V, IG
heloa que le Soleil se loge en soi muisoiis. Se tournent nos humeurs ainsi que nos xaixons.
liiiCMtri, Suc. IV, H3.
Certes l'aulre soleil, d'une erreur vagabonde, Court inutilement par xen douze luai.sous ; C'est elle et non pas lui, qui fait sentir au monde Le change des .-aisons.
Mai.ii., I, loi.
Voy. J. VlANEY, Mathurin Ri-ijnier (1896j. « Cf. Sully Prudhommë, Stances et Poèmes, I, p. 8 : Nous n'osons plus parler des roses :
Quand nous les chantons, on en rit.
' BaïF, éd. Becq de Fouquiores, p. 253.
* Voy. Revue d'histoire littéraire de la France, 1902, p. 218 (Lss sources françaises de Ronsard, par H. Guy).
^ Voy. Ch. Joret, La rose dans Vantiquité et an moyen âge, p. 56-59. — Cf. encore WaC -l. Roman de Rou, v. G5 et sv. : Tule rien se turne en déclin
. , . . )Ose llaitrist.
fusionner les deux images était une idée tiop simple pour qu'elle ne vînt pas à l'esprit de tous, et le Corpus Inscriptioii'int laiinarnm contient déjà une inscription funéraire qui en dit autant que Malherbe : Rosa simul fioruit et statim periit. Ces images, Malherbe les avait vues dans Ciaudien, dans Properce, dans l'Anthologie latine; il avait retrouvé dans l'Arioste la comparaison de la jeune fille à la rose ' ; il l'avait retrouvée surtout chez les poètes français du XVP siècle, et il avait rencontré chez ces derniers aussi la pensée de la brièveté des roses et de la vie humaine. Baïf avait dit :
Cutto Rose tant émée (Jommo l'autre ne sera, Qui do matin estimée Au soir se destiraera.
Car l'autre rose fanio Pourra perdre sa vigueur *....
Du Bellay, dans la Métamorphose iVune Rose, faisait ainsi parler la dame transformée en rose :
Les grâces dent le ciel m'avoit favorisée, Or que Rose je suis, me servent de roséo Et l'honneur qui en moi a fleuri si longtemps, S'y arde encor' entier d'un éternel printemps.
1 Orlando Ftirioso, I, str. 42:
La vergiiiellu é shiiilc itlla vo.sn,
CW in bel (jiirdin au la tiativa .ipina
Maître soin e .liciira st riposa...
Le passage de l'Arioste se trouve traduit dans la pièce mise par des Yvetaux en tête des œuvres da Desportes. Voy. sur ces images H. Guy, « Mignonne, allons voir si la rose... », réflexions sur un lieu commun {Mcirà-^nnx^ Gounouilhon, 1902).
' Baïf, éd. Becq de Fouquièros, p. 255. Villon emploie déjà le thème do la brièveté de la rose dans sa Ballade à s' amie, str. III (cf. G. Paris. François Villon, p. 110, n. 1).
La plus longue frescheur des roses est bornée Par le cours naturel (Vicne seule journée '.
Pour consoler Salmon Macrin qui avait perdu sa Gélonis, du Bellay lai dit bien des choses que Malherbe dira à du Périer, et notamment :
La roze journalière Mesure son vermeil A l'ardente carrière Du renaissant soleil '.
On dirait vraiment qu'en ce temps de poésie, comme dans la chanson de Malherbe inspirée du Tasse, L'air est plein d'une haleine de roses '.
Et les roses apparaissent aussi chez Ronsard, non seulement quand il parle à Cassandre ou à Marie dans les vers si connus où il rappelle à son amante la brièveté "de la rose, mais aussi quand il parle d'une mort prématurée ; et s'adressant à l'âme de Charles IX, mort à vingt-quatre ans, il s'écrie :
Voj'ez au mois de May sur l'épine la rose; Au matin un bouton, à vespre elle est desclose; Sur le soir elle meurt; ô belle fleur! ainsy Un jour est ta naissance et ton trépas aussi *.
Montchrestien aussi dira plus d'une fois que l'homme est semblable à la rose, et que
' Du Bellay, éJ. Marty-Laveaux, t. II, p. 398.
