SCÈNE III
Les Laquais.
E A N, au dernier Tenu, en continuant une conversation eommeneée.
Et... tu dis que lu Tas vu?
ANTOINE
Comme je te vois! il était en grand uniforme; j'étais au as dé l'escalier; quand il a mis le pied sur la première larche, nos regards se sont rencontrés, je n'ai pas baissé les eux.
JEAN
Qu'alliez-vous faire là ?
ANTOINE, indifféremment.
Un scrupule de mon mai ire... Il a cru devoir lui dire dieu...
ANDRE, regardant au loin.
Comme c'est triste, ces lueurs qui montent et qui descen- Lent dans ce grand château noir... Tiens, vois donc, on Lirait une étoile qui file.
ANTOINE
C'est que c'est un peu ça.
JEAN, ricanante
Y a-t-il beaucoup de monde, là-bas?
ANTOINE
Une dizaine de personnes ; des officiers échappés de l'armée et qui viennent encore pour lui monter la tôte.
.JEAN, à demi-ToLz.
Et... dis-moi, la chambre qu'il habite à cette heure, où est-elle?
ANTOINE, indiquant du doigt.
Tiens... vois-tu, là-bas, entre ces deux grands peupliers, une fenêtre moins éclairée que les autres?
JEAN
Oui.
ANTOINE
Eh bien, c'est là.
JEAN
Alors, cette ombre qui passe et repasse derrière les rideaux...?
ANTOINE
G*est la sienne.
PHILIPPE
Gomme elle est grande! (Après un temps.) Ah! elle diminue.
ANTOINE
C'est qu'il se rapproche de la fenêtre.
ANDRÉ
Il l'ouvre.
Tous se recalent instinetÎTement.
PHILIPPE, après un temps.
Sommes-nous bétes I... Voilà qu*il nous fait peur... si nos maîtres nous voyaient I
Il se courrent. Tous l'imitent.
JEAN
Oh! c'est bien luil
ANDRÉ
Il s'appuie sur le balcon... il met sa tôte dans ses mains. A quoi peut-il penser?
JEAN
On dirait qu'il pleure.
ANDRÉ, ému.
Ça me fait quelque chose.
DEUX ou TROIS LAQUAIS.
Moi aussi... moi aussi...
PHILIPPE
Ah! qu'est-ce que vous voulez!... on ne peut pas être et avoir été... et puis... il faut bien que nos maîtres puissent jouir en paix de tout ce qu'il leur a donné. Lui! il ne peut pas le leur reprendre, mais les autres pourraient le leur ôter, il faut donc qu'ils se mettent bien avec les autres*
JEAN
Il a raison; car enfin, titres, dignités, fortune, nos. maîtres lui doivent tout, et il faut faire oublier ça.
ANTOINE
Le mien y a déjà travaille.
PHILIPPE
Qu'est-ce qu'il a fait?
ANTOINE, avec orgueil.
Des vers pour Je roi de Prusse. C'est un poëte... Il était pensionné de l'empereur.
ANDRÉ
Le mien a distribué en plein soleil des rubans blancs sur la place de la Concorde...