I6., IX
Thèb., VII, 16.
Malh, 1,211-2.
TAi 6., III, 255-6.
Syiveê, 1. V, c. IV, v. 4-6.
>• Malh., 1,211.
11 Malh.,I, 118,168,210.
jeunesse d'Achille décrite par Stace Papinie * „% n'était pas moins célèbre que la Thébaidey et, de même que dans VAchiUéide de Stace, Achille connaît tous les exercices, de même Malherbe, remplissant ses vers par une savante énumération des parties, nous dit du héros :
Sa gloiraà danser et chantef.
Tirer de l'arc, saater, lutter, A nalle aatre n'étoit eeooodo *.
* Comme dans VAchiUéide aussi,
• L'or éclatoit en set cheveux '
£t lea damoa avecqa« vœux
Soupiroient après acn vlange *, » • -
. Ainsi le portrait qu'avait tracé Stace restait présent à
la mémoire des écrivains classiques, et on le retrouvera
dans l'Achille de Bacine, qui s'est policé et a appris les
belles manières,
Maia qui, si Ton noua fait un fidèle diacours, Suça même le sang dea liona et des ours *.
Seulement, Bacine mettait ces paroles dans la bouche de la trfste Eriphile, Achille était le principal personnage de la tragédie, et la violence que la tradition lui-
* BABBLàlS, Pant^ 4* 1., chap. 2. Voir plua haut, chap. V., § III (Ovide). ^ •
* Malh.,I 113.
* Ibid. — Stacb, AchilL, î, 162 : fulvoque nitet eoma gratipr auro.
^ Dulcis adhuc visv..,. (Âchill., 1, 161).
» Racine, Iphigénie IV, I. Cf. Achilléidt, II, v. 885-6 ;
Dicor... spissa leooum Visccrn, semianimesque libens trax'sse medulla»
prête répondait au rôle de défenseur d'Iphigénie, tandis qu'on aurait fort bien imaginé ré]oge du duc de Bellegarde sans un Achille danseur et dameret.
Comme toujours, Malherbe a pris trop, à son modèle, et ce petit « Archémore » des Stances à Du Périer, qui importunait déjà Sainte-Beuve *, est sorti de la Thébaide : on ne préfère pas impunément Staçe è, Virgile.
Malherbe lisait aussi Martial : un en a conservé un exemplaire qu'il a annoté de sa main, et qui est maintenant la propriété de M. Sardou * : Raderi Matthei.., ad Val. Martialis Upigrammaton libros omnes^lngdstad 1611 Il a retenu les vers latins, et l'épitaphe qu'il compoaia pour sa cousine de Bouillon-Malherbe se termine par un souvenir de Martial :
Qui flea talia ne flecu, viator '.
La pensée que rappelait cette fin d'épitaphe a été traduite par Malherbe et mise dans la bouche d'Etienne Puget :
Pleure mon infortune, et pour ta récompense Jamais autre douleur ne te fasse pleurer *.
* Nouveaux lunâU^ t« 13, p. 380.
* V. BOURRIENNB, Ff. de Malherbe^ points obseura de ta vie normande, p: 198.
^ Malh., I, 861, et n. 1. Martial avait dit : Qui flea taliOn nil fleaa, viato*'. La paternité de Tépitaphe est aujourd'hui établie {Mémorial généalogique dea Malherbe dressé par le comte de Blan^y, Caen 1902;.
* Malh., 1,224.
Pour exprimer 'la joie pabliqae, TOde anr la prise de Marseille reprenait déjà une formule des Èpigrammes :
* Et qael Indique séjour Une perle fera naître ] D'assez de lustre pour être '
La marque d'un si beau jour \? -
Malherbe a été plus habile en traduisant l'épigrammê 40 du livre VI, que Marot avait déjà imitée, et que La Monnoie reprendra encore. Lycoris et Glycère sont devenues Jeanne et Apne ', et l'adaptateur a retrouvé
la verve de maître Clément et de Bonsard lui-même ^.
TibuUe avait parlé avec grâce de Tamour et des dieux, et plus d'un poète a rêvé d'aller, comme dit Bonsard,
près de Tibulie Errer là bas sous le bois amoureux ^.
Sans être aussi enthousiaste, Malherbe lit encore le » Malh., 1,24.
0 nox omnis el hora quse noiata esl Caris lilloris Indici lapillis.
Martial, X, 38.
« Malh., I, 243.
