‹ Malherbe et ses sourcesChapitre 83 sur 89 · R0N8ABD, I · texte numérisé non relu

R0N8ABD, I

d'atmar beaucoup plus qu'à celle de • Pétrarque dont il prendra si souvent le langage.

O vides dist que ce! e est cba»lo

Que nus ne prie ne ne haste

£t il dist voir, par N'ostro Dame *.

Ainsi disait Gautier de Coinsi : et la leçon d'Ovide a souvent étd répétée en Franco, depuis Jean de Me ung jusqu'à Mathurin Régnier *.

Malherbe continue cette lignée en parlant^ d'apràs Ovide, de celles qui

en nos obsèques mêmes Conçoivent dd nouveaux désird '.

Il lui arrive de parler de Tamour avec les imagos et les pensées du poète latin. La fameuse. « comparaisoû prinse d'une élégie d'Uvide * » entre Amour et Mars,

* Gautikb de Coinst, L* inpereriz de Ro:9ie, v. 1339. (MÉAN^ Nauvean recueil de fabliaux, t. II, p. 43). OviDK, Amores^ I, vitt,

'V. 43 : Onsta est quam ncmo rogavit ; BBA.XTÔMG cite ce vers (Dame8 galantes, 161) ; la même pensée est exprimée par Régnier, Sat. 13, V. 102 :

Celle est chaste, sn*iA plus, (|ui u\'n est point priée.

Elle l'avait (té aussi par BOCCACE (Déeaméron, 3e journée, 9» nouvelle).

* V. notamment, outre l« livre da M. VlANEY, Tédition de Maceiie, par les élèves de M. Brunot.

' Malh., I, 59 : Funere aœpe viri vir quœrilur. (Ars A m., Ilf, 431).

* Note de Muret (RONSARD, f . I, p. 100 : Amour et Mars êont presque d'une sorte...) . . ,

Ov., Amore9, 1, élégie IX : Militât omnis amans, et babot sua castra Gnpido.

■avait été développée bien des fois depuis Gaillaume de Lorris — un des bons élèves d'Ovide — jusqu'à Ronsard ' : Malherbe la reprend encore, pour exprimer une autre pensée d'Ovide :

Mars est comme TAmour : ses travaux et sea peines

Vealent de jeunes ^oos *.

Ces vers sont bien dans le goût dé Thumanisme, de même que la phrase d'une lettre à Peiresc : « Je suis Vieu± et par conséquent contemptible aux Muses qui sont femmes ^ ». Toutes ces expressions, comme « la fortune qui est femme et n'aime pas les cheveux gris », de Machiavel et de Charles-Quint, se retrouvent chez tous les imitateurs des anciens et des Italiens jusqu'à La Fontaine *. Le retour de la belle qui fait cesser l'orage % le désespoir d'Alcandre, qui fait songer à celui de Pyrame, et d'autres formules semblables peuvent venir

^ Ne fut-ce qu'en présence du témoignage de Muret, il est probable ici qu'Ovide est, plutôt que Guillaume de Lorris, le modèle de Ronsard, qui a du reste connu le Roman de la Rose : V. Guy {Revue d'^hiatoire littérGire de la France^ 1902, p. 243).

* Malh.) I, 2S2. Ce souvenir de Mars et d'Amour est familier à Malherbe. Après la guerre de Clèves, il écrit à Peiresc : « La saison de Mars est passée; nous Bomme*^ en colle d*Âmoar, qui règne tort absolunlent. Ils no valent tous doux rien; mais encore le beau-iils vaut mieux que le beau-père ». (Malh., Ilf, 103).

' M ALH., I, 282. Qnae bello est babilis, Vcneri quoque convenit aetas. ^OvlDE, Amores, I, IX, 8-4).

» Malh., III, 572.

* Ne cherchez point celle déesse via Forlune), Elle vous cherchera: son sciieeii use ainsi.

La Fontaine, Fables, VU, <2.

* L'orage en esl cessé ; IVir en esl éclairci (Malh., I, 457)

risit, et aciher Prolinusex illa parle serenus eral (Ov., Fastet, IV, 6/.

aassi bien des poètes italiens et français que d'Ovide. Le cri de triomphe de l'amant : « Lauriers, couronnez-» moi ^ )> ressemble toutefois singulièrement' à celui d'Ovide *, et Malherbe peut fort bien l'avoir pris au livre qu'il présentait à son neveu. Il lui a pris aussi des pensées plus graves, si toutefois il a eu besoin d un modela pour écrire :

En ce fâcheux état, ce qui nous réonforte.

