ID. I, 21B
Pespagnol : il donne le parabien à Peiresc \ et il cite un autre joar le proverbe espagnol que Cervantes met dans la bouche de Sancho Pança * : a dineros pagados, hrazos qnehrados ^. Il connaissait sans doute de la littérature espagnole ce que les Français en savaient de son temps *, la Célestine^ les Amadis, surtout la Diane de Montemayor, et il connaissait assez ce dernier auteur pour découvrir dans une complainte de Desportes une « imitation de Montemayor » • — si toutefois il est bien
' Id.III, 803. L'article consacré à Malherbe dans les Jugements des savants de Baillbt in'' 1411) dit : « Enfin Malherbe n'a pas dédaigné même d'imitei les Modernes, parmi lesquels Mr. Colletet (aa Discours de l'éloquence et de l'imitation des Anciens, p. 38, 84, à la fin de son Art Poétique, etc.) a remarqué quelques Italiens et quelques Espagnols ». La note de La Monnoye (édit. d'Amsterdam, 1725, t. 4, ]\ 195) ajoute justement : « Colletet dans l'endroit cité ne nomme aucun auteur Espagnol que Malherbe ait imité n^
* C£BVANT£S, Don Quichote^ 2« partie, chap. LXXI. Malherbe a' certainement lu Don Quichotej et il y a une allusion à la nouvelle du Curieux impertinent {Don Quichote, l'o partie, chapitre XXXIII, nouvelle particulièrement célèbre et publiée notamment à part par César Oudin) dans un mot de Malherbe rapporté dans les Sistoriettes de Tâllehant, 1. 1, p. 281, note 1.
» Malh., III, 351.
* Voy. à ce sujet Morel-Fatio, ^hf(2e« sur F Espagne, t. I; G. Lanson, Études sur les rapports de la littér:iiure française et de la littérature espagnole au XVIL^ siècle (Revue d'histoire littéraire de la France, 1896) ; Martinbnchb, La comedia espagnole en France^ p. 301, 802 et suiv.; HUSZAR, Corneille et le théâtre espagnol (1908), et surtout l'article que M. Brunetière a consacré à ce livre dans la Revue den Deux Mondes (1903).
* Dans la copie B, on lit à la marge, un peu plus bas que le titre : « Imitation de Montemayor» (MalH., éd. Lalanne, IV, 457, no 2). Cette copie B est l'une de celles de la Bibliothèque de l'Arsenal : « les additions proviennent peut-être d'un antre exemplaire pareillement annoté par Malherbe. Il serait encore
Fauteur de cette note de la copie B du commentaire, note dont les recherches de M. Lanson sur Desportes montrent Pà-propos. Malherbe a eu plus d'une fois l'occasion d'apprendre à connaître la poésie espagnole dans le monde qu'il fréquentait, et, par une véritable ironie de l'histoire littéraire, c'est sous son nom qu'a paru la première imitation de Gongora dans la poésie française, à savoir la chanson :
Qa'aatreu qae vous soient déeirées ^,
que Berthelot parodia en termes si cruels pour Malherbe ; cette chanson, en stances de six vers, dont le troisième et le sixième se répondent :
Cela se peat facilement...
Cela ne se peut nullement,
a pour modèle une letrilla satirique de G-ongora, où le refrain, pareillement disposé, est : Bien puede ser au troisième vers de chaque stance, No puede seraxL sixième. La composition en a été racontée par Eacan, par Ménage et par Tallemant des Beaux : « J'ai ouï dire à M. de Bacan, dit Ménage, que cette chanson fut faite dans la chambre de M"^^ de Bellegarde, par elle, par lui et par Malherbe, à l'imitation d'une chanson espagnole, dont le refrain étoit : Bien pued^ ser^ Nopiiede ser ; et que M"*® de Bellegarde y avoit beaucoup plus de part, ni que lui, ni que Malherbe. Ainsi cette pièce n'a point dû être mise parmi celles de Malherbe. Cependant, de son temps même, elle passoit pour être de Malherbe, comme il
possible qu'il les oût écrites sur des morceaux de papier détachés qui se seraient perdus plus tard » (Mâlh., IV, Préface, p. II). Cf. Lanson, Études sur les rapports^ etc., art. Desportes, (Revue d'histoire littéraire de la France, 1897, p. 68). » Malh., I, 96.
