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Lettres a Solon

L'antiquité connaissait enfin sous le nom d'Épiménide deux lettres adressées au législateur Solon '. La première, qui ne nous a pas été conservée, traitait de la constitution de Minos, faisant sans doute double emploi avec le traité sur la constitution Cretoise. Démétrios de Magnésie en avait démontré le caractère apocryphe grâce au dialecte. La réfutation très aisée d'ailleurs avait été faite dès la publication de la lettre. Sinon on ne s'expliquerait guère qu'un écrit en nouve attique ait pu rester longtemps attribué à un personnage Cretois du VIP siècle avant notre ère.

Cet insuccès servit peut-être de leçon à l'auteur de la seconde lettre, écrite en dialecte crétois. Il y était question d'événements que le purificateur n'avait pu connaître de sorte que l'inauthenticité n'en est pas discutable '. Épiménide exhortait son ami Solon à prendre courage, dans l'assurance que la tyrannie de Pisistrate ne pouvait se perpétuer, et il l'invitait à venir le rejoindre en Crète où il serait en sécurité. Le contenu de cette missive est conforme au caractère général de la correspondance des Sept Sages conservée chez Diogène Laërce '. Le thème habituel des lettres, oiî apparaît le nom du législateur

* DiOGÈNE Laêece, I, 1 12 s.

' Cf. supra, p. 2(3.

' Cf. SUSEMIHL, Gesch, d, gr. Liit. in der Alex. Zeit, II, p. 690.

athénien, est la crainte que la tyrannie de Pisistrate lui aurait inspirée *. On y remarque aussi que Solon est invité à quitter Athènes pour aller rejoindre son correspondant, soit à Milet, soit en Crète. La répétition de oes données dans les différentes lettres dénote un seul et même auteur dont l'ouvrage a été mis à profit par Diogène Laërce ou par sa source. Cobet suppose que Théopompe était ce faussaire *. Nous croyons qu'elles sont d'origine plus récente encore et qu'elles pourraient être des exercices 'd'école fort à la mode à l'époque alexandrine.

En résumé, nous ne possédons aucun fragment d'ouvrage que l'on puisse attribuer avec certitude à Épiraénide de Crète. La plupart des fragments connus sont évidemment apocryphes. Quelques-uns peuvent avoir été, en partie du moins, l'œuvre du prêtre crétois.

Appendick Les Homonymes d'Épimènide

La question des ouvrages d'Epimènide est intimement liée à l'existence de personnages homonynes. Le témoignage de Démétrios de Magnésie ne suffit pas pour admettre qu'il en ait existé deux, l'un, auteur de Oénéalogies (6 yv^eoLlô-^oq,)^ l'autre, auteur d'un traité sur

* DlOOÈNE La]<:bce, I, 44, 53 s., G4 ss.

' COBET, dans Mtiemoayne, t. VI (nouv. série), seconde partie, pp. 139 ss. — Denys d*Ha1icarnasse (Reiske, VI, p. 782) rapporte que Théopompe avait écrit des lettres en style archaïque (èTTiŒToXà; àp-^aïxà; ypaçpo|jL£va;). Cf. VON Leutsch, Die Spfiiche der sieben Weisetij dans le PhilologiM, XXX (1870), pp. 132 ss.

Rhodes, écrit en dialecte dorieu ' (6 Awptot veypacpwç Tiepl Tô5o'j).

Sans doute parmi les ouvrages qui portent le nom d*l«!pimén'de plusieurs conviennent mieux à un historien do date postérieure qiVau purificateur crétois lui-même. Mais ces personnages, sur la vie desquels l'antiquité ne nous a conservé d'autre détail que leur prétendue activité littéraire, ont peut-être été inventés pour qu'on pût leur attribuer des écrits que les critiques anciens déniaient déjà à bon droit au Crétois Épiménide. L'existence de Oénfalogies attribuées originairement à Épiménide de Crète a occasionné la fiction d'un autre l\piménide, auteur de OénécUogies de même qu'à la suite d'une histoire apocryphe de Rhodes, attribuée au purificateur d'Athènes, on a admis l'existence d'un Épiménide ^aijuni écrit en dot'ien sur Rhodes j^.

Sans compter l'Épiménide Bo'jÇuyt,ç qui fut plus tard mis en rapport avec le personnage crétois ^, nous retrouvons encore le nom d'Êpiménide cité dans deux inscriptions de TAttique '; mais ces personnages ne nous sont pas autrement connus.

1 DiOGÈNB LaêRCB, I, 115. Cf. SCHEUKIiKEB, De Demetrio Magnete, pp. 72 s. et supra^ p. 85 d. 3.

* Cf. 8U2)ra p. 112.

* C. I. A , III. 1232 ; ibid,, 1703.

CONCLUSION

Si Ton n'envisageait que les détails légendaires de sa biographie, on n'hésiterait pas à regarder Épiménide comme un personnage mythique qui, grâce à son sommeil de cinquante-sept ans, à sa longévité extraordinaire et à ses multiples résurrections, jouit de la faculté de reparaître à différentes époques. Le caractère fabuleux de ces données ne nous autorise cependant pas à rejeter la réalité d'autres faits de son histoire. La fiction du sommeil d'Épiménide et de ses résurrections a vraisemblablement figuré dans un écrit apocryphe de la fin du VI* siècle avant J.-O. Mais pour attribuer ce traité à Èpiménide de Crète et pour y introduire cette fiction, il fallait que le personnage eût jadis existé. C'est ce que nous prouve d'ailleurs le témoignage de Xénophane de Colophon.

En résumé, de la vie d' Èpiménide un seul fait est absolument certain : c'est son arrivée à Athènes vers l'an 625 avant notre ère; il purifia alors la ville du sacrilè^e cylonien. Cette intervention ne fut guère efficace, parce que l'état de malaise de la cité athénienne était plutôt dû à des causes économiques qu'à des craintes religieuses. En second lieu, on peut citer comme vraisemblable le séjour d' Èpiménide à Sparte et dans d'autres villes de la Grèce.

C'est par erreur que les biographes anciens ont mis en rapport Solon et le purificateur crétois.

Évidemment légendaires sont les détails relatifs au sommeil de cinquante-sept ans, aux résurrections et à Tascétisme extraordinaire d'Kpiménide; ils sont pour la plupart les fruits de l'invention des auteurs orphiques et pythagoriciens qui tentèrent d'interpréter et d'agrandir le rôle du devin et du thaumaturge. Ces écrivains se servirent aussi de son nom pour répandre leurs doctrines avec quelque chance de succès.

L'analyse des traditions anciennes nous a amené à rejeter la réalité de plusieurs données que certains auteurs considèrent comme historiques. Quelques points restent peut-être encore obscurs. Il était néanmoins intéressant d'examiner les fictions qui se sont formées autour du nom d'Épiménide et d'essayer d'en expliquer l'origine. On refait ainsi un chapitre de la pensée grecque depuis ses origines jusqu'à son déclin.

TABLE DES MATIÈRES

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Introduction 1

Étude préliminaire, La vie d'Épiménide par Diogèae Laërce. 7

Paemiâbb Pabtis. — Histoire de la tradition

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