MAL GA IGNE
je veux qu’aucun inslituteur ne puisse devenir entre les mains d’un parti ou d’un autre un foyer de propagande contre nos institutions; c’est pourquoi je veux que l’enseignement libre soit soumis à la surveillance indispensable de l’Etat. »
11 promet de soutenir les intérêts du commerce, de s’entendre avec ses représentants pour proposer les réformes utiles.
Il demeurait alors rue de l’Arbre-Sec n° 22, dans un quartier où le commerce dominait.
Il avait pour concurrents : Bertrand, négociant, président du tribunal de Commerce, Horace Say, négociant et économiste, Flandin, avocat. Après un scrutin de ballottage, Malgaigne fut élu député du IV® arrondissement de Paris le 1®‘' juillet 1847 par 499 voix sur 810 votants.
La carrière de Malgaigne à la Chambre fut extrêmement courte; elle ne répondit pas à ce que ses amis attendaient de son mérite.
Il se consacra cependant sérieusement à l’accom- {)lissement de sa tâche ; il se livra, en vue de la réforme commerciale désirée par ses électeurs, à des études dont nous avons retrouvé les traces. Il entra dans plusieurs commissions dont l’objet se rapprochait davantage de ses connaissances particulières, notamment celles qui concernaient les questions de médecine, d’hygiène générale et d’instruction publique.
Il appartenait au centre gauclie, il représentait
MALGAIGxNE
l’opposition dynastique, qui était désireuse de certaines réformes, hostile au ministère Guizot, mais qui demeurait fidèle à la monarchie de 1830. C’était un bourgeois libéral. A raison de son humeur particulière et de l’indépendance de son esprit, Malgaigne ne se croyait pas tenu de rester attaché, en toutes circonstances, aux hommes de son parti et de suivre les chefs qu’il s’était donnés, quand même ils lui paraissaient s’engager dans une politique mauvaise. Il voulait garder sa personnalité propre et son entière liberté d’action. On trouvera peut-être que ces sentiments, naturels chez un savant, sont moins explicables chez un homme politique, qui doit être forcément conduit à faire des concessions sur ses idées et certains sacrifices sur ses vues personnelles, pour le succès d’une cause commune et pour le bien public.
Quoi qu’il en soit, à la session de 1848, Malgaigne résolut de prendre part à la discussion de l’Adresse et d’y traiter une question qui divisait tous les esprits ; celle de notre politique à l'égard de la Suisse. Les deux camps de la Chambre étaient entièrement divisés sur cette matière alors brûlante, et la conduite de Guizot, ministre des Affaires étrangères, avait été dans le pays et dans la Presse, l’objet d’attaques et de défenses également passionnées.
Le traité de Vienne avait établi en Suisse vingtdeux cantons, avec un gouvernement autonome, sous le contrôle d’un Conseil fédéral.
Dans sept cantons, en majorité catholiques, le pouvoir appartenait à l’aristocratie, à la haute bourgeoisie, au clergé. Dans les autres l’opinion libérale ou radicale dominait. Ces deux partis étaient en lutte depuis 1830; le parti libéral composé de la masse de la nation demandait la révision de la Constitution et la cessation de ces rivalités perpétuelles.
La question religieuse divisait également la Suisse, dont certains cantons étaient demeurés catholiques et d’autres devenus protestants. Dans le canton du Valais, après une guerre civile, le parti catholique avait décrété que la Religion catholique aurait seule un culte ; d’autre part le canton d’Argovie avait ordonné l’abolition des couvents, la confiscation de leurs biens. Le grand Conseil de Lucerne confia aux Jésuites l’instruction publique. Cette mesure parut un défi; des troubles sanglants se produisirent, une agitation profonde se répandit dans toute la Suisse et des luttes armées s’engagèrent. Ochsenbein, le chef des libéraux envahit avec 8 000 hommes le territoire de Lucerne, il fut battu par ses adversaires.
Le 11 décembre 1845, les sept cantons catholiques de Lucerne, Uri, Schwitz, üntervalden, Zug, Fribourg et le Valais s’unirent et formèrent unè alliance particulière, une ligue séparative ou Sonder bund. Ils s’engageaient à repousser par les armes toutes les attaques contre les territoires de leurs cantons et contre leurs droits de souveraineté ; la
Diète fédérale était réduite à régler seulement les affaires communes de la Confédération.