paroît par ces vers que Berthelot fit contre lui, au sujet de cette chanson ' ». Comment connaissait-on la pièce de Gongora « dans la chambre de M"*® de Bellegarde » 9 Peut-être est-ce par le recueil d'Espinosa, Flores de poetcfs illustres (1605) En tous cas, le gongorisme ne devait pas tenir une grande place dans l'œuvre ni même dans la pensée du réformateur français : « carVestilo ciilto consiste en façons de parler trop personnelles; et déjà, quel que soit le raffinement du fond, la communauté de l'expression, même délicate et travaillée, est requise chez nous. C'est une des conséquences de Tœuvre de Malherbe, que rétablissement de la société polie a encore consolidée^)). Et puis à cette époque, en France, le gongorisme n'était pas encore ce qu'on en fait dans certaines histoires littéraires; il n'était du reste pas fait pour plaire à l'ennemi du marinisme; et, comme G-ongora devait surtout agir sur le genre burlesque ', Malherbe n'en avait vraiment que faire. Il en est de même du théâtre espagnol, qui devait plus tard exercer une merveilleuse influence, et du roman; et quanta d'autres auteurs espagnols alors répandus, le traducteur de Sénèque n'aurait pas trouvé do plus belles sentences que les latines dans ce Guevara qu'on lisait tant en France depuis le
* Ménage:, o. c; Malil, I, \)Q\ Lanson, p. c. (Bévue cPhiatoire littéraire de la France, 1896, p. b25) ; Tallemant DBS BÂAUX, Les Historiettes, 3« é 1. par P. Paris et de Montraerqué, I, 296 et 319; ARNOULD, Anecdotes inédites, p. 61 ; ID., Bacan, p. 65.
* Lanson {Revue d'histoire littéraire, 1896, p. 323).
' Lanson, ibid., p. 32G. Malherbe, on Ta vu plus haut, connaissait asdez ce Martial auquel Lope de Vega comparait Gongora pour le sel de la plaisanterie.
^VI* siècle * ; et en relisant Los siete libros de la Diana de George de Montemayor, édition de Venise, 1 585, que Malherbe a peut-être eue sous les yeux en Provence, ou d'autres éditions ou traductions de Barcelone ou de Paris, on ne voit vraiment rien qu'il n'eût pu trouver aussi bien dans VAminte du Tasse et chez les écrivains italiens, ou même dans ce qui avait passé de littérature espagnole chez Desportes. En 1613, il va voir les comé- ^diens espagnols venus à Paris, et il en rapporte une fâcheuse impression : « Je viens tout à cette heure, écrit-il, de la comédie des Espagnols, qui ont aujourd'hui commencé à jouer à la porte Saint-G-erinain dans le faubourg; ils ont fait des merveilles en sottises et en impertinences; il n'y a eu personne qui ne s'en soit revenu avec mal de tête; mais, pour une fois, il n'y a point eu de mal de savoir ce que c'est. Je suis de ceux qui s'y sont excellemment ennuyés, et en suis encore si étourdi que je vous jure que je ne sais où je suis ni ce que je fais ! * ». Il pourrait en dire autant de tout ce qu'il connaît de littérature espagnole : <c pour une fois, il n'y a point eu de mal de savoir ce que c'est ». Mais il ne discute pas la poésie espagnole, il ne la juge nulle part; on sent qu'il n'y a pas encore de a question espagnole » pour les critiques de 1605. A Malherbe s'appliquent très
^ L. Clément, Antoine de Quevara, ses lecteurs et ses imitateurs français au XVI^ siècle (Revae d'histoire littéraire, 1900, p. 590 et 6uiy.) ; Lanson (Revue d'iiist. litt., 1896, p. 53).
