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CHAPITRE VT

MaLGAIGNE député du IV® ARRONDISSEMENT DE PARIS. — HIS- TOIRE DE SA CANDIDATURE. SON ÉLECTION EN 1847.

Son discours a la Chambre sur le Sonderbund. — La Révolution de 1848.

Ce fut tout à fait par hasard, qu’en 1840 Malgaigne entra dans la vie politique. Il avait commencé à écrire l’Histoire de sa candidature à la députation du IV® arrondissement de Paris. Nous donnons ce que nous avons retrouvé de ce curieux récit.

(( Je venais d’être nommé membre de l’Académie Royale de médecine, et désirant lui payer un peu ma dette, je m’étais mis à explorer les registres et les manuscrits de l’ancienne Académie de chirurgie, entremêlant cette besogne ingrate de quelques recherches sur Celse et les chirurgiens alexandrins. Au milieu de mes élucubrations fort peu politiques, m’arriva d’abord une circulaire de M. Ganneron, assez pauvrement écrite, et qu’il terminait en nous renouvelant ses sentiments d’ attachement et de haute considération. Je la lus et la mis au panier, .médiocrement flatté de l’attachement d’un candidat dont la figure même m’était inconnue. Puis plusieurs jours se passèrent et quelques électeurs, au nombre desquels figurait M. Dubail, nous adressèrent une

convocation à une assemblée préparatoire pour entendre la profession de foi d’un nouveau candidat : M. Edgar Quinet. C’était pour le 28 juillet.

« N’ayant de ma vie assisté à une réunion électorale, je fus curieux de voir celle-ci et j’y allai; dès sept heures un quart j’étais dans la salle, quêtant çà et là une figure amie et ne trouvant personne. Cependant deux électeurs m’appelèrent par mon nom, deux pharmaciens. MM. Page et Sauve, avec qui je me hâtai de faire connaissance, et nous causions ensemble lorsqu’arriva M. Dubail assez affairé, qui me donna pourtant la main en passant, appelé ailleurs pour la constitution du bureau. Je fus assez surpris, quelques minutes après, de le voir re^venir à moi en grande hâte. Vous pouvez, me ditil, nous rendre un signalé service. — Et de quoi s’agit-il ? — Nous avions demandé pour nous présider M. Chambry, maire de l’arrondissement qui a refusé, parce que M. Ganneron ne sera pas présent à la séance. Après d’autres refus, M. Audiffret avait accepté, mais il vient de nous déclarer qu’il ne se sent pas le courage de tenir tête à une Assemblée ; il n’y a que vous qui puissiez nous tirer de là. — Mais, dis-je, qui est-ce qui m’offre la présidence ? — C’est moi, c’est le bureau. — Si c’est vous, reprisje, cela ne saurait suffire; si c’est le bureau, ce sera un trop grand honneur pour que je ne m’empresse pas de me mettre à votre disposition.

« Il m’entraîna donc du côtédubureau où M. Qui-

net que je n’avais jamais vu et ses amis me prièrent d’accepter et je montai au fauteuil.

« La séance ouverte, M. Dubail eut la parole pour exposer d’abord comment s’était formé le bureau. M. Ganneron ayant refusé de venir, le bureau était composé uniquement des amis de M. Quinet. Et tous les présidents ayant refusé, il me présenta en quelque sorte, et assurément sans le vouloir, comme un président de rencontre.

«Je melevai. — « Vous venez d’entendre, en effet. Messieurs, comment je dois au pur hasard l’honneur inespéré de présider une Assemblée aussi considérable. J’ajouterai que je suis ici parfaitement neutre, électeur nouveau, et désireux d’entendre les deux candidats avant de donner mon suiïrage.

« Ceci parut plaire à l’Assemblée et je donnai derechef la parole à M. Dubail.

« Celui-ci exposa d'une part les griefs qu’il avait contre M. Ganneron, d’autre part les titres de M. Quinet; après quoi M. Quinet, eut la parole.

