Malheur et pitié, suivi de La conversation, poèmes
L'auteur de ce poème ne se dissimule pas toutèé les haines que doit lui attirer sa publication. 11 attaque un million de propriétaires illégitimes et de spo* liateurs barbares. Aucun regret ni aucun ressentiment personnels n'ont conduit sa plume ; il ne s'est jamais permis aucune satire^ il n'a répondu à aucune; et, quand il a réfuté quelques critiques de ses ouvrages y c'était moins pour les juoti0er que pour dissiper quelques préjugés littéraire» , ou pour répandre quelques principes de gdùt trop méconnus. 11 opposera la même impassibilité; au déchaînement dont ou le menace : de pareilles attaques ne peuvent effrayer celui qui , sous les couteaux de Robespierre , Tui refusa un hymne pour l'Etre suprême qu'outrageaient ses homma/^es , que calomniait son existence, et qu'a trop tard justifié sou supplice.
Si l'on avait réuni les voix de ceux dont il défend la cause, peut-être cet ouvrage n'aurait point vu le jour; mais un homme profondément indigné de l'injustice ne consulte ni les oppresseurs , ni les opprimés ; il écoute l'hum anité et la justice. A ces motifs s'est joint le soui; enir ineffaçable de ce qu'il doit à ses augustes hlenfaiteurs : il a youé à leur mémoircle respect qu'il eut pour eux dans les temps de leur prospérité., et qu'il leur a fidèlement conservé dans leur infortune : rien ne meurt pour 1«« cœurs reconnaj'ssans.
Ce poème n^est pas, comme on pourrait le croire, un oavrage pure^ie^it 4e circonstance. L'auteur , dans le premier cbant , pein^ la pitié exercée par les particuliers envers les animaux, les seryiteurs, les parens, les amis^ ft indistinctement tous les êtres à qui leurs malheurs et leurs besoins donnent des droits à la pitié des âmes sensibles. Il contient deux épisodes d'un genre et dMn caractère diffé« rcoB : dans l'un , l'auteur a peint , avec des eouleurs plus sombres et d'une manière plus énevgi^ut , les liiisi^res de la ville ; dans l'autre , aveo les teintes plus douces f la misère des campagnes , où elle se înontK'*' moins effrayante et moins hideuse, té lieu même âc la scène demandait Un ton différent. De ces deux épisodes , l'un est un lait réel > astes intéressant pour que le célèbre Danloux «e soit proposé , d*apn>s la lecture que l'auteur lui en a f^te, de loi consacrer l'admirable talent qui 91 rendit si touchant Botk beau tableau de la Vtstaie , auquel toute l'Angleterre a couru. Le second épisode est tout entier d'imagi motion.
Le second chant a pour objet Ja pitié dcp goiLvernemens , exercée dans les établissemens p«ibUcs de justice et de charitiS dans les prisons , dans les hôpitaux civils et militaires , dans les guerres de peuple à peuple^ et même dâtis la guerre civile. H se termine par un épisode q^ii présente un ées plus intéressans et des plus terribles tableaux que pÉf ti»accr la poésie, celui de &eux camps français de la Vendée, volant l'un vers l^oiitre dahs un motte»t de trêve, toutes les an imositék oubliées , toutes les fureurs suspendues , la natiirexét le sang reprenant leurs droits ; chacun reconnak9sant , eniÊkraaaant 60U ami f son parent y le compagn^/i de son enfonce;
PBÉFAfcfi. S
et , au milieu de eet attendrissement et de Mté allégresse onivénette V le stgnkl terrible du retour à leurs dfàpéaift pflftllAdeê^ et da refiouteiHailènt des massacres.