* Malh., 111, 350 (27 octobre 1613) ; Lanson, Revue d'histoire littéraire, 1896, p. 64; Alalhtrbe écrit encore (III, 358) : a Les Espagnols ne plaisent à personne : ils jouent au faubourg Saint- Germain, mais Ha ne gagnent pas le louage du jeu de paume où ils jouent ». Cf. aussi RlQAL, Alexandre Hardy , p. 107, n. 2 j MarTI- NKNCSEE, La comcdia esp, en Ftance, p. 806.
exactement les observations de M. Morel-Fatio sur cette époque : « Si l'on apprend l'espagnol en France, c'est plutôt par genre, pour émailler la conversation de mots
exotiques — comme nous faisons aujourd'hui avec l'anglais - que pour lire des livres... Si d'autres livres (que le roman picaresque) trouvent accès chez nous, ce ne sont guère que des pastorales, môlées de vers et de prose, qui plaisent parce que le genre venu éCItalie s^est acclimaté depuis longtemps en France, On est curieux de comparer an Sannazar et la Diane de Montemayor et VArcadie de Lope de Vega * ».
1 A. Morel-Fatio, Études sur VEspagnCy I, 38 et 40.
CHAPITEEVII
Sources françaises *
Les réformateurs ont généralement commencé pàt suivre Icsmodes et le goût qu'ils devaient changer: lîonsard a admiré Marot et Saint-Gelais '; et Victor Hugo, quand il débute, est plus près des « Grecs » que des (c gothiques ». Malherbe aussi a commencé non seulement par pétrarquiser, mais aussi par ronsardiser^ comme il disait ; et il a continué à le faire plus ou moins jusqu'à la iin. Il est si difficile de se dégager de ses premières habitudes et de ses vieux souvenirs que l'écrivain se ressent fatalement de sa jeunesse et de' ses études pendant toute sa vie ; et la poésie à cet égard est un peu comme la langue elle-même, qui charrié les anciens mots avec les nouveaux et ne se transforme que par le lent travail du temps. Nous avons vu Malherbe imiter les anciens et les Italiens comme avait fait le XVP siècle, parfois en y ajoutant une généralisation ou môme une nationalisation des pensées et des images antiques. Les deux générations d'imitatetirs se ressemblent assez pour que la première ait cru réaliser ce dont t)n fera plus tard le mérite de Malherbe seul. Du Bellay,
* Ce chapitre a déjà para, sauf un détail ou. deux^danaja Btimt d histoire littéraire de la France^ oct.-déc. 1908.
* Il A d'iiillcur-'i utilisé jusqu'à la fin les œuvres de ses prédécesseurs françaid (voy. H GuY, Les 9ourcfS françaises de Rànsardi 4aa8 la Bévue d'histoire littéraire de la f^rance, 1902).
dans la préface de son Olive^ dit déjà : « Ceux qui ont lu Virgile, Ovide, Horace, Pétrarqne, trouveront qu'en mes écrits il y a beaucoup plus de naturelle invention que d'artificielle et superstitieuse imitation »; et Du Perron, dans son Oraison funèbre de Ronsard, fait du chef de la Pléiade exactement l'éloge que Balzac fera de MaUierbe: ce n s'orna et embellit l'esprit de ce qu'il y avoit de rare et d'excellent dedans les anciens poètes tant grecs que latins, des dépouilles desquels nostre langue n'avoit pas encore triomphé; et usa de leurs richesses si industrieusèment qvJéUes paroissoient sans comparaison plus belles^ mises en œuvre dedans ses escritSj que dedans les livres de leurs premiers auteurs * ». Du Perron remarquait seulement qu'au début les courtisans furent étonnés des nouvelles manières de parler du grand poète; le monde du Louvre et des ruelles, pour qui Malherbe écrit, n'est plus étonné des fictions de son poète : c'est qu'il s'est instruit depuis le XYP siècle, et que ce poète est peutêtre un peu moins pénétré d'antiquité que l'autre. Mais les anciens, ou ceux qui les ont imités, restent quand même les maîtres écoutés : « Je ne crains point, dit Godeau dans son Discours sur Malherbe, d'avouer pour mon auteur qu'il a touiours pris les anciens pour ses guides * ». Il prend parfois l'antiquité dans la poésie française du XVP siècle, aussi bien que chez les Italiens, et il se ressent de la Pléiade et de ses prédécesseurs français aussi bien que de Virgile et d'Horace : il parle des dieux et des rois comme Ronsard, de l'amour comme Desportes et Bertaut, ou comme Régnier — qui tous en
* Ronsard, éd. Blanchemaîn, t. VIII, p. 188.