2 Du Bellay, t. I, p. 153. Cf. (îHamabd, Joachim du Bellay.
5 Malh., I, 22G.
* EONSARD, t. m, p. 129, et aussi VII, 175, VIII, 120 ; vôy. H. Guy, « Mignonne, allons voir si la rose ... », réflexions sur un lien commun (Bordeaux, 1902j.
Les Roses îles jardins ne durent qu'un matin K
Qu'est-ce que l'homme, hélas? Une fleur passagère Que la chaleur flétrit ou que le vent fait choir, Une vaine fumée, ou une ombre légère Que Von volt an matin, qu'on ne voit lûus a>i soir -.
C'était donc une mode très répandue, et Desportes l'avait approuvée dans une Complainte :
L'humaine vie à bon droit se compare
Aux vaines fleurs dont le printemps se pare "...
Lui-même, dans l'Élégie dont Malherbe s'est souvenu, nous allons le voir, en écrivant ses Stances à du Périer, montrait le jeune Damon succombant
Comme un bouton de rose en avril languii-sant *,
et il lui faisait dire à ses derniers moments ces mots déjà cités :
la destinée M'a fait dès mon aurore accomplir ma journée ■*'.
Enfin l'auteur du Bouquet des fleurs de S''nè(2ue déjà mentionné, avait écrit :
' L'E'icos':oise ou le Désastre, tragédie (IGOl à Rouen), acte V- — [J'avais terminé mon article de la Bévue, dliistoire littéraire de la France, 1903, qu-'nd j'ai lu l,i note di M. Schujtz-Gora faisant le même rapprochemententre le pas:;:age deMontchrestien et le vers de Malherbe Zeitschrift fUr franzodsclie Sprache U)id Litteratîtr, 1903, p. 92 94)].
* Ibid., acte II, chœur.
^ DepporïES, p. 488.
* Dkspoktes, p. 318.
» ID., p. 321.
Si mes parents sont morts, ils ont payé la dotte
Qu'on doit en ce «éjonr ; L'homme vit tout ainsi qu'une fleur vermoillelt«
Qui vit le cours d'un jour ',
stance construite exactement comme celle de Malherbe, et qui présente la rime de séjour et de jour comme la première rédaction des Stances à du Périer. Le même auteur console encore dans les termes suivants Chamgoubert qui a perdu son jeune frère :
Chamgoubert, ce n'est rien do cette pauvre vie,
Le matin nous l'avons, le soir elle est ravie. ..
A peine un blond cotton - faisoit homme ton frère,
Quand ];i mort se faschant de me voir sans misère
Vint racler tout à coup de ses ans la beauté.
Ainsi voit- on la rose au matin épanie
Sans phts (Vhonneur nu soir en sa beauté flétrie '.
Malherbe, s'y reprenant à deux fois, et arrangeant les mots mieux que personne, devait donner à la pensée traditionnelle son dernier lustre.
A la façon des poètes du XVP siècle aussi, Malherbe interpelle son âme et ses pensers — on l'a vu plus
' Ode III (De la Ruk, Essais historiiiues sur les Bardes, les Jongleurs et les Trouvères normands et anglo-normands, Caen 183i, t. III, p. 369). M.ilherbe emploie aussi la rime séjour-jour dans une imitation de Martial (I, 2t).
* Ce « coton » pour : la barba naissante, terme familier à Ronsard et aux poètes du XVIo siècle, se retrouve encoi-e chez Malherbe, dans l'Ode sur la bienvenue de Marie de Médicis (I, 50}. Elle H vécu autant que le classiciime, et Lamartine l'emploie encore dans ses tout premiers vers (E. DksCHANEL, Lamartine, 1, p. 51, citd des vers de 1803 où le poète de dix-huit ans parle da « coton » de son frais visage).
"^ Bouquet, Ode V.
taut ' — ; il appelle les morts des ombres, soit qu'il écrive l'épitaphe de son premier fils -, soit qu'il parle de la fille de du Périer ^ ou « aux ombres de Damon ' ». Il conçoit la nation comme ayant un (c génie » ou un « démon » : il dit « le démon de la France » comme du Bellay disait « le démon romain ^ » et Montclirestien « le démon anglais ^ »; il faut entendre «démon» au sens grec ; les Stances pour Alcandre parlent même d' « un démon favorable ».
