‹ Malherbe et ses sourcesChapitre 1 sur 89 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'imagination des peuples jeunes aime les récits étranges et extraordinaires ; elle semble accorder au merveilleux qui la charme, la même créance qu'à la réalité. De là ces nombreuses légendes qui ont été rattachées aux hommes célèbres et ont obscurci leur histoire. Aux actions réelles d'un personnage, l'imagination populaire a mêlé des fictions qui ont effacé presque entièrement le souvenir de la vérité.

H arrive pareillement que les conceptions religieuses et morales d'époques différentes sont données comme les créations d'hommes remarquables, qui se trouvent alors représenter moins l'esprit de leur temps que celui des siècles postérieurs qui ont refait et enrichi leur histoire. Ce fut le cas pour le personnage dont nous voulons étudier particulièrement la vie dans ce travail.

A la fois purificateur et thaumaturge, prophète et réformateur religieux, Epiménide de Crète est un des représentants les plus caractéristiques des idées morales qui remplissent le monde grec à la fin du Vil® et au commencement du VI® siècle avant notre ère. Mais l'époque qui

suivit, subissant l'influence de doctrines religieuses et philosophiques nouvelles, lui attribua des qualités qui lui étaient originairement étrangères. La légende, favorisée par la vénération dont jouissait le prêtre crétois, prit plus d'extension, grâce an courant de mysticisme qui se développe en Grèce au VI* siècle.

Incapables de faire la lumière sur Thistoire d'Epiménide, les biogi*aphes anciens, séparés de lui par un intervalle de plusieui*s siècles, se sont surtout attachés à rapporter les événements fabuleux auxquels les traditions orales le mêlaient. Si l'on excepte quelques phrases de Plutarqne, dans la Vie de Solon, c. 12, et la notice de Diogène Laërce (I, 10), l'antiquité ne nous a transmis sur Épiménide que des renseignements épars et souvent contradictoires. La critique moderne a dû remédier à leur insuffisance, en «'efforçant de découviîr ce qu'il y avait d'historique sous ces fables.

Les savants antérieurs au XIX® siècle n'ont guèi-e traité le sujet qu'incidemment, en commentant les auteurs anciens et en s' occupant de chronologie ou d'antiquités religieuses \ Fabricius, en réunissant la plupart des textes où il était question d'Epiménide, facilita les recherches ^ Néanmoins il s'écoula encore près d'un siècle avant que parût une étude générale du sujet : le travail de C. P. Heinrich,

1 Pour la bibliographie antmeure à 1877, voir C. SCHULTESS, De Epiménide Crete^ Bonn, 1877, diss., pp. 15 s.

« Fabricius, BibUotheca graeca, 2àe éd. (1790;, I, pp. 30 s.

Epimenides aiis Kreta, Leipzig, 1801, méritoire pour r époque, présente de nombreuses lacunes et des interprétations erronées. Les progrès accomplis par la science de l'antiquité grâce aux travaux de Lobeck, d'OTFRiED Mûller, de Preller, de Curtius et d'autres sur la religion, la mythologie et l'histoire grecques, rendaient une nouvelle étude nécessaire : la question fut reprise en 1877 par Carl Schultess, dans une dissertation inaugurale, à laquelle l'Allemagne savante a fait bon accueil, mais qui ne laisse pas d'être incomplète \ Autant les jugements de Heinrioh sont parfois téméraires, autant les opinions de Schultess sont pradentes et pleines de réserve : il n'admet comme absolument historique que l'airivée d'Épiménide à Athènes après le sacrilège cylonien.

Malgré ces recherches, le désaccord continue à subsister entre les savants sur le caractère et l'époque du personnage. Les uns, invoquant l'incertitude et le caractère fabuleux de la tradition, ont effacé Épiménide du nombre des figures historiques '. ^ Quelle réalité attribuer, en effet, à

^ U(S£NEB) dans le PhilologUcher Anznger, IX (1879), pp. 261 88. — Nous ne citerons que pour mémoire le travail de G. Babone, Epiménide di Creta^ Naplcs, de Angelis, 1880; Fauteur s'inspire surtout du travail de HSINRICH et ne connaît pas la dissertation de C. Schultess. Voir le compte rendu que ce dernier en a donné dans la Philolog. Bundschaxi, I, pp. 397-402.

* B. NiESE, Historische Untenuchungen Arnold Schaefer ... gewidmet, Bonn, 1882, pp. 12-15. — J. Tœpffeb, Attiache Généalogie, Berlin, 1889, pp. 136-145. — BOUCHÉ-LeclkrOQ, Sistoire de la divination dans raniiquitêy Paris, 11 (1880), p. 99. — Cf. p. 4 n. 3.

un homme qui vit deux ou trois siècles, et qui passe cinquante ans à dormir ? „ Les autres le regardent comme un purificateur célèbre dont le caractère originel a été de bonne heure effacé par la légende. Parmi eux, quelques-uns ont admis la donnée de Platon (Lois, I, 642 D), diaprés laquelle Épiménide serait venu à Athènes dix ans avant les guerres médiques ^ ; mais la plupai't, conformément à la tradition généralement suivie dans l'antiquité, ont placé cet événement un siècle plus tôt '. Jusqu'en 1890, cette dernière opinion ne pouvait invoquer que des témoignages postérieui^ à l'époque alexandrine. La découverte de la République des Athéniens d'Aristote a permis d'en confirmer l'exactitude, en même temps qu'elle démontrait le caractère historique d'Épiménide. Plusieurs savants ont néanmoins continué à soutenir que le purificateur d'Athènes est un personnage mythique ^ D'autres, acceptant comme réelle l'existence d'Épiménide, ne sont

^ G. Lœschckb, De Pausaniae descriptione urbis Athinarwn quaestioneB, Dorpat, 1883, pp. 23 88. — L'opinion de LŒSCHCKB a été admise par C. ROBBRT, dans Prellbb, Oriechische MythologiCy I^, p. 146 n. 1, par Otto Kbbn, De Orphei, Epimenidia, Pherecydis theogoniiSy Berlin, 1888, p. 80, par G. FOUQÈBES, Mantinée et VArcadie orientale^ Paris, 1898, p. 327 ( t par G. Db Sanctis, 'AxOt^, storla délia Repubblica Ateniese dalle Origini aile riforme di Clistene, Rotre, 1898, p. 281.

