Pages 186, 187 de l'éd. Michel DaYid, Paris
de ses jeunes années. Si, dit-il, Dieu n'était que toutpuissant et semblable aux princes qui se glorifient plus de leur puissance que de leur nature, « Hobbes, Locke et quelques autres auraient découvert le vrai fondement de la morale ; l'autorité et la puissance donnant sans raison droit à faire tout ce qu'on veut quand on n'en a rien à craindre ».
Mais maintenant, qu'est-ce que cette raison universelle et souveraine que Dieu même consulte en lui et applique hors de lui? Eh bien, c'est TOrdre immuable et nécessaire, évident de lui-même et subsistant par luimême. L'obéissance à cet ordre, voilà le premier principe objectif de la morale.. Malebranche soutient qu'il ne s'impose pas moins à la raison que les principes de la géométrie *.
Car enfin y. a-t-il quelqu'un qui doute qu'il faille préférer son ami à son chien ou, comme nous le lisions tout à l'heure (car l'auteur semble se plaire à cette comparaison), la vie de son cocher à celle de son cheval 2? Peut-on douter de même que l'esprit vaille mieux que la matière qui ne pense pas? « La distinction de ces deux parties de nous-mêmes, prouvée par des ^ idées claires, est de toutes les vérités la plus féconde et la plus nécessaire pour la. philosophie et peut-être
1. C'est ce que dira Leibniz : « La justice suit certaines règles d'égalité et de proportions qui ne sont pas moins fondées dans la nature immuable des choses et dans les idées de l'entendement divin que les principes de l'arithmétique et de la géométrie. »
2. Malebranche ajouterait sans doute aujourd'hui : sa famille à son bétail, ses ouvriers à son usine, etc..
même pour la théologie et pour la morale chrétienne'*. » Peut-on douter que la vie éternelle vaille mieux que la vie temporelle? Or, la liste de ces propositions peut s'allonger: « 11 faut aimer le bien et fuir le mal; il faut aimer la justice plus que les richesses, il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes » , et une infinité de « lois naturelles, » est-il ajouté... « 11 y a encore plusieurs autres principes de morale, comme ceux-ci : qu'on ne pe«â gûùter de plaisir violent sans en devenir l'esclave, qu'il ne fiiiÉl rien entreprendre par passion, qu'il ne
faut point chercli«r d'établissement en cette vie Si
l'on médite sur ces principes avec ordre et avec autant de soin et d'application que la grandeur de ce sujet le mérite, et si l'on ne reçoit que les ccoadUisions tirées conséquemment de ces principes, on aura une mprale certaine*... »
Cette œuvre si importante, Malebranche nous l'a-t-il donnée? Il dit dans ce même passage : « J'ai tâché de démontrer par ordre le fondement de la morale dans un traité particulier; mais je souhaite pour moi comme pour les autres qu'on donne un ouvrage plus exact et plus achevé. »
Ce Traité de Morale qu'il juge ainsi avec modestie rappelle en effet assez brièvement les principes de son