Malherbe ne dédaigne pas non plus de se servir de du Bellay. Si, comme nous l'apprend Régnier, il le trouve c( trop facile », s'il lui reproche, dans son commentaire sur Desportes, la cheville or(e) « dont il s'escrimait ^ », il lui arrive de reprendre, pour l'appliquer au duc de Bellegarde, une strophe de VOde an prince de Melfe dont l'idée, du reste, remonte au moins à Politien ^, et fut chère aux latinistes du XVIP siècle :
Mais comme errant par une prée Commeencueillant une guirlande De diverses fleurs diaprée, L'homme est d'autant plus travaillé
La vierge souvent n'a loisir, Que le parterre est émaillé
Parmi tant de beautés nouvelles, D'une diversité plus grande ; De reconnaître les plus belles, Tayit de flews de tant de côtés
lEtt ne sait lesquelles choisir, Faisant paraître e7i leurs beautés
1 Voy. au chap. des Italiens.
- Malh., I, 360.
- ' « Aime une ombre commî ombre » (I, 41).
* MALH., I, 58.
* Antiquités de Rome, Sonnet 27.
« MONTCHRESTIEN, Trajédies (éd. elzév.), p. 85.
' Malh., IV. 463.
" Politien l'av.iit sans doute prise lui-mè ne aux anciens.
L'artifice de la raturai, Qu'il tient suspendu son déiir, Et ne sait en cette peinture Ni que laisser, ni que choUir :
Ainsi amfas de merveilles, Ainsi quand, pressé de la honte
Pour tant de vertus pareilles Dont me fait rougir mon devoir,
Qu en lot reluire je vo', Ja veux mon œuvre concevoir
Je perds toute connoissauce. Qui pour toi les âges surmonte,
Et pauvre par l'abondance Tu me tiens les sens enchantés
Ne sais que choisir en toi. De tant de rares qualités,
Où brille uti excès de lumière, Que plus je m'arrête à penser Laquelle sera la première.
Moins je sais par où commencer^ Malherbe, on le voit, remplace « la vierge errant par une prée », qui fait songer à la bergère à laquelle Boileau comparera l'églogue, par « l'homme » , et il ajoute à son modèle plus de raisonnement que de poésie.
* * Desportes aassi a laissé des traces dans les vers de
son impitoyable commentateur. Comme tous deux pétrarquisent et connaissent également bien les poètes latins et italiens, il est naturel que le chantre de Diane et celui de Caliste se ressemblent souvent : ils ont la même habitude de parler de « ce qui les travaille])), des (c beaux yeux, chers soleils )>, de « Philis )), des belles âmes qui meuvent les beaux corps -, et de s'écrier : (c Amour en soit loué ! )), d'animer la nature par la présence de l'amante ; et tel vers de Desportes auquel Malherbe n'a rien trouvé à redire •':
1 Malh., 1, 109.
* Despobtes, p. 442. Malh , 1, 126 et 127.
* Voy. Commentaire sur Desportes, Malh., t. IV, p. 250.
Les torèts ont repris leur vert accoustrement \
ressemble fort à ce que dira Alcandre au retour d'Oranthe :
Ces boiâ en ont repris leur ver lure nouvelle -.
La ComiJÏainte pour Henri III exprime la douleur de l'amant comme les Stances d' Alcandre écrites pour Henri IV :
Quand j'approi^he de vons, belles fleurs printar.ière?», Vostre teint se flestrit ^ . . .
Et l'herbe du rivage, où ses larmes touchèrent, Perdit toutes ses fleurs *.
Les excitations au suicide ont le même ton dans les vers amoureux de Desportes et de Malherbe, et parfois présentent jusqu'au même mélange du singulier et du pluriel appliqués à la môme personne, tournure que le Commentaire '■' ne critique pas :
Mourons donc, et raonstrons, en cj dernier outrage, Qu'il est toujours en nous d'échapper le nnlhour; Si le coup de la mort me fait quelque douleur, Celuy de mon départ m'en fit bien davantagfî '''.
Ne délibérons plus, allons droit à la mort ; La tristesse m'appelle à ce dernier effort
Et l'honneur m'3' convie;
Je n'ai que trop gémi ^.
1 DliSPORTES, Diane, sonnet V (éd. Micliiels, p. 15). "2 Malh., I, 157.
^ Desportes, p. 489.