* Malh., éd. Lalanne, 1. 1, p. 383.
parlent du reste d'après les Italiens *- et son poème la plu^ fameux, la Consolation à du Périer, se ressent^ nous allons le voir, du souvenir d'une Élégie de Dasportes.
On sait le mépris que Malherbe affectait pour Ronsard, dans les œuvres duquel il trouvait tant de moellons '. c< Il avoit, dit Hacan, effacé plus de la moitié de son Ronsard et en cotoit à la marge les raisons. Un jour, Yvrande, Bacan, Colomby et autres de ses amis le feuil* letoient sur sa table, et Racan lui demanda s'il approuvoit ce qu'il n'avoit pas effacé : Pas plus que le reste, dit-il. Cela donna sujet à la compagnie, et entre autres à Colomby, de lui dire que, si l'on trouvoit ce livre après sa mort, on croiroit qu'il auroit trouvé bon ce qu'il n'auroit point effacé ; sur quoi, il lui dit qu'il disoit vrai, et tout à l'heure acheva d'effacer le reste *. » Un autre jour, il mettait une chanson populaire au-dessus de tout Ronsard, et Ménage se souvenait « d'avoir ouï dire à Gombaud que, quand Malherbe lisoit ses vers à ses amis, et qu'ily rencontroit quelque chose de dur ou d'impropre, il s'arrestoit tout court, et leur disoit ensuite : Ici je ronsardisois ^ ». Il ne faudrait pas prendre à la lettre les boutades de Malherbe, qui adressera comme les autres son hommage à Ronsard à l'occasion de l'édition de 1623
' Il voulait dire : vers de remplissage f voy. A&NOULD, Anecdytei inédites êU' Malherbe).
* MALH., I, p. LXXVII-LXXVIII.
• MiiNAOE, 0. c, u27. Régnier reproche à Malherbe de prétendre que
lîonsard en son mcslicr n*esloil qu'un apprântif.
cbés' œuvrea du cbantre de Cassandre ; sons le portrait de Cassandre on lisait en effet ce quatrain de Malherbe :
•• - - . L*art, le nature exprimant,
En ce portrait me fait belle; Ma^B si ce snis-je point telle Qu'aux écrits do mon amant *.
Malherbe ne pouvait dire moins sans irgratitude, car il avait trouvé dans Ronsard la matière de bien des vers '• D'abord Ronsard et tout le XVP siècle pétrarqnisaient a'd point que, pour le faire après eux, il était à peine besoin de remonter à la source. Ainsi, pour exprimer fîdée que Montaigne résumait par un vers de Pétrarque, et que Malherbe met dans la bouche d'Alcandre :
Jamais l'àmo n*est bien atteinte ' Quand on parle avecquu rai ;on ^,
« MALH., I, 251. 0*est sans doute ce qui a fait croire k un panégyriste de Ronsard (RONSARD^ éd. Blanchemain, t. VIII)i gue Malherbe avait « tendu la main » à Ronsard, se montraiit plus juste que Boiltau. — Malherbe ccnnais^nit assez la langue d'i Ronsard pour rappeler k propos de Desportes quMl emj loie fère {MALH., IVi 266) et qu^il tient la forme nie du Vendoroois CIV, 469).