' Ronsard avait aussi traduit certains fragments de Martial
(Bons., t. VI, p. 417). . • ?
^ RONSABD t. I, p. 40 (Sonnet LXVII). C'est môme devenu une manie, et J. Du Bellay dira {Contre les Pétrarquiêteê) :
Ces»tuy, voulant plus simplement aymer,
Veult un Properce et. Ovide exprimer, ■ .
Et voudroil bien enc<^r se transformer
En l'esprit d'un Tibulie... . ; ,
(Du fiSLLAY, éd. Marty-Laveauz, t II, p. 330)
poète erotique, et il le connaît assez pour reconnaître dans Desportes un passage où « tout est, de mot à mot,pris de la segonde élégie du premier livre de Titralle, qui se commence : adde merum vinoque novos.., ^ ». Il a luimême pris certains traits au poète latin : il s'est notamment souvenu des vers que le cardinal de La Valette avait mille fois répétés à Voiture, et (]|ue Balzac cite encore à Chapelain ^ ; et comme Balzac, il trouve qu'il est temps d'écouter la leçon de Tibulle :
Mais aajonrd'hni quo mea années '
Vers leur fin s'en vont terminées,
Siéroit-il bien à mes écrits
D'ennuyer les races futures
Des ridicules aventures
D*un amoureux en cheveux gris ' ?
Il avait, auparavant, repris dans ses vers amoureux des fictions dont plus d'une remontait aux élégies latines. C'est Tibulle (ou ses disciples italiens) que Balf traduisait pour parler des yeux de sa belle * où l'amour allume ses flambeaux ; et Malherbe, reprenant le même thème^ qui avait, du reste, passé par deux générations de pétrarquistes français, transforme les yeux de Caliste en forge :
Amour est dans tes jeux, il y trempe ses dards ^
* Commentaire sur Desportes (Malh , IV, 379)
* Lettre du 12 juin 1645 (citée par Moreau, éd. des Œuvres de
BahaCj p. Il) :
Jam subrepet iners setas, nec amare decebit, Dicere nec cnno blatidiiias r.apite.
(TIB., 1. 1, éi. I, 71-2.) » Malh., 1, 210. V » > > /
* BaïF, Diverses amours, 1. II ; TiBULLB, 1. IV, éJ. II, v. B-6.
'^ Malh, I, 182. Une foule d'exemples de la même idée se trouvent chez Ronsard et Fes émules.
En outre, quand il appelle les Muses à la rescousse, il le fait parfois plus longuement que Ronsard ^ et il les décrit d'après VApolIon de Tibulle « :
•Venez en robes où l'on voîo D0S8U8 leâ OQvrnges de r>oie
Les ravons d'or étinceler ; Et chargez de perles vos tête?, Comnie quand vons allez aax fêtes Où les Dienx vous font appeler ' :
c'est pour confondre les ennemis de la reine régente
qu'il leur demande de prendre ces atours.
Un autre jour il s'était souvenu de Catulle ^ pour faire
au dauphin les promesses de gloire que VEpithalamium
Félei et Theiidos formulait pour Achille. C'est une idée
bien naturelle, en parlant d'un prince, de prophétii^er la
défaite de ses ennemis, et elle se retrouve chez les plus
modernes des poètes français : Alfred de Musset disait
encore du fils de Louis-Philippe :
Certes c'eût été beau, le jour où son épéo, Dans le sang étranger lavée et retrempée, Eût au pays natal ramené la fierté '.
• Ronsard, VII, ni.
« TiB., II, V.
* Malh., I, 210. Le même passage de Tibulle a été mité par Colle* et (Ménage, 0. c, p. 382-3).
* A. Mexnung, S'irasin^s Leben nnd Werke, I. p. 26, constate encore la difFnsioii des poésies de Catulle au XVIIe siècle; et les modules de Maynard snut « Ronsard ft Malherbe, Catulle et Martial, et G won » (P. Lafenestre, Fr. Maynard, Rev. hist. lilt. Fr., 1903, p. 459).
^ Le Treize Juillet XKl {Poésies nouvelles », La pensée et la rime épée-trempée sont déjà dans Malh., I, 92.