- Malh., IV, 433. ^ Desportes, p. 391.
' Malh., I. 254. L'Agamemnon d'iplàyéule, qui, lui aussi, délibère tout le temps, répète l'hémistiche de Malherbe : Ne délibdrons plii.s (Iîacink, li>hi(jcnie^ IV, se. 7).
Desportes et Malherbe ont aussii la même manière de Faire l'éloge d'une œuvre littéraire en l'attribuant à un dieu ou à Dieu — ce qui est d'ailleurs une formule assez répandue ', et qu'on retrouve dans l'épigramme où Boileau attribue la composition de V Iliade à Apollon. Le poète de Diane et d'Hippolyte avait composé sur la Beryerie de Kemy Bclleau un sonnet qui commençait ainsi :
Quand je ly, tout rav}^, ce discours qui soupire Les ardeurs des bergers, je t'appelle menteur, (Pardonne-raoy) Belleau, de t'en dire l'autheur; Car un homme mortel ne sçauroit si bien dire -.
Puis il suppose qu'Amour a contraint Phébus de redevenir berger et de dicter la Bergerie; et cela l'amène à demander à ce Phébus ou le succès auprès de la belle Hippolyte, ou la force de déplorer son insuccès en aussi beaux vers que ceux de Bellean. Malherbe considère ce sonnet comme «un des bons qui soient dans Desportes''»; aussi le refait-il pour vanter — toujours en un sonnet — le livre de La Ceppède sur la Passion :
J'estimo la CeppèJe, et l'iionor";, et l'admire, Comme un des ornements des premiers de nos jours; Mais qu'à sa plume seule ou doive ce discours, Certes, s:ins le flatter, je ne l'oserois dire *.
1 MÉNAGE (p. J31) ne cite pas Desportns à ce j^njet, m:us les vers que du Périer composa eu 1578 pour le panégyrique du livre de Laurans : Mallierbu, alors en Provence, a sans doute CDunu les vers de son ami; mais il avait relu Desportes quand il écrivit son sonnet à La Ceppède.
* Dk.sporths, p. -431. Voy. plus hiu% chapitre lE. 5 MaLH.. t. IV, p. 451.
C'est l'Esprit du Tout-Puissant qui « l'a fait si bien écrire ». Et Malherbe s'adresse tout à coup à la reine, dont il fait empliatiquement l'éloge, et lui certifie que et devant cet ouvrage » elle n'en vit jamais qui fût digne d'elle. C'était vraiment forcer la note du badinage de Pesportes ; et Malherbe accorde très facilement les honneurs de l'inspiration divine : de la Somme tliéologique du Père Garasse (le maître de rhétorique de Balzac) il dit encore :
Cette œuvre est une œuvre de Dieu :
Garasse n'a fait que Técrire '.
Mais il s'était souvenu de Desportes dans des vers plus célèbres. Quand il eut à consoler du Périer, il songea apparemment au poète qui était encore en vogue à cette époque, et à ses Elégies. Il y en avait une qui avait été faite pour consoler Henri III de la perte de deux de ses mignons : Henri III y était appelé Cléophon - (c'était le titre de l'Elégie) et le mignon préféré, Damon. Malherbe a repris ces noms : il appelle, un peu plus tard, Damon l'ami qu'il a perdu et qui est pleuré par l'amante Carinice '' ; il donne le nom de Cléophon * à du Périer, et à la
* Malh., I, 266.
* Cléophon est encore le litre d'une tragédie de l'Hôtel de Bourgogne, imprimée à Paris en 1600, « tragédie conforme et semblable à celles que la France a vues durant les guerres civiles » (voy. E. ElGAL, Le ihéâtre français avant la période classique, p. 141, n. 2).
^ Aux ombres de Damon (Malh., I, 58). Ce nom d'ami regretté est encore repris par LA FOKTAIXE, Fables, livrj VI, Epilogue. Il remonte évidemment à la tradition antique de Damon et Pythias.
* Malherbe connaissait bien les noms des héros de Desportes, car les titres des élégies « Eurylas » et « Cléophon » étant inter-
jeune fille (qui s'appelait Marguerite) il donne un nom de bucolique, Rosette, qui était notamment celui de l'héroïne d'une villanelle de Desportes :
Ta douleur, Cléophon, sera donc incurable ... Et ne pouvoit Rosette être mieux que les roses... Non, non, mon Cléophoa '.
