‹ Malherbe et ses sourcesChapitre 35 sur 89 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Conclusion.

Dans les pages qui précèdent, nous nous sommes efforcé de reconstituer le personnage, jusqu'aujourd'hui si discuté, qu'était le domesticus franc. Nous pouvons maintenant, en concluant, faire un exposé complet de son origine, de ses fonctions et de sa disparition.

Le domesticus est un fonctionnaire mérovingien, qualifié vir illuster, comme les grands dignitaires laïcs

1 y. FaUèaek, ow. «dté, p. dl8.

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de cette époque. Dans la hiérarchie des officiers royaax, il occupe un rang égal à celui du comte : celui-ci est un administrateur public, celui-là est un administrateur privé.

Les attributions du domesticus sont celles d'un intendant des domaines; elles sont identiques à celles du fonctionnaire carolingien appelé judex, actor dominicus, auquel, par le capitulaire de villis^ Charlemagne remet la direction de ses immenses propriétés. Sa juridiction s'étend sur un groupe de vîllae ou fermes royales avec toutes leurs dépendances, ainsi que sur les habitants qui y résident; ce district est plus ou moins important selon l'influence du domesticus et eu égard à l'étendue des domaines royaux. Le ressort du domesticus n'est pas le pagusy qui est celui du comte. Comme tous les dignitaires mérovingiens, le domesticus est présent au plaid et au tribunal royal, et accompagne son souverain au combat.

 mesure que le domaine royal s'amoindrit par les donations, les spoliations et les accaparements des domesticus eux-mêmes, ces fonctionnaires deviennent de moins en moins nombreux et, par suite, de moins en moins influents. Dès le 7® siècle, les villae sont souvent confiées aux comtes, et au 8', on ne rencontre plus que de rares mentions des domesticus. Charlemagne devra créer, de toutes pièces, une organisation semblable, à celle que les Mérovingiens ont trouvée en Gaule : l'administration privée avec les domesticus comme chefs, et semblable à celle que les autres peuples envahisseurs ont rencontrée dans les diverses parties de l'Empire romain. Le domesticus mérovingien, continuateur de Vactar romain, est le frère du domestici9,8 burgonde, du

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cornes patrimanii ou actor wisigoth, da gastalde longbard et da shirgerefa on sheriff anglo-saxon, en même temps que l'ancêtre de V actor carolingien.

Si le ^omesticns est l'administrateur privé d'origine romaine, le maire, de son côté, est l'intendant privé d'origine germanique : au premier la partie romaine du domaine royal , c'est-à-dire les villsB, les forêts, toutes les propriétés où le souverain ne séjourne que 4^ temps en temps; au second, la partie germanique de ce môme domaine, c'est-à-dire la cour, le palais, la demeure du roi.

Et si, au début du règne de Clovis, le maire n'était que le chef de sa dome:»ticité, alors que le domesticus avait en mains l'administration d'une partie de ses revenus, Taffaiblissemen^j progressif des Mérovingiens eut pour corollaires la déchéance également progressive des domesticus et Télévation correspondante de la mairie du palais, devenue bientôt héréditaire dans la famille carolingienne. Et la ruine de la dynastie de Clovis par l'avènement de Pépin le Bref, descendant des maires Pépin et Charles Martel, coïncida avec la disparition des domesticus.

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