ACTE PREMIER
DE BELLEMONT.
Les fenêtres de la Malmaison?
DUPLANTIER, riant,
Oui. Le volcan n'est pas éieint, vous dis-je. Les pieds me brûlent, adieu!
11 sort Tivemest par la droite.
DE BELLEMONT, après une seconde d'hésitation.
Ah 1 après tout, je pourrai invoquer un alibi. — On m'a vu cette nuit chez Taulre.
[1 jette son manteau au laquais qui le suit et se perd dans Tallée de gauche.
Le laquais se mêle au groupe du fond.
Effadame de Maurienne et le comte de Malnoé, tous deux aussi en habit de
gala, arrivent chacun d'un côté différent. — Madame de Jttaurienne arrôte
le comte au détour d*une allée.
ESTELLE, raillant.
C'est moi que vous cherchez, sans doute?
LE COMTE, embarrassé.
Mais... en effet... je vous avais vue sortir par ane des portes du grand salon et... .
ESTELLE, de même.
Et vous êtes bien vite sorti par une autre.
LE COMTE
Oh! vous voulez plaisanter?
ESTELLE
Non.
Ma chère Estelle... nous... nous ferons bien de rentrer, je crois, car notre absence pourrait être remarquée.
ESTELLE, souriant.
Oh ! le monde a des immunités pour les veuves.
LE COMTE
Ne vous y fiez pas... sa malignité est si grande!
ESTELLE
En Allemagne, monsieur le comte, vous preniez un peu moins de souci de ma renommée.
LE COMTE
Ce reproche...
ESTELLE
Ne s'adresse qu'à la prudence d'aujourd'hui... (Aprèi an lemps.) Ah! terre d'exil, qui m'eût dit que je te regretterais un jour?...
L>E COMTE, ému.
Une larme?
4 MALUEOR AUX VAINCUS
ESTELLE, sooriant.
Oui, un second moment de faiblesse, vous me le pardoi nerez en souvenir... du premier...
ESTELLE, qui regardait Malnoé, toat  coap, et areo nn triste soice
C'est dommage I... EnGn, les temps sont changés! ei parait que Ton ne saurait plus ôtre fidèle à la fois à son r et à sa dame.
LE COMTE, embarrassé.
Mais... je n'ai encore trahi ni }'un ni Tautre.
ESTELLE, souriant.
Pas encore, non; mais les temps sont proches... (sun rnoorement de Malnoé.) Je suis élève de mademoiselle Lena manJ, je lis couramment dans le livre de Tavenir, et v(H saurez qu'une femme comme moi peut faire la folle d'e chaîner sa liberté, mais qu'elle ne commet jamais la soiu d'attendre qu'on la lui rende.
LE COMTE
Vous lisez, dites-vous, dans le livre de l'avenir? Eh biei voyons, ma jolie sibylle, déchiiïrez-en une page, à me intention.
ESTELLE
Soit.
LE COMTE
Qu'y voyez-vous?
ESTELLE
J'y vois que le général Forestier, prisonnier à cette heur mourra quelque jour dans une forteresse de la Russie, que M. le comte de Malnoé offrira à la pauvre orpheline | fortune et son nom.
LE COMTE, riant.
' Mais c'est une ballade que vous me dites-là.
ESTELLE, secouant la tète.
Mon ami, vous saurez que, si mademoiselle Christiane des yeux de gazelle, moi, j'ai des yeux^de lynx. Reconduise! moi, je vous prie, jusqu'à ma voilure.
LE COMTE, poliment.
Encore un moment...
ESTELLE
Non, je veux partir... (En s'en aUant.) C'est égal j vous save2 TOUS me regretterez un jour.
LE COMTE, souriant.
Mais je v:u« regrette d«^jà.