— Ul -
Seulement) il y a des poètes qai se eonteutent d'expri^ mer cette idée sous une forme générale, sans insister sur (c le sang étranger )>. Il y en a d^autres qui ne se lassent pas de développer la pensée belliqueuse et meurtrière. Malherbe est absolument féroce dans ses promesses : il n'est pas de dévastation qu'il ne présage pour son prince, et le sang des ennemis monte dans ses vers comme dans ceux de Lucain et de Brébeuf : dans la Prière potir le roi allant m Limoxmn il commence par prier Dieu, «t finit en promettant à Henri IV un massacre général de l'Espagne * ; il dira du fils :
Les Nomades n'ont bergerie Qu'il ne suffire à désoler ^.
Il s'agissait là du (c faon de lionne » qui sera le doux Louis XIII ; et quand, quinze ans plus tard, le même Louis va châtier les Rochelois, son poète promet non seulement que Neptune va mettre incessamment ses Tritons à la disposition du roi (c pour être ses matelots >>, mais encore
Qae le sang étranger féru monter nos fleuves Au-dessus de learâ bords *.
Avec un pareil goût, Malherbe devait recueillir avec empressement les promesses de destruction des ennemis qu'il rencontrait chez les anciens. Il en trouvait assez.
* Malh., 1, 74.
' Malh., 1, 217. Dans un fragment sur la prise prochaine de la RocheUe, Malherbe prochime déjà que la ville n'est plus qu'un cimetière ; un Hutre poèic disait aussi, à la même occasion : « Cette ville sera détriiile... » (LachÈVRE, Bibliographie des recueils de poésii 8 publiés de lô97 à 1700, 1. 1, p. 404).
A l'époque homériqne, le héros ^raut sartout par le nombre des ennemis qu'il tue, et le plus grand éloge de Diomède, dans la bouche de Nestor, ce sont les veuves des Troyens qu'il a tués K Quand la sauvagerie .des mfBurs s'adoucit, le passé continue généralement à flotter en épaves métaphoriques sur la langue et sur la poésie. .Aujourd'hui encore quand nous « rompons en visière » aux préjugés, ou quand nous ce rompons une lance » non moins métaphorique en faveur d'une idée, nous gardons ia trace des habitudes batailleuses du moyen âge. De même toute la poésie antique a gardé la trace de la férocité homérique, et ce fut parfois un plaisant spectacle de voir chez les modernes plus d'un « galant homme » répéter le plus poliment du monde les menaces sanguinaires des dompteurs de chevaux et des tueurs d'hommes. Quand le galant homme avait infiniment d'esprit et de -goât, et surtout quand il avait trouvé la forme littéraire qui convenait à son art : le drame — c'est-à-dire quand Racine représentait les héros homériques — tout pouvait s'arranger ; et ce n'était pas trop mal se souvenir de VEpithalamium FeUi et Ihetidos que de faire dire à Iphigénie, qui parlait à Achille avant d'être immolée par Calchas :
Allez ; et dans ses murs vides de citoyens, , . Faites pleurer jna mort aux veuves des Troyens ^
* Iliade, VIII, v. 155-156 : 'aXX' où TreîcrovTai.... Tptoojv aXoyot.., (Si Hector t'appelle lâche) le^ épouses des Troyens que ta as tués ne le croiront pas.
* REGINE, Iphigénie, Y, 2. Malherbe se souvient volontiers de
Théti8et<}e Pelée:
Et Thétis n'y soupire point Pour avoir épousé Péiée.
Malherbe avait moinffde gôiàt, màiaaatanizde nléoioute qne Jean Badhe, et il ne demandait pfLS- mieux que de copier les poètes latins. Quand il souhaite la bienvenue .i Maiie.de Médicis, il promet qn' (c un dauphin lui* yà naître », et comme Tépithalame de la nouvelle reine: ne doit pas ôtre moins brillant que celui de Thétis, ce dauphin seia un terrible massacreur :
Oh ! comblea lorê^mB^ de ye\ives
La gent qai |K>rte le turban ! . ^ -
Que de sang rougira lee fleuves "
Qui lavent les pieds du Liban /
Qae le Bosphore on 868 deux rives
Aara de Saltanes captives !
Et que de mères à Memphis - ^
En pleurant diront la vaillance
De son courage. et de sa lanc& » *
Aux funérailles de leur fils * /
» Malh., I, 50.
Non illi quîsquam bello se conferet héros, Ctim Phrygii Tencro manabunt sanguine rivl
IHius çgregias virtutes cfaraqce faeta Saepe fatebuntur gnatorum in fanere maires.