Le parti libéral reconnaissait à la Diète des pouvoirs plus étendus, notamment le droit de veiller à la sécurité de la Suisse, troublée par les luttes religieuses et par les manœuvres des Jésuites.
Guizot, bien qu’il fût protestant, bien qu’il eût été élevé à Genève, Louis-Philippe, quoiqu’il fût libéral dans ses opinions religieuses et qu’il eut, aux jours de son exil, reçu l’hospitalité bienveillante de la Suisse, engagèrent la France dans une politique de réaction hostile à cet Etat et contraire aux traditions nationales de la France.
Guizot persuada au Roi, que le rétablissement de l’ordre troublé en Suisse, ne pouvait s’effectuer que par Faction des puissances étrangères.
Il se concerta avec Metternich, qui voulait une intervention armée, l’agitation suisse lui paraissant liée aux mouvements italiens.
La France, dirigée par Guizot, s’en tenait en apparence à une médiation officieuse en faveur du Sonderbund, qu’elle soutenait d’ailleurs secrètement en lui faisant passer de l’argent et des armes.
Le ministre français essaya d’amener à une entente et à une action commune l’Angleterre qui se montra peu disposée à soutenir les Jésuites.
Guizot considéra que le Sonderbund avait une force de résistance suffisante pour triompher de ses adversaires, et il s’en rapporta trop aveuglément aux
vues de son ambassadeur, double erreur qu’il a reconnue lui-même dans ses Mémoires (t. VIII, p. 417).
En mai 1847, les libéraux acquirent la majorité dans les cantons et leur chef à Berne, Ochsenbein devint, de plein droit, chef du pouvoir exécutif de la Confédération. Le 4 novembre 1847, la Diète vota l’exécution fédérale contre les cantons du Sonderbund. Elle confia au général Dufour le commandement d’une armée de 50 000 hommes; le 10 novembre Fribourg se soumit ; le 24 novembre Lucerne à son tour succomba, le Sonderbund était frappé de mort et il disparut.
Guizot n’avait pas osé agir par la force, de concert avec l’Autriche, et porter ainsi atteinte à l’indépendance nationale de la Suisse.
Cette conduite du ministre français'avait abouti à des résultats fâcheux, qui avaient failli compromettre nos bonnes relations avec un peuple ami et troubler la paix générale sans aucun intérêt légitime pour la France et au mépris des règles du droit international. C’était là un échec grave pour le ministère et pour le gouvernement français. L’attaque parlementaire devait être portée en France sur la question suisse. Ce fut en vain que l’Autriche, la Prusse et la France, en janvier 1848, firent remettre à la Diète une note menaçante, proposant une médiation commune, il n’en fut pas tenu compte et la Révolution de février mit fin tragiquement à une politique aussi vaine que maladroite.
M.vlgaigxe.
M^LGAIGNE
Dans le discours du trône de 1847, Louis-Philippe parlait de la guerre civile de Suisse, de la médiation bienveillante proposée ; il exprimait le vœu que la Suisse respectât les droits de tous et maintînt les bases de la Confédération garanties par l’Europe dans les traités.
Dans la session du 11 février 1848, la chambre des Députés délibéra sur le paragraphe 6 du projet d’adresse au Roi, relative aux affaires de la Suisse.
Malgaigne proposa cette addition au paragraphe : « Nous nous félicitons que la Suisse ait pu, seule et par ses propres forces, sortir de cette crise menaçante, et nous désirons surtout que dans la médiation offerte, elle voie un témoignage de l’amitié de la France et non l’intention d’intervenir dans ses affaires intérieures. A chaque peuple appartient le droit de régler et de réformer ses institutions. »
La cause que soutenait Malgaigne était conforme à la vérité, au bon sens, à la justice. Il débutait comme il suit :
« Une nation qui touche à nos frontières, une nation à laquelle nous attachent de vieilles sympathies et de vieux intérêts encore persistants est, depuis quatre mois, dénoncée en quelque sorte à P Europe par noire gouvernement^ et mise au ban de l’Europe. Elle s’est vue injurier dans ses chefs, méprisée dans son gouvernement, froissée dans sa dignité nationale, attaquée dans son indépendance. Quel crime avaitelle donc commis? Je ne viens pas justifier tout ce
qui s’est fait, tout ce qui a pu se faire en Sujsse, dans cette dernière année, dans cette dernière campagne, mais d’autres scènes plus ù'istes encore ont effrayé l'Europe (allusion à l’état de l’Italie) et notre gouvernement n’avait pas encore trouvé jusque-là de telles expressions de réprobation. Serait-ce, comme on l’a fait entendre hier, que la Suisse est un pays libre, et que nous avons d’autres paroles pour les pays libres que pour les gouvernements absolus?
