‹ MalgaigneChapitre 6 sur 13 · SIR ASTLEY COOPER · texte numérisé non relu

SIR ASTLEY COOPER

Malgaigne a consacré une longue et curieuse étude à Sir Astley Cooper, qui fut le plus grand chirurgien de l’Angleterre au commencement du xix” siècle.

Malgaig.ve.

MALGAI GxNE

La profession médicale a toujours été plus considérée et plus honorée dans la Grande-Bretagne qu’en France, autrefois du moins. Le duc de Saint- Simon l’indique déjà dans ses Mémoires (t. XIII, p. 221). « Le Czar, écrit-il, avait auprès de lui son médecin écossais qui était en même temps son confident et son ministre. Il faut savoir que dans toute la Grande-Bretagne^ la profession de médecin n'est audessous de personne.

Astley Cooper pouvait donc, sans déroger, malgré quelques prétentions nobiliaires de sa famille, exercer Fart de guérir, comme Font fait des nobles plus anciens et plus authentiques que lui.

11 naquit le 3 août 1768 à Brooke, canton de Norfolk, il mourut à Londres le 12 février 1841.

Il était, écrit Malgaigne, le quatrième fils du Révérend Samuel Cooper, recteur à Brooke et il descendait par sa mère, de la famille Paston, alliée aux comtes de Yarmouth, ce qui lui fit ajouter quelquefois à son nom celui de Paston. Son père se chargea de commencer son éducation. Le seul professeur qu’il eut à partir de cette époque de sa vie fut le maître d’école du village qui enseignait l’écriture, le calcul, les mathématiques et, parmi tous ses élèves, ce fut le plus médiocre. Rien alors, assurément, ne faisait présager son brillant avenir; c’était un enfant dissipé, volontaire ; aucun danger ne l’effrayait ; il montait sans bride les chevaux les plus vicieux ; et Fou raconte qu’il se cassa la clavicule en voulant

sauter sur un âne, par-dessus une vache accroupie. Cette intrépidité, jointe à un rare sang-froid, lui fut utile dans un cas qu’il aimait à rappeler. Un de ses frères de lait étant tombé de voiture, la roue lui passa sur la cuisse et déchira les téguments et l’artère fémorale. Le sang coulait à flots, et tout était alarme et confusion, quand arriva A. Cooper à peine âgé de douze ans : il se précipita sur le blessé, serra son mouchoir autour de la cuisse, audessus de la plaie, et arrêta l’hémorragie. C’était, disait-il, ce premier exploit qui avait éveillé son goût pour la chirurgie.

En 1781, son père fut nommé recteur â Yarmouth ; et peu après, son oncle William Cooper, chirurgien Senior à l’hôpital de Guy, étant venu visiter la famille, il fut arrêté qu’on laisserait le jeune homme suivre sa vocation. 11 fut donc envoyé à Londres en août 1784, sous la direction de son oncle. Mais il n’y put rester longtemps ; il avait apporté à Londres des habitudes de paresse, de dissipation et d’indiscipline, qui lassèrent bientôt la patience de l’oncle; et celui-ci le déclarant ingouvernable, le remit entre les mains de Gline, chirurgien de l’hôpital Saint-Thomas.

Cline, esprit ardent et généreux, était bien le maître qu’il lui fallait ; il ne tarda pas à prendre sur lui un grand ascendant; il lui inspira la passion de son art, et il lui fit partager quelques idées politiques avancées; de telle sorte que, le transformant

à son image, de ce jeune homme si paresseux et si insouciant il fit tout à la fois un élève remarquable par son application et un jacobin.

Tout d’abord, A. Cooper s’adonna aux dissections avec une telle persévérance et un tel succès, que l’année d’après il avait dépassé tous ses condisciples. Dès lors, il suivit avec assiduité le service de chirurgie. A dix-sept ans, il fut reçu membre de la Physical Society^ la plus renommée des Sociétés de médecine de Londres. A la fin de l’année, il revint à Yarmouth, paré de ce nouveau titre ; mais au lieu de dissiper ses vacances comme autrefois, lui-même demanda à rester chez un certain Turner, chirurgien apothicaire du lieu pour apprendre à connaître les médicaments.

