VI. — Les Poètes latins modernes
La Renaissance admira les poètes et les écrivains anciens jusqu'à vouloir parler leur langue. On vit renaître nonseulementHector, Andromaque, Ilion, mais encore et surtout le latin. Malherbe pensa, comme du Bellay et comme Ronsard, qu'il fallait écrire en sa langue, et il disait qu'on ne comprenait pas les finesses des langues qu'on n'a apprises que « par art ». Il traite volontiers les humanistes comme Molière fera Trissotin. Il qualifie de pédants Érasme et Juste-Lipse,ne pouvant croire « qu'Erasme siit que c'est de civilité, non plus que Lipse sait que c'est de police - ». Lui-même pourtant avait trop étudié le latin pour ne pas y avoir pris goût, et il lui arrive de s'acharner au déchifîrement d'une inscription latine '' ou d'une monnaie antique. Il connaît les res-
' Ronsard, I, 399. De même Desportes (p. 211) :
El peut eslre qu'alors vous n'aurez de plaisir
De revivre en mes vers . . .
* MalH., in, 343.
' III, 381, 407. Peiresc.du reste, écrit à son frère Valavez qu'(( il n'y arien dans les médailles de ^Jalllerbe ».
sources qu'offrent les latinisants de la Renaissance aussi bien que les anciens ^ On sait comment il jugeait les poètes français en latin : « Si Virgile et Horace revenoient au monde ils bailleroient le fouet à Bourbon et à Sirmond - ». Mais un autre jour il envoie à Peiresc « des vers latins faits par un nommé Syrmond » qu'il trouve « des plus beaux qu'il vit jamais )>. « L'auteur, dit-il, me doit venir voir; je lui en demanderai un autre exemplaire, que je garderai, car certainement je ne les ai lus qu'une fois, mais je les trouve parfaits : il fait quelque chose en françois, mais non passihus œquis ■'. »
Il apprécie aussi les vers latins de Grotius que Peiresc lui envoie, y faisant seulement des observations de détail ; ceux de Bertius lui c. semblent d'un bon sens et bien raisonnes * ».
Il imite même les latinisants. Les premiers vers qui nous soient restés de lui sont des traductions du latin de Jacques de Cahaigne et de Rouxel à propos de la mort de Geneviève. Sa Prosopopée cV Ostende est une traduction de Grotius, de qui Sarasin traduira plus tard leMyrtillus. Quand, en 160G, Henri IV demande des vers à Malherbe, celui-ci fait chercher les vers latins que Barclay avait composés pour le roi d'Angleterre ^ ; il « estime tout ce
1 Pierias (Malh., III, 1).
* Racan (^. c, p. LXXX).
* Malh , III, 4S4. Malherbe propose même un remaniement des vers latins qui circulent à propos des Jésuites.
* Malh.; 111,545-6.
" III, 5. Il dit (III. 53) qu'il les a reçus.
qui vient d'un si bon auteur ' ». Coeffeteau, pour ne citer qu'un nom, en 1G23 rend aux Français le service de traduire Barclay. — Pas j^lus qu'il ne sait louer les princes de son propre fonds, Malherbe ne fait leurs épitaplies : pour celle du petit duc d'Orléans — où, comme on l'a vu, il mit trop de mythologie — il emprunte le trait final à Jean Second, de qui Dorât et Tissot, au XVIII" siècle, traduiront Ze.s' Baisers, et qui avait écrit l'épitaphe latine de Marguerite d'Autriche ^ :
Apprenez, âmes vulgaires, A mourir s.ans murmurer '.
Il avait beau médire de Virgile : quand il lui fallait des images pour ses vers, il retournait aux Eglo(jues\ de même il a beau dénigrer les humanistes : il est encore tout heureux et tout aise de trouver chez eux des pensées et des pointes.
1 III, Ù43. Les derniers fritiijues qui se sont occupés do Barclay (Alb. COLLIGVOX, Noti-s sur VEuphormion de J. Barclay^ F,xtr. de^ Annales de r Est, Nanc}', 1901, et Ph.-AUG. Becker, {Zeitschrift fiir vergleichende Litteraturgeschichte hggb. von Welz et CoUui., N. F., B. XV, 111 et 113) ont eu l'occasion démontrer la dififusion des œuvres de Barclay en son temps.
- At vos plebeio geniti de sanguine... patientius it'! sub unïbras.
5 Malh, I, 190.