« Je ne saurais dire qu’elle fut ma stupéfaction en entendant cet homme, à qui les journaux avaient fait une réputation si grande. Pas de tenue, pas de gestes, pas d’idées, pas de parole ; une improvisation difficile, laborieuse, sans suite, sans but, à ce point que l’un de ses amis qui siégeait à ma droite me disait, d’un ton consterné : 11 patauge, il patauge.

« L’improvisation péniblement terminée, vinrent les interpellations. Le malheureux candidat n’avait

sur rien d’idées nettes; pas même sur la liberté d’enseignement, encore bien moins sur la liberté de conscience. Un ami de M. Ganneron monta à la tribune pour soutenir ce dernier et n’y parvint pas trop mal : seulement il parut interdit d’une question un peu vive. Pourquoi M. Ganneron n’est-il pas ici? Et comme il répondait qu’il l’ignorait: « Messieurs, repris-je, c’est une question sur laquelle votre Président se propose de revenir avant de lever la séance ». Ce peu de mots fit effet, l’Assemblée demeura calme et toutes les questions pour et contre ne tardèrent pas à être épuisées.

« Je me levai alors et, de la main commandant le silence:

«Messieurs, leur dis-je, en nous rendant à cette Assemblée, nous avions le désir et l’espérance d’entendre les deux compétiteurs et d’établir notre jugement définitif sur un débat en quelque façon contradictoire. Cette espérance a été trompée, M. Ganneron n’a pas jugé à propos de prendre part à la lutte. Je l’ai vivement regretté pour ma part; homme nouveau parmi vous, j’aurais été bien aise de donner mon suffrage en toute connaissance de cause. J’ai demandé pourquoi M. Ganneron n’était point venu, et l’on m’en a donné deux raisons. Selon la première, M. Ganneron, homme d’action plus que de parole, aurait voulu éviter une comparaison périlleuse avec l’orateur que vous avez entendu. 11 a eu tort, ce me semble ; les électeurs

du quatrième arrondissement sont par-dessus tout des hommes pratiques qui savent ce que vaut une parole brillante, mais qui savent aussi ce que pèsent les actes. D’autres m’ont dit, je n’ai pas voulu le croire, que quelques personnes dévouées à M. Ganneron l’auraient engagé à se tenir à l’écart, à ne point paraître à vos assemblées, lui répondant d’ailleurs du résultat et lui promettant vos suffrages.

« S’il en était ainsi, Messieurs, je dis que ce serait une grave injure faite à tout le corps électoral ; car si vos opinions régnent sur vous en souveraines, il n’appartient à aucun homme de croire qu’il dispose de vous en souverain. Je le 4is donc bien haut afin que mes paroles aillent plus loin que cette enceinte. Il reste quatre jours d’ici à l’élection, espace bien court; mais suffisant encore pour que M. Ganneron répare ce que j’appellerai son imprudence. Qu’il comparaisse devant une nouvelle Assemblée et qu’il s’explique ; ce n’est pas seulement une haute convenance, mais je dis que c’est un devoir. Et si par son superbe dédain, il refusait de se présenter devant vous, s’il jugeait trop au-dessous de lui de vous soumettre à l’heure actuelle sa profession de foi politique, alors, tout électeur au moment de donner son suffrage, aurait à prendre conseil de sa dignité ! »

« Ces quelques mots, improvisés d’une voix ferme, furent interrompus et couronnés par de nombreuses acclamations. Je m’échappai après avoir levé la

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séance et dans la foule qui s’écoulait, j’entendais dire : « Qui donc était-ce que notre président ? — Je ne sais pas, on dit que c’est un médecin. — Diable, il ne manque pas de nerf, ce médecin-là ! »

« Dans la rue, je rencontrai mon confrère baguette qui me complimenta et me dit que j’avais fait une impression profonde, que je ne ferais pas mal pour l’avenir de me faire connaître dans l’arrondissement. J’allai raconter à ma femme comme quoi, sans y penser, j’avais présidé une Assemblée électorale et ainsi finit ma première journée.