En 1787, il alla à Edimbourg suivre les cours de médecine de Grégory et de Cullen ; il essaya aussi avec Dugald- Stewart l’étude de la philosophie ; mais, la métaphysique était trop étrangère à son esprit qui répugnait aux abstractions.

A son retour à Londres, telles étaient déjà sa réputation de savoir et son habileté dans les dissections, qu’il fut nommé démonstrateur d’anatomie à l’hôpital Saint-Thomas ; et il s’acquit en peu de temps une si grande popularité parmi les élèves, qu’en 1791, Cline se l’associa pour ses leçons d’anatomie. C’était la coutume en Angleterre, à cette époque, de mêler l’enseignement de l’anatomie à celui de la chirurgie. A. Cooper se proposa de les sépa-

rer. 11 eut à vaincre de fortes résistances; mais enfin Cline l’approuva, et, gardant pour lui-même le cours d’anatomie, le laissa chargé, dès 1792, des leçons de chirurgie. Ces leçons se faisaient tous les soirs à l’hôpital Saint-Thomas, et le jeune professeur y apporta une activité et un dévouement extraordinaires. On raconte même que, s’étant marié peu après, le soir de la cérémonie il fit sa leçon à l’ordinaire, et avec une telle liberté d’esprit, que ses auditeurs ne se doutèrent point du changement qui venait d’arriver dans sa position. 11 avait épousé une riche parente de Cline, Cock.

Durant les vacances, il fit avec sa femme, au printemps de 1792, un voyage à Paris, où il comptait étudier de près la chirurgie française.

Ses opinions très libérales lui faisaient voir avec faveur la crise politique qui traversait notre pays, mais il ne tarda pas à être désillusionné par les événements dont il fut le spectateur, notamment lors de l’assaut donné aux Tuileries.

11 revint en Angleterre au mois de septembre. 11 n’aimait pas à parler de cette époque de sa vie, et peut-être les souvenirs qu’il en garda, attiédirentils quelque peu la première chaleur de ses convictions politiques. 11 avait d’ailleurs entendu Chopart et Desault professer, et peu satisfait du premier qu’il appelait une bonne vieille femme sans caractère, il avait gardé pour Desault une plus grande estime. Ils sympathisaient au moins par un côté.

La chirurgie semblait aussi préparer sa Révolution et Desault, à Paris, faisant mépris des traditions, affectait le dessein de recommencer la science. Telles étaient aussi à Londres les prétentions d’un homme qui les justifiait au moins par son génie : J. Hunter, déclarant sans détour que, chei'cher la science dans les livres était une folie^ et que le seul livre à consulter était celui de la nature. Cline, admirateur de Hunter avait fait partager à A. Cooper son enthousiasme, il avait donc suivi les leçons de Hunter, et dans son premier cours, il chercha même à marcher sur ses traces. Mais, pour aborder ainsi les grands principes de la chirurgie, il fallait une autorité qu’il n’avait pas ; et d’ailleurs son esprit, rebelle aux grandes généralisations, était plus propre à l’observation des détails et aux applications pratiques. Averti par la désertion de son auditoire, il se replia sur lui-même, comprit qu’il avait fait fausse route, et se réduisant à l’exposition de la pathologie chirurgicale et de la médecine opératoire, enrichies de ses idées et de ses découvertes, il ramena la foule à son amphithéâtre.

Bransby Cooper, le neveu du célèbre chirurgien^ nous rapporte, dans sa Biographie de son oncle, deux anecdotes caractéristiques qui concernent ce dernier.

En 1796, A. Cooper accompagna M. Gawler à Hambourg, à l’occasion d’un duel qu’eut ce dernier avec lord Valentia. En revenant en Angleterre, ils

essuyèrent une tempête pendant laquelle Cooper prouva que les hommes les plus courageux ont leurs moments de faiblesse, et que le même individu qui brave hardiment le danger dans un cas, peut reculer devant lui dans une autre circonstance. Les effets réunis de la crainte et du mal de mer lui donnèrent un véritable délire, et il lui arriva souvent de dire ensuite que toutes les richesses des Indes ne pourraient l’engager à faire par mer un voyage plus long que celui de Douvres à Calais. Aussi est-ce le chemin qu’il prit toutes les fois qu’il revint sur le continent.

