Entret met,, IX
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nifeste la véritable pensée du philosophe), qu'en se faisant homme il s'unit en même temps aux deux substances, esprit et corps, dont FUnivers est composé et que par cette union il sanctifie toute la nature. C'est pour cela que je ne crois point que le péché ait été la seule cause de Fincarnation du Fils de Dieu. »
Est-ce à dire que le noble esprit qui a tracé si hardiment cette explication des desseins de Dieu n'ait pas vu le rôle de l'Incarnation dans la réparation du péché originel? Il s'en faut. Mais après avoir distingué ce qui doit l'être, son effort le plus vigoureux tend à unir ce que tant d'autres s'ingénient à séparer. Pour lui tout ce qui constitue la vie du monde, avant et après la chute, indépendamment d'elle et en conséquence d'elle, lois de l'humanité intacte, lois de l'humanité altérée, lois de l'humanité renouvelée, nature et grâce, tout, en un mot, a été prévu de toute éternité et fait partie d'un plan unique, simple et infini. Ce plan nous est révélé parla métaphysique, et c'est elle qui nous permet ainsi de comprendre comment le péché l'a altéré. C'est ime corruption, disons-nous, que l'esprit soit maintenant assujetti, comme il l'est, à la matière, et c'est là la conséquence de la chute. Mais comment saurions-nous que c'est là en effet un désordre, si nous n'avions une idée claire de l'ordre et de sa nécessité? Par la connaissance réfléchie de cet ordre étemel qui met l'esprit au-dessus du corps, nous comprenons que notre état actuel n'est pas le résultat d'un bon plaisir arbitraire qui lui enlèverait sa signification si profonde. Nous comprenons que
le péché a rompu un ordre que la Raison éternelle avait consulté dans sa sagesse, que la création première avait établi dans Tunivers et que la Providence nous offre encore le moyen de restaurer.
Il y a une première Providence que Malebranche a qualifiée tantôt de Providence générale, tantôt de Providence ordinaire, et qui n'est que la création continuée : c'est elle qui, par les lois de la communication des mouvements, par exemple, a assuré une fois pour toutes la conservation de l'univers physique et de ses innombrables merveilles. Il y a ensuite ime Providence qui est particulière, en tant que chacim de nous en reçoit les effets et que Dieu, à qui rien n'échappe, veut d'ime volonté positive le détail de tout ce qui arrive. Souvent encore ces deux aspects de la Providence sont désignés par deux noms qui sont aujourd'hui de nature à piquer et à réveiller notre attention : l'ordre général ou les lois proprement dites et les « décrets ».
Ainsi la règle essentielle de la volonté de Dieu est l'ordre immuable de la justice, ou la loi éternelle *. Ce qui devra ensuite récompenser tel homme juste et punir tel homme injuste sera voulu et arrêté par des décrets,
1. Voyez Traité de la Nature et de la Grdc6, notamment 1~ Discours,
mais tous conformes à TOrdre précédent. L'idée de décret, en elle-même, emporte, Malebranche Tavoue, une certaine idée d'arbitraire : et, en effet , Dieu peut se dispenser quelquefois de ses décrets , en ce sens qu'il soustraira tel ou tel homme à tels effets inévitables autrement des lois physiques. Mais il ne fera jamais cette apparente dérogation, « que l'Ordre ne la lui demande »; et ainsi tout finalement rentre dans la règle.
Tout y rentre également par la nature des voies qui sont suivies. « Un décret est ime volonté executive d'im dessein arrêté, qui suppose en Dieu la connaissance et le choix des manières d'agir les plus dignes de lui ; car il y a des manières d'agir simples, fécondes, générales, uniformes et constantes, et il y en a de composées, de stériles, de particulières, de déréglées et d'inconstantes. Les premières sont préférables aux secondes; car elles marquent sagesse, bonté, constance, immutabilité dans celui qui les emploie ; les autres marquent défaut d'intelligence, malignité, inconstance, légèreté d'esprit*. »
Ce rattachement des décrets particuliers à l'ordre éternel et cette simplification des voies étaient nécessaires pour sauver l'immutabilité divine. Et ainsi, quoique Dieu soit la cause ou le principe de ses volontés ou de ses décrets, il n'a jamais produit en lui aucun changement, car ses décrets, quoique parfaitement libres, sont eux-mêmes éternels et immuables. Dieu les a faits, ces décrets, ou plutôt il les forme sans cesse sur
U Traité de la Nature et de la Grâce, 3« éclaircissement.
sa sagesse étemelle, qui est la règle inviolable de ses volontés. Et quoique les effets de ces décrets soient infinis et produisent mille et mille changements dans rUnivers, ces décrets sont toujours les mêmes*. »
Ils sont les mêmes, et, en vertu de l'unité du plan divin, ils s'étendent absolument à tout. Dans le monde proprement dit, les rapports de l'âme et du corps, les rapports des âmes entre elles et avec Dieu, les rapports des bêtes et des hommes, tout enfin a été parfaitement réglé par la Providence, et la science réussit bien des fois à retrouver ces combinaisons aussi ingénieuses dans leur infinie délicatesse que sublimes dans Tharmonie puissante de leur ensemble. Mais ce n'est pas tout : « ce qu'il y a peut-être de plus admirable dans la Providence, c'est le rapport qu'elle met sans cesse entre le naturel et le surnaturel, entre ce qui se passe dans le monde et ce qui arrive à l'Église de Dieu^ ».
Mais quel est ce rapport? Un rapport de concordance et d'harmonie, nul croyant ne peut en douter, car nul ne contestera qu'une même sagesse ayant établi ces deux ordres, l'un et l'autre doivent porter également les marques de cette sagesse. Mais ici nous rencontrons une affirmation plus personnelle et qui a soulevé bien des discussions. Dans l'ordre de la grâce comme dans celui de la nature, cette sagesse nous est donnée comme procédant de la même manière, c'est-à-dire par les lois les plus simples et les plus générales. Car « l'ordre de la