‹ MalebrancheChapitre 112 sur 132 · Rech. de la Venté, 1. VI, II« partie, ch. vi · texte numérisé non relu

Rech. de la Venté, 1. VI, II« partie, ch. vi

auteur : que Tordre immuable ne consiste que dans les rapports de perfection qui sont entre les idées intelligihles... et qae par conséquent il doit y avoir même rapport entre deux amcmi ^'^atre la perfection ou la réalité des objets qui les excitent. Il y est fidt aasû des allusions fréquentes à ce que les principes métaphysiques de la vision de Dieu et des causes occasionnelles lui paraissent entraîner de conséquences pratiques : car à la préférence exigée rationnellement par ce qui renferme une plus grande quantité d'essence ou de perfection s'ajoute l'amour et le respect dus à Dieu, substance de cet ordre, auteur unique de l'action efficace qui le réalise dans Funivers avec la libre coopération de notre volonté, donc lien de la société humaine, seul digne d'en être la fin puisqu'il en est le principe. Autrement dit, pour reprendre le langage de saint Augustin, c'est précisément parce que Dieu est la causa subsistendi et la ratio intelligendi qu'il est aussi Yordo Vivendi, Voilà surtout les vérités que Malebranche retient pour construire sa morale ; il est convaincu que, malgré l'infinité des lois naturelles, les règles capitales de l'Ordre et les rapports essentiels qui en dépendent sont, après tout, en petit nombre, comme tous les principes fondamentaux en quelque science que ce soit. Trois lois du mouvement suffisent aux cartésiens pour expliquer l'univers entier avec toutes les combinaisons de la mécanique, de la physique et de la chimie : l'esquisse que nous avons tous présente à l'esprit de la hiérarchie ordonnée des existences, le corps, l'esprit,

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la raison, la vie totale, la vie éternelle, Dieu enfin, pourrait bien suffire à nous donner Tensemble complet des règles de nos mœurs K

Autre chose sans doute est le principe objectif de la morale, autre chose la moralité de l'agent ou la vertu. Les deux se tiennent, mais ils sont distincts : le principal objet de la première partie du Traite de Morale est précisément d'insister sur la nature et les conditions de la vertu.

« La vertu, y lisons-nous, c'est Tamour habituel et dominant de Tordre immuable. » Un tel amour, ainsi caractérisé, implique et la force et la liberté de la volonté, victorieuse des passions désordonnées. Or, le métaphysicien, longtemps si suspect de sacrifier le libre arbitre, s'attache à le consolider et à lui réserver toute la grandeur de son rôle. Il s'y est attaché en métaphysique, il s'y est attaché en théologie, il s'y est attaché en psychologie, et il s'y attache encore en morale. Va-t-il jusqu'à tout ramener au seul respect de notre liberté, à notre autonomie? Ceux qui se sont contentés de si peu pour trouver en Descartes un précurseur de la morale kantienne seront peut-être tentés d'interpréter dans le même sens ce texte dé la Recherche (I, III). « L'usage que

1. (c n faut que je dise en passant que des personnes de piété retombent souvent dans les mêmes fautes parce qu'elles remplissent leur esprit d'un grand nombre de vérités qui ont plus d'éclat que de force et qui sont plus propres À dissiper et à partager l'esprit qu'à le fortifier contre les tentations; au lieu que des personnes grossières et peu éclairées sont fidèles à leur devoir parce qu'elles se sont rendu familière quelque grande et solide vérité qui les fortifie et qui les soutient en tonte rencontre. » {Rech, de la Vérité, 1. V.)

nous devons faire de notre liberté, c'est de nous en servir le plus que nous pouvons. » — Mais il faut considérer les paroles qui suivent : « ... C'est-à-dire de ne consentir à quoi que ce soit jusqu'à ce que nous soyons comme forcés par les reproches de notre raison... »

Et, en effet, ime morale fondée sur la métaphysique que nous connaissons, peut-elle exclure de la vertu la connaissance du bien réel? Si Malebranche n'est pas intellectualiste dans sa théorie des passions où il fait une si grande part au mécanisme, il l'est absolument dans sa théorie de la vertu. « On ne doit jamais, soutient-il, aimer un bien si l'on peut sans remords ne pas l'aimer. » C'est l'équivalent de la règle qu'on ne doit rien affirmer qui ne soit tellement évident qu'on n'ait aucune occasion de le mettre en doute. Le remords, en effet, qu'est-ce donc qui le provoque, sinon la vue claire d'une vérité méconnue et outragée? Malebranche s'approprie donc volontiers ces propositions de Descartes*, que les âmes fortes sont celles « qui font combattre leur volonté avec ses propres armes », c'est-à-dire « des jugements fermes et déterminés touchant la connaissance du bien et du mal ». La vraie justice, aux yeux du disciple, c'est une justice de lumière qui voit ce que l'Ordre exige et qui le veut parce qu'elle le voit. C'est pourquoi nous ne serons parfaitement justes que quand nous verrons sans obscurité la loi étemelle, sur laquelle nous réglerons exactement tous nos jugements et tous les mouvements

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