« Je ne le crois pas, nous avons eu, il y a quelques années, d’autres discussions avec un gouvernement aussi libre, aussi républicain que la Suisse et le langage de la France, j’en ai le regret, n’était pas aussi orgueilleux et aussi fier. En considérant ce qui a pu attirer à la Suisse un tel langage, je dois le dire, j’ai trouvé que, sinon son plus grand crime, du moins son plus grand malheur, est qu’elle ne compte que deux millions d’hommes. Eh bien ! Messieurs, j’avais besoin de protester, en commençant, contre ce langage allier et insultant tenu à une nation faible. Je crois que les choses politiques comme toutes les choses humaines, devraient être réglées d’après deux grands principes, l’équité et l’utilité. »
L’orateur entra alors dans de longs développements sur les traités de 1815, sur l’organisation de la Confédération suisse, sur les luttes des partis, sur l’action des puissances étrangères et en particulier de la France.
Ces considérations, qui auraient été mieux à leur place dans le cours d’un professeur de Faculté et qui furent développées à la façon d’une argumentation de l’Ecole, ne touchèrent pas les auditeurs et ne s’imposèrent pas à leur attention. L’éloquence politique est absolument différente de celles du barreau et des Universités. M. Louis Passy, dans sa notice sur Wolowski, a dit avec raison ; « Autre chose est d’être un savant convaincu, un avocat distingué et un orateur politique, hes hommes supérieurs par Vintelligence sont très souvent tenus en défiance par les assemblées. Il faut plaire ou déplaire. Il faut servir les passions et les intérêts de ceux qui vous écoutent, ne pas se figurer quon occupe la tribune pour instruire., quand on la tient pour combattre. Ce n’est pas ordinairement le genre oratoire des professeurs qui plaît parce qu’ils s’étendent pour mieux s’expliquer. » Nous avons vu de la sorte tel qui brillait ailleurs au premier rang par la parole s’éclipser à la tribune du Palais-Bourbon ou du Sénat ; de grands avocats comme Chaixd’Est-Ange, Bethmont, Senard, Allou et bien d’autres n’ont pas tenu dans nos assemblées la place éminente qu’ils avaient gagnée au barreau. Il en fut de même de Malgaigne. Il aurait sans doute pris sa revanche, si la Révolution de 1848 n’était pas survenue et n’avait pas brisé sa carrière politique. Le début malheureux d’un orateur n’est pas toujours l’indice d’une vocation mal comprise. On peut appeler du jugement rendu sur une première cause per-
(lue; l’exemple le plus frappantes! celui de Disraeli qui, après avoir subi un échec plus complet encore, devint avec le temps le maître du Parlement et le plus grand orateur de l’Angleterre de son temps.
Cependant, la lecture du discours de M. Malgaigne ne nous permet pas de nous rendre compte de son insuccès. Sa péroraison nous semble pouvoir même être reproduite ici et louée.
« Voyez ce que fait notre gouvernement lorsque la Sainte-Alliance laissa la France mutilée, isolée, saignant par toutes ses blessures ; elle craignit encore une convulsion pareille à celle des Cent-Jours et voulut prendre ses précautions. Elle installa au cœur de la France un gouvernement sorti de ses rangs et son représentant trop fidèle. Ce n’était pas assez ; elle parqua lo 000 hommes dans nos cités frontières, afin de comprimer le moindre mouvement intérieur. Ce n’était pas assez, elle prit le soin d’entourer partout la France d’une frontière partout menaçante. Au nord, la Belgique, la Hollande, les provinces Rhénanes, prussiennes; ailleurs, la Suisse autrichienne, l’Italie autrichienne, le Piémont et l’Espagne, Royautés absolues ; voilà comment la France était cernée !
« Etait-ce assez? On parlait l’autre jour des traités de 1815 et de la nécessité de les observer. Faut-il rappeler qu’en vertu de ces traités et en arrière, d’une frontière ennemie, il y avait encore une alliance permanente et que les quatre grandes puissances s’é-
taient entendues, s’étaient concertées, s’étaient liées, afin que, si l’esprit de Révolution venait jamais à se réveiller en France, soit sous une forme, soit sous une autre, l’Europe entière fut prête à l’écraser.