Dans la rédaction définitive (qui parut en 1607), le nom de Cléophon est remplacé par celui de du Périer; mais Malherbe, qui dans l'intervalle a relu et commenté Desportes, semble garder plus d'un trait de l'élégie; et à l'aide du commentaire qu'il a donné de celle-ci on peut mesurer la distance qui sépare un écrivain de l'autre :
Tant peu VamiHé sainte en une âme bien née, disait Desportes - ; et Malherbe :
Et les tristes discours Que te met en l'esprit ramitié paternelle '. ..
Desportes disait à Cléophon :
Quel rempart assez fort la raison te garda ■* En ce torrent do dueil, qui sur toy déborda, Valeureux Cléophon, quand la triste merveille D'un tel bruit vint frapper ton âme et ton oreille?
(« Quelque pédant trouvera ici d'une figure ûarTspov
vertis dans son édition de Desportes, il a fait lui-même la correction (voy. Desportes avec commentaire de Malherbe à la Bibl. nat., p. 210,216).
1 Première rédaction, v. 1, 15, 25. Cf. la villanelle Eozette dans Desportes, p. 450.
- Desportes, éd. Michiels, p. 319.
3 Malh., I, p. 39.
* DesPORTKS, p. 319. Au torrent de deuil, cf. « la nue dont la sombre épaisseur aveugle la raison » de Marie de Médicis à la mort de Henri IV (MALH., I, 179).
Trpô-rspov ; "ijour moi, j'y trouve une sottise ' «; mais l'idée du premier vers est à conserver) :
Est-ce donc un dédale où ta raison perdue Ne se retrouve pas ?
Desportes revenait plusieurs fois sur les grâces et la beauté du mignon :
Jamais l'œil de Pliébus ne vit telle jeunesse -. .. Quand sa jeune beauté tanl d'appas recéloit ^.
(C'est bien assez de le dire une fois; et puis receler ne convient pas '; mais on peut garder les appas) : Je sais de quels appas son enfance étoit pleine.
Desportes faisait dire à Damon :
Mais si l'aveugle sort, ou le ciel courroucé. Rendent là de mes jours la carrière achevée •*...
(« Rendre achevé » ne se dit pas " ; mais on peut supposer que la fille de du Périer)
auroit obtenu D'avoir en cheveux blancs terminé sa carrière.
( Gloire et mémoire \ mortel s'^jour et jour ^ sont des rimes sortables ; le ciel " doit être mentionné) :
' Malh., IV, 39G.
- Desp., p. 316.
■'^ ID., p. 321.
• * Malh., IV, 397.
" Desporte?, p. 316.
« Malh, IV, 393.
" Desp., p. 316.
^ Id., p. 32!0. Dans la deuxième rédaction, Malherbe a remplacé la rime de séjour-jour p-ir celle de destin-matin (peut-être pour ne plus faire rimer le simt.lo et le composé).
^ Desp., p. 320.
Penses-tu que, iliis vieille, en la maison céleste Elle eût eu plus (V.iccueil * ?
(Tel ou tel trait peut être admis):
Quand il voit que la Parqiie a sa trame coupée ''.
. . . aussitôt que la Parque Ote l'âme du corps ^.
(Mais il y a des expressions impropres : ainsi)
Le preux fils de Thétis, seur rempart de la Grèce *.
Achille n'est pas le rempart de la Grèce, puisque la Grèce n'est pas assaillie ; mais on peut parler de)
Priam, voyant ses fils abattiispar Achille.
(Q,aant au Léthé et à son oubliance endormie ^, c'est une latinerie). Quand Damon va mourir,
Au moins huraai'i dw tous Vœil d'i larmes dégoutte^'.
(Soit, c'est la coutume; et ce n'est que juste): C'tst bien, je le conlcsse, uno juste coutume
Que le cœur affligé Far le canal des yeux vidant son aniei-tune, Cherche d'être allégé '.
(Mais quels larmoiements et quelles jérémiades dans cette Elégie! Damon dit à son ami :
» Malh.,I, p. 40.
* Desp., p. 318.