C'est que la bonne cause est toujours la plus fortd *.

II ne représente pas, en ce qui concerne Ovide, une transformation de l'imitation française : la mythologie n'a pas chez lui meilleure grâce que chez ses prédécesseurs: elle est même plus factice, quoique moins savante,, car il ne l'emploie que parce qu'il la considère comme un décor nécessaire. Quant aux idées qu'il a pu prendre à Ovide, elles sont trop banales pour caractériser une œuvre, et elles n'ont pas reçu du poète français ces formes qui se gravent à jamais dans la mémoire.

Laura doice e pura, Ch* arqueia Taere, e mette i luoni in bando

( PÉTit ARQUE, 5ormc'/ XC. Iii viladi Laura).

Cf. aussi Virgile, Eglogue VII, v. 69, et Despoiltks, p. 15. » Malh., I, 297.

* Itotriumpha]oscircninmeatempora,lauri.(iifNor««,II,XII, 1 ) ' Màlh., I, 70. On a rapprocha de ce passage celui d'Ovide:

Frangil elaltollit vires in milite causa ; £l n'sijusla suliest, excutil arma pudor.

On avait depuis longtemps trouvé *\iis idées graves dans Ovide; CD SHit qno V Imitation de Jésus-Christ lui emprunte une sentence.

V. — Staoe, Martial, Tibullb, Catulle, Pbopeecb, Claudibn. Influences qénâbalbs dbs Latins.

C'est un fait bien connu, que les écrivains de la décadence trouvent plus d'imitateurs que les grands classiques. Il est plus facile de butiner dans V Anthologie que de pindariser, et si Ton cherche seulement, chez les anciens, des pensées fortes et des sentences lapidaires, des images poétiques ou quelques fictions mythologiques, on trouve aussi bien tout cela, et plus à portée de la main, dans les poetae minores, Virgile est trop poète : Lucain est bien plus orateur, Stace est bien plus facile, plus près de l'esprit d'un Français un peu rhéteur.

Tel s'est fait ['ar sej vers distinguer dans la ville, Qui jamais de Lucain n*a distingué Virgile ^

Malherbe, lui, distingue Stace de Virgile, et c'est pour donner à Stace l\ première place, ce Pour les Latins, celui qu'il estimoit le plus étoit Stace, qui a fait la Thébaïde, et apr()s Sénèque le Tragique, Horace, Juvéual, Ovide, Martial '. » Ce qu'il pouvait goûter dans Sénèque le Tragique, c'étaient ces lieux communs dont nous l'avons vu se pénétrer dans les Ejntres et le Traité des Bienfaits. D'Horace et d'Ovide, nous avons dit aussi ce qu'il avait pris. De Ju vénal, il avait moins l'occasion de se servir, ne composant pas des Satires à l'imitation

* fiOILEAU, Art Poétique, IV (allusion à Corneille).

* Ragan, f, c ,^. LXX. La liste de Racan est d'aireurs fnrt incomplète. Ménagn (p. 389-90) dit aussi : « Malherbe préféroit Stace à tous les mures poètes latins, comme nous Tapprecons des Mémoires do Racan. J'ai ouï dire la même chose de Monsieur Guy et ».

du poète indigné, comme faisaient Yauqaelin, Béghiet et . Boilean. Il n'y a gaère qu'âne strophe dé la Prière pot^rl le roi cUlunt en Limousin qui rappelle le ton de Javéna) : celle qai flétrit Henri III, et où <( le soin de ses pro^ vincôs » sent un peu soû laitin. Mais Malherbe is'est souvenu de Stace et de Martial, et de quelques autres encore.

Dans cette TliébdCide de Stace, que Vauquelin recommandait dans son Art Poétique^ et que Qoimeille tra-

dnisit envers ', se trouvaient les idées et les images classiques que l'on a déjà vues à propos de Virgile : ce le rivage blême au deçà duquel on ne passe pas deux fois ' » y figure ' comme dans V Enéide \ comme chez Catulle, comme chez les Italiens et les Français de la renaissance; les Pléiades redoutables aux mariniers " et le non moins redoutable Malée ' s'y trouvent aussi, et se ' retrouvent chez Ma'herbe '. C'est peut-être aussi dans la Thébaide * et dans les Sylvea ^ que notre poète a appris à parler dos « rives d un fleuve où dorment les vents et les eaux *® », et les arcana nemoriim de Stace ont pu lui donner le goût du « silence des bois » où il fsdt vivre ^

Diane, ou gémir Alcandre, ou danser les Muses \\. « La

Page 1