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CHAPITRE IV

Entre Tidée pure et le mécanisme, objets visibles de ses prédilections, Malebranche ne devait donner aux faits proprement psychologiques qu'une place assez res» treinte et assez mal délimitée. L'âme humaine est en union avec Dieu, elle le sait, mais elle ignore la nature exacte et le détail de l'action qu'elle reçoit de lui. Elle est en commerce et en alliance avec le corps; mais ce qu'elle en sait de meilleur et de plus sûr, c'est l'idée de l'étendue intelligible qui le lui fournit. Quant au reste, ce sont ses sentiments à elle qui lui en donnent des apparences... d'autant moins solides que l'ignorance où elle est du fond de sa propre nature répand sur l'essence de ces sentiments mêmes une ombre difficile à dissiper. Telles sont les données, peu variées, ce semble, sur lesquelles il nous faut nous résigner à le voir opérer ici.

La psychologie à la vérité confinera toujours à ces deux études qui ont absorbé la meilleure part de son attention ; et c'est surtout à ces deux lumières extérieures

qu'il a demandé de quoi Féclairer. Aussi cette partie de son œuvre a-t-elle été goûtée tour à tour par les métaphysiciens du dix-septième siècle pour qui Dieu devait avoir en tout et partout la première place, puis par les psycho-physiologistes de nos jours pour qui Tètre humain ne peut être connu scientifiquement que dans son corps et par son corps. Les psychologues de Tétude intérieure ou de la conscience sont ceux qui devaient formuler le plus de réserves ou de regrets.

Au milieu de toutes les actions que Dieu nous imprime, ou directement par ses idées, ou indirectement par les états qu'il produit en nous à l'occasion des mouvements des corps, Halebranche, avec le seul fait du consentement donné ou refusé, crée à notre liberté morale, nous l'avons vu, un rôle aussi important, aussi noble, on peut même dire aussi redoutable qu'aucun autre système philosophique. C'est certainement aussi dans cette immanence qu'il s'applique à refouler, en quelque sorte, toute l'activité intelligente et passionnée de notre être spirituel. Mais l'explication de cette activité proprement psychique a-t-elle chez lui autant de netteté que la proclamation de notre responsabilité nous a paru déjà lui inspirer d'éloquence fière et pathétique? c'est ce que nous avons présentement à examiner.

Dans la majeure partie de ses ouvrages, le mot de faculté est proscrit aussi sévèrement que ceux de qualités occultes, de formes et de vertus, nous l'avons constaté souvent. Toutefois, quand il s'agit d'expliquer le développement de nos connaissances, les mouve-

mentsde nos passions, la formation de notre volonté, ce même mot revient un certain nombre de fois. Est-ce seulement pour la commodité du langage et par conformité à la manière commune de parler ? C'est peut-être aussi par une sorte de respect pour ce que loyalement il reconnaît subsister de mystérieux dans la nature de notre âme. Mais ce mystère, d'autre part, il s'efforce constamment de le diminuer. De même qu'il ne repousse pas le miracle, mais le réduit le plus qu'il peut, et qu'il accepte la croyance à l'existence réelle des corps, mais s'arrange de manière à s'en passer, ainsi il va nous dire, avec l'accent de la sincérité, que nul ne peut son^ der dans notre âme une richesse de dons que l'immortalité seule nous révélera; mais ceci concédé, il en reviendra vite à ce que nous coimaissons actuellement d'une façon plus sûre à ses yeux, et il essaiera d'en tirer toutes les explications auxquelles il tient.

Une faculté de l'âme — si ce n'est pas un simple mot — qu'est-ce vraiment, sinon une disposition constante, une force réelle, susceptible de conservation et d'accroissement, bref une habitude? Malebranche voit admirablement le problème, il ne l'élude pas; il ne lui donne pas une solution résolument négative, mais il se garde bien davantage d'une solution affirmative. Son embarras théorique et finalement ses préférences pratiques se font jour dans une page assez curieuse des Éclaircissements à la Recherche de la Vérité K

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