Le troisième chant a pour sujet la pitié dans les umpi •# ageui des rév«talieBé , et c'est là qdè le ^èifie prend davantage lit couleur d'un ouvrage de eircottstame; mais Tanteur a eu soin d'atto^er tons les détails à des idée» générifles; il a cherclié iDs aoiirces de la pitié : il les a trouvées dans la grandeur déchue dont on mesure les malheurs par la Ikauteur de 8« chute ; dans le spectacle de la beauté malheureuse et de la vertu proscrite ^ de la vieillesse et de renfonce perséctttées. Les détails et les récits ne sont qne l'application des faits atui ptincipes , et des effets aux causes.
là peinture des malheurs inouïs de la plus auguste et de la plus infortunée ée9 races royales est naturellement amenée par l'expression des différées genres àe pitië qu'inspirent les différens malheurs ; car, par une incroyable fatalité , cette faniille offîre la réunion lamentable de tous les désastres qui peu- Tcnt affliger une maison royale ^ après huit cents ans de gloire et de j^rospérités. 11 y avait dans ce sujet un grand écueil à éviter ; c'est la monotonie horrible de ces scènes innombrables de supplices et de massacres. Pour donner quelque variété à ces terribles peintures y l'auteur a tâché d'y mêler quelque* fois, sans disparate, des images douces et même riantes. Ainsi dans la description de la mort tragique de rinfortuné duc de Brissaç , après ces vers ;
Ah ! dans ce teinpte barharc , Qdi À*aime â Ifctrouver une vertu si* rare?
Vanteur ajoute :
Av«c moins de plaisir les yem d*iiii voyageur Dans on désert brûlant rencontrent nne fleur; Avec moins de transport des flancs d'un roc aride L*ceil charmé voit jaillir une source limpide.
De même , dans la peinture du règne de la terreur, il a interrompu un instant cette longue suite de meurtres abominables , par ces vers d'un ton plus doux y et d'une couleur moins lugubre :
Ah ! dans ces jours affreux , heureuse est Tindigence
A qui l'obscurité garantit Tindigence !
Eh ! qu'importe au pouvoir qu'auprès de ses troupeaux
Le berger enfle en paix ses rustiques pipeaux ?
Qu'importe lé mortel dont la table champêtre
Se couronne le soir des fruitb qu'il a fait naître ?
G*est dans la même intention que l'auteur a ajouté ici le juste éloge des femmes, qui, presque toutes, sont montées sur Técbafaud avec un courage dont l'histoire offre à peine quelques exemples» cités sans cesse et rarement imités. Enfin , pour varier encore cet épouvantable tableau de la plus effroyable époque du genre humain , il a terminé ce chant par la description d'une fête champêtre instituée en l'honneur de ces douze filles de Verdun , également intéressantes par leur vertu et leur beauté , toutes immolées dans un même jour , et dont la mort prématurée rappelle d'une manière si touchante ce mot charmant d'un Grec après une bataille où la jeunesse athénienne périt en foule : L'année a perdu son printemps. Par cette description nati^rellement amenée , le lecteur consolé passe avec plaisir et sans secousse des massacres à une fête , de la terreur des échafiuds aux spectacles délicieux des bocages , des
fleurs et àa printemps. Plus ces images sont inattendues, plus l'effet en est sûr.
Dans le quatrième chant enfin, il a peint la pitié dans les temps de spoliation et d'émigration. Là se trouTent encore des idées générales de justice et de morale, opposées au despotisme et à la tyrannie. On lira dans ce cbant un épisode intéressant par sa nouveauté : c'est l'histoire de deux jeunes époux qui, voulant fuir bien loin du spectacle douloureux de leur patrie opprimée et sanglante, se sont établis sur les bords de l'Amazone , y ont porté les arts et les productions de leur patrie, y sont devenus constructeurs , cultivateurs et fermiers L'auteur , après avoir lu à un de ses amis cet épisode, imaginé par lui pour donner plus d'intérêt à son ouvrage, apprit avec étonnement que ce récit n'était point une vaine fiction , mais l'histoire réelle de deux jeunes époux d'une famille distinguée : seulement le lieu de la scène est différent , et le poète se trouve avoir placé dans l'Amérique méridionale un fait arrivé dans le nord de cette partie dumonde. Peu de hasards heureux lui ont fait autant de plaisir que cette espèce de divination.
Il se hâte de répondre à ceux dont lés incroyables et pacifiques invitations à la patience et à l'oubli de nos calamités accusent d'avance cet ouvrage, destiné à en perpétuer le souvenir, en traduisant, dans leur véritable sens , les déclamations de ces hommes modérés , et en donnant à l'expression de leurs idées toute la naïveté et tonte la franchise qu'ils n'ont osé lui donner eux-mêmes.
