ACTE DEUXIÈME
FOHESTI-ER, qui l'obterre, après un temps.
Il parait même que Sa Majesté daigne étendre ses bontés sur toute la famille.
CHRISTIAN E
Excepté sur M. Perserelle, cependant.
FORESTIER
Ohl M. Perserelle ne compte pas. C'est sur un autre que s'étend la sollicitude royale, c*est sur Henri de Feuille I (a part.) Rien, rien encore!.!. (Après an temps.) L'événement a fait grand bruit, à ce qu'il parait... I^es fêtes ont été splendides... Les ministres ont signé au contrat...
GHRISTIANE.
An contrat de qui ?
FORESTIER
Eh bien, d'Henri de Feuille.
GHRISTIANE, à ce nom, se lère comme mae par un ressort; eUo laisse tomber sa broderie, et, pâle, la bouche contractée, eUe saisit la main de son père.
Est-ce vrai ? est-ce vrai ?
FORESTIER, effrajé.
Ghristiane !
GHRISTIANE , arac une sorte de folie*
Est-ce vrai?
FORESTIER
Non, non, ce n'est pas vrai I (Christiane le regarde d'un air hagard.) Ce n'est pas vrai, je te le jure... je voulais savoir le fond de ta pensée.
CHRISTIANE, arec une expression presque sanrage.
Ah!
Mon enfant, ma fille, calme-toi !
GHRISTIANE, de même.
Et de quel droit, mon père, m'avez-vous arraché mon secret?... Ai-je cessé un instant de me montrer la plus tendre des filles?... Vous ai-j^jamais rien reproché? Avez-vous jamais surpris une larme dans mes yeux? Vous ai-je laissé entendre un des battements de mon cœur?... Non, n'est-ce pas? (Arec désespoir.) £t VOUS avez leuu à pénétrer dans le sanctuaire de ma douleur et de mes regrets... et mon secret, vous avez voulu le savoir... (sanglotant.) Ah ! motf père, qu'avez-vous fait?
Elle tombe assise à droite.
P0RE8TII:R, suppliant.
Ghristianr 1
GHRISTIiLNE.
Mais qu'est-ce que je vais devenir maintenant?^. Oà trouverai -je la force de souffrir?... puisque je n'aurai plus à remplir le saint devoir de vous cacher ma souffrance... Mais je nWais plus que ce but-là au monde.. . et je serais morte avec joie si j'aidais pu me dire : a Mon père n'a rien su, il a toujours cru que j'étais heureuse ! »
FORESTIER, arec désespoir.
Et tu ne l'étais pas I... et je ne voyais rien.., et tu songeais à mourir 1...
CHRISTIANE, égarée.
Oui... la mort... Toubli... la délivrance !...(eU6 se lére.) Je n'ai plus rien à vous cacher maintenant, mon père... puisqae vous avez surpris mon secret I...
Christiane !..• ma petite fille ! grâce ! grâce !... ne me parle pas ainsi !
CHRISTIANE , arec an cri et I entourant fiérreusement de tes bies.
Mon Dieu 1 que t'ai-je dit?... tu pleures? Je t'ai fait pleurer, toi !... Oh[ mais je n'ai donc plus ni cœur ni âme!... (L'embrassant.) Père, père I... je ne savais pas ce que je disais... vois-tu ! C'est moi qui suis coupable; tout cela, c'est ma faute, je ne devais pas me cacher de toi... je devais tout le dire !... Et lu m'aurais fortifiée... consolée!... Tu m'aurais guérie peut-être !... Oh ! comme tu me regardes 1... Est-ce que tu ne vas plus m'aimer ?...
FORESTIER
Ne plus t'aimer?... quand toules tes douleurs te viennent de moi!... oui, de moi I... Est-ce que je ne devais pas immoler à ton bonheur mes conviclions, mon amour de soldat, ma fidélité, mon orgueil?... Tout, tout!... Eh bien, non, non... je ne l'ai pas fait ! Je t'ai arrachée tout à coup à une affection qui était la moitié de ta vie ! Et, depuis ce temps, tu souffres !... depuis ce temps, tu pleures!...
Il tombe assis sur le canapé è droite* CHRISTIANE, le consolant et le caressant.
C'est fini... c'est fini !... Je l'oublierai !... je serai forte avec
ton aide!... (D'une roix douloureuse qui s'éteint peu è peu, sous la pression d'une souffrance contre laquelle . elle lutte en ?ain.) NouS..*