3 Malh., I, 40.
* Desp., p, .320. Cf. le commentaire de Malh., IV, p. 396. s Desp., p. 321.
« Desp., p. 319.
' Malh., 1,41.
ta flamme est^elle estainte Que tu n'es point touché de ma dure complainte ? '
Ils en font beaucoup trop, de complaintes, et Une sert de rien de tant gémir) :
Ne te lasse donc plus d'inutiles complaintes ;
Mais gage à lavenir, Aime une ombre comme ombre, et des cendres éteintes
Eteins le souvenir '.
Cléophon disait :
Si ce qui m'est plus cher se sépare de moi '.
(« Plus cher » ne se dit pas pour « le plus cher *»; « le plus » ferait une syllabe de trop ; mais on peut fort bien mettre « si ») :
Non qu'il ne me soit grief que la terre possède Ce qui me fut si cher ^.
Cléophon, dans l'histoire,
Importune le ciel de vœux et de prières^ Bref, pour fléchir la mort, tente mille manières Mais cette fière Parque aux ravissantes mains, Seule des déités est sourde aux cris humains ".
(11 vaut mieux exprimer tout cela sous forme de vérité générale) :
* DEbP., p. 319.
» Malh., I, 40-41.
3 Desp., p 316.
* Malh., IV, 393.
» Malh., 1,43
e Desp., p. 320,
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;
On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles
Et nous laisser crier ^
'Voilà au moins une pensée juste, et qui peut être encore utilisée à l'occasion. Et c'est un sage conseil aussi, et digne de Sénèque, qui est adressé à Cléophon):
. . . que ton âme s'apaise . . .
Obeys sa7is murmure au vouloir du haut Dieu *.
(Seulement cela peut se dire beaucoup mieux, et, encore une fois, sous forme de vérité générale, qui se rattachera à ce qui vient d'être dit de la mort) :
De murmurer contre elle et de perdre patience
Il est mal à propos ; Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science
Qui nous met en repos.
(Desportes compare longuement le jeune guerrier à un bouton de rose, ou à un jeune lys, mais nous n'écrivons pas pour les jardiniers, et pour les roses on a dit trentesix fois mieux déjà '.
Desportes cite aussi, en le mettant dans la bouche de Damon mourant, le proverbe :
« Tous ceux qu'aiment les dieux ne vivent pas longtemps )J *.
* MALH., I, 43. Voiture renchérit sur cette idée en la développant en des vers cités par Ménage (o. c, p. 564). Malherbe répète à peu près la même chose dans la Consolation au président de Verdun.
* DESP.,p. 322.
' Voir plus haut. Puis il ne faut pas deux comparaisons l'une sur l'autre (Brunot, l. L, p. 215;.
* DESP.,p. 321. C'est lo mot de Ménandre (^"Ov ol Osol ci-.Àoûaiv, à-o6vrîaxet véo;) que Leopardi (Canti, XXVII) met comme épi-
Mais, avec une pareille traduction, il dit justement le contraire de ce qu'il veut dire ' ; il veut dire que les meilleurs, les plus méritants, les plus beaux, sont ceux qui vivent le moins. Il faudrait que cela rimât aux roses: avec « les plus belles choses », et avec l'autre rime de jour et séjour j nous ferons) :
■>' '- M.iis elle étoit du nionJj où les plus belles choses
Fuut le moins de séjour; Et lie pouvoit Rosette étve mieux que les roses .V .. . Q'ii n^ vivent qu'un j'^ur.
(Seconde rédaction) ( Rosette -! Ici je desportisais. Nous dirons qu'elle était comme une rose, qu'elle était « rose )) : en répétant le verbe vivre comme le mot « rose )), ce sera du meilleur effet) :
Et rose elle ;i vécu ce que vivent les roses.
(Mais il ne faut pas trois fois « vivre » "'; nous changerons le dernier vers, et nous mettrons, d'après ce qu'ont dit plusieurs poètes :
"-••■-'' • L'espace d'un matin. "'
(y'est encore plus court, et plus fort; mais il faut
graphe à son Amnre e Morte. — M. Allais (o. c , p. 365) regrette q ve Malherbe n'ait pas songé à « la croyance antique traduite par un do nos grands f oètes contemporains
Qnc (|u;iiul on ineurl si jeune o?i est, aimé des dieux » : on voit qu'il avait eu l'occasion d'^* penser.
