Ihid
7i MALEBRANCHE.
possibles; ce sont ces possibilités qui constitaent les idées, et il a fallu, pour celles-là, qu'il y eût, comme nous l'avons dit, un passage voulu de l'essence à l'existence.
Gomment les créatures participent-elles à la réalité de ces idées divines ou, ce qui revient au même, à la nature divine? Pour le coup, voilà le mystère, Malebranche en convient : « Que si l'on me demande que j'explique clairement comment le Verbe divin renferme les corps d'une maniéré intelligible ou conmient il se peut faire que la substance divine soit représentée dans les créatures ou participable par les créatures, je répondrai que c'est une propriété de l'infini qui me parait incompréhensible, et j'en demeurerai là *. »
Cependant la raison humaine est-eUe obligée de s'en tenir à cette croyance que tout est en Dieu et qu'il n'est rien dans la nature qui ne soit représentation ou participation de ce qui est dans la divinité? Non, elle est en droit d'affirmer que cette participation, Dieu la connaît et la veut. « âriste. Je ne doute nullement, que Dieu ne connaisse et qu'il ne veuille. — Théodore. D'où vient que vous n'en doutez pas? Est-ce à cause que vous connaissez et que vous voulez vous-même? — Ariste. Non, Théodore, c'est que je sais que connaître et vouloir sont des perfections. — Théodore... Nous ne savons pas comment nous connaissons nous-mêmes et comment nous voulons... A plus forte raison nous ne nous expliquerons
1. Trois lettres touchant la défense de M. Arnaud, Lettre II, p. 24 de redit, de Rotterdam 1685.
pas la manière dont Dieu connaît et dont il veut. Néanmoins consultez la notion de TÊtre infiniment parfait. — Je vous dis hardiment que Dieu est à lui-même sa propre lumière, qu'il découvre dans sa substance les essences de tous les êtres et toutes leurs modalités possibles, et dans ses décrets, leur existence et toutes leurs modalités actuelles ^. »
Précisons, s'il se peut, davantage. En voulant ainsi que sa créature participe à quelque chose de ce qu'il est, Dieu communique-t-il sa substance? Malebranche a soin ici de distinguer. Non. « Dieu ne communique pas sa substance aux créatures ; il ne leur communique que ses perfections, non telles qu'elles sont dans sa substance, mais en tant que sa substance les représente et que la limitation des créatures le peut porter 2. » « Entant que », voilà une expression que notre métaphysicien ne se lasse pas de répéter : elle est comme le fondement de cette théorie où il est également préoccupé de sauvegarder tout à la fois l'union et la distinction de Dieu et de la nature. Mais voici une occasion de pénétrer avec lui plus avant dans ces problèmes : elle nous est fournie par l'une de ses théories les plus discutées dans les controverses du dix-septième siècle, je veux dire la théorie de l'étendue intelligible.
Ce qui augmente pour nous l'importance de la question n'est pas seulement qu'on a cru trouver dans la solution de Malebranche im spinozisme déguisé : c'est