« Qu’est-ce que nous avons fait en 1830 ? Nous nous sommes débarrassés d’abord de ce gouvernement qui nous comprimait et, au cœur de l’Etat, il .n’y a plus eu de partisan de la Sainte-Alliance.
« Ensuite, et c’est la gloire de la France, et si je ne me trompe, ce sera une grande gloire de ce règne, nous n’avons pas voulu agir désormais sur l’Europe par la force des armes, mais par la force des idées ; nous avons entrepris une deuxième fois la conquête de l’Europe, mais d’une manière pacifique, par les idées. Et qu’est-ce qui est arrivé? Nous avons dégagé d’abord les frontières du nord. A la place d’une Belgique hollandaise, nous avons fait une Belgique belge. Puis à l’est, à la place d’une Suisse autrichienne, nous avons fait une Suisse française. Le Piémont absolu s’est ouvert aux idées françaises. L’Espagne a rejeté son gouvernement absolu ; les idées françaises font maintenant invasion en Italie, et ce que Napoléon n’avait pas fait dans toute sa gloire, elles le font à présent. Elles ont pris d’assaut le Vatican et se sont installées jusque sur le trône de Saint-Pierre. A présent que nous avons partout remplacé le cordon de la Sainte-Alliance par un cordon qui se développe suivant les idées françaises, que va faire notre gouvernement en Suisse ? 11 va
interrompre notre conquête, il va, au lieu d’une Suisse française, refaire une Suisse autrichienne. »
Le débat devait prendre une ampleur plus grande, le 2 février 1848, à la Chambre des députés. Thiers, parlant dans le même sens que Malgaigne, y prononça un de ses plus célèbres discours, qui rejeta dans l’oubli tous ceux qui avaient été entendus auparavant.
« Le sang, disait-il, a coulé à Palerme, à Milan ; je ne m’imagine pas que vous ayez convoqué le concours de l’Europe pour faire cesser cette effusion. Pourquoi se mêler des affaires suisses? Pourquoi ne pas rester fidèle à cette maxime tant de fois invoquée contre nous « Chacun chez soi^ chacun 'pour soi » ? Cette tutelle sur les institutions d’un pays voisin, est un acte exorbitant ; en 1815, les puissances ont pu se mêler de l’État territorial de la Suisse et point du pacto fédéral arrêté par la grande majorité des cantons. » Thiers ne s’effrayait pas du reproche qui lui était fait de soutenir le parti libéral et les idées de la Révolution et il prononçait ces paroles devenues historiques : « Entendez bien mon sentiment \ je suis du parti de la Révolution tant en France qu'en Europe^ je souhaite que le gouvernement de la Révolution reste dans les mains des hommes modérés, je ferai tout ce que je pourrai pour qu’il continue à y être ; mais, quand ce gouvernement passera entre les mains d’hommes qui sont moins modérés que moi et mes amis, dans les mains d’hommes ardents, fussnet des
radicaux, je m’abandonnerai pas ma cause par ce motif, je serai toujours du parti de la Révolution. » Thiers finissait en défiant le ministre d’oser demander à la Chambre un homme ou un écu pour envoyer une armée en Suisse ; quant à la médiation, en vain le ministère l’offrait-elle, la Suisse lui répon-
dait : « je n’en veux pas ».
On sait que, contrairement aux prévisions de ses adversaires, la Suisse a trouvé dans la réorganisation du pacte fédéral, une ère de prospérité nouvelle. Une Constitution démocratique, adoptée le 12 septembre 1848, modifiée en 1874, régit encore ce pays. Thiers et Malgaigne avaient donc raison dans la politique qu’ils conseillaient à la France. Guizot et Metternich s’étaient trompés une fois de plus.
La Presse parisienne ne ménagea pas à Malgaigne ses attaques ; il avait des ennemis dans le journalisme. L’un d’eux ne craignit pas d’écrire :
« Quant à la valeur intrinsèque du discours et de l’amendement de M. Malgaigne, nous n’avons pu en saisir que quelques phrases errantes dans le tohubohu des conversations. »
Ces coups de stylet n’ont pas cessé d'être en usage dans certains comptes rendus des débats parlementaires.