* E. CUBTIUS, QriechUche Geachichte, P (1887), pp. 310 s. — Cf. Stadtgeachichte von Aihen, 1891, pp. 63 s. — M. DUNCKER, Geschichte des Alterthums. VI (1882) p. 148 n. 3 (à la fin).

' WILAMOWITZ, Euripides' Hippolytos, Berlin, 1891, pp. 224, 243 8. — K. Mbteb, Geschichte des Alterthums, Stuttgart, II (1893), § 400 n. et 460 n.

pas d'accord soi* le moment de son intervention en Attiqne \

En présence de divergences anssi prononcées, nons avons cm, malgré l'obscurité qui enveloppera toujours l'histoire d'an personnage semblable, qu'une étude fondée avant tout sur l'examen des sources ne serait pas sans utilité.

Dans la première partie de ce travail, nons tâcherons d'établir autant que possible l'ancienneté et la valeur des différentes traditions. Après avoir ainsi déterminé les détails qui ont été introduits postérieurement dans la vie d'Épiménide, nous pourrons, dans la seconde partie, exposer l'idée générale que l'on peut se faire du prêtre crétois, en quoi cette figure particulière appartient à la légende et pai* quels faits elle se rattache à l'histoire.

1 P. G. Kenyon, 'AÔTivaiwv itoXtTEia, 2de édit.. Londres, 1891, chap. 1, n., maintient la date de 596 (oljmp. 46, Euseh, Chronic, éd. SCHOSNB, II, pp. 92 s.) — H. DiBLS, Ueber Epimenides von Kreta, dans les Sitzungsherichfe der Berliner Akademie, 1891 (pp. 887-408), p. 388 n. 1, fixe Tévénement à la fin du VU* siècle. — J. H. Wright, The date ofCyîon {Harvard Studieê, III, 1892), Boston, Ginn et G», p. 70, admet la date de 615. ~ E. ROHDE, Pêyche^ Fribonrg, II* (1898), p. 98 n. 1, est tenté de suivre l'indication de Suidas d'après laquelle 'Èpiménide aurait purifié la cité athénienne vers Tan 604 avant J.-G. — A. Baueb, Forschungen zu Ariatoteles 'AOT^vaicov iroXtxEia, Munich, 1891, p. 44, croit qu'Épiménide est venu à Athènes avant la législation de Dracon, c'est-à-dire avant 621.

ETUDE PRELIMINAIEE

La vie d'Épiménide par Diogène LaBrca

Une des tâches les plus ardues de la critique des sources est de rechercher par quels intermédiaires ont passé les multiples renseignements que la compilation de Diogène Laërce renferme sur les philosophes anciens.

Sans compter que l'ouvrage est postérieur de plus de deux siècles à notre ère et que son auteur manque de toute méthode scientifique, la plupart des traités qui ont servi à l'élaboration du recueil sont perdus ou ne nous sont parvenus qu'à Vétat fragmentaire.

La difficulté du travail, augmentée encore par l'absence d'édition critique ', n'a pas empêché la formation de plusieurs théories dont l'exclusivisme est le principal défaut. Pour ne pas remonter au delà de 1 650, nous ne citerons que l'opinion de F. Nietzsche, qui considère les Vies des philosophes de Diogène Laërce comme un abrégé de l'ouvrage de Dioclès de Magnésie,

* Cette lacoQQ sera bientôt comblée par les soins de M. Martini. Celui-ci a bien voulu nous communiquer les leçons des principaux manuscrits pour la vie d'Épimënide composée par Diogène Laërce. On trouvera de précieux renseignements sur les manuscrits et les éditions de Diogène Lnërce dans la dissertation de M. Martini, Analecta Lacrtiana^ Leipzig, 1899.

'E7t'.opo(XT, Q'AoTOîJiov (!•' 8. av. J.-C), augmenté d'extraits des ouvrages de Favorinus, et celle de M. Maass, qui a fait du recueil intitulé Recherches sur tonU* sorte de choses (TLoLVzoùxwri loTopia) et des Mémoires (*A7ro}jLvr,ijLove'j[xaTa) de ce dernier auteur la source capitale, pour ne pas dire unique delà compilation ^

On peut remarquer chez ces érudits un esprit de système qui les amène souvent à rechercher pour les faits les plus simples des interprétations compliquées, dans Tunique bat de confirmer leur thèse; ils ont aussi le tort de mettre sur la même ligne les différents livres de Touvrage de Diogène Laërce, alors que l'auteur qui a servi pour certaines parties. peut avoir été entièrement négligé pour d'autres. Ainsi, s'il est reconnu que pour le sixième livre de son ouvrage Diogène a beaucoup emprunté à Dioclès, on ne peut guère pour le reste que formuler des hypothèses, le biographe omettant de citer ses sources ou les désignant vaguement par les mots ol (Jiiv, ol oé ou oXXot.

Envisagée dans son ensemble, l'œuvre de Diogène Laërce est une compilation dont les matériaux sont principalement empruntés aux études de biographie et de doxographie de la période alexandrine et même du premier siècle après notre ère *.

* P. Nietzsche, Bhein. Mua., XXÏII (1868), pp. 63288.; XXIV, pp. 181 88. (voir surtout le chap. IV); XXV, pp. 217 88. — £. Maass, De biographis graecis quaeationes selectae {Philol, Untera, III), 1Ô80. Voir aux pages 3-7 de ce travail, l'exposé et la critique des opinions antérieures.

* F. Bahnsch, Quaestionum de Diogenis Laertii fontibua initiaj Gurabinnen, 1868, p. 45. Fbrudenthal, Hellenistische Studien, III, Berlin (1879), p. 316, a Réfuté la thèse de Fr.

Nietzsche.

Cette multitude de renseignements supposerait une immense somme de travail, si Diogàne Laërce n'avait mis à profit les traités de nombreux devanciers. L'ordonnance générale de son Histoire remonte, à travers plusieurs intermédiaires, jusqu'au biographe alexandrin Sotioh, auteur d'un grand ouvrage sur la Succession des philosophes (AtaSo'/T, twv ©'.Xoto^v) *. Diogène semble avoir pris comme base de son travail une édition remaniée de cette œuvre originale et l'avoir complétée au moyen d'extraits d'études postérieures. L'analogie qu'oJSrent certaines données anonymes de Diogène avec des renseignements empruntés par Athénée à Nicias de Nicée, un des continuateurs de la tendance inaugurée par Sotion, a permis à M. TJsenbb de supposer que Nicias est l'auteur de la compilation suivie par Diogène Laërce; les ouvrages de Démétrios de Magnésie, de Dioclès et de Favorinus n'auraient servi qu'à le compléter *.