CAT\JLLli,EpithalPekietThetidos{]^ièçeH^h^9' l^oos tes contomporains de Malherbe sont aussi féroces que lui, même BSBTAUT {Dise, présen'é au roL allant en Picardie, p. 108 : V. Orente, p. 215). Ce n'est pas la seule fois (^ue Malherbe a proniid Mempbifi à la couronne de France (v. encore I, p. 196^ ; il ne sait pas louer son roi, comme dit M. Lanson, ëans lui promeûro la* conquête de TÉg^'pte ; il ne se lasse jamais de félicités hométiques et de a funérailles plus que n*en fit Ilion » ; M veut raser Turin (I, 55), voir le Bhin et la Meuse a regorger de sang et de morts » (I, 65), et « Pépée — Au sang barbare trempée » (I, 92), « les plaines pavées de morts » (I, 115% et parlant des ennemie il se promet, tel l'Âgamemnon de VlliadCf
Que leurs pucelles capUves
. . . / En nos maisons fileront. ♦ • ' * " • '
CTétait, comme on le voit, pousser an pen loin les conquêtes du Jeune prince; tons les poètes du temps, qui célèbrent ce le grand dessein )>, sont du reste aussi hyperboliques, et la tradition se perpétue jusqu'à Boileaa, qui s'en moque :
N*avou8-nou8 pas oont foLi, on favear de la France, Comme lai, dans nos vers, pris Memphid et Byzanoe, Sur les bords de i'£Su(/hrate abatfca le isrban, Et coupé, pour rimer, les cèdres du Liban ' ?
Malherbe n'est pas moins embarrassé pour traduire la fameuse pensée de Oatulle sur le soleil et la vie humaine, pensée si souvent reprise par les poètes italiens comme le Tasse, qui l'exprime plus d'une fois, et par les poètes français depuis Bonsard jusqu'à M. Eugène Rostand y*):
Soles oceidere et redire possunt :
NobiS| cum semel occidit brevis luz^ Nez est perpétua nna dormtenda '.
Le Tasse écrivant en une langue plus rapprochée du latin, avait pu traduire très élégamment ces vers * ; il en
> BoiLKAr, Êpîtres, I. Cf. OrbnTK, Jean Sertauty p. 124, et
' pniv.
* Les poésies de CatjMey trad. en vers français par EU(}.
Rostand, 2 vol., 1801.
' CatullB, V, 4-G. Malherbe parait avoir songé à cette image
, en écrivant l'épitapbe de aon premier fils (I, p. 360 : « mes yeux
qui n*ayoieni vu la lumière que deux ans trois mois et sept jours...
demeurer enfc enveloppés d^une obscurité qui seroit éternelle sans
l*edpérance du jour du jugement »).
/ Ahi, traiDonlare soli e iornar poiino ;
Ma s*una brève luce a noi s'ascose, Dormiam di notte oscura eterno soiiDo.
{Bime diverse^ yil« p.) Le Garini dit aussi {Pastor fido^ IV, chœur): Speriam : cbe '1 sol cadente ancor rinasce.
avait répété la pensée avec grâce dans son Aminte ^ que Malherbe lisait avec tant de plaisir : cela n'empêche que Malherbe était fort embarrassé. Non pas pour la brièveté de la vie : en faisant rimer selon son habitude, le monde et Ponde, le destin et le matin, quatre vers était vite faits. Mais comment faire coucher le soleil? Pour le faire luire, nous avons vu qu'il allait chercher ses souvenirs de mythologie. Pour dire : soles occidere.,., il n'éprouve pas moins de peine. Il écrit d'abord :
Tel que se couche le soleil Au soir accablé de sommeil...
Mais lui-même se sent choqué de ce coucher de soleil comateux, et il corrige, sans faire beaucoup mieux :
Tel qu*nu soir on voit le soleil
Se jeter aux bras du sommeil,
Tel au matin il sort de l'onde.
Les a£faircs de Diomme ont un autre destin;
Après qu'il est parti du m^nde
La nuît qui lui survient n'a jamais de matin *.
Cette fois c'est bien Malherbe qui retardait sur Ronsard; écoutez plutôt : « Je me souviens, raconte M. Gaston Boissier. que M. Patin, dans ses cours de la Sorbonne, nous citait, à propos de cette pièce, la traduction d'un de nos vieux poètes, moins exacte assurément que celle de M. Bostand, puisqu'il s'est permis de remplacer le soleil par la lune, mais où l'on retrouve davantage l'accent mélancolique de l'auteur latin :
* Amiam, che '1 sol si maore, e poi rinasce : A noi sua brève luce S'asconde, e M Monno elenia no*. te adduce {Amintay ^er j^cte» chœur final).