Pourquoi revenir sur les traces de nos anciennes calamités ? Pourquoi remuer toutes ces cendres ,
ouvrir iQua ces tombenux? Vne révo^^tion qui «^e»
6 ftlÊFACÉ.
vait eùrichir les brigand», cèmniè les dèl>ri5 à*ùt| Qaofrage enrichissent céût qui les attendent sûr îé riTage, a ren?ersé la plus ancienne des itaonarchiès. Dans cet écroulement subit, dés hommes ayides se sont emparés des dépouilles. N^àll^ pas letlr disputer des richesses conquises par leur audace , et légitimées par leurs lois* Des hommes plus habiles encore ont spéculé sur les armées^ sur les coutoIs, sur les tentes » sur les magasiiis » et , ce qui est plus courageux encore , sur ley remèdes des malades et le pansement des blessés. Des malheurs innombra<» blés ont alimenté leur fortune nouyelle ; des millions d*homnies ont péri pour là consolider : gàrdez-yoùs de troubler leur JouissÀUce ; que tant ae $ang ne soit paÀ perau. Àalliez-Tousau gotiTernèment, disent d'autres encore; il iàut Taimer , car il est teN rible; il faut le servir » car il peut \oud perdre. A)Aû parient ces apologistes complaisans de tôiifc ce ({^1 a fait nos malheurs; et leurs déclamations ressemblent au bruit des tambours et des cymbales qui , dans lég sacrifices humains, empêchaient d'arriver àut oreilles des mères les cris des cnfans égorgée ou pi'ëclf»ités dans les flammes. Eh quoi! la plainte n*estelle plus Itt droit dii malheur 7 Ëspérez-yous étoufTer, par Tos conseils pacifiques t les cris d'une douleur si profonde » et calmer les convulsions d*ùne agonie si cruelle i Sans doute la haine doit se taire ; mais la vérité doit parler : elle doit vous apprendre que la dissolution dés corps politiques» comme celle des corps physiques , produit immédiatement cette hor« rible.pop.al|itioii qui sort de leurs ruines et se nouririt de leurs cadavres. Les irécits des calamités et àts fautes passées sont le patrimoine de l'avenir; c'est illistructioà des empires et des siècles, p^uvei-vous
bien DOiM «lie v«r jwqu'aux teçoiu dm Tiafortaiie, et nous i^rivcraièHM denoettalheura ? Vons ayes taincu: rëgaei par U force; amis ne^raiaoïiiieB paê wet la aouffrance. Jouiaseï, maia n'inaaltex paa; neoaHimandes pas le aliénée à la de«leiir> et la Wbi^natîaa au dâespoir.
On n'ajoutera plus «in'un mot. Des malheurs inévitables qu'eaCraineat les grands boule varsenens dans les vieux empires» un des pin» funettes» des molbs remarqués I e'est Tincertitude de ce qnil fklit melire à la place de ce qui n'est pins. Dans la peintUHK^Iie fait Virgile des maux de la guerre civile, à la fin du premier livre des Géôrgi^ttes, i'atitenr è'est toujdtora reproché d'avoir infidèlement traduit quelques motSi dont le sens profond n'est pas assez senti ;
•Ubi faa versum atqâe nefati ,
dit Virgile, le bien et le mal sont confondus. Telle est la suite inévitable des révolutions. Tant que Rome eut des lois stables, et qu'on respecta l'ancienne constitution, on pouvait distinguer le juste de l'injuste: cette constitution une fois détruite par la violence y l'incertitude régna dans toutes les délibérations et dans tons les esprits. Les uns voulaient le rétablissèment de l'ancien gouvernement , les autres la dictature. Les limites une fois arrachées, personne ne sait plus où les replacer : les anciennes fortunes renversées regardei\t avec indignation les fortunes élevées sur leurs ruines ; les vaincus abhorrent les vainqueurs: ceux-ci s'efforcent d'en anéantir ce qui reste; les esprits systématiques enfantent des projets de constitutions qui s'écroulent les unes sur les autres, et ensevelissent, sous leurs débris, et leurs. ennemis et leurs auteurs» La nouveauté combat les ancienne^
habitudes; le choc des systèmes religieux yient ajou« ter à ces orages : tout est inquiétudes, désordre, animosité, fureur. Le parti écrasé, qui ayait oublié ses injures, saisitayec ardeur l'occasion de la vengeance; jusqu'à ce que les haines des factions rivales viennent mourir de fatigue et d'épuisement aux pieds du yaiuqueur, qui, bientôt dégoûté de l'abjection de leur basse et facile obéissance , s'arme , contre un peuple avili , et par sa révolte et par la servitude qui la suit toujours , de tout le mépris qu'il inspire. BempubHcam fessam cmlibus odiisAugustus Cœsar exeepii.