Cette opinion a pour elle le fait très curieux que Nicias de Nicée n'est pas cité une seule fois dans tout le recueil, alors que nous y trouvons mentionnés plusieurs auteurs d'ouvragos semblables. Mais, comme Diogène Laërce rapporte des renseignements d'écrivains qui sont postérieurs à Nicias et qu'il n'a pas compulsés,

' V. Egger, De fontibus Diogenis Laertiij Bordeaux, 1880. — SuSBMIHri) Oesch. der griech. fAtferatur in der Alexandr. Zeit,

Leipzig, I, 1891, pp. 496 8. Cf. II. DiELS, Doxographi graeci

1879, Berlin, p. 147.

* USENER, ^picurf a, Leipzig, 1887, pp. XXII-XXXVII; id., Die Vaterlage des Laertius Diogenes (Sitzungsber, der BerL Ak, 1892), pp. 1023 8., approuvé par BiDEZ, Biographie d'Empédocle, Gand, 1894, p. 2.

il est probable que son modèle est de date plas récente '. Au reste, en trouvât-on l'auteur, le problème des sources de Diogène Laërce serait loin d'être résolu : au lieu de rechercher à qui il a emprunté ses données, il faudrait faire semblable étude pour le compilateur qu'il a suivi.

Diogène Laërce n'a compulsé qu'une faible partie des ouvrages qu'il cite : de six données qu'il emprunte à Hérodote, une seule concorde avec ce que nous lisons chez l'historien '. On doit donc se méfier de la valeur des renseignements d'un écrivain qui attribue à ses auteurs des opinions qui leur sont étrangères. De semblables erreurs ne sont pas toujours, il faut le dire, le fait de Diogène Laërce lui-même; elles proviennent souvent des intermédiaires qui le séparent de sa source; mais il a eu le tort de ne pas se reporter à l'original, en admettant qu'il ait toujours pu le faire.

Sous ce rapport, la Vie ctEpiménide ' éclaire singulièrement les procédés du compilateur. On remarque tout d'abord, dans l'exposé, un manque de suite auquel il eût été facile de remédier. Comme la plupart des biographies, elle débute par l'indication de la parenté et de la patrie du personnage ; l'auteur raconte ensuite le sommeil merveilleux de cinquante-sept ans dans une caverne (§ 109) et, après avoir traité de la purification d'Athènes et de

1 WlLAMOWITZ, Eomerische Untersuch.y p. 240, n. 4, prétend que le modèle de Diogèae Laërce est postérieur au règce d'Hadrien. L'époque de Nicias de Nicée qui n*est cité que chez Athénée est douteuse. USENER, L c, p. 1033, le place au premier siècle do notre ère, tandis que SUSEMIHL. o. c, I, p. 505, semble le placer au second siècle avant J.-C.

* HÉRODOTE. III, 48 -= Diogène Laërce, I, 95. Ailleurs Diogène Laërce tronque ou rmpliâe les données d^Hérodote.

' Diogène LaÊRCS, Vies des Philosophes^ I, ch. 10, §§ 109-115.

rage d'Épiménide (§§110, Ul), il interrompt (§112) rénumération de ses ouvrages pour rapporter quelques détails entièrement étrangers à ce sujet * et donner une explication du sommeil dont il a parlé précédemment. Si Diogène Laêrce revient ainsi à un exposé qae Ton croyait fini, c'est que son auteur y revenait également ou qu'il utilise une source nouvelle lui permettant de compléter la précédente. Dans Tun comme dans l'autre cas, sa copie a été si scrvile qu'il ne s'est pas même donné la peine de rapprocher deux données connexes *. Cette dispersion de détails, que l'on s'attendrait à voir réunis, montre que Diogène Laêrce ou son modèle dépouillait successivement les sources qu'il avait sous la mr.in, complétant l'une par l'autre. L'emploi d'un pareil procédé explique la présence de détails identiques répétés à peu de distance. Si Diogène Laêrce mentionne au § 115 la prédiction de la défaite des Lacédémoniens par les Arcadiens, rapportée précédemment (§ 11 4), c'est qu'il met à profit deux sources différentes ; en ajoutant xx9à TipoeipTiTai, il indique qu'il a remarqué cette répétition, sans avoir cru nécessaire de l'éviter '.

^ Ces détails sont : la consécration du temple des Euménides, à Athènes ; la purification des maisons et des champs, etc.

* Si Ton admet Topinion de M. USENZR, indiquée plus haut (v. p. 9), on pourrait attribuer ce désordre aux copistes ignorants qui, suivant lui, avaient été chargés par Diogène Laêrce de ^ordonnance de son manuscrit ; les détails qui interrompent la narration seraient dos notes insérées un peu à tort et à travers dans le texte primitif. Cf. BiDEZ, o. r., pp. 2 et 90.

' Les deux traditions ne sont pas entièrement semblables ; d'après Tune, la prédiction avait été faite aux Lacédémoniens, «raprès l'autre, aux Cretois. Mais il est douteux que cette différence ait décidé Diogène à faire cette répétition. Le texte est

La forme des citations de Diogène Laërce laisserait croire que la plupart des détails do la monographie sont empruntés directement à des auteurs de date et de valeur fort différentes. Mais, nous l'avons dit (page 10), le compilateur ne lit guère dans l'original les ouvrages qu'il cite. Aussi, l'ordonnance primitive de la biographie d'Epiménide n'est pas de Diogène. Nous allons voir qu'elle a pour auteur le biographe alexandrin Hermippe deSmyme *.