Malh., 1, 269. Il reprend à peu près la même idée (1, 330).
La lane e.'^t contatoière Do naître tous les mois ; Mais quand notre lumière Est éteinte uue foie, Sans nous plus rëveillrr Faut toujours sommeiller ^ ».
Ménage ' se demandait si Ronsard n'avait pas songé, en même temps qn'à Catulle, au damna tanien reparant cœlestia lavœ: qu'il suffise de constater qu'il arrive à Malherbe de traduire ses auteurs plus littéralement et plus péniblement que Ronsard.
A Valerius Flaccus on rattache depuis Balzac ' le passage où Malherbe montre la victoire aux bords de
^ G. lîOlSSlEB, c. r. de la trad. de M. EUQ. ROSTAND, Journal dfs Savants (1891) p. dl2-3 Rpmarqtions qno les deux derniers vers de Ronsard (déjà cité par Aiénage) étaient :
Sans nos yeux réveiller Faut long-temps sommeiller.
Voici la trad. de M. Rostand :
Vivons, ma Lcsbie, aimons-nous,
Kt traitons comme rien tous les propos jaloux
De la trop sévère vieillesse.
Le soleil meurt et reparaît sans cesse ;
Mais quand meurt notre (lamme éphémère, il faut tous
Dormir de môme une nuit éternelle.
• 0. C, p. 543 et sv.
' Balzac, Entretien XXXL Dans son Entretien VIII, Balzac, qui s'est si souvent souvenu de Malherbe, se sert de la fameuse fiction : « Il vous semble que la Fortune vous appelle sur les bords de la Seine... »
Charente \ attendant Louis XIII, et où il développe librement une fiction qu'avait déjà employée Bonsard, parlant de Mars -, et qui était bien connue des poètes français. Malherbe a donc probablement suivi le conseil de Vauquelin, qui recommandait « les Argonautes », et il a aussi goûté chez Valerius Flaccus comme chez les autres poètes latins l'histoire de ces héros dont il se souvient si souvent. « Cette nymphe qui appelle Louis sur les bords de la rivière do Charente, dit Balzac, n'est-elle pas aussi belle pour le moins, que celle-ci qui appelle Jason sur les bords de la rivière de Phasis?
... Tu sola animos. mentesqae peraris,
Gloria : te viridem videt, imxnunomque senectœ
Phasididin ripa stantem, juvenesque vocintem '. »
Ce qu'il aurait fallu demander, et qu'oubliait parfois Balzac, c'est de savoir si Louis XIII n'était pas trop différent de Jason, et la Charente — plus souvent la Seine — du Phase.
Il y a chez Malherbe bien des fictions, parfois longuement développées, dont il n*est pas toujours possible de
* Certes, eu je me Irompe, ou déjà la vietoire,
Qui sur plus grand honneur de ses palmes attend , Rsi aux bords de Charente en son habit de gloire Pour le rendre content...
(sait la description) Malh., I, 279-280. V. Saintb-BeuVE. Xouveaux lundis, t. 13, p. 399, n. 3. Remarquons la curieuse admiration deTainepour ce passage de Malherbe (v. H. Tainb, sa vie tt sa correspondance, t. II p. 26).
* EONBABD, t. V, p. 78.
' Argon., I, BALZAC, Entr. XXXI.
trouver le modèle précis : déjà du temps de Ménage on ne savait a'H fallait rattacher à Sidoine Apollinaire ou à Claudien la célèbre description du combat des Géants ', dqnt TEncelade rappelle aussi bien Horace. Il en est de même de beaucoup de lieux communs de la poésie amou* reuse dont on trouve les antécédents chez Properce et d'autres.
Muis dec conditions où Von vit ici-bai , Certei celle d*aimer est la plus inalhearause *.
C'est exactement ce qu'avait dit Properce : mais il serait peut-être difficile de trouver un poète amoureux, latin, italien ou français, qui ne l'ait pas dit aussi.
Et sans atteindre au but où l'on ne peut atteindre Ce m*est assex d'honneur que j'y voulois monter *.