« La deuxième ne fut pas brillante ; j’espérais qu’au moins Dubail ou tout autre membre du bureau me ferait l’honneur d’une visite ou d’un remerciement; je ne vis personne. Le National avait rendu compte de la séance, mais sans me nommer; un autre journal m’appelait M. Madeleine ; la Réforme et le Commerce seuls avaient imprimé mon nom.

« Je ne laissais point de trouver mon isolement fort singulier, et, il me semblait que l’on dédaignait un peu trop ma nouvelle puissance. J’estimais aussi que M. Ganneron ne se pressait guère de convoquer une nouvelle assemblée et je méditais d’adresser au Collège entier une circulaire un peu énergique s’il ne revenait pas à résipiscence. Au total, la fête du 29 juillet devait entraver les affaires, je remis ma décision au lendemain et me couchai d’assez bonne heure.

« J’étais dans mon premier sommeil, ou plutôt

incertain entre le sommeil et la veille, lorsque M. Quinet sonna à ma porte. 11 avait, disait-il, à me parler d’une affaire importante ; il pressa ma femme de m’éveiller, mais grâce au ciel celle-ci tint bon, et mon sommeil fut respecté. Ce fut là ma seconde journée.

«Mais le 30, à 7 heures du matin, reparut M. Quinet. 11 voulait m’interroger sur l’effet qu’il avait produit et surtout me demander un conseil assez grave. 11 se présentait à Mézières en même temps qu’à Paris, et comptant en avoir fini la veille avec M. Ganneron, il avait retenu sa place à la diligence, pour ce jour même, à 2 heures. Cependant, dès la veille, des amis de M. Ganneron étaienCvenus le prévenir qu’il y aurait une nouvelle assemblée le 31 au soir ; il avait promis de s’y rendre et il se trouvait fort empêché. Fallait-il rester à Paris, fallait-il courir à Mézières? Il croyait que ce dernier arrondissement lui offrait de plus belles chances que l’autre ; quant à Paris, on lui avait bien dit qu’il y avait quatre cents voix flottantes, mais ce n’était pas même la majorité, et il craignait fort d’avoir fait une impression insuffisante, à peine donc s’il avait lieu de compter comme chose assurée sur 150 voix.

«Je me tins sur la réserve et me gardai d’un conseil quelconque. Il me paraissait d’ailleurs assez décidé à partir, ce qu’il fit en effet le jour même.

« Mais la nouvelle résolution de M. Ganneron me fit un effet assez agréable. Ainsi donc, ma voix avait

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été entendue et c’était bien à moi qu’était due sa conversion subite. Ainsi mon importance s’établissait d’emblée ; je jugeai dès lors qu’il était à propos d’aller retirer une carte d’électeur ; et chemin faisant je passai chez Dubail que je ne trouvai point et chez M. Lesage, qui n’avait point été à l’Assemblée. Je lui racontai toute l’affaire et l’échec de M. Quinet le réjouit d’autant plus que son vote était acquis à M, Ganneron.

« Je m’en revins chez moi, attendant la circulaire de ce dernier et trouvant qu’elle était bien longue à venir. D’ailleurs pas une visite, j’étais en dehors de tout ce qui se passait, nul ne me connaissait, je ne connaissais personne.

« A 5 heures, M. Lesage arriva chez moi rayonnant et comme un homme qui apporte de bonnes nouvelles. 11 sortait de chez M. Ganneron, il avait entendu ces messieurs parler de moi dans les termes les plus flatteurs ; dire avec quelle fermeté et quelle dignité j’avais présidé ; regretter de n’avoir pas pour leur réunion un président semblable, etc. Il lui échappa, le malheureux, de dire qu’il me connaissait, et incontinent, on lui demanda s’il croyait que j’accepterais la présidence, et, comme il pouvait répondre que je n’étais nullement lié envers M. Quinet, on le chargea de venir me l’offrir.

