Cf. Recherche de la Vérité, Ut. IV, ch. m
3. Il faisait partie, avec les PP. Petau et Labbé. de ce groupe de savants Jésuites, qui travailla aussi avec tant de succès à la critique religieuse jusqu'à ce que les craintes trop éloquentes de Bossuet interrompissent brusquement ces beaux efforts.
Denis : Veritati nemo prescribere potesty non spatium temporum, non patrocinia personaritm, non primlegium regiomim.
Le dénicheur de saints fut aussi un théologien philosophe, et il est impossible de jeter un coup d'œil sur quelques-unes des théories qu'il soutint sans penser encore à Malebranche. Non pas qu'il ait formulé les mêmes opinions, mais il a abordé quelquefois les mêmes problèmes et s'est heurté aux mêmes difficultés. En 1636, il faisait paraître un ouvrage où il défendait comme probable l'opinion de Durand de Saint-Pourçaîn prétendant que Dieu ne concourt pas immédiatement aux mauvaises actions des créatures libres. Il n'est pas douteux que Malebranche dut examiner de près cette idée et qu'il y trouva — comme il arrive si souvent — une occasion de s'enfoncer davantage dans l'idée contraire, avec sa thèse de Dieu unique acteur, s'astreignant à exécuter en ce monde les désirs mêmes de ceux qui Foflfensent. Launoy fut encore un théologien très engagé, on est tenté de dire, si le mot n'est pas trop vulgaire, empêtré dans les controverses sur la grâce : car Bossuet a dit de lui qu'il avait trouvé le moyen d'être à la fois semipélagien et janséniste. Je dirai encore ici : comment ne pas se rappeler qu'Arnauld, peu justement d'ailleurs, accusa l'auteur du Traité de la Nature de la Grâce d'être en même temps pélagien et calviniste? Nous sommes bien dans le même milieu, confus et passionné.
Nous y sommes encore plus avec Richard Simon,
puisque c'était un oratorien et que son illustre confrère apprit de lui, assez péniblement, l'hébreu et le syriaque. Le P. de Valroger * dit de Richard Simon : « Son caractère opiniâtre et querelleur contribua encore plus que ses doctrines critiques aux agitations de sa carrière : les protestants et les jansénistes fort maltraités par lui s'unirent à Bossuet pour le combattre chacun à leur point de vue. » Cette opiniâtreté dans ses opinions n'était pas pour effrayer son élève : ils eurent entre eux des rapports suivis et ^ectueux. Le plus récent historien de l'exégète ^ nous dit comment celui-ci fut un instant tenté de quitter l'Oratoire pour entrer chez les Jésuites, et comment il y renonça. Il ajoute : « Là du moins (à l'Oratoire) il avait quelques confrères dévoués, entre autres le P. Malebranche, hébraïsant médiocre, mais ami tendre et sûr, pour qui Richard Simon garda toujours une affection véritable et qu'il défendit plus tard à son tour avec la plus chaleureuse vivacité. »
Quand on compare aujourd'hui certaines parties des polémiques de Malebranche à ce qui a le mieux survécu de la méthode de Richard Simon, plus d'un rapprochement intéressant s'impose à l'esprit. Pas plus l'un que l'autre ils ne reculaient devant les responsabilités de la recherche personnelle et ne s'effrayaient des contradictions. Sûrs de leur foi et de leur conscience, ils affrontaient vaillamment la lutte, et ils n'étaient pas sans
1. Introduction critique aux livres du Nouveau Testament. 2 roi. in-8*, Paris, Lecoffre, 1861 , 1, 20.