* M. Allais .Malherbe et la poésie française) a rappelé tout ce que Malherbe devait, au point de vue de la versification, à Ronsard, et on a dit avec raison que Tode de Malberbo était Tode de Ronsard avec de l-^gère-^ modifications. M. E. Dreyfus- 3RISAC, Les classiques imiMeurs de Ronsard, Malherbe — Corneille — Racine — Boileau (Parii», Calmann-Lévy) dans les pp. 16—80 consacrées à a Ronsard et Malherbe », et où du reste les rapprochements ne eont pas absolument tous oistmz, a montré le danger qu'il y a à vocloîr trouver un nntenr dans un antre. M. Dreyfus, qui, comme Boileau, critique en vers, 8*est écrié -(p. 8), non sans force injures & l'adresse de Malherbe :
Quand Malherbe bilTait tout Itonsard d'un &«ul trail,
Il s'eflraçail lui-môme et brisait son poHrai^.
» Malh, 1, 1B3.
il suffisait de se souvenir da vers de Bonsard qae le sévère commentateur de Desportes avait trouvé bon : ■»
Un homme qni languit ne sauroit bien parler'
OU d*autres qa*on rencontre à tout instant chez Ron«
sard :
Non, celny n*aime point, on Lien il aime pen, Qni peut donner par signe à cognoietre son feu '
ou chez Desportes, Ou surtout chez Bertaut :
Ceux-là souffrent bien peu qui se plaignent beaucoup ^ , Le mal n'est guère grand qui se peut bien dépeindre *. . ,
Malherbe, qui pensait et écrivait toujours ^ avecgue raison », n'avait qu'à se rappeler ses prédécesseurs en poésie pour déraisonner en vers — de même que Boileau empruntera à Pindare une espèce de désordre lyrique. Malherbe s'est fréq uemment souvenu de Ronsard . D'abord tous deux traitent souvent des sujets analogues, et Apollon, les filles de mémoire, la docte neuvaine, sont de rigueur des deux côtés. Ensuite les termes mêmes de Ronsard se retrouvent parfois dans les vers de Malherbe: le premier appelait en ces termes les Muses à la rescousse contre ses calomniateurs :
Mwi€B qui habitez de Parnasse la crope, Filles de Jupiter qui allez neuf en trope, Venez et repoussez par vos belles chansonê L'injure faite à vous et à vos nourriêsonê ^,
* Sonnet de Ronsard en faveur de la Cléonico de Desportes (Dbsp., éd. Michiels, p. 231) ; cf. Malh. IV, 353.
Cf. PÊTBABQUB, I, fifon. 188 :
Chi puo dircom' pgli arde, ë'n picciol foco.
* BONSARO, t. I, p. 401.
' Cf. BsbTaUT, éd. Chenevière, p. X.
^ Bbbtaut, ÊUffie I.
^ {iONSABP, t. VU, p. 1 IQ.
C'est ainsi que Malherbe les appellera contre les et avortons de Tenvie » qui en veulent à la reine régente \ et c'est ainsi qu'elles se présentent déjà quand il commence à faire l'éloge de ce la reine des fleurs de lys » :
Les Muse9^ les neuf belles fées, Dont les bois suivent les chansonê, Rempliront de nouveaux Orphées ' La troupe de leurs nou) rissons *.
La célèbre description du combat des Géants, dans l'ccOde pour le roi allant châtier les Rochelois», se ressent de celle de Ronsard, dont elle garde plusieurs détails, notamment le mot j^^er, que Ménage trouve de mauvaise odeur, sous sa forme archaïque pût (3* personne) :
Si que le soufre, ami du foudre, Qiii tomba lors sur les Géans, Jusqu'aujourd'huy noircit la poudre Qui pu^par les chams Phlégrcans '.
Ces colosses d^orgueil furent tous mis en poud/e. Et tous rouverts des monts qu'ils avoîent arrachés; FhUgre qui les reçit, pût encore 1 1 foudre Dont ils furent touchés ^.
C'était du reste un lieu commun que ces vestiges du combat des Géants, et du Bellay s'en servait déjà pour
• Malh., I, 209.
* Malh.,I, 187.
' MÉNAQK, 0. c, p. 337.