Avant d'examiner le contenu même de la notice de Diogène Laërce, nous énumérerons les indices qui permettent d'attribuer à Hermippe sa disposition originale :

1. Vers l'an 200 ayant J.-C, Hermippe, un des premiers compilateurs alexandrins, réunit d'une manière systématique toutes les traditions relatives aux hommes célèbres. Disposant de la bibliothèque d'Alexandrie, il remanie et complète les catalogues (tcivxxe;) de son maître Callimaque. Il y substitue notamment l'ordre chronologique à Tordre des matières, et avec ces données il compose un recueil de biographies (Btoi twv ^v TtaiSsia SiaXajjLtjxivTwv •). On doit donc s'attendre à trouver chez lui tout ce que l'on connaissait au troisième siècle avant

d'ailleurs peu sur; Ublichs, Rhein. Mua.jYl (1848) p. 219, lit an liea de KpT^vt le mot ot)9i\ qui est beaucoup plas naturel.

* Voir le tableau à la fia de cette étude préliminaire, p. 38.

* LOZYNSKI, Hermippi Smymaei fragmenta, dissert., Bonn, 1831. — G. Wachshuth, du pinakographische Thàtigkeit des Kaîlimachos, dans le Phiîologus, XVI (1860), pp. 1B3 ss. — F. Nietzsche, Ehein, Mun., xxiv (1869), pp. 190 s. — Susemihl, Geach, d. g. L. ». d. Alex. Zeit, I, p. 492, conteste le titre traditionnel de l'ouvrage d'Hermippe.

notre ère sur tel oa tel grand homme; or, nous le verrons, la légende d'Épiménide est achevée à cette époque.

2. Hermippe s'était particulièrement occupé des Sages, personnages dont Ëpiménide est contemporain ; le traité des Sept Sages (uepl tcov kirzk <to^v) formait une partie de son grand ouvrage. Hermippe termine notamment le roman de Selon, considéré dans plusieurs traditions comme l'ami d'Épiménide '.

3. A notre connaissance, Hermippe est seul à admettre, après Léandros de Milet, les titres d'Epiménide à la qualité de Sage. Hippobotos ne rapportait pas cette tradition *, et l'opinion des autres compilateurs ne nous est pas connue. Oii sait que les listes sont fort différentes et que quatre noms seuls figurent dans toutes les énumérations.

4. Enfin Hermippe avait écrit une Vie cP Ëpiménide ; le fait est certain, puisque nous en avons conservé deux fragments, tandis que pour la plupart des autres biographes, on ne peut que le supposer '.

* Diogène Laêrce cite le rspt tûv Intà vocpcôv dans les monographies de Thaïes, de Chilon, d'Anacharsis, de Myson et de Phérécyde. Cf. WlLAMOWlTZ, Antigonos von KarystoSy p. 150, et id., HermtBy XXV (1890). zh Plutarchs Gaatmahl der sieben Weisfnf p. 226 et n. 1.

* DlOG. LaëRCE, I, 42. G. Rœpeb, Zu Laertios DiogeneSy I, dans le Philologue XXX (1870) p. 567 ss., croit qn'Hippobotos avait écrit T^rtjiEvfôriV an lieu de 'E7:î)rapp-ov, nom que Ton ne 8*attend pas à rencontrer parmi les Sages. Mais l'explication qn*i] donne de cette confusion nous parait peu probable.

» Fragm. Hiat Qraec,, éd. Mt)LLKR, III, p 37, fr. 8 (Diog. Laêrce 1, 42); ibid., p. 40, fr. 18 (Proclus in Hesiod. Opéra et Dies V. 41). Cf. SCHULTBSS, 0. c, pp. 9 s. et infra, p. 73.

L'examen du premier livre de la compilation de Diogène, consacré nobam:nent à la biographie des Sept Sages, ne contredit pas notre thèse : les citations d'Hermippe y sont au nombre de sept (I, 8 ; 33, 42 ; 72 ; 101 ; 106; 117); pour les trois premières, Diogène Laërce indique le traité d'Hermippe d'où chacune d'elles est tirée. La sixième citation (I, lOG) est due à Sosicrate, circonstance qui semble indiquer que Diogène n^a pas consulté Touvrage d'Hermippe dans l'original '.

Des biographes anciens, Hermi]^pe est donc celui qui convient le mieux pour l'attribution du plan primitif de la monographie d'Épiménido conservée chez Diogène Laërce. L'examen de cette dernière confirmera notre opinion et les indices déjà signalés en sa faveur.

Diogène Laërce ne cite pas une seule fois le nom d'Hermippe dans le chapitre consacré à Epiménide; mais des auteurs qu'il mentionne, les uns, tels que Théopompe, ont été mis à profit par le compilateur alexandrin, et les autres qui lui sont postérieurs, tels que Sosicrate, ont très peu ajouté à son recueil. Il est même probable que les détails rapportés par Diogène Laërce d'après ces derniers avaient déjà figuré chez Hermippo.

ïhéopompe, cité en premier lieu, est l'éciivain à qui

* Pbinz, De Solonis Plntarchei fonfibus, dis»., Bonn, 18G7, p. 3G : (( Constat Laertium praecipue Hermippum aecutum esse^ nec vero ipse illins libros legisse videlur, sed Favorinum^ Apollodonim, Sosicratem cxccrpsit, qui ex Hermippo hauBerant. » Cf. F. Bahnsch, 0. c, p. IG. — WlLAMOWlTZ, llotner, Unterj.^ p. 240, n. 4, croit qu* « entre Hermippe et Diogène Laërce, il y a au moins deux intermédiaires ».

Diogène Laërce semble avoir le plus emprunté pour la Vie cCÉpiménide. Nous ne le voyons nulle part aussi souvent mentionné.

Au début de la notice, Diogène Laërce indique, d'après Théopompe et d'autres écrivains, l'origine d'Epiménide. Il raconte ensuite son sommeil merveilleux, sans mentionner la source de ce renseignement. Mais un indice montre à toute évidence qu'elle n'a pas changé. Le même récit se retrouve, en eflFet, chez le paradoxographe Apollonios qui, lui, cite Théopompe, et chez Pline qui a rapporté d'après le mc»rae auteur, l'âge d*£piménide *.

De p!us, la première partie du § 115 est due à Théopompe; Diogène le reconnaît lui-même à deux reprises. Lg compilateur n'a cependant pas eu sous les yeux le texte original : c'est ce que Bahnsch a établi pour la plupart des citations de Tbéopompe conservées chez Diogène Laërce '. L'examen de la Vie (VEpiménide nous mènera à la même conclusion.