' Malh., IV, 397.
* Peut-être aussi Malherbe, devenu plus sévère, n'aurait-il plus accepté la rime trop facile de jour-séjour.
' Voyez comment Victor Hugo, remaniant ses ver^i, évitait une triple répétition, et savait utiliser une répétition énergique. [P. et Y. Glacba.^T, Essai critique sur le théâtre de V. Hugo, I, p. 227, 173, 197.)
remplacer la riine ; destin rime à merveille. Nous dirons donc) :
Mais elle étoit du moiule où les plus belles choses
Ont le pire destin ; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.
(Voilà qui est parfait : car « il faut que les élégies aient un sens parfait de quatre vers en quatre vers, même de deux en deux, s'il se peut ' ». J'y suis arrivé. Après ces stances, je puis me reposer dix ans).
Bertaut ressemble à Malherbe autant que peuvent se ressembler deux hommes élevés dans la même ville, à la même époque, instruits à peu près de la même façon, ayant lu les mêmes poètes et traitant souvent les mêmes sujets. On sait déjà, qu'ils parlent d'amour l'un comme l'autre ; quand ils paraphrasent les Psaumes, Bertaut est plus otictueux que Malherbe, et on a même vu en lui un des lointains précurseurs de Lamartine (qui du reste ne s'en est sans doute pas servi). Malherbe - connaissait fort bien les vers de Bertaut ; il les estimait même un peu, à ce que dit Racan, ~ quoiqu'il trouvât parfois ses pièces (.aiichU-au-dosyK II est donc possible qu'il s'en souvienne un peu au.-si. « Les cieux inexorables » qui sont rigoureux à l'amant, étaient de tous les climats, de même «ceux qui souffrent peu et se plaiguent beaucoup» ; mais Bertaut avait donné à tout cela des formes que tout le monde avait présentes à la mémoire, et Voltaire
1 RaCAN, Vie de Malherbe, p. LXXXV.
* Voy. G. Grente, Jean Ber.'aut, p. UT etpassim.
met encore dans la bouche d'une de ses héroïnes les vers fameux du doux poète :
Félicité passée... ^
Malherbe a dû les prononcer parfois, et bien d'autres vers du même auteur : Bertaut somme « sa belle âme » de dire oui ou non de la même façon que Malherbe écrih, « à une dame qui le payait de promesses » ; il dit comme disent et comme diront tous les poètes d'alors que « sa folie est belle »; il parle « des esprits abusés d'une vaine espérance - » comme Malherbe. .
Les mêmes situations se présentent des deux côté s parfois avec les mêmes rimes :
... presque évanoui je tombai sur la place, En pâleur une pierre, en froideur de la (jldce ^.
A ces mots tombant sur la place.
Transi d'une mortelle glace,
Alcandre cessa de parler ■*.
Beaucoup d'expressions de Bertaut sont aussi dans Malherbe, et des vers plus retentissants que d'habitude font songer à tel vers de la Prière pour le roi allant en Limousin :
Icy ce bruit tonnant dont on oit nos tambours Changer le guet des nuits à la garde des jours ^.
Mais Bertaut était surtout « retenu », comme dit Boileau ; il importait d'avoir le ton soutenu : c'est ce qu'allait faire Malherbe, en attendant Corneille.
' Entretien de Ninon de V Enclos et de Madame de Maintenon.
* Bertaut (éd. elz.), p. 97.
5 Bertaut, cf. Introduction, p. XXIX.
* Malh., 1, 154.
e Bertaut, p. 97. Cf. Malh., I, 72, v. 63 et 66.
Régnier se rapproche de Malherbe par l'un des côtés principaux de l'œuvre du réformateur : la forme da vers, la concision, l'habileté à enfermer la pensée la plus complète dans le cadre le plus ferme et le plus limité.
On sait que Malherbe « l'estimoit en son genre à l'égal des Latins ' ». Dans les vers du satirique, « soutenus, nombreux, détachés les uns des autres - » — ce sont les qualités que Brossette reconnaît à Régnier, et ce sont exactement celles do Malherbe — il y avait aussi à glaner, et le neveu de Desportes parle comme parlera l'ennemi de son oncle, des vieux contes d'honneur :
Ces vieux comités d'honneur dont on repaist les dames Ne sont qne des appas pour les débiles âmes Qui sans choix de raison ont le cerveau perclus ^.