^ Malh., 1,280 et S:81. Taine est encore frappé de la fnmiliariU du passage de Malherbe : « pue encore la foudre » (H. Taine), sa vie et sa correspondance, t. II, p. 26) ; ce qui est plus surprenant, c'est que Taine ajoute : a Tout cela fait revoir le vieux soldat des guerres de }a Li^ue, qui écrit sans niodèles français... p
parler de Borne ^ Mais là n'est pas le seul souvenir mythologique par où Malherbe rappelle Ronsard; et Ménage * disait déjà d'un passage de la Consolation an président de Verdun : « Il n'y a personne qui puisse nier que tout cet endroit ne soit pris de l'ode Y du IV* livre des Odes de Ronsard d :
Japiter ne demande
Que des bœufs pour offrande ;
Mais son frère Pluton
Nous demande, nous, hommes,
Qui la victime sommes
De s )n enfer glouton.
Japiter, ami des mortels,
Ne rejette de ses autels
Ni requêtes ni sacrifices...
Pluton est seul entre les dieux
Dénué d'oreilles et d'yeux
A quiconque le sollicite.
7^ dévore sa proie aussitôt qu'il la prend K
Mais o'est surtout en parlant des rois et des événe* ments politiques que Malherbe ressemble à Ronsard. Ils ont la même façon de parler de « l'hymne de la vie* toire » de leur roi *, de comparer le conquérant au torrent <c qui ravage tout ce qu'il trouve » — la comparaison était d'ailleurs aussi dans Claudien, chez les Italiens, et dans la Bradamante de Gamier *, que Malherbe
1 Sonnet XII. » 0. c, p. B46.
* Malh., 1, 317. Ronsard, II, 53.
* Bradamante ^ I, I. Cf. aussi : c Comme an torrent d'Esté qui s'enfle de ruisseaux i de Montchrestien, chœur final d^Aman pris du Psaume C^IIII {Tra^édiea^ éd. elzév., p.277).
avait vue ^ et; de même que la Charente ohez Ronsard et la Seine chez Balf s^ animaient ou s'indignaient & Toocasion des guerres oiviles^ de même, chez Malherbe, non seulement le Pô « tient baissé le menton » et le Tessin« consulte deseoacher », mais surtout la Meuse interpelle vigoureusement les ptinoes révoltés et, avec les mêmes paroles, la Seine injurie le maréchal d'Ancre quand il est tué '. Bans VOde sur la prise de Marseille, Malherbe avait repris au chef de la Pléiade, qu'il avait cultivé pendant sa -retraite, le vers heptasyllabe et la strophe de dix ve^s, calquée sur la strophe de VOde à Henri 11 : « Comme un qui prend une coupe » *. Il lui prend parfois, pour vanter son roi, plus que des formes rythojiques. Il dit de Henri IV, comme Ronsard de Charles IX, que, même sans ses droits héréditaires, sa vertu devait lui faire donner la couronne ', et quoiqu'il reproche à Desportes une « fable nouvelle », il fait luimême allusion aux fleurs de lys tombées «du ciel, à l'origine troyenne des Français, coiîme aux Scythes descendus d*Hercnle.
Enfin et surtout, Malherbe construit sou Récit d'un berger atc ballet de Madame exactement comme Ronsard, suivant une tradition déjà vieille *, construisait ses ï]glogues. Le roi, ou les gouvernants, sont des bergers, ou môme le dieu Pan — Madame Deshoulières
i Malh., 1,219.239.
' RONSABD, t. VÎI, p. 41. ALLAIS, Malhtrhe, et la poénie fr^mçaise, p. 297.
* Voy. Guy, dans Revt^r d^histoire. littéraire de la France (190*2) p. 250 et flv.
Continuera la mode *\ — les sujets sont des troupeaux à conduire, et dans l'État tout marche à souhait comme dans une églogue ou même comme dans l'âge d'or. L'Églogue I de Bonsard présente co trait que Scaliger reprochait à Ovide de n*avoir pas gardé dans sa description de l'âge d'or :
Les vieillardf sans doaleur .«ortolent de cotte viei Comme en songe, et leurs ans doucement finissoient *.