Pour le premier renseignement, concernant l'origine d'Épiménide, l'accord entre Diogène Laërce et Suidas est à peu près complet, comme le montre le parallélisme suivant :

Diogèno Laërce I, 109 Suidas s. v. 'ËTcip.svtdT)ç

'EttijjlsvîÔtjc TuaTpôç (Jiiv ^v *E7rijJLSVt07j; ^otfffxou î\ AojiaSou

4>atTcto'j • ol Se AcoTidiSou • ol 8è î) 'AYîaadtpyou ulôç xal [XT^xpà^

Wyr^dipyo'j ' KpT); to ys'vo; àizà BXajTa;, KpTj; aTro KvuxraoO. Kvcoao'oû.

* Apollonius, Historiae mirabilis, c. 1, éd. KcLLEB. Berum naiuraliuin sa^ip tores graeci minores^ I®»" vol. (1877) : BôOTcofjiTco; V* zoTiz îjTopi'aiç i'KvzpvfUi^i ti xaxà tottou; Ox-jjiâj'.a. PLlNE, Nat. Hist., VU, 48 (151) et'52 (175).

* Bahnsch, o. c, pp. 13 s.

Détail curieux, des deux compilateurs en présence, c'est le dernier en date qui est le plus explicite ^ Cette circonstance, qui se répète pour de nombreux passages, a permis à F. Nietzsche d'établir qu'Hésychius, l'auteur de Suidas, n'avait pas utilisé l'ouvrage de Diogène Laêrce, mais que l'un et l'autre avaient puisé différemment à une source commune '. Cette source, Démétrios de Magnésie, comme le croit Nietzsche, ou Favorinus, comme M. Maass tâche de le montrer ^, n'est en tout cas pas antérieure au second siècle avant notre ère. II est par conséquent admissible qu'elle a servi d'intermédiaire entre Théopompe reproduit par Hermippe et Diogène Laêrce. Ce dernier n'a donc pas lu le texte original.

On pourrait en faire la preuve pour les autres citations. Les trois versions capitales du sommeil d'Épiménide, unanimes sur le fond de l'événement, ne sont pas d'accord sur une de ses circonstances. D'après Apollonios, Epiménide s'égara à la tombée de la nuit; suivant Pline, ^ l'enfant s'assoupit dans une caverne, fatigué par la chaleur et la marche „ ; Diogène Laêrce, enfin, rapporte qu' " Epiménide perdit son chemin vers midi „. Ces divergences^ si légères soient-elles, n'en sont pas

1 Casaubon croit quMl faut introduire dans le texte de Diogène Laêrce les mots {xT^xpè; Se BXaTra^, pour que irzTpôc (acv... ait un terme correspondant (HtÎBNEE, Comment inDiog. J aertyJ, p. BO).

« Nietzsche, Bhein.Mu8,,XXiy (1869) pp. 210-225. W.Volk-

MANN, Quaest'onum de Diogène Laertio cap. I. De Dingene Laertio et Suida^ Breslau, progr., 1890, p. 9.

' E. Maass, De biographie graecis quaestioncs aeltctae^ p. 87 et pp. 114-119. Cf . Wjlamowitz, ibid.y p. US et W.VOLKMANN, 0. c, p. 10.

moins caractéristiques: elles prouvent qu'aucun des trois écrivains n'a lu Théopompe dans l'original et qu'ils ont puisé à des sources différentes dérivées de lui. ApoUonios emprunte son exposé à Bôlos de Mendès *. Cet auteur du troisième siècle avant notre ère avait soigneusement dépouillé les historiens dans le but de former un recueil de récits merveilleux *. Or le huitième livre de V Histoire philippique^ de Théopompe, était rempli de ces détails extraordinaires; parmi eux figurait la légende du sommeil d'Ëpiménide. Etant donné le but spécial qu'il poursuivait, il est fort probable que Bôlos a reproduit fidèlement le texte dont il faisait des extraits. Sa version que nous retrouvons chez Apollonios, est donc celle qui représente le mieux le récit de Théopompe. Il suit de là que Diogène, étant en divergence avec Bôlos, ne puise pas directement son exposé chez Théopompe.

Une autre preuve non moins convaincante de ce fait est fournie par le contenu du § 111 . Loin de mentionner Théopompe, Diogène Laërce se trouve ici en contradiction avec lui; il rapporte qu'au dire des Cretois, Épiménide vécut deux cent quatre-vingt-dix-neuf ans, tandis que, suivant Bôlos reproduit par Apollonios, Théopompe avait prétendu que les Cretois attribuaient cent cin-

* C'est ce qu'indique le lemme BcuXou placé au début du traité d'Âpollonios. 0. Kblleb, /. c, en a le premier donné une interprétation exacte.

* D'après Suidas, s. y. BûXoc, l'ouvrage de ce paradoxographe était intitulé icept Oaufxoiaicov ou nepl tûv £x ttj; àvayvcoffEbX Tbiv toTopiôiv £ic £iTÎ9Ta9iv ^}jlS< àydvTCDV. Cf. Odeb, Bhein. Mus.^ XLY (1890), pp. 73 88. ; DiBLS, Epim. von Kreta, l. c, pp. 893 8. ; SUSBMIHL, 0. c, I, pp. 482 s. et App. n. 128 ; Wbllmann, dans Pauly-Wissowa, Real Encyelop., s. v. Boloa.

-laquante ans à leur compatriote *. Ici encore Diogàne Laërce n'a pas lu le texte original *.

Enfin au § 115, Diogène Laërce rapporte, d'après Théopompe, qu'Épiménide était devenu vieux en autant de jours qu'il avait dormi d'années; ce détail, que nous lisons aussi chez Pline (N. H., YII, 52), avait sa place indiquée à l'endroit de la monographie où il était question du sommeil d'Épiménide (§ 109) ou de sa mort (§111); si le biographe ne l'a pas mentionné alors, c'est qu'il n'a pas compulsé l'ouvrage de Théopompe et qu'il le connaît grâce à un nouvel auteur ^

Il est difficile d'établir d'une manière certaine la série des écrivains qui se sont transmis le récit de Théopompe depuis le quatrième siècle avant notre ère jusqu'au troisième après J.-C.