En 1798, il fit une chute de cheval qui mit ses jours en danger et le relint couché pendant cinq ou sixsemaines. Un jour que, persuadé qu’il n’en reviendrait pas, il se lamentait devant M. Cline, et déplorait moins encore sa propre perte que l’arrêt de ses recherches scientifiques, et le tort qui en résulterait pour le bien public. « Tî'anquillisez-vous , mon ami, lui répondit son interlocuteur , que vous succombiez ou que vous reveniez à la santé, le résultat de votre maladie sera considéî'é comme n'ayant pas la moindre conséquence pour l'humanité. » Cette circonstance peut donner une juste idée de l’enthousiasme de l’un pour sa profession et du sang-froid philosophique de l’autre.

En 1800, son oncle William donna sa démission de chirurgien de l’hôpital de Guy et l’occasion paraissait favorable pour lui succéder ; mais Fonde sem-

blait avoir conservé quelque rancune contre son parent et il favorisait un autre candidat. On ne niait point les titres scientifiques de A. Cooper; mais on lui opposait son radicalisme, et le trésorier de Fhôpital, de qui l’élection dépendait, restait fort incertain. A. Cooper se détermina à lui écrire qu’après mûre réflexion il avait reconnu que ses opinions politiques n’étaient bonnes qu’à lui troubler l’esprit et à entraver ses succès dans le monde, et en conséquence qu'il s'était résolu à y renoncer. Cette abjuration que Malgaigne trouve seulement un peu crûment motivée, et que nous jugerions plus sévèrement, lui ramena aussitôt les suffrages, et il fut élu chirurgien de l’hôpital de Guy.

Alors commença une série de travaux et de publications de premier ordre poursuivis sans relâche :

En 1806, le premier, il lia l’artère carotide, il publia deux opuscules de ces opérations ; il fit imprimer ses recherches suivies des plus heureuses découvertes sur les membranes du tympan, sur la surdité, sur les hernies, sur les calculs de la vessie.

En 1805, A. Cooper, devenu célèbre, avait accepté la place de professeur d’anatomie comparée au Collège des chirurgiens. C’était pour lui, un sujet à peu près nouveau ; au lieu de s’y préparer par la lecture des auteurs, il se résolut à faire lui-même toutes les dissections nécessaires, en y consacrant une partie de ses nuits. L’excès de travail altéra sa santé, il devint sujet à des attaques de vertige ; et un jour même

chez le duc de Manchester, il tomba sans connaissance. Heureusement il laissa l’anatomie comparée, pour reprendre ses recherches chirurgicales. .

En 1817, il pratiqua la ligature de l’aorte, opération gui laissait bien en arrière toutes les témérités connues et qui peut passer pour les colonnes d' Hercule de la médecine opératoire.

En 1818 et en 1822, il fît paraître ses remarquables ouvrages sur les luxations et sur les fractures.

Un peu auparavant, la fortune avait encore réalisé un de ses vœux. En 1820, il fut consulté par Georges IV et en 1821, il fut choisi pour enlever une tumeur stéatomateuse que le roi portait à la tête. A. Cooper ne s’était chargé de cette opération qu’à son corps défendant : « Je priai, a-t-il dit, lord Liverpool de persuader au roi qu’il devait faire choix de Hane pour se faire opérer, et cela, avec d’autant plus de raison, que l’étiquette le voulait ainsi puisqu’il était chirurgien en titre ; mais lord Liverpool me répondit qu’il lui était très difficile de s’imposer dans le choix d’un opérateur. J’avais cependant une excessive répugnance à me charger de cette commission. Jusqu’alors j’avais été toujours très heureux et j’avais à craindre que cette opération, si elle était malheureusement suivie d’érésipèle, ne vînt à bouleverser mon honneur et à ternir ma réputation... Bientôt après sir Henry Halford fut appelé dans le cabinet et en étant sorti immé-

diatement, il me dit que j’avais été choisi pour pratiquer l’opération. Cette annonce fit sur moi l’effet de la foudre et je fus saisi de vertiges en pensant que mon sort à venir était maintenant attaché à l’issue d’un pareil événement. »

Les craintes de A. Cooper s’expliquaient par les crises nerveuses auxquelles il était sujet lui-même.