Cette idée, qui n'est naturellement chez Malherbe qu'un lieu commun littéraire — puisque c'est pour le duc de Montpensier qu'il « s'exalte » dans ces vers — il a pu la trouver dans Properce *, il l'a rencontrée aussi dans
1 Ode pour le roi a'iant châtier les Rochelois (MaLH., I, 280). Cette description était fort admirée: « Jamais dit Balzac vantant une épigramme, jamais fable ne fut miso en œuvre avec tant d'art, non pas môme celle des Géants danâ lo dernier poème du père Malherbe (lettre du 25jaiiv. IGlb^ Documents inédits (1873) L p. 619.
« Malh., I, 305. Cf. Propeecb, ir, XVI, 9 :
Diirius in terris nihil est quod vivat amante.
Voir plus loin le chapitre VI : Les Italiens.
■ Malh., 1,21,
* PfiOP., II, X, B :
Quod si (leficianl vires, audacia cerlc Laus erit : in magnis et voluisse sal est.
Pline *, qu'il recommandait un jour à un cheroheur de sentences *. Properce, Pétrone et d'autres ont également exprimé l'ardeur et la gloire de la passion augmentées par les obstacles '' : Desportes et Bertaut la répètent à tout instant, ainsi que le dédain des a palmes communes» et des victoires sans péril sur lesquelles Corneille devait dire le dernier mot. Malherbe, en ce point, parle
à peu près comme Bertaut.
Il parle très probablement d'après Claudien, dont (c il admirait les panégyriques »^, quand il fait dire par le dieu de Seine au maréchal d'Ancre :
La Fortune t^appelle au rang do ses victimes ; Et le ciel accusé de supporter tes crimes Est résolu de se justifier ^.
C'est par cette idée que Claudien commençait son poème contre Rufin ^ :
* Hisi. nat., I (Préf.V 11 ; Itaque otiam non assecutis, voluisse abnnde pulcrum ntquu magnificum est.
• Malh.,111, 1.
' Prop., IV, X, 3 et 4. Cette idée est aussi dans Ausono, que le vieux Daurat admirait tant, et que Ronsard a plus d'une fois imité (ÂUSONE, Kpigr. XXXIX). De mémo aussi que Malherbe a la confiance qu'il trouvera Téloquence pour parler de Richelieu et de Louis Xllf, Ausone avait dit (Préface) :
Non habeo ingeninm : Caesar sed jussit : habebo.
* Lettres inédites de Balzac, dftns Documents inédits jjour servir à l'histoire de France, Mélangea hisforiqucs, choix de docum(n*/fi t. I (1873), p. 723.
5 Malh. 1.239.
• In Buf., I. notftmmdjt v. 12. Ce poème de Clsudien contre Ruûnist plus d'une iois rite par MONTAIGNB (jEJ.s«fli«-, 11,0, 11); Claudien est égalemnut cité ibid,, il, 12, 27, 31, IIl, 8, 12. Dans Claudien se trouvait a<:ssi cette comparaison du con')uérant au torrent, qui se retrouve chez les Italiens, chez Ronsard* chez Qarnier et chez Malherbe.
« Le trépM de Rnfin vient d'absoudre las dîeax s,
comme traduira François de Neufchâteau. Cette idée que le triomphe des méchants est une injure aax dieax, et que leur chute justifie le Ciel, se retrouve dans toute la poésie antique et aussi dans la Bible, et Sénèque a pu très souvent la répéter à Malherbe*. Celui-ci se souvenait peut-être même de ceux dont parle Sénèque quand il disait :
Continuez, grands Dieux , et ne faites pas dire Ou qno rien ici-bas ne connoit votre empire, Oa qu'aux occasions les plus dignes Je soins Vous en avez le moins *.
Cette conception des dieux comme commissaires responsables de nos entreprises est dans toute la philosophie et la poésie antiqaes, et elle apparaît chez tous les poètes classiques en France, dans VHippolyte de Gamier ', dans le Lutrin ^ de Boileau comme dans VAndromaqae ' de flacine, et jusque dans La Nature * de Lebrun. Elle était déjà chez ceux du XVP siècle, et Malherbe continue une tradition dont il s'est pénétré en lisant les anciens et
* Sbn., De Frovid, I, Ad Marciamy 12 : deorum crimen erat Sylla tara felix. De même, LUOAIN, Fha>sale, VII, 447. Fiaumeê, LXXII, 11. Cf. de nombreux exempleiH cité8 par Mabtha, Lepvème (le Lucrlce^ chap. IV. On retrouve la môme idée jusque dans TOde d'André Chénier à Charlotte Corday.