1 . Une des étapes de la tradition fut marquée, semblet-il, par l'édition des 9a'j|jLàTia de Théopompe, recueil de fables empruntées surtout au huitième livre de son Histoire philippique *. Ces légendes formaient une des longues digressions dont l'historien était coutumier. Il est peu probable qu'il les ait lui-même extraites de son ouvrage; en tout cas, la collection

i MÛLLEB, Fragm, Hist. Giaec.y I, p. 288, fr. 69 et n. 11 faat peut-être corriger, avec les éditears, 150 en 157. Cf. Plinb, Nat HÎHt., VII, 48 (154) et Valèrk Maxime, Facta et dicta memorabilia, VII, 18, 5.

' Il faut toutefois remarquer que le renseignement de Diogène Laërce parait plus conforme au caractère général de la légende; il est assez vraisemblable, en effet, que les Cretois aient exagéré la longévité réelle d'Épiménide.

' Cf. supra, p. 11. Bahnsch, o. c , pp. 13 s. et 21. * Prtradoxo^rapAi ^racci, éd. Wkstermann, Brunswick, 1843, pp. L ss. — MiJLLEB, Fragm, Hist, Grâce, I, p. LXX et 288.

est antérieure au second siècle avant notre ère, puisque Apollonios qui la cite dans ses Histoires merveilleuses (chap. 10), n'a pas utilisé de source postérieure à ce siècle '. Elle appartient à un genre littéraire nouveau consistant à rechercher chez les anciens écrivains les légendes peu connues et les récits les plus extraordinaires. Introdaite par Callimaque et Bôloj, continuée par plusieurs écrivains de la période alexandrine. cette tendance fut préjudiciable à l'histoire. Les anecdotes refoulèrent dans l'ombre les traditions véridiques et donnèrent notamment à la biographie des philosophes le caractère que nous retrouvons dans la compilation de DiogèneLaërce : désormais les auteurs vont recourir aux recueils de récits merveilleux pour suppléer à la sécheresse des données historiques.

2. La collection des 6a'j|jLà7'.a de Théopompe date de la même époque que la compilation d'Hermippe ; on peut affirmer que ce dernier lisait encore Théopompe dans l'original. Nous ne retrouvons cependant sous le nom d'Hermippe aucun des détails que Diogène rapporte d'après Théopompe ; mais comme ceux-ci ne sont pas cités par Diogène sous une autre autorité que celle de Théopompe, rien n'empêche de considérer Hermippe comme un des nombreux intermédiaires qui séparent le compilateur de l'historien du quatrième siècle *. Nous croyons même pouvoir montrer qu'Hermippe a lu le huitième livre de V Histoire philippigue. Dans son introduction (If § 8), Diogène écrit : ©Tio-l Zk toOto xal "EpjjitTïTîoç

^ SUSEMIHL, Oesch, d, g. L, i. d. alex. Zeit, I, pp. 478 sa. WlLAMOWlTZ, Ântig, V. Karyst^ p. 25.

* Apollonios et Pline ne citent pas d'autre source que Théopompe. Cf. supra j p. 15.

iv T(j) icpa>T({> TTepl Mdcycov xal EtiSo^oç ev t^ nepioocj) xxl Oeoicoixhoç h TT^ dySôr^ T(i5v •&t).».7:7rtxwv. Comme Hermippe est le plus récent des trois auteurs cités, c'est à lui que Diogène Laôrce, ou plutôt son auteur, emprunte les autres indications. Le procédé est conforme aux habitudes des compilateurs : ils font croire à leurs lecteurs qu'ils ont dépouillé plusieurs auteurs, alors qu'ils n'en ont compulsé qu'un. Hermippe avait lu le huitième livre de l'ouvrage de Théopompe et y avait trouvé les détails que nous lisons chez Diogène.

3. Entre Hermippe et Diogène Laërce, il y a eu plusieurs intermédiaires. Les auteurs de Successions des philosophes (ÀiaSo^al tuîv f iXocrofcov), qui avaient inséré une Vie cPEpiménide dans leurs ouvrages, se bornent à répéter les données d'Hermippe, en y ajoutant fort peu de chose. Il n'ont guère complété l'ouvrage de celui-ci que pour la biographie des personnages postérieurs. Nous signalerons parmi eux Démétrios de Magnésie et Phlégon de Tralles, les écrivains les plus récents qui soient cités dans la monographie. Diogène a mis leurs ouvrages à profit : il mentionne le premier à deux reprises (1, 112 et 114), tandis qu'il ne rapporte, d'après le second, que l'âge d'Épiménide (1, 111). Cette différence tient au caractère même de ces deux sources. Dans son traité Sur les poètes et les prosateurs homonymes (icepl 6|ji(t>vu|JLb>v TcoiT^TÔSv xal a>uYYpacpé(i)v), Démétrios avait consacré un chapitre aux écrits d'Épiménide ^ Le but spécial de son travail, qui était de parer aux inconvénients de l'homonymie en littérature, ne lui permettait pas de traiter à fond la partie biographique. Cependant,

^ Diogène Laërce lai-méme nous le dit (1, 112).

à en juger par le détail particulier que Diogène Laërce (1, 114) nous rapporte d'après elle, la notice de Démé trios devait renfermer des données assez nombreuses de la légende d'Ëpiménide, empruntées à la compilation d'Hermippe *.

On ne peut en dire autant du traité de Phlégon de Tralles intitulé : De ceux qui ont vécu Icyngtenips (icepl [xaxpo^icov) '. Cette liste de noms répartis en catégories n'avait pu fournir au compilateur d'autres renseignements que celui qu'il nous a laissé : d'après Phlégon, Épiménide vécut cent cinquante-sept ans. Ce chiffire est d'accord avec la citation de Théopompe, que nous trouvons chez Pline et chez Yalère Maxime ; la donnée de Phlégon dérive donc vraisemblablement de Théopompe. Mais il est douteux que ce soit par l'intermédiaire d'Hermippe; car dans son Recueil de prodiges (Oau(xa(T{ci>v auvaycop^), Phlégon cite les Histoires merveilleuses d'ApoUonios '. Or ce dernier mentionnait l'opinion de Théopompe. Nous pouvons donc considérer Apollonios comme la source de Phlégon.

