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que ridée de l'étendue, avec ou sans épithète, a, comme on sait, dans tout le cartésianisme, une portée considérable. L'étendue et le mécanisme, c'est tout un : or, combien le mécanisme n'est-il pas envahissant chez le maître et chez le disciple! La métaphysique mise à part, c'est de lui que relèvent toutes les sciences, y compris ce que nous appelons aujourd'hui la physiologie, puis la plus grande partie de la psychologie, puis enfin l'esthétique même, telle que l'école l'entrevoit, car tout s'y réduit, en somme, à un certain ordre des mouvements dans l'étendue, et l'agrément qu'y ajoutent les sens pour constituer l'art, est sans valeur scientifique. Donc, au sein de ce mécanisme auquel n'échappe rien dans la nature, placez une âme que Dieu touche par le contact immatériel de son idée, voilà l'univers entier.
En vingt occasions différentes, Malebranche s'applique à distinguer l'immensité divine, l'étendue intelligible et enfin l'étendue matérielle et sensible.
« Quoi, Théotime, est-ce que vous confondez l'immensité divine avec l'étendue intelligible? Ne voyezvous pas qu'il y a entie les deux choses une différence infinie? L'immensité de Dieu c'est sa substance même répandue partout et partout tout entière, remplissant tous les lieux sans extension locale. Voilà ce que je prétends être tout à fait incompréhensible. Mais l'étendue intelligible n'est que la substance de Dieu en tant que représentative des corps et participable par eux avec les limitations ou les imperfections qui leur con-
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viennent et que représente cette même étendue intelligible, qui est leur idée ou leur archétype... Nul esprit fini ne peut comprendre l'immensité de Dieu; mais rien n'est plus clair que l'étendue intelligible. Rien n'est plus intelligible que les idées des corps, puisque c'est par elles que nous connaissons fort distinctement, non la nature de Dieu, mais la nature de la matière*. »
« Les idées des corps » ; inutile d'insister sur le sens qu'a ici cette expression. Il ne s'agit nullement des idées au sens vulgaire du mot ou des perceptions que nous avons des différents corps de la nature, tels qu'ils s'offrent à nos regards. Cette espèce d'étendue matérielle dont le monde est composé, n'a qu'une existence contingente, nous pouvons même ajouter incertaine aux yeux du philosophe, puisqu'il n'y a que la foi qui nous en assure^. Quand donc il est question des « idées », des corps comprenons bien qu'il s'agit des idées, telles que Platon et saint Augustin les ont caractérisées, et que ces idées se confondent avec l'étendue intelligible. Or, « l'étendue intelligible n'est pas une modification de l'âme, elle ne se trouve qu'en Dieu, parce que cette étendue est infinie et que notre esprit est fini, qu'elle est immense, nécessaire, étemelle, commune à toutes les intelligences, qualités assurément qui ne peuvent convenir aux modifications des créatures 3. »