• • • • • Qoippe nbl Uks versnm atque nefaa
CHANT PREMIER
Trop long-temps ont grondelesfottdres de la guerre ; Trop long-temps des plaisirs^ corrupteurs de la terrei La mollesse écouta les sons voluptueux :
Maintenant , des bons cœurs instinct afFectucux ^ Accours I douce Pitié , sers mon tendre délire ; Viens mouiller de tes pleurs les cordes de ma Ijre ; Viens prêtera mes vers les sons les plus touchans : C'est pour toi quejecbantCf inspire donc mes chants. Puissent-ils, consolant cette terre où nous sommes | Etre approuvés des dieux, étre^ bénis des hommes , Apprivoiser le peuple , intéresser les rois, Rendre à l'heureux des pleurs, au malheureux ses
[droits !
Glorieux attribut de l'homme , roi du monde , La Pitié de ses biens est la source féconde.
La force n'en fit point le roi des animaux ; Non, c'est cette Pitié qui gémit sur les maux; Vers la terre courbés par un instinct servile, Ses sujets n'ont du ciel reçu qu'une ame vile , Conduits par le besoin , et non par Tamitié^ Ils sentent la douleur, et jamais la pitié.
10 IiALHEIjR ETPltC
L'homme pleure , et voilà son plus beau privilège ; Au cœur ae ses égaux la Pitié le protège.
Hùui pleurons quand, ravie au bôfinètff ^amc mnrars, I^ jeune vierge expire au printemps de ses jours ; Nous pleurons lorsqu'en proie au ravisseur avide ^ Tombe dans lé mattieur un orpbelin timide ; Et I lorsqu'aux tribunaux sa modeste pudeur De son front ingénu fait pencher la candeur, La Pitié dans notre ame embrassant sa dëfensci I>a côté de ses pleurs fait pencher la balance. tja insli^t de pitië nous apprend à gcmir, D'un përil étranger nous force de iremir.
Sue dit-je ? Du malheur la touchante peinture xerce son pouvoir sur Famé la plus pure.
Nous pleurons quand Poussin, de son adroit pinceau^ Pjeint lejs jours menaces de Moïse au Iserceau ; Nons pleurons quand Danloux^ dans la fosse natale, Plonge, vivante encori sa charmante vestale : Vers sa tombe avec elle il conduit la Pitie : . On ne voit que ses maux • son 6rime est oublié. La Pitié y doux portrait ae la bonté divifie, Rappelle les mortels à leur noble origine.
Malbeuf aux nations qui , violant nos droits , De la Pitié touchante ont étouffé la voix I L'autel de la t^itîé fut sacré dans Athènes; L'intérêt mieux instruit bénit ses douces chaînés ; Elle inspire les arts, elle adoucit les mœurs , Et lé cœur le plus dur s'amollit à ses pleurâ«
C'est peu : do ^enre horaaiii douée consolatrice p
De la société tu fondât Tédifiee!
Oui ^ ce fat sur la foi de ce doux sentipient ^
tlAl^jJI^ ET VWÊ. U
t^ltts puissant qiiçle^loi|; plus fort qye le senDei^tj^ Que les |ioinin^e$. {ujabt |eurs sauvages asiles^ Joigoirent leuv^fqyçrB dans Tenceinte des viRes* M yimiint le^ wortels , d^ns ks forêts e'pars ,
dous de communes lois dans les mêmes remparts ^
Prêts à se secourir aux premiers cris d'alarmes^
S'aider de leurs talens, deleursbien;^ de leurs an6e«|
Et f rapproches entre eux par un besoin pareil ,
S'assurer l'un à l'autre un paisible sommai. *
Mais bientôt tout changea : la fortune ine'gale
Vint assigner aux rangs leur utile intervalle.