Diogène Laërce compulse-t-il cet ouvrage de Phlégon, qui n'est antérieur que d'un siècle à son époque ? C'est peu probable; car il ne le cite qu'ici, alors qu'il aurait eu d'autres occasions de le faire ^ Il en doit sans doute la connaissance à Favorinus.

< NlBTZSCHE, Bkein. Mus., XXIV (1869); pp. 185 s. — WiLA- MOWITZ, Antig, v. Kar., p. 327, n. 7.

' MÛLLBB, Fragm. Hiat Oraee.y III, pp 602-624.

> WSSTEBMANN, Paradoxographi graeciy p. 136, 1. 12. Cf. MÛLLSB, /. c.

^ Pour l'âge de Démocrite, Diogène Laërce (IX, 39) n'indique pas de chiffre certain, alors que Phlégon attribue cent quatre ans

Diogène n'a pu rien tirer non plus du Recueil de prodiges de Phlégon. Au premier chapitre de ce traité, il était question d'une légende analogue à celle du long sommeil d'Épiménide; mais cette dernière n'y est pas racontée, bien qu'elle y eût été de mise.

En résumé, pour la transmission des données merveilleuses que Théopompe rapportait à propos d'Épiménide, on peut reconnaître deux courants parallèles: d'une part, les auteurs de biographies tels qu'Hermippe et Démétrios de Magnésie; d'autre part^ les paradoxographes, tels que Bôlos de Mendès et Âpollonios.

Après avoir raconté le sommeil d'Épiménide, Diogène Laêrce rapporte l'épisode le plus important de sa vie, la purification d'Athènes : au commencement du VI" siècle (ol. 46 = 596 avant J.-C), la ville, affligée de la peste, réclame l'intervention du prêtre crétois qui fait cesser la contagion par différentes cérémonies expiatoires (I, §§110s.).

Diogène ne cite pas la source à laquelle il emprunte son récit. Mais rien ne nous empêche de croire que c'est toujours Théopompe *. En effet, nous ne savons pas d'ailleurs que celui-ci eût rapporté de cet événement

au philosophe (v. MÛLLEE, Fr. Hist. Graec , III, p. 609). Cf. Bahnsoh, 0. c, p. 52. Il n'y a cependant pas contradiction entre les deax données paisque Diogène reconnaît que Démocrite vécut plus de cent ans.

* LCBSCHCKB, De Pausaniae descriptione.,. p. 24, place Parrivée d'Épiméaide à Athènes vers Tan 500 et considère la date de la 46e olympiade comme une addition de Diogène Laërce, ou d\ine de ses sources immédiates, au récit de Théopompe. Cf. fiifpra, p. 4, n. 1.

une version différente '. La seule difficulté est que Théopompe attribuerait ainsi à l'apparition de la peste la visite d'Épiménide, tandis qu'Aristote, au début de la République des Athéniens^ considère le sacrilège cylonien comme la cause de son intervention. Nous nous attendrions à trouver chez ces deux auteurs contemporains une tradition commune. Peut-être faut-il voir dans ce détail do Diogène Laërce, confirmé seulement par Maxime de Tyr *, une addition due au souvenir d'événements postérieurs ou empruntés à la légende d'autres thaumaturges ? Aucun écrivain antérieur à notre ère ne nous dit, en effet, que la peste ait éclaté à Athènes vers la fin du VII* siècle. Il est possible cependant qu'un fléau de ce genre ait sévi alors en Attique et que les esprits timorés l'aient considéré comme un châtiment des divinités outragées par le sacrilège cylonieu et comme un avertissement d'avoir à l'expier. D'ailleurs la nature des détails de la purification, la mention des autels anonymes et, en général, des rites de l'expiation sont bien dans le caractère des anciennes chroniques ('ATÔioei;), comme Théopompe en utilisait pour l'histoire de la cité athénienne.

Hermippe est-il encore ici un intermédiaire entre l'historien et Diogène ? C'est probable, bien qu'il y ait eu de l'un à l'autre des altérations; car le compilateur

* Apollonio» et Pline qui copient Théopompe n'y font pas allusion, parce que cette histoire de la purification d'Athènes ne pouvait figurer dans leur récit : le premier l'a omise dans un recueil consacré au merveilleux, et chez le second elle eût formé une incidente au milieu d'un chapitre où il n'est question que de morts apparentes.

« Maxime de Tyb, éd. Dûbneb (Didot) diss. XXXVIII, 3 : -ztc*

\\OT|Vxta)v iroX'.v xa/.vjjx£VTjV Xoi(X(jj xa: (rcâasi oisJcadaTO sxO'jjafxsvo;.

alexandrin avait plutôt suivi l'opinion des auteurs qui considéraient le sacrilège cylonien comme la cause de la visite d'Êpiménide (1, 110). Hermippe a sans doute connu aussi la tradition qui rapportait le sacrifice de Cratinos et de Ctésibios, puisque Néanthe de Cyzique qui la mentionne est antérieur à Hermippe *.

Diogène Laërce (I, 111) achève le récit de la purification en disant qu'I^piménide refusa l'argent que lui offraient les Athéniens et qu'une alliance fut conclue entre Cnosse et Athènes. Reprend-il, pour ces deux détails, la tradition de Théopompe, ou continue-t-il à suivre les écrivains qui parlaient du sacrilège cylonien ? M. Lœschcke admet la première hypothèse, tandis que M. Diels préfère la seconde '. Dans le récit de Diogène, la mention du sacrilège cylonien et du sacrifice de deux jeunes Athéniens semble former une parenthèse, tandis que le début du § 111 marque la conclusion d'un récit : sous ce rapport, l'opinion de M. Lœschcke est plus vraisemblable. Mais une autre circonstance rend également admissible la supposition de M. Diels : le détail du refus d'argent reparaît chez Plutarque, un des auteurs qui font du massacre des Cylonides la raison de l'arrivée d'Épiménide à Athènes '.

Quant à la seconde donnée, relative à l'alliance entre la Crète et TAttique, nous en retrouvons un écho chez Platon * ; mais cette concordance ne suffit pas^ pour

1 DioaÈNE LaêBCE,!, 110. Néanthe, chez AthÈNÊB, Deipnoa,, XIIT, 602 C, remplace Gtésibios par Ârislodème. Cf. tn/ra, p. 67.