11 opéra donc quasi contraint et forcé ; du reste tout réussit à souhait et, outre un présent de cinq cents guinées, il reçut le titre de baronnet, puis en 1824, il fut nommé chirurgien du roi.

Épuisé par les immenses travaux d’une carrière qui n’avait jamais eu de précédent, il sentit que le moment du repos était venu enfin pour lui. En 1825, il cessa ses leçons et donna sa démission de chirurgien de riiôpital de Guy. Mais la passion du travail et les entraînements de la clientèle le dominaient encore. En 1827, il perdit son ami Cline, puis sa femme, et le chagrin qu’il ressentit de ces événements ébranla définitivement sa santé déjà compromise. Il se retira dans une de ses terres, mais dès que ses forces furent un peu revenues, il ne put supporter la solitude et l’inaction, il revint à Londres pour reprendre son genre de vie.

De 1829 à 1832, il publia une série nouvelle d’ouvrages sur l’anatomie : la mort le surprit travaillant à l’un d’eux encore. Malgré les crises répétées de la maladie, il continua jusqu’au bout à donner ses consultations, disant qu’il voulait moitrir sous le

harnais. Quand il expira, il put reconnaître que la vie lui avait été toujours douce. Il n avait pas eu comme tant d'autres à lutter dès sa jeunesse avec la pauvreté., ajoute Malgaigne, avec un retour mélancolique et fier sur sa propre destinée. A cette rare faveur de la fortune, A. Cooper avait joint les dons du caractère : bienveillant pour ses confrères, plein de cœur pour ses malades, familier avec ses élèves, libéral de ses conseils et souvent de sa bourse, c’est à peine s’il rencontra quelques inimitiés, et sa mort fut un deuil public.

Selon Malgaigne, il n’y a pas d’exemple, dans les annales de la chirurgie, d’une clientèle aussi considérable et aussi fructueuse que celle d’A. Cooper. A sa mort, le bruit public estimait sa fortune à douze millions et demi. Il dépensait peu lui-même, mais il avait la main facilement ouverte : ses libéralités envers sa famille étaient grandes ; il sacrifia 500 000 francs pour faire élire son frère au Parlement.

11 n’avait eu qu’une fille morte en bas âge. Sa fortune revint, avec le titre de baronnet, à un neveu, dont il était le parrain, et qui se nommait comme lui Astley-Paston-Cooper.

Comme professeur, il était clair, précis, pénétrant; comme opérateur, il était ferme, habile, plein de ressources, mais peu propre aux opérations délicates. Ce qui faisait sa supériorité dans la pratique, c’était sa profonde connaissance de la marche et

de la nature de la maladie, la sûreté et la précision du diagnostic.

A ces causes légitimes de succès, il faut ajouter l’éclat de ses leçons et de ses ouvrages, l’aménité de son caractère, qui se peignait sur sa figure. D’ailleurs, il s’était appliqué aussi très sérieusement à cultiver la faveur publique : il était affilié aux clubs en renom, donnait de fréquentes soirées, où il réunissait les médecins de Londres et des provinces.

S’il tremblait devant l’opération à faire à Georges IV, c’était moins pour son royal client, que pour lui-même. Lorsqu’il eut une attaque de vertige chez le duc de Manchester, ses premiers mots, en reprenant connaissance, furent pour prier le duc de n’en parler à personne ; et en effet, le secret lui fut gardéjusqu’àsamort. « Dirai-je enfin, ajoute Malgaigne, que les Anglais, hommes positifs, attribuent une notable part de sa vogue, au zèle et à l’intelligence d’un domestique dont ils ont conservé le nom, Charles Osbaldistone, par abréviation Balderson, qui fut vingt-six ans à son service et qui se vantait, dans ce long cours d’années, de n’avoir jamais laissé perdre à son maître une consultation ou un malade ; et l’on dit qu’il gagna en une seule année 15 000 francs à distribuer des tours de faveur pour la consultation. »