Auprès de la richesse on vit la pauvreté ,
Près des tristes besoins la molle oisiyetëS
Alors vint la Viiîé ^ seconde providence :
Dans les riches monceaux mi^entassa l'opulenc^ i'
La Piti^ préleva la part deVindigent;
JLe luxe fut humain ^ le pouvoir uidulgent }
I)es cœurs compatissans la tristesse eut desicfaanne8|
Les larmes dans les yeux rencontrèrent des larmes;'
Et^ plaçant le bonheur auprès de la bontés
La vertu fut d'accord avec la volupté.
Tel fut l'ordre du monde^ et Tarrêt des dieux mêmes.
Mortels ; obéissez à ces décrets suprêmes.
Ecoutez la Pitié , sscourez vos égaux ^
Ajoutez & vos biens en soulageant leurs maux !
Enfin tQut ce qui vit sous votre obéissance
Doit sentir vos bienfaits ; bénir votre puissance.
Vous donc , soyez d'abord le Sujet de mes chants • O vous, qui fécondez ou qui peuplez nos champs f Vous êtes nos suje^ : le dieu de la nature Voue forma , jç Je sais^ d'une argile moins pure )
Il ne ranima point d'un ra jon immortel ; Et nous seuls sommes nës cohéritiers du ciel : Mais au même séjour nous babitons ensemble; Mais par des nœuds communsle besoin nous rassemble.
Pourtant; quelque intérêt que m'inspirent vos maux. Je n'irai point , rival du vieillard de Samos j Répéter aux humains sa plainte attendrissante ; Je ne m'écrirai point , d une voix gémissante : « Cruels ! que vous oot fait l'inuocente brebiS; Dont la molle toison a tissu vos habits :
Lachèvrei qui , pendue aux roches buissonneuses , Compose son festin de ronces épineuses?
Que vous a fait l'oiseau ^ dont la touchante voix £st l'honneur du printemps et le charme des bois ? Que vous a fait le boeuf , enfant de vos domaines y Laboureur de vos champs, compagnon de vos peines ? Barbares ! pouvez-vous , au sortir du sillon , Quand son flanc saigne encor des coups de l'aiguillon. Frapper du fer mortel, pour prix d'un long servage. Son front tout dépouille par le joug qui Toutrage ? Quoi ! les mets manquent-ils à votre avide faim? Voyez ces fruits pendans inviter voire main.
Pour vous mûrit le blé , pour vous la sève errante Vient gonfler d'un doux suc la grappe transparente. !N'avez-vous pas du miel le nectar parfume ?
Du lait| qui rafraîchit votre sang euflammc, La vache nourricière est-elle donc avare ?
Ah ! cruels, rejetez un aliment barbare, Digne festin des loups , des tigres et des ours ! La nature en frémit. » Inutiles discours :
Dès long-temps l'habitude a vaincu la nature |
A je]
BtÀUlEUH ET i>ITll 13
Mais cUe n'en a pas étouffe le murmure.
Voyez donc leurs tombeaux ^ vivez de leur trçpas ; Mais d'un tourment sans fruit ne les accabler pas : L'Etemel le défend; la Pitîë protectrice Permet leur esclavage; et non pas leur supplice.
Cependant je l'ai vu; j'ai vu des animaux Courbas intustement sons d'énormes fardeaux ; L'homme s armer contre eux, et, contre leur paresse, Par de durs traiteraeus châtier leur faiblesse. J'ai vu f les nerfs raidis et les jarrets tendqs , Tomber ces malheureux sur la terre étendus.
J'ai VU| du fouet cruel les atteintes funestes De leurs esprits mourans solliciter les restes , Kt, de coups redoublés accablant leur langueur. Par l'excès des tourmens ranimer leur vigueur. Ah ! dételez vos chars ; qu'heureux auxiliaires , Vos coursiers généreux viennent aider leur fr«res, O vous que le nasard amène dans ce lieu !
Ainsi vous secondez les graqds desseins de Dieu ; Ainsi, portant sa part du joug qgi les accable , La brute sert la brute ^ et Iliomme son semblable. Cent fois plus criminel , et plus injuste encor, Celui dont le coursier, pour mieux prendre l'essor. Avec art amaigri, bien loin de la barrière.