«Je partis d’abord d’un grand éclat de rire. Puis, me remettant, je témoignais combien j’étais sensible à cette marque d’estime et d’honneur ; que j’étais

donc à la disposition de M. Ganneron comme je m’étais mis à celle de M. Qiiinet, sous les mêmes conditions, celles d’une neutralité parfaite. M. Lesage répondit que c’était tout ce qu’on désirait de moi, et il fut décidé qu’il viendrait me prendre, après dîner pour me conduire chez M. Ganneron.

« Cette fois, je n’avais plus à me plaindre, les honneurs pleuvaient sur moi. A 7 heures, M. Lesage revint, nous partîmes, nous arrivâmes ; M. Ganneron me reçut avec une grâce charmante, déclarant combien il était enchanté de faire ma connaissance ; je répondis par des propos aussi doux, ajoutant d’un petit air de président, que j’avais eu espoir de le voir un peu plus tôt. Puis, plusieurs électeurs présents m’entourèrent, me choyèrent, m’exprimèrent le désir que je fusse président de rechef ; tout allait pour le mieux du monde. L’Assemblée était devenue un peu plus nombreuse, on parla du bureau de l’Assemblée préparatoire, quatre membres furent désignés et l’on m’y adjoignit en cinquième. Je proposai et fis adopter ceci: que l’on formerait le bureau par portions égales des amis de M. Quinet et des amis de M. Ganneron. Cette idée eut pour principal adversaire un personnage à mine assez louche qui déclarait tout haut qu’en matière d’élections, il ne se piquait pas de procédés, et qui me fit l’honneur de venir m’exposer cette doctrine à moi-même. La chose fut décidée toutefois, malgré lui et contre lui, mais il en conservait un profond regret qu’il expri-

mait encore après que déjà une partie de l’Assemblée s’était retirée.

« Mais, monsieur, lui dis-je, qu’avez-vous donc à craindre? Le bureau ne peut en aucune façon influer sur l’Assemblée, si le président fait son devoir, et en partageant ces honneurs stériles avec vos adversaires, ce sera un acte de loyauté qui préviendra déjà en faveur de votre cause, les électeurs indifférents. Or, ce sont les indifférents qu’il s’agit de gagner, et moi-même, qui penche déjà beaucoup pour M. Ganneron, je vous assure que cette générosité de votre part sera dénaturé à m’y faire pencher encore davantage. A ces mots mon homme fit un bond en arrière, comme s’il eût été piqué par un serpent. — Vous penchez pour M. Ganneron ? Mais il y a erreur, il y a méprise ; nous ne voulons au bureau que des hommes dévoués à M. Ganneron.

« Monsieur, dis-jé tranquillement, on est venu de la part de M. Ganneron m’offrir la présidence sans conditions. C’est parce qu’on me l’offrait ainsi que j’y ai vu un très grand honneur, que j’étais heureux d’accepter ; mais s’il s’agit de l'acheter au prix de la liberté de mon vote, c’est beaucoup trop cher et je vous prie de la reprendre.

« M. Lesage s’interposa et dit qu’en effet, tel avait été le sens de sa mission ; la plupart de ceux qui se trouvaient là confirmèrent la déclaration de M. Lesage, et je demeurai président sans conditions. Pour ne pas paraître trop peu reconnaissant, je donnai à

M. Ganneron qui était fort enroué quelques conseils d’hygiène qui, j’aime à le croire, ne lui furent pas tout à fait inutiles, et nous nous quittâmes fort bons amis.

« 11 était entre 10 et 11 heures quand je rentrai chez moi ; on me dit que quatre personnes étaient réunies pour m’entretenir d’une affaire importante. Ma plus grande atfaire était alors de me coucher, ce que je fis. Mais, entre 11 heures et minuit, on sonna avec énergie; c’étaient mes quatre personnages que je fis entrer dans mon salon, et que je me hâtai de rejoindre en pantoufles, en robe de chambre et en chemise, étrange accoutrement pour le rôle qu’on allait m’offrir. »

Ici s’arrête le manuscrit autographe de Malgaigne ; nous continuons la narration de cette candidature d’après des papiers de famille et des journaux de l’époque.