* MalH., I, 298; cf. trad. de Sén., MALH., II, 248. » Gabnieb, Hippolyte, IV.
* Lutrin, VI :
Viens aux yeux des mortels justiRer les cicux.
° Àndromaquey III, 1 :
Je ne vois que malheurs qui condamnent les dieux.
* La Nature, 1,
leurs disciples, et dont il a admiré l'expression chez les poètes latins.
En général, il n'est guère d'image ou d*idée, dans Malherbe, dont on ne puisse trouver un antécédent dans la littérature latine. Il ne faudrait pas, avec Ménage, rattacher à Columelle l'image des « fleurs comme étoiles semées » que l'auteur des Stances aux ombres de Damou a bien plutôt trouvée chez Desportes * et chez les poètes français. Mais on peut croire à l'influence des auteurs latins, de Virgile et d'Ovide, quand l'Ode pour le roi allant châtier les Bochelois parle de « creuser les fossés jusqu'à faire paroitre le jour entre les morts » ; et il ne faut même pas rire de Vadius quand il cite Publius Syrus à propos de la fragilité de verre de la fortune humaine, que Bertaut et Malherbe, et après eux Godeau et Corneille *, ont exprimée presque dans les mêmes termes. £n effet, quand Montaigne avait à exprimer la même idée, il citait le mime antique : Fortuna viirea est : tum cum sple7idfitj frangiUir. Déjà André Chéuier, tout en admirant les vers de Malherbe, y reconnaissait « l'af.surgere des Latins ' » et « le ferrens imber de Virgile * » :
1 Dëspobtes, p. 449
* OorneiU3 {FolycucU) a répété Godeau fans lo savoir. C'e>t à Mïtlherbc, plntôt qu'à Bertaut, que Godeau a dû prendre cette image, contraireirent à ce que croit ^^. ALLAIS {Mnlherbt' et la poésie fruvçnise, p. 163, ii. 1). Cette im:»^e e-it fumilièro à Malherbe (I, 23, 6G, 91, 102, 198, et surtout 273). Les « iiora-i » que ^lalherbe emploie dans sa paiap-irasc sont ceux qu'il avait lui-même do? nés à Fon roi (I, 20, 87, 102'. et Timago du voire et de Tonrle, de la mémo parpphrflf-e, Font parmi les images iavorites de Malherbe. De même, cf. Vauqukltn de LA Frksnaye, Art poétique, éd. Genty, p.VI.
' Foésies de Malherbe arec le commentaire de Chénier, p 14.
* Ibid., p 50
on reconnaît de même dans la plupart des stances, et dans les plus fameuses, les pensées et les images des écrivains latins.
Au commencement du XVII'' siècle, le latin occupe encore une place immense dans l'enseignement et dans les lettres, et à Malherbe lui-même il arrive encore de penser que le français n'est propre qu'à des chansons et à des vaudevilles ^ S'il ne parle pas latin aussi naturellement que Montaigne, on sent pourtant qu'il a été fort en thème. Sous un vers ambigu de Desportes il écrit : Qao me vertam nescio \ « Il avoit souvent à la bouche, à l'exemple de M. Coeffeteau : Bonus animiiSj bonus deuSj bonus cnlhis ^. » Il avait souvent aussi à la bouche une autre phrase latine, le vers que Prudence fait prononcera Gallien : Cole dœmaninm quod colit civitas *. En écrivant à Peiresc il parle parfois latin : c< Je ne saurais vous dire qtiid dediderit hcxim huic fabulœ ^ » ; (c vos bonnes grâces me sont chères xU nil nisi sidéra supra " »; « inier strepitus armornm, les pauvres Muses ne sont pas en leur élément ^ » ; a nous sommes en un temps
1 Reste à savoir si Malherbe n'en voulait pas k l'esprit français autant qu'à )a langue, car Âlt'rud de Vigny a dit aussi que u t-oat Français, on à peu près, naît vaudevilliste et .ne conçoit pas plus haut que le vaudeville ».
* Malh., IV, 345.
' Bacan, /. c, LXXXVIII, et lettre de nov. 1656 (v. plos haut, p. 51, n. 2).
* Sarasin mourut en parlant latin ; il répétait les yeux baignés de larmes : Dvicitejustitiam moniti, et non temnere 2)tt'0«(Coanac, cité par HiPFBAU, Écrivains normwndSy p. 195).
» Malh., III, 012.