertes les plus nouvelles : ils en tirent tout de suite des conclusions qu'ils groupent le plus vite possible en im système de la nature ; et parce que les faits dont ils se sont servis bien ou mal sont des faits, ils s'imaginent que l'ensemble où ils les mêlent à beaucoup d'interprétations, de conjectures, de préjugés et de passions, est un ensemble scientifique.
Les autres se disent : Mais s'il y a une science qui arrive à des résultats certains, faciles à distinguer des hypothèses successives qu'on y ajoute, cela suffit pour croire à quelque chose d'absolu. A nous de chercher ce que c'est que cet absolu, à voir comment l'esprit de l'homme y arrive, et comment la notion que nous en
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avons mérite de gouverner nos recherches, nos spéculations, l'enchaînement de nos connaissances et la pratique de notre vie.
Or, de ces deux modes d'union de la métaphysique et de la science, on ne peut guère nier que ce soit le second qui ait prédominé chez Halebrancbe. Certainement il n'a point échappé au premier de ces deux esprits. S'il n'a point adopté toutes les hypothèses scientifiques de son temps, il en a retenu plus d'une ; le contraire était impossible. Cependant, la pure métaphysique cartésienne, dégagée de la physique arbitraire et aventureuse qui s'y joignait, est plus développée chez le disciple que chez le maître. Et ce qui achève de préciser ce caractère de sa doctrine, c'est la prééminence de plus en plus accentuée qu'il donne aux mathématiques sur la physique, à la méthode rationnelle sur la méthode expérimentale*
Cette prédominance apparaît encore plus marquée si on le compare à Spinoza. De Descartes et Halebranche au grand panthéiste, la méthode rationnelle (on ne la pas assez remarqué) a fait une chute — d'autres, je le sais, diront un pas en avant et un progrès — du côté du naturalisme. En tout cas, ni la belle unité du système, ni la noble confiance de la raison dans l'infaillibilité de ses idées claires et de ses déductions ininterrompues, ne restent aussi intactes. Non! d'après Spinoza, l'union de la raison humaine avec la raison divine n'est ni incessante ni universelle comme dans ses deux prédécesseurs. L'homme est uni à Dieu, Être des êtres, quand
il considère les choses sous Taspect de rétemel et de l'infini. Or, en tout, il y a un résidu métaphysique à dégager pour avoir une idée « adéquate », et quand on prend ainsi Fidée dans sa pureté, on peut en déduire tout ce qui s'y trouve. C'est là ce que fait le philosophe en métaphysique, en psychologie rationnelle, en mécanique; mais il ne peut le faire ni dans les sciences physiques et naturelles, ni dans le droit naturel, ni par conséquent dans une grande partie de la morale; car « pour connaître la nature, c'est la nature qu'il faut interroger^ ». Pourquoi? Parce qu'ici, nous ne sommes plus dans le domaine des idées, mais dans celui des choses où — pour nous — tout est fragmenté. Dieu sans doute voit l'ensemble , parce qu'il est cet ensemble même en son infinité; mais nous, qui ne sommes que partie, nous ne voyons que des parties. Nous ignorons complètement la coordination exacte et la suite complète de l'enchaînement des choses. Pour en retrouver ce qui ne nous en est pas tout à fait inaccessible , c'est à l'expérience que nous sommes contraints de recourir.
Halebranche — qu'on le lui reproche ou qu'on l'en loue — n'a pas recours à ces distinctions. Son œuvre, encore une fois, ofiFre donc, mieux peut-être que nulle autre, un type pur de philosophie constructive où Télément proprement expérimental et naturel paraît aussi réduit et aussi subordonné qu'il est possible.
Au point de vue, non plus historique, mais théorique,