D’ailleurs, ainsi qu’on l’a vu, ce chirurgien, le plus occupé du monde entier, fut en même temps l’un des écrivains les plus féconds et les plus remar-

quables. Comment y était-il parvenu? Par un travail continuel, qui compromit sa santé à plusieurs reprises. Démonstrateur d’anatomie, il avait eu des hémoptysies fréquentes qu’il attribuait à la position penchée qu’exigeait la dissection ; souvent, disait-il, il avait quitté l’amphithéâtre pour vomir le sang. Plus tard, il se fit assister dans ses recherches par de jeunes anatomistes, qu’il faisait travailler quelquefois de 6 heures du matin à 11 heures du soir; mais si matin que vinssent ses élèves, ils le trouvaient debout et au travail. Lui-même racontait que, pendant un temps, il se levait à 4 heures du matin, avant ses domestiques, allumait son feu, se mettait à la besogne jusqu’à 10 heures, déjeunait alors, allait voir ses malades, et consacrait encore la soirée à reporter sur son livre de notes ses observations de la journée.

Lorsqu’il revint à Londres après sa courte retraite à la campagne, on l’entendit souvent dire que le repos V aurait tué^ ou qu'il aurait fini par se pendre. Quelques-uns ont attribué ce prompt retour à l’ardeur d’amasser, commune aux vieillards et qui n'est pas rare chez les chirurgiens ajoute malicieusement le biographe. Du moins faut-il reconnaître que l’amour de la Science y eut une grande part ; ses derniers travaux furent purement anatomiques. Dans cette ardeur de concourir aux progrès de l’art, peu de temps avant sa mort, il exprima le vœu que l’on ouvrît son cadavre ; il désigna lui-même quatre

points sur lesquels on devait diriger les investigations ; les pièces devaient être déposées à l’hôpital de Guy, et les détails de l’autopsie consignés dans un recueil de médecine.

Malgaigne, en appréciant les travaux de Cooper, lui reproche de n’avoir jamais voulu rien devoir à ses devanciers et à ses contemporains et d’avoir prétendu à lui seul reconstituer la science d’après ses uniques observations personnelles, en vrai disciple de J. Hunter. 11 dit que la valeur de ses ouvrages fut mise en question de son vivant. Il ajoute :

« On se tromperait donc, si jugeant les œuvres de A. Cooper d’après leurs titres on pensait y trouver des traités didactiques et complets ; ce sont plutôt des fragments rapportés des mémoires spéciaux, où il expose les résultats de son expérience personnelle, en arrière quelquefois sur l’expérience générale, mais aussi fréquemment en avant, car s’il eut les défauts de son école, nul autre esprit dans ce siècle ne fut aussi bien doué peut-être pour en saisir tous les avantages, et, en se débarrassant de toute tradition, de toute idée étrangère, rarement du moins il s’arrêtait à la surface des choses ; et lorsqu’il s’attachait à creuser une question il allait presque toujours plus profondément qu’on n’avait fait avant lui.

« Certes l’Ecole de J. Hunter a été féconde en chirurgiens de premier ordre ; mais A. Cooper en reste encore jusqu’à présent l’expression la plus brillante et le plus glorieux représentant. »

Nous ajouterons au jugement porté par Malgaigne celui qu’Astley Gooper nous a laissé sur lui-même, d’après une note autographe qu’a publiée son neveu :

« Sir Astley Gooper fut un bon anatomiste, mais il ne fut jamais un bon opérateur dans le cas où il fallut beaucoup de délicatesse dans l’opération : il sentait beaucoup trop vivement avant de commencer, pour jamais faire un chirurgien parfait sous ce rapport. Quant à l’opération de la cataracte, son organisation l’y rendait tout à fait impropre. Son côté brillant était la rapidité de perception, car il diagnostiquait la nature des maladies en un instant, et souvent il choqua par là des confrères en les forçant à se ranger à son opinion. La même faculté assurait l’excellence de son pronostic. Il fut également bon anatomiste en anatomie morbide et en anatomie de structure normale. 11 eut une mémoire excellente et toujours prête à le servir. En jugement il fut inférieur à M. Gline pour toutes les affaires de la vie, et de là vint qu’il marcha constamment sur une mine prête à éclater sous ses pas. Son imagination, très vive, eût toujours été disposée à l’entraîner, s’il ne l’eût soumise à Faction d’un contrôle sévère. »

Il nous semble que Sir Astley Gooper s’est apprécié trop sévèrement comme opérateur, car on sait qu’il était toujours maître de lui, habile et heureux à un degré qui a été rarement égalé.

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