De même le Récit cCun berger de Malherbe promet qu'un âge va renaître
Où le nombre des ans sera la seule voie D'arriver an trépas '.
Dans l'Églogue I, le Navarrin (Henri de Navarre, le futur Henri IV) a appris
dès enfance à cognoîstre Le grand Pan des bergers, de toutes choses maistre *.
Dans le Récit,
Notre grande Bergôre a Pan qui la conseille *.
Les Gérions, les glands qui nourrissaient les hommeis primitifs, Vaconite ',1a myrrhe, V encens, sont dans lé
* On pourrait même suivre la trace de cette allégorie jusque dans la scène de V Aiglon de M . Rostand, où le berger a c*est le duc de Reichstadt et le champ c*est la France n.
* RONSABD, t. IV, p. 23.
» Malh., 1,232.
* RONSAHD, IV, 25.
* Malh., I, 231. Pan désigne probablement le maréchal d*Ancre, auquel Malherbe parait déjà faire allusion dans le discours d*une des a Sibyl!eti » (I, 200). •— Pan^Richelieu dans une lettre de Malherbe (IV, 19, 20).
* Ce terme a été rcmplar^é dans la rédaction définitive; il figure dans l'une des variantes.
discours du Navarrin et dans le Bécit du berger. Ce dernier a aussi nue formule d'affirmation que Ronsard avait employée ailleurs que dans l'Eglogue I ; ces formules étaient fréquentes dans la poésie ancienne et moâeme *, mais celle de Malherbe ressemble particulièrement à celle du chef de la Pléiade :
Mais que chacun y donne aussi ferme crédit Qae si les chênes viens d*£pire Tavoient dit *.
Et les chênes d*£pire Savent moins qu*il ne sait les choses à venir ^
Les éloges que Malherbe écrit pour les fêtes royales sont souvent tracés dans les mêmes cadres que ceux des poètes de la génération précédente : il reprend les prophéties des Sibylles ^, et il y met ce qu'y mettaient ses prédécesseurs et ses contemporains ^.
Son style a gardé aussi les expressions du seizième siècle : il a la même façon de « soupirer les peines » de l'amant ; il appelle la mer ce la plaine salée » et emploie des périphrases dans le goût de Ronsard; il parle encore des liêmèrocaUes^ et même il le fait avec pléonasme, puisqu'il dit c( hémérocalles d'un jour ».I1 parle aussi, comme Ronsard et Régnier, du soleil et de ses douze maisons qui riment à
* Cf. OviDB, Are amandi, III, 789 et 790 ; voy. aussi Mautha, Le poème de Lucrèce^ p. 46, à propos du passage du De Natura Rerum, V, 110-112.
« EONSARD, III, 266.
* MalH., I, 197 av.
* Voy. par exemple FfiÉD. L ACHÉVBE, Bibliographie des reeueih collectifs de poésies publiés de 1597 à 1700^ 1. 1, p. 403. Sur les ballets à cette époque, voy. G. Gbente, Jean Bertaut, p. 138*143
saisons *. La plus fameuse de ses images surtout est une image du seizième sièole. Il n'y a peut-être pas dans la littérature française de tradition moins interrompue que la comparaison de la jeune fille à la rose ' : elle fait les frais du Roman de la rose, la seule œu,vre du moyen âge qui surnage complàtementà travers toute la Benaissance, et dont on peut suivre Tinfluenoe jusqu'à Mademoiselle de Scudéry. B^iïf, qui présente l'un des antécédents de la célèbre stance à du Périer, écrit encore des vers Au Boy sur le Boman de la Rose ^ ; et l'on sait l'estime qu'avaient pour l'œuvre de Guillaume de Lorris et de Jean de Meang, et Ronsard et du Bellay *. En outre, la brièveté des roses était un lieu commun dans toutes les littératures ' :
' Je d y ce grand Soleil qui nous fait les taisonn
Selon quM entre ou sort de te» douze maiâont.
Ronsard, VII, 5G.
Vive source de feu qui nous fait les saltom Selon quMl entre ou sort de se* douie maisons,