Ces vieux contes d'honneur, invisibles chimères, Qui naissent aux cerveaux des maris et d^s mères, Etoient-ce impressions qui pussent aveugler Un jugement si clair * ?
Toutes ces tirades dont Régnier trouva la formule lapidaire ^ remontaient aux mêmes sources italiennes, et on ne peut guère dire quelle part revient, dans les vers de Malherbe, aux poètes français plutôt qu'aux Italiens.
' Racan, l. c, p. LXIX.
• Voy. l'édition de Macette par les élèves de M. Brunot, Introd., p. LU et XLIII.
» Satire XIII (Macette), v. 81-83.
* Malh., I, 29-30.
' L'honneur esl un vieux saint que ronnechomme plus.
(Satire XIII, v. 84).
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Il serait trop facile de relever encore de nombreuses analogies entre Malherbe et son compatriote Montchrestien (qu'il a peut-être mieux connu qu'il ne voudrait le faire croire ^), non seulement dans les idées, qu'ils prennent souvent aux mêmes sources, mais aussi dans la forme. Le poète tragique ressemble souvent « à s'y méprendre », comme l'a dit M. Brunot, à Malherbe. Il avait notamment fait avant Malherbe son « N'espérons plus, mon âme » :
Cessons, pauvres liuraainp, De concevoir tant d'espérances vaines, Puisqu'ainsi tost les grandeurs plus certaines
Tombent hors de nos mains '.
Tout avait été dit par Montchrestien, par Ronsard, par du Bellay, par Desportes et vingt autres : tout était dit, et si Malherbe ne venait pas trop tard, c'est sans doute que l'essentiel était non de dire autre chose, mais de parler en termes plus soignés : il fallait « arranger les mots et les syllabes ».
1 Malherbe, III, 556 (lettre du 14 octobre 1621) : « Il a fait un livre de tragédies eu vers françois; je crois que c'étoit ce qui lui avoit donné sujet de me venir voir deux ou trois fois. Il étoit homme d'esprit et de courage. Je me trompe ou il donna en ce même temps-là un livre in-4o de sa façon, a?sez gros, à Monsieur le garde des sceaux, et me semble que le sujet de son livre étoit du commerce, ou de quelque chose pareille. » — Ailleurs Malherle (IV, 41, 2 août 1618) dit que Montchrestien lui a parlé «.non une fois ou deux, mais une douzaine ». — Voy. la note de M. Schultz-Gora, déjà citée, dans la Zeitschrift fiir franzosische Sprache nnd Litteratur, 1903. — Cf. Brunot, p. 49.
* Montchrestien, Tragédies, éd. elzév., p. 126.
Bonsard était trop enthousiaste, du Bellay « trop facile », Desportes trop faible, Bertaut un peu trop facile et trop faible aussi, Régnier trop « à la diable », pour s'employer uniquement à « mettre le mot en sa place », et cette dernière besogne fut celle de Malherbe. Comment il l'a comprise et réalisée, c'est ce qu'a établi M. Brunot. Quant au « mot » lui-même, il le prenait n'importe où, même chez ses prédécesseurs français.
M. Chamard à propos de du Bellay, M. Vianey à propos de Mathurin Régnier, M. Ohenevière et d'autres à propos de Bertaut, ont tous dit que leur auteur devançait Malherbe; il est peut-être encore moins paradoxal de dire que Malherbe continue la Pléiade et les écrivains de la fin du XVI" siècle, et nous espérons avoir montré qu'il ne se fait pas faute de leur reprendre des idées, des images et des expressions, parfois sans en garder la grâce enjouée, souvent en les généralisant, en les clarifiant, et surtout en se montrant plus sobre de a faculté verbale ». C'était un poète fort sec, comme dit le cavalier Marin, et c'est sans doute ce qu'il fallait. De même que dans l'Elégie de Desportes
Le malheureux Damon tout en pleurs s'écoulait •,
la poésie française aurait peut-être risqué de s'écouler toute en vers faciles et bavards, si on ne lui avait mis des digues étanches et étroites.
< Deisportes, p. 319.