Trois lettres àArnauld, p
MAtEBRANCHB. 9
130 MALEBRANGHE.
avec extension locale, voilà ce qui ne se démontre pas et ne peut pas se démontrer; on peut même sous-entendre : voilà ce qui ne se comprend pas ^ L'existence des corps est arbitraire. S'il y en a, c'est que Dieu a « bien voulu », a toléré qu'il y en eût; et sa raison, si on peut aller en chercher et en découvrir une, c'est qu'il a entendu nous donner dans notre corps à nous, une victime à sacrifier pour satisfaire à sa justice et mériter son pardon.
D'autre part, la révélation et les grands faits de l'histoire religieuse, tels qu'une autorité infaillible nous les donne, l'Incarnation, la Passion, l'Ascension, la Prédication des apôtres et son heureux succès, l'établissement de l'Église, semblent bien nous commander la croyance qu'il y a quelque chose d'interposé entre Dieu et nous. Assurément! Mais enfin Dieu n'a-t-il pu donner à toutes ces choses une réalité suffisante en en produisant en nous les images? Le fait que ces images dépendraient directement, exclusivement de la volonté divine et de son action, sans intermédiaire grossier, en diminuerait-il la valeur? — Il est difficile de se défendre du soupçon que telle était bien la solution à laquelle inclinait le grand « Visionnaire » comme il n'était point trop fâché qu'on l'appelât; car la révélation une fois écartée ou l'interprétation que nous venons d'indiquer ime fois passée sous silence, rien absolument, au point de vue philosophique et naturel, ne lui semble pouvoir établir l'existence des corps.