Ün journaliste de la presse médicale se montrait moins injuste ; après avoir reconnu qu’à la lecture le discours de Malgaigne ne péchait réellement que par sa longueur exagérée, il ajoutait :
malgai GNE
« iM. Malgaigne ne possède ni l’intonation, ni la diction, ni la mimique de l’orateur. Sa voix d’un timbre sec et métallique aurait besoin d’être assouplie, et, comme le disent les musiciens, d’être émise con sordine. Ses formes sont abruptes, sa phrase tranchante, ses propositions absolues, ses déductions impérieuses. 11 ne cherche pas à persuader, il veut convaincre tout d’abord. 11 impose d’autorité son opinion, sans se préoccuper de la résistance des esprits, des convictions contraires. C’est le despotisme de la facilité d’élocution, ce n’en est pas le charme ».
11 nous semble que les défauts de Malgaigne ont été grossis, mais le jugement qui précède renferme quelques appréciations qui sont fondées. L’éloquence réelle de Malgaigne ne convenait pas à une assemblée politique, elle devait briller uniquement dans les Académies et dans les Facultés, et là, elle ne fit que s’accroître avec le temps. 11 acquit toutes les qualités maîtresses de l’art de parler, et, par suite de l’âge et de l’expérience, il se dépouilla de quelques-uns de scs défauts. Ceux qu’il conserva, dans son organe et dans sa diction, ajoutèrent à sa force oratoire et lui marquèrent une place originale et un rang particulier dans le cercle des gens instruits et diserts que Paris a toujours possédés.
Dans les derniers jours de la Chambre des députés de 1848, Malgaigne continua à prendre part aux travaux des commissions dont il était membre et qui
s’occupaient de certaines réformes dans la médecine et l’hygiène publique.
Il fut mêlé, comme appartenant au centre gauche, à l’agitation universelle qui se rattachait à la réunion des Banquets, à la réforme politique et parlementaire, et au renvoi du ministère Guizot, qui s’était refusé à admettre aucune concession.
En 1847, des banquets avaient été organisés dans toute la France, pour propager le mouvement favorable au programme réformateur.
Dans les banquets, l’opposition, en général, voulait maintenir le toast au roi, comme un engagement de ne pas sortir de la légalité. C’était l’opinion de Malgaigne. Le parti radical refusa d’adhérer à cette proposition. A la suite d’agitations diverses, le préfet de police interdit le 14 janvier 1848 le banquet préparé à Paris.
L’opposition se divisa : plusieurs de ses membres, Marie et Armand Marrast notamment, voulaient renoncer au banquet, faire donner aux députés opposants leur démission en bloc, et faire appel à la nation. Cette opinion fut combattue par Odilon Barrot, Lamartine, Duvergier de Hauranne, Malgaigne, et repoussée à la fin. Thiers aurait préféré que les banquets fussent abandonnés, mais il n’entra pas dans la discussion, car il se sentait dans un milieu contraire à ses idées. Il conseilla une adresse de la minorité de la Chambre au Roi, pour demander le renvoi des ministres et les réformes réclamées par
le pays, fait qui n’était pas sans exemple en Angleterre. Mais des scrupules parlementaires et constitutionnels firent rejeter par l’Opposition cette opinion à laquelle Malgaigne s’était rallié un instant.
Cependant, une manifestation réformiste était organisée : à la suite d’un appel général fait non seulement aux souscripteurs du banquet mais à tous les gardes nationaux, le banquet fut interdit définitivement par l’autorité. L’opposition, redoutant un conflit sanglant, y renonça le 21 février 1848. On sait comment, à la suite de troubles dans la rue, une insurrection générale éclata et la monarchie de juillet fut renversée le 24 février suivant.
Dans ces derniers événements, Malgaigne fut toujours le partisan résolu de la conciliation et l’adversaire de ceux qui voulaient, non seulement obtenir des réformes et le renvoi du ministère, mais aussi renverser le trône.
La carrière politique de Malgaigne prit fin avec la dissolution de la Chambre des députés de 1848. 11 n’eut pas le goût d’y rentrer. Il suivit cependant avec un intérêt particulier le mouvement politique et social de 1848. Il avait réuni et classé des notes nombreuses sur les événements de 1848 à 1851, sur les hommes politiques de cette époque, sur les apôtres du progrès, sur les plans de réorganisation de la société, sur le coup d’État de 1851 et ses suites. 11 avait recueilli les souvenirs de divers témoins des faits de ces temps agités. Il avait
enregistré par écrit ce qu’il avait appris d’eux. Mais ce travail préparatoire n’est pas allé plus loin. Le temps a manqué à Malgaigne pour rédiger l’ouvrage auquel il avait songé.
Il consacra le reste de sa vie à des travaux scientifiques par lesquels sa réputation et son talent ne cessèrent de grandir jusqu’à la fin, grâce à un labeur immense qui n’a subi aucun arrêt. Une mort prématurée lui a seule donné le repos qu’il n’a jamais connu pendant sa vie. Il dort son dernier sommeil au cimetière de Montparnasse peuplé de tant de gloires parisiennes, non loin de Quinet, un instant son rival politique, du baron Boyer, de Lisfranc, de Velpeau, d’Orfila, de Récamier, de Follin, de Huguier et de nombreuses célébrités médicales de cette époque. Aucun de ces brillants talents n’a éclipsé le sien. La postérité gardera-t-elle son nom?
En songeant à la science, au dévouement, à l’humanité des médecins français, aux services que leur clientèle e'xige d’eux et à la mesure dans laquelle ils peuvent la satisfaire nous nous rappelons cette page de Voltaire [Diclionnaire philosophique^ au mot médecine) : a II est vrai que régime vaut mieux que médecine. Il est vrai que très longtemps, sur 100 médecins il y a eu 98 charlatans. Il est vrai que Molière a eu raison de se moquer d’eux. Il est vrai que rien n’est plus ridicule que de voir nombre infini de femmelettes et d’hommes non moins femmes qu’elles, quand ils ont trop mangé, trop bu.
trop joui, trop veillé, appeler auprès d’eux pour un mal de tête un médecin, l’invoquer comme un Dieu, lui demander de faire subsister tout ensemble l’intempérance et la santé, et donner un écu à ce Dieu qui rit de leurs faiblesses.
« Il n’est pas moins vrai qu’un bon médecin nous peut sauver la vie en cent occasions et nous rendre l’usage de nos membres. Un homme tonibe en apoplexie, ce ne sera ni un capitaine d’infanterie, ni un conseiller à la cour des aides qui le guérira. Des cataractes se forment dans nos yeux, ma voisine ne me les lèvera pas. Je ne distingue point ici le médecin du chirurgien ; ces deux professions ont été longtemps inséparables. Des hommes qui s'occuperaient à rendre la santé à d'autres hommes par les seuls principes de l' humanité et de bienfaisance ^seraient bien au-dessus de tous les grands de la terre : ils tiendraient de la Divinité. Conserver et réparer est presqu' aussi beau que faire. »
Nous sera-t-il permis d’ajouter qu’au xix® siècle et de nos jours, la médecine et la chirurgie françaises se sont rapprochées beaucoup de cet idéal ?
INDEX DES NOMS
Aetius, 105.
Albucasis, 105.
Alcathoüs, 102.
Ale.xandre, 140-159.
Ali-Abbas, 105.
Allart, 175-176.
Alliot (l’abbé), 9 à 14.
Allou, 228.
Ampère, 134.
Anjou (René d’), 19.
Anspach, 197.
Aristote, 106.
Asclépiades (les), 39.
Asclépions (les), 39.
Astley-Cooper, 43, 113 à 118, 120 à 123, 126-127-151. Audiffret, 206.
Auzias-Turenne, 32.
Avicenne, 58-105.
Bacon, 51-54-58,
Baillière, 105.
Balescon de Tarante, 110.
Balzac, 1, 169-171.
Barbé-Marbois (de), 155-156.
Barrot (Odilon), 234.
Baudelocque, 16, 43, Beaumont (de), 148-149.
Benivieni, 111.
Béclard, 154.
Bérard, 192.
Bergson, 53.
Bernard (Claude), 52-53.
Bernstorff (de), 88 à 90.
BernstorlT (M“o de), 90-91.
Berry (duc de), 141.
Bertrand, 221.
Bethmont, 196, 201,. 228.
Bichat, 137-174 à 176.
Billault, 200.
Bocatte (François), 5.
Bocatte (M“®), 5-6.
Bonflls, 15.
Boileau, 81.
Boucher de Perthes, 194.
Bouchut, 33.
Bougon, 141 .
Bourdon, 167.
Bouvier, 186.
Boyer, 128 à 134-137-139-140- 157-161-163, 177 à 179-183-
Boyer (M**®), 140, 157.
Brainne, 9.
Brantôme, 108.
Broca, 65.
Broussais, 62, 189.
Buffon, 177.
Celse, 42, 205.
Chaix d’Est-Ange, 228.
Chambry, 206.
INDEX DES NOMS
Chardin, 20, 71, 85.
Charles IX, 37-107.
Charles X, 132-143.
Charavay, 108.
Charrière 36, 63.
Chauliac (Guy de), 110.
Chaussier, 174-183.
Chazal (M™®), née Chardin, 71-
Chéreau, 99-163.
Chirac, 4.
Chopart, 117.
Chopin, 65.
Cline, 115 à 119, 127.
Cock 117.
Cooper (Bransby), 118-123.
Cooper (Fenimore), 76.
Cooper (Samuel), 114.
Cooper (William), 115-119.
Corneille, 7-81.
Corvisart, 173.
Crauk, 149.
Cruveilhier, 168-192.
Crémieux, 196-200.
Cullen, 116.
Cuvier, 143.
Daguesseau, 84.
Dante, 81.
Daremberg, 104.
Daudet (Ernest), 141.
Deberle, 165.
Decazes, 141-142.
Denizet, 94.
Denonvilliers, 47.
Desault, 43-117-118 164-165.
Descartes, 51, 133.
Deschamps, 43.
Desplein, 169-170.
Didot (Firmin), 153.
Dionis, 43.
Disraeli, 229.
Dubail, 205-206-210-212.
Dubois (Antoine), 142, 157, 161, 162.
Dufaure, 86.
Dufour, 225.
Dugald-Stewart, 116.
Dupuytren, 27-43, 135 à 143- 146-147-151 à 158-160 à 166- 171 179-180.
Dupuytren (Adeline), 148.
Durier, 86.
Duvergier de Hauranne, 231.
Egine (Paul d’}, 105.
Elysée (P.j, 164.
Esculape, 42.
Favre (Jules), 86, 19‘1, 201.
Félix, 43.
Flandiu, 221.
Follin, 64-236.
Fontenelle, 4.
Forbin-Janson, 18.
Fourier, 153-156.
François II, 107.
Frayssinous, 18.
Galien, 42-58-105 à 107.
Gama, 7, 21, 22, 62, 173.
Gambetta, 35.
Ganneron, 205 à 219.
Gawler. 118.
Gay (M“°), 1.
Geoffroy-Saint-Hilaire, 143.
Georges IV, 121.
Gérard (curé), 8.
Gérard de Crémone, 110.
Giliard, 147.
Gosselin, 31.
Gregory, 116.
INDEX DES NOMS
Guérin (Jules), 30, 161, 183 à
Gui Patin, 94-9o, 98, 99, 203.
Guizot, 81, 217, 222, 224, 232.
Guy de Chauliac, 106-110.
Guyon, 64.
Hane. 121.
Halfort, 121.
Hédelin, 109.
Heine, 70.
Henri II, 107. ,
Henri III,, 107.
Henroz, 196 à 199.
Hérodote, 81.
Hippocrate, 39, 59, 101, 105,
Hoefer, 113.
Homère, 81-82-100 à 103.
Huguier, 192-236.
Hunter, 118-126.
Idoménée, 102.
Idate (v®), 146.
Jaccoud, 2, 4, 31, 32, 35, 36, 57 à 62.
JafQer, 18.
Jarjavay, 20, 31, 50.
Jeanne d’Arc, 4, 72.
Jésus, 14-70.
KulTer, 135.
Laënnec, 137.
Laguette, 210.
M VLGAIGNE.
Lamartine, 70-81, 234.
Lanfranc, 110.
Larousse, 165.
Larrey, 192.
Lawrence, 90.
Le Fort (Léon), 7, 65 à 69.
Le Fort (M™®), 7.
Le Fort (Raymond), 8.
Legrand, 93.
Legros d’Aubusson, 37.
Lejars, 8, 67.
Lejars (M“®), 8.
Lemaire, 147.
Le Paulmier, 108, 109.
Lesage, 212 à 214.
Linné, 17.
Lisfranc, 27, 98-151-154-155- 162-165-190-236.
Littré, 52.
Liverpool (Lord), 121.