* Lœsohcke, 0. c, p. 24. Diels, Siteungsber. der BerL Ak., 1891, p. 393.

» Plutarque, Solon, c. 12, in fine.

* Platon, Loi*, 1, 642 D. — Beeqk, Funf AbhamlL zurGesch. der griech. Phil. ti. Astron,, p. 76, n. 2, croit que le renseignement do Diogène Laërce remonte à Platon.

admettre avec M. Lœschcke que Théopompe, à supposer que Diogène Laêrce reproduise son opinion, ait connu le même auteur que Platon pour l'histoire d'Épiménide '.

Après le récit du long sommeil, et après celui de la purification d'Athènes, la notice de Diogène Laêrce comprend surtout de courtes citations empruntées à des écrivains d'époques dififérentes.

Le compilateur énu mère d'abord (1,111) les opinions relatives à la longévité d'Épiménide ; il rapporte successivement celle de Phlégon, celle des Cretois et celle de Xénophane de Colophon. Cette dernière était vraisemblablement exprimée au passage où se trouvaient les attaques de Xénophane contre le prêtre crétois *. Mais on ne peut croire que Diogène l'ait copiée dans l'œuvre môme du philosophe, bien qu'il cite des vers de lui dans sa compilation (VIII, 36 iv éXevEia; IX, 72).

La fin du § 111, le début du § 112 et le § 113 sont consacrés aux ouvrages d'Épiménide. Comme nous nous proposons d'étudier dans un chapitre spécial ' les œuvres que l'antiquité connaissait sous son nom, nous nous bornerons à faire remarquer ici que l'existence de quelques-unes d'entre elles est contestée par certains critiques, et que la plupart des renseignements de Diogène Laêrce, empruntés à l'ouvrage de Démétrios

* Voir la réfutatioo de J. Tœpffjsb, AtHsche Généalogie^ p. 1^1 et deDiBLS, /. c.

* DioaÈNB LaêBCB, Et, § 18 : 'AvTi§oÇa<Tai te Xf^exai iè%\r^ xal ri-jOiyop^, xa63']/z96xi Se xxl 'EttijxeviSou.

' Voir la fin de la seconde partie, pp. 118 sa.

de Magnésie, sont peut-être l'invention du faussaire Lobon d'Argos *.

L'énumération des écrits d'Épiménide est interrompue^ dès le début (§ 112), par deux données qui seraient plutôt de mise à d'autres endroits de la biographie : le détail relatif au sanctuaire des Euménides, emprunté à Lobon d'Argos, se rangerait très bien à côté de la relation des cérémonies expiatoires accomplies à Athènes (I, 110); le second détail, qui n'est qu'une interprétation du long sommeil d'Épiménide, a sa place indiquée à la suite de ce récit fabuleux.

Diogène achève la nomenclature des écrits d'Épiménide, en rapportant une lettre de lui au législateur Solon (I, 113). La tradition en connaissait une autre, écrite en dialecte attique; cette particularité avait permis à Démétrios de Magnésie d'en montrer le caractère apocryphe. L'authenticité de la missive (jue nous lisons chez Diogène Laërce n'est pas davantage admissible, bien qu'elle soit écrite en dialecte crétois. Le compilateur l'emprunte ainsi que toute la correspondance apocryphe des Sept Sages à un recueil d'époque tardive. Remarquons que cette lettre est la seule trouvaille de Diogène; ailleurs il se borne à transcrire les renseignements de la compilation qu'il a sous les yeux. Les mots èyw o'eSpov marquent une opposition : " si Démétrios de Magnésie a démontré qu'une lettre attribuée à Épiménide était apocryphe, moi, en revanche, (èyw ok) j'en ai trouvé une qui est authentique. „ Voilà ce que Diogène implique dans l'expression èyù 8' eOpov ; il est tout heureux de

* E. HiLLEB. Die literarische Thàtigkeit der aieben Wtisen^ Bhein. Mus,, XXX TU (1878), pp. 518-529.

cette découverte, parce qu'ailleurs il ne trouve rien. Il n'est d'ailleurs pas certain que Diogène Laërce lui-même soit l'auteur de cette découverte. Comme il copie de très près sa source immédiate, le mot éyw désigne peut-être cette dernière *. Noua remarquerons, en efFet, que le contenu de cette lettre, où il est question de la tyrannie de Pisistrate, est en contradiction avec l'opinion de Phlégon admise par Diogène : si Épiméuide est mort peu après son retour en Crète (1, 111), il n'a pu connaître les événements du milieu du VI" siècle *.

Dars cette partie de la monographie, le rôle d'Hermippe semble avoir été effacé par celui de Démétrios de Magnésie. Hermippe a dû cependant mentionner quelques-uns des ouvrages dont nous retrouvons ici l'indication, en remaniant les catalogues de son maîtie Callimaque.

La fin de la notice (I, 114 s.) est une réunion de renseignements quelque peu disparates dont Diogène Laërce a généralement cité la source; on pourrait même croire qu'à partir des mots evw o'eO^oov (I, 112 in fine)^ il suit une compilation différente de celle qui lui avait servi jusque là. Mais comme plusieurs de ces indications reparaissent chez Plutarque, il y a lieu d'admettre que les deux écrivains ont eu une source commune qui ne peut être qu'Hermippe et que, par conséquent, la notice d'Hermippe est toujours en dernière analyse l'origine du récit de Diogène.

* £. MâASS, De biog, gr., p. 119, croit qae cette lettre est parvenue à la connaissance de Biogène Laërce grâce à Favorinus.

* Cette remarque s'applique oassl à la lettre de Solon à Epiménide (I, 64 s.).

Le parallélisme suivant permettra de mettre en lumière la vraisemblance de notre hypothèse * :

Platarqae) Vie de Solon, c. 12.

('E7r'.{xevt$T,<).

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XpiipLotTa 8i8dvT(ov TcoXXà xat Tip.à( {jieY^Xaç TÛv *A6T)vai(ov, du8âv î\ OaXXàv hzà TT)c Upa^ èXaut^ atTrjvafxevoc xaiXapùv àirfjXOev.

Dîogène Laërce, 1, 110 sa.

§ 110. rv(i)76eU Se irapa toI;

*'EXX7i7t OsocpiXércaTO^ eivat 6ire-

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