Sous l'acier déchirant dévore la carrière, Et contraint de voler plutôt que de courir, Doit partir,, fendre l'air, arriver et mourir : Des vains jeux de Torgueil épouvantable scène !
Eh î qui peut , sans rougir de rinjuslicc humame , Voir ces coursiers rivaux ; ces violcns cfforls ,
14 M^f OP ET fmt:
De la TÎe à la fois usant tons les ressorts ^
Tout leur corps ^n travail sousie fouet «pî tes pressé /
Ces' longs i^ancemens, cetfe immense yitessç "
Doni r&laîr les de'rôbe auj^'yèii:^ ^fiop'vapWs:
Leur SOI) fflelialetant I leurs flânes ensàhglante^?
Et pourquoi ? pour cjii'uri fat, s'appropriànt leur gloire.
Sur leur corps palpitant crie : « A moi la victoire I »
Ou que d'u^ Vfl pari h caleul ifi^umaîn '
De cet infâme honneuif tWe un infatué gnin.
Eh ! voyez Albion ^ cette, terre cb^rje , Albion^ des coursiers indurgentè patrie :' C'est là que , de leur race entretenant l'honneur , L'homme instruitlei)r instinct et soigne leurbonhefur^ Avec moins de plaisir^ ces bordés mconstàn^es , Qui près deleurs poorslers reposent sousleùirsteiîte8| D'un zèle fraternel veîllenl fk leurs besoins. ' '' Le coursier est ^ensîble à ces ge'ncVeux soins : Aussi , que la carrière h ses veux se présente , L'honupe A peine contient sa fougue Impatiente | Sms le fptiet meurtrier^ sans T^eron sanglant, Il part, entend son maître^ et f emporte en vo(anf| Touche le but , revient, et, fier, levant la Vête, Semblé, d'un pied siiperbe, applaudir* s^ conquête* Sachez donc dispenser les soins , le châtiment : Dubiencomme'du mal le vif ress^ntî^ient Est leur premier instinct; et, grâce à la nature. Ainsi que le bienfait , ils resseptent l'injure. Ah î comment l'homme ingrat Ta-t-)! donc oublia A-t-on tant de malheurs et si pea de pitîe' ? Tel ne fut point Hogarth ; sa main compatissante Traeti àes animauic rhistoire atteodrissaBte ;
liALHEtiR ET* pitrf. li
He li ce notle élan , ces admirables ïùùii D'une ame généreuse et seiisible à leiirs tnail^ j Qm, voyaiit des coursiers tortures pat leiir lââtttey S ^crie : « cœur barbare ! boînme dur | qui peut-
[étte An sein de ton ami plongerais le poignard , . Tu n'as donc jamais vii les peintures oHogairtK^? i
Snives doue soo exemple , écoutez ses imaximes 9 Qu'ils soient vos'serviteurs, et non pas vos victimee. Mais c'est à toi surtout que Ton doit la pitië , Animal généreux , modèle d'amitié ,
8ui^ le jour et la îmlt prodi^aiit tes seirtîees , ouverhes nos troupeaux , ou gardés nos hospices , ' Ùôntrœil nous tberche eucot dé ses regst^ urod*
Sois donc et le sojet et l'Iiôiifleur de mes chaiits; toi ! qui | consolant la royale maîtresse' | Jus({u'aU derdiér ^oànfr lui prouvas ta teàdréSiJe j Qui charmais ses malDcùrs ^ tfgajais sa (^risèn ; O des adieux d'un frère unique et triste don ! Hëlas ! lorsque le ^ort , qui lui raVît sofi père , Pour comble de tnalheur la sépara d'un frère^ Livré senl aux ri^eurs d'un clestin ennemi^ Pour elfe fl se priVa de s6ti dernier ami.
8|ue dîi'ie ? dè^ t j^raiis incrojable caprice t eliii qui fft traîner Ses paréns où Suppliée ^ Qui l'entoura de morts ^ l'accabla de revers , Lui hissa l'animal , compàgnotf de ses fers.
Et înoi^ qui proscrivis leurs honneors funéraires '^ J'implore un înÀnumeni pour des cendrés si ôHéres ,
Poitr toi qui ; presque seul ; au iièele detf ingtats ,