‹ MalebrancheChapitre 58 sur 132 · Voyez Entr, méL, IV · texte numérisé non relu

Voyez Entr, méL, IV

Il le croit d'autant plus que mille expériences établissent comment nous pouvons entendre des sons qui ne sont pas émis, voir des couleurs et des formes là où cependant il n'y a rien, souflErir même d'un membre qui n'existe plus. La révélation naturelle de nos sens est faillible. Tel croit avoir quatre pattes qui n'a que deux jambes : tel sent de la douleur dans un bras qu'on lui a coupé il y a longtemps. Bref, les sensations sont des modifications de notre âme, et des modifications qui, ne supposant pas toujours d'objet extérieur correspondant, peuvent très bien n'en supposer jamais. Ce ne sont pas les objets qui sont visibles et qui sont vus : car Dieu peut les anéantir et cependant nous les faire voir en excitant en nous les mêmes mouvements cérébraux. L'accumulation répétée de ces faits, voilà le grand argument de Malebranche. Il le pousse même très loin à l'aide d'un exemple qui ne laisse pas que d'être assez curieux.

Pour ce qui est des qualités dites secondes ou secondaires, il n'y a plus guère aujourd'hui de discussion sérieuse : tout le monde, je crois, les tient pour subjectives. Il n'en est pas de même pour la résistance, qui atteste, dit-on, le conflit évident de deux forces. Malebranche connaît ou tout au moins prévoit l'argument; et, loin de s'en inquiéter, il y trouve un motif de plus de s'enfoncer dans son doute. La vraie résistance, la résistance invincible, indubitable, lumineuse, certes elle existe, c'est celle que la vérité intelligible oppose aux esprits. Essayez donc seulement de concevoir que

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deux et deux font cinq et qn*il y a dans nn même cercle deux diamètres inégaux... avec toutes les propositions qui en dépendent! Tous Terrez clairement et distinctement que tous ne le pouTez pas, et tous en conclurez nécessairement Texistence d*une TériléTictorieuse de tos Tains efforts. Mais la résistance de la matière supposée n*est pas plus à Tabri des illusions, que les autres qualités sensibles. Elle est donc aussi faillible et là aussi le sens est « un faux témoin » que nous sonmies obligés de récuser. Écoutez cette histoire. « n n y a pas longtemps qu^il y aTait unhonmie, fort sage d'ailleurs, qui croyait toujours aToir de Teau jusqu'au milieu du corps et qui apprébendait sans cesse qu'elle ne s'augmentât et ne le noyât. Il la sentait, comme vous Totre terre; il la trouTait froide, et il se promenait tonjours fort lentement, parce que l'eau, disait-il, Fempêchait d'aller plus Tite. Quand on lui parlait néanmoins, et qu'il écoutait attentiTement, on le détrompait. Mais il retombait aussitôt dans son erreur. Quand un honmie se croit transformé en coq, en lièvre, en loup ou en bœuf, comme Nabuchodonosor, il sent en lui, au lieu de ses jambes, les pieds du coq; au lieu de ses bras, les jarrets d'on bœuf; et, au lieu de ses cheveux, une crête ou des cornes. Comment ne voyez-vous pas que la résistance de notre plancher n'est qu'un sentiment qui frappe l'âme, et qu'absolument parlant, nous pouvons avoir tous nos sentiments indépendamment des objets ^? »

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