Loménie (de), 147, 167-168.
Louis XIV, 43.
Louis XV, 5, 43.
Louis XVII, 159.
Louis XVIII, 132, 141, 143, 164.
Louis-Philippe, 132, 224, 226.
Louvois, 6.
Luxer (de), 5.
Machaon, 42.
Magnier, 200.
Malgaigne (Fi’ançois), 5, 6.
Malgaigne (Joseph-François), 6.
Malgaigne (le professeur), passim.
Malgaigne (M“®), 68.
Malgaigne (Eugénie), 7.
Malortie, 5.
Manchester (duc de), 121.
Marbouty (M'““), 144.
Martin, 81.
Mareschal, 43.
INDEX DES NOMS
Marie, 234.
Marjolin, 161-164-165-179-201.
Mai'rast (Armand), 234.
Matignon (de), 107.
Ménage, 203.
Mérimée, 70.
Merlin, 8.
Merlin (M“°), 8.
Metternich, 224-232.
Meyerbeer, 87.
Milton, 81.
Moïse, 71-103.
Molière, 81-86-95.
Monod, 68.
Mondeville (Henri de), 110.
Montyon, 184-185.
Moreau, 200.
Musset (A. de). 70.
Mutsuque, 8.
Napoléon, 6, 161, 230.
Nélaton, 31-192.
Ochsenbein, 223-225.
Orfila, 236.
Osbaldistone, 124.
Oudot, 2.
Ovigneur, 66.
Page, 206.
Pajot, 97.
Palmerston, 84.
Panas, 65.
Paracelse, 58, 111.
Paré (Ambroise), 37-42 100-106 à 111, 134.
Pascal, 81.
Passy (Louis), 228.
Pasteur, 185.
Paston, 114.
Pellat, 2.
Pelletan, 138-139-157-158-159
Pelletan (Gabriel), 157-159.
Percy, 151, 173, 179.
Perrot de Chezelles, 197.
Pierpont (M™®), 7.
Pilastre (Lucien), 8.
Pilastre (M™®), 7.
Pinel, 174.
Pitard, 110.
Platon, 58-81-82-106.
Plocque, 196-201.
Plutarque, 81.
Podalire, 42.
Pommier, 7.
Pommier (M“®), 7.
Portai, 43.
Pritchard, 217.
Proudhon, 71 .
Quesnay, 43.
Quinet, 206, 207, 21 1 à 213-236
Racine, 81-174.
Ramond de la Croisette, 215 Rases, 105.
Ravaisson-Mollien, 53.
Récamier, 236.
Renan, 70-71.
Renaudot, 203-204.
Richerand, 141-151.
Richet, 31.
Rigal, 193.
Rivière, 85.
Robert, 31 .
Roger, 110.
Rouillon, 33.
Rousseau (J. -J.), 29.
INDEX DES NOMS
Koux, 31-137-163-165-172 à
Sacy (de), 49.
Saint-Louis, 19.
Saint-Olive (M“® de), 140-147.
Saint-Réal, 17.
Saint-Simon (le duc de), 37, 84,
Saint-Simon (Henri de), 136.
Sainte-Beuve, 171-203.
Salomon, 103.
Sand (George), 76.
Sauve, 206.
Say, 221.
Schiller, 81.
Senard, 228.
Senèque, 130.
Shakespeare, 81.
Simonin, 16.
Socrate, 59, 64, 71.
Stephenson, 179.
Sue, 43.
Sully, 108.
Tagliacozzi, 106.
Talma, 133.
Talon, 204.
Tasse (Le), 81.
Térence, 81.
Thiers, 81, 217, 231-234.
Tite-Live, 81.
Tremhlay, 11 à 13.
Tripot (Madeleine), 129.
Trousseau, 97-192.
Thury Le Charron, 109.
Turner, 116.
Ulysse, 104.
Valentia, 118.
Valette, 2.
Vallet, 85.
Vallet (M^®), 85.
Vauquelin, 136.
Velpeau, 45 à 47, 186-190-192- 201-236.
Vendôme (duc de), 107.
Verneuil, 64.
Vesale, 42.
Vidal (de Cassis), 190 à 201.
Villeneuve-Trans (de), 19.
Virgile, 81.
Voltaire, 45, 69, 81, 236.
Walter Scott, 76.
Wolowski, 228.
Wurtz, 106.
Wylie, 140-160.