Les électeurs du IV® arrondissement se réunirent le 31 juillet 1846, sous la présidence de Malgaigne que l’Assemblée désigna. M. Ganneron rendit compte de son mandat; Quinet son concurrent, ne se présenta pas, il était allé en province soutenir sa candidature dans un autre comice électoral. Cette attitude mécontenta un certain nombre des électeurs, adversaires de M. Ganneron et l’un d’eux Ramond de la Croisette, avoué au tribunal, connu par l'indépendance de son caractère et son libéralisme, proposa la candidature de Malgaigne qui fut acclamée

par les électeurs. Le National du 1®'' août 184G, rendit compte en ces termes du discours que prononça alors Malgaigne.

« Après avoir payé un tribut d’hommages à M. Ganneron, l’honorable orateur dit ce qu’il est et ce qu’il veut ; il est l’enfant de ses œuvres, il ne s’est élevé que par ses propres forces. 11 y a quinze ans que lui treizième, partit à la tête d’une ambulance, pour aller au secours de la Pologne. Il était à l’assaut de Varsovie et là, il a été décoré de l’ordre du mérite militaire de Pologne. L’honorable orateur déclare qu’en politique il est d’une opposition un peu plus avancée que celle de M. Ganneron. « Avant, dit-il, d’entendre ce dernier, je vous aurais peut-être dit que j’étais centre-gauche, mais puisque les idées qu’il vient d’exprimer appartiennent à cette nuance il faut bien croire que je suis plus avancé que lui.

« Et d’abord il y a la question de confiance. Ce ministère a fait deux choses que je ne lui pardonne pas. Il n’a pas ménagé le trésor de la France et surtout pas assez ménagé son honneur.

« Après la bataille d’Isly, l’élan français a été repoussé, et des organes du ministère ont dit que le sang français coulait pour rien et que la France était assez riche pour payer sa gloire.

« Messieurs, je me demande si les agriculteurs auxquels on refuse le dégrèvement du sol sont assez riches pour payer les insultes qu’il plaît à l’empereur du Maroc de nous faire? .\h ! Messieurs, je par-

donnerais au ministère de faire payer sa gloire à la France, s’il ne l’avait pas forcée de payer sa honte ! Je veux parler de cette indemnité dont je ne veux pas prononcer le nom dans une Assemblée française. {Allusion à V indemnité Pritchard). Je dis que cela est une tache de boue, de sang peut-être. Oui de sang, imprimée sur le front du ministère, et qui doit être expiée par sa chute.

« Pour ces raisons, je voterai contre le ministère. Messieurs, le ministère est le gérant delà fortune de la France, il en est responsable. Eh bien ! sans aller plus loin que le centre gauche, ni plus haut, ni plus bas, je veillerais aux intérêts de la fortune publique aussi bien sous le ministère Guizot que sous le ministère Thiers.

« Troisième chef de reproches contre le ministère qui se loue beaucoup de sa durée et de la prospérité de la France : Pourquoi n’a-t-il pas profité de cette prospérité pour accorder quelques-unes des Réformes dont l’urgence est démontrée? L’orateur aborde la question de la Réforme électorale et déclare qu’il adopte les modifications contenues dans le programme publié par l’Opposition. Il poursuivrait vivement l’adoption d’une loi sur la responsabilité ministérielle. Toutes les réformes utiles trouveraient enfin en lui un défenseur constant sous toutes les formes, sous tous les ministères. L’orateur refuserait la dotation par quelque raison qu’on la demandât, par quelque acte de reconnais-

sance qu’on voulut la payer. « Je refuserais, ajoute M. Malgaigne, parce que l’on voudrait peut-être ne nous accorder quelques-uns des droits que l’on nous doit, que comme une concession. »

« L’honorable orateur considérait qu’en l’appelant à la candidature, les électeurs voulaient non seulement un représentant à la Chambre, mais aussi à la tribune. « Personne, dit-il, si je suis appelé à l’honneur de vous représenter, ne portera plus haut et plus ferme que moi la bannière du IV® arrondissement de Paris. »

Dans sa circulaire aux électeurs, Malgaigne rappelle qu’il fut appelé deux fois à présider les assemblées électorales et qu’une manifestation soudaine et presque générale l’a engagé à prendre la candidature. Il se déclare de l’opposition centre-gauche, rien de plus, rien de moins, adversaire résolu du ministère, partisan de la réforme électorale par l’adjonction des capacités et de la réforme parlementaire par la limitation du nombre des fonctionnaires et par l’adoption d’une loi sérieuse sur la responsabilité des ministres. Il votera contre toute loi de dotation ; pour la liberté de l’enseignement sous la surveillance indispensable de l’État, pour la juste participation des Conseils généraux à la confection des listes du jury, pour l’application du jury à tous les délits de presse. 11 proteste contre les accusations de trahison portées contre lui par les amis de son concurrent, M. Ganneron, les déclare fausses en

tout point et ajoute qu’ils ne parviendront pas à faire un bourg-pourri du IV® arrondissement de Paris.

Malgré les efforts de Malgaigne et de ses amis, Ganneron triompha de cette candidature improvisée qui réunit 350 voix sur environ 850 électeurs, mais le nom de Malgaigne était connu de l’Opposition du IV® arrondissement et il devait plus tard réunir avec succès la majorité des suffrages.

Ganneron occupait à Paris une grande situation ; il était à la tête d’une banque importante, il était vice-président du Conseil municipal, colonel de la i2® légion de la Garde nationale, commandeur de la Légion d’honneur, il avait été président du tribunal de Commerce.

Dans le IV® arrondissement peuplé d’électeurs commerçants, il avait personnellement une grande influence et les chances d’avenir politique d’un médecin même éloquent semblaient bien faibles.

Mais, le 24 mai 1847 Ganneron mourut subitement. L’élection d’un député pour le IV® arrondissement fut fixée au 29 juin 1847. Malgaigne se représenta au choix des électeurs. Il était alors chirurgien de l’hôpital Saint-Louis et membre de l’Académie de médecine.

Il adressa aux électeurs, une circulaire dans laquelle il indiquait qu’en 1846 sa candidature avait réuni 350 voix en trente-six heures ; il reproduisait les termes de sa circulaire précédente où il déclarait être de l’opposition centre-gauche, rien de

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plus et refusant de signer une profession de foi plus avancée.

Dans une seconde circulaire, il rappelle qu’il a exposé ses principes dans une réunion préparatoire. 11 répond aux questions qui lui ont été adressées par écrit par des électeurs. Il n’acceptera de place d’aucun ministère. Il qualifie l’opposition du centre gauche d’opposition éclairée et par-dessus tout loyale et consciencieuse, qui, sans compromettre aucune des conquêtes déjà faites, désire les fortifier et les étendre et qui, dans son progrès lent mais continu, se préoccupe peu des ambitions et des rivalités personnelles et n’écoute que la grande voix du pays. Il ne veut pas de progrès par secousses. Il ne s’attachera à aucun homme si élevé qu’il puisse paraître, il votera suivant ses principes.

Il s’exprima ensuite en ces termes sur l’Instruction publique :

a L’Instruction est une dette de l’État envers les citoyens, il faut donc que l’État entretienne sur tous les points du royaume des centres d’instruction à portée de tous. C’est pourquoi il faut une Université. Mais l’Université n’est faite, que pour acquitter cette dette de l’État, et elle ne doit ni s’opposer ni s’imposer à l’enseignement libre qui est le droit de tout citoyen et l’une des promesses de la Charte. Je veux donc l’enseignement libre, distinct et indépendant de l’Université. Mais je veux que tout instituteur présente des